‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 112 sur 302 · DE ST · texte numérisé non relu

DE ST

b84 TROISIÈME LETTRE

C’est ainsi qu'entre les brins d'herbe et entre les feuilles d'un même arbre, quoiqu'on n’en puisse trouver deux tout à fait semblables, la forme générale est invariable. Avant d’en prendre une pour modèle, le naturaliste n’a pas manqué d’en examiner plusieurs autres; car s’il avait pris la première qui se fût présentée, il se pourrait que par accident ou autrement elle eût eu une forme à peine capable de faire reconnaître son espèce. Comme le peintre donc il préfère la plus belle, c’està-dire celle qui présente le mieux la forme générale de la nature.

On peut dire que toutes les espèces d'animaux, toutes les espèces de végétaux, ont une forme fixe et déterminée à laquelle la nature incline toujours, comme différents rayons inclinent au centre ou comme les différentes vibrations d’un pendule ont lieu autour du même point central. Comme les rayons passent tous par le centre, quoique chacun passe par quelque autre point, de même il arrive que la nature produit la beauté parfaite plus souvent que la difformité : je ne dis pas plus souvent que la difformité en général, mais que telle espèce particulière de difformité. Prenons pour exemple une partie du

visage : le nez. Il est considéré comme beau quand son arête suit une ligne droite : voilà donc la forme centrale, qu’on rencontre plus souvent que la forme convexe, concave, ou telle \autre forme irrégulière qu’on proposera. Étant donc plus accou-

tumés à la beauté qu’à la difformité, nous pouvons en conclure que c’est pour cette raison que nous l’approuvons et l’admirons, Comme nous admirons et approuvons les modes et les costumes par la seule raison que nous y sommes habitués; de sorte que, quoiqu'on ne puisse pas dire qué l'habitude ou la

coutume est cause de la beauté, elle est pourtant la cause

pourquoi nous l’aimons; et je suis persuadé que, si nous étions accoutumés à la difformité plutôt qu’à la beauté, la difformité n’emporterait plus l’idée qui y est maintenant attachée, mais assumerait l’idée de la beauté, de même que si le monde s’accordait que oui et non changeassent de sens, oui servirait à nier, et non à consentir. |

Celui qui SH pousser plus loin cet argument et ie Fe

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tendrait fixer un critérium de la beauté indépendant dans les

différentes espèces, ou démontrer qu’une espèce est plus belle u

qu'une autre, aurait pour premier devoir de prouyer qu’une

espèce est réellement plus belle qu'une autre. Que nous préfé:

rions l’une à l’autre, et avec raison, je l’accorde; mais il ne s'ensuit pas de là que nous en regardions la forme comme

plus belle; car il n’y a pas ici de type de forme qui puisse

servir à déterminer notre jugement. Celui qui dit qu’un cygne est plus beau qu’une colombe, ne donne guère à entendre autre chose, sinon qu'il a plus de plaisir à voir le premier que le. second ; soit à cause de Ses mouvements plus majestueux, soit

parce que c’est un animal plus rare; et celui qui préfère la (;

colombe y est porté peut-être par l’ ee d’innocence qu’il asso: >

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cie à celle de cet oiseau. Mais si l’on prétend fonder la préfé: | k

rence qu'on donne à l’un ou à l’autre oiseau sur une dégrada- /‘ FT r

tion de la masse, sur l’'ondulation d’une courbe, sur la direction

d’une ligne, ou sur tel autre jeu de l'imagination qu’on prendra *.

pour type des formes, on ne manquera pas de tomber dans mille contradictions, et l’on s’apercevra à la fin que la grande mère Nature se refuse de pareilles règles. Entre les diffé-

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rentes raisons qui nous font préférer une partie de ces ouvra- /

ges à une autre, la plus générale je crois est la coutume et l’habitude. Dans un certain sens l'habitude rend le blanc

noir, et le noir blanc. C'est l'habitude qui fait que nous pré- ke

férons la couleur des Européens à celle des nègres ; tandis que ces derniers préfèrent leur teint au nôtre. Je suppose que** personne ne doutera que, si un de leurs peintres devait peindre

la déesse de la beauté, il la représenterait noire, avec des ;: lèvres épaisses, un nez épaté et de la laine pour cheveux; et je”

pense même qu'il pècherait contre la nature s’il faisait autrement ; car à quel titre contestera-t-on la justesse de son idée? Nous disons il est vrai que les formes et la couleur d’un

. Européen doivent être préférées à celles d’un Ethiopien; mais je ne vois pas qu'on puisse en alléguer de raison, sinon que nous y sommes plus accoutumés. IL est absurde de dire

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que la beauté possède un pouvoir d’attrait qui saisit l'esprit

d'amour et d’admiration, puisque cet argument conclut aussi

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