‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 251 sur 302 · LUN ND · texte numérisé non relu

LUN ND

dide et brillante, l’autre grande et majestueuse. Ces deux tableaux peuvent être mis au nombre des meilleurs ouvrages de ces grands peintres, et chacun de son côté caractérise son auteur. Rien n’est donc si avantageux que de les opposer l’un à l’autre et de les comparer ensemble, J'avoue que je subis à tel point l’ascendant de ce tableau de Rubens pendant tout le temps que je le contemplai et que je fus sous son influence, que je crus n’avoir jamais vu s'exercer un tel pouvoir de l’art. Ce ne fut qu'après que je m'en fus éloigné, que je pus convenir d’une infériorité de Rubens à l’égard de quelque autre peintre.

La composition du Titien est de l'espèce qui laisse un vide au milieu du tableau, autour duquel les figures sont rangées. Dans cet espace est le linge blanc qui couvre l'autel, et c’est pour se donner ce linge blanc, j'imagine, qu'il a mis un autel au lieu d’un piédestal, afin que par l’effet du linge la principale lumière fût mise vers le milieu du tableau. La seconde lumière est la Vierge et le Christ, et les têtes des autres figures.

La principale lumière dans la partie inférieure du tableau de Rubens est le corps de saint Sébastien ; celle de la partie supérieure est le clair du ciel : il n’y a pas à cet égard d'apparence d’une prédominance d’üne partie sur l’autre.

Il y a des gravures de ces tableaux : de celui du Titien par Valentin Lefèvre, et de celui de Rubens par Snyers et par Remold Eynhoudts. Dans les premières épreuves de Snyers il y a des parties de la Vierge, de sainte Catherine et de l'habit de saint Augustin par devant, qui ne sont pas terminées.

Les anachronismes sont si communs dans les tableaux d'église qu'on ne s’arrête plus à en faire la critique. En voyant si souvent mis dans les mêmes tableaux des hommes qui ont vécu dans des siècles différents, on a cessé de s’en choquer. Cependant quand saint Jean prend place sous la figure d’un homme avancé en âge dans le même tableau où le Christ est représenté encore enfant, quoique la faute contre la chronologie soit moindre, cependant l’impropriété paraît plus impardonnable au spectateur ; peut-être parce qu’on est habitué à les voir si souvent représentés ensemble dans l’âge de l'enfance.

Vanpycx. — L’autel à gauche, Saint Augustin en extase, par Vandyck. Ce tableau jouit d’une grande réputation; cependant jusqu’à un certain point il a trompé mon attente; au moins, venant après les Rubens, la manière m'a paru sèche et dure. Le coloris est dans le genre rougeâtre, particulièrement dans les ombres, qui sont sans transparence. Il faut que les couleurs aient souffert quelque changement, et ne soïent plus aujourd’hui telles que Vandyck les avait laissées. J’ai d’ailleurs observé dans beaucoup de ses peintures ce même défaut des ombres rouges. La tête d’une femme âgée, qu’on dit être la mère du saint, est bien peinte et la meilleure partie du tableau; et l'ange assis sur un nuage est le meilleur de ce groupe. L'’enfant qui tient le sceptre est dur et n’a pas d’union avec le ciel bleu.

Ce tableau manque d'effet, faute d’une grande masse de lumière ; les deux anges forment deux petites masses d’une égale grandeur. |

Le saint Augustin est vêtu de noir, quoique dans la gravure de P. de Jode (suivant la liberté ordinaire prise par ces gra- veurs de Rubens et Vandyck), elle fasse la principale lumière; de plus, dans l’estampe, une lumière est jetée sur les autres figures, qui sont entièrement sombres dans la peinture.

JORDAENS. — Un autel dans le bas-côté droit : le Martyre de saint Apollonius, par Jordaens. Il n’a rien qui mérite l’admiration, si ce n’est le cheval gris qu'on voit en raccourci, mordant son genou, qui est vraiment admirable. Les chevaux de Jordaens sont peu inférieurs à ceux de Rubens.

JoRDAENS. BACGKEREEL. — Aux murs de côté de l’église sont accrochés plusieurs tableaux des maîtres inférieurs de l’école flamande ; les meilleurs sont deux de Jordaens : la Cène‘, où il y a d'excellentes têtes dans le genre de Rubens, et le Christ au jardin des Olives; mais les anges ici sont purs flamands. Il y a aussi un Crucifiement par Backereel, qui a quelque mérite.

Vaxpyck. — Dans la sacristie est un petit Crucifiement* de

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