‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 26 sur 302 · Visible à la Villa Borghèse · texte numérisé non relu

Visible à la Villa Borghèse

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sion noble. Il a pu en voir un ou deux exemples, et il a pris l’accident pour la règle.

Quant au coloris, quoique cette partie de la peinture puisse ne paraître d’abord que purement mécanique, cependant elle a ses règles, et celles-ci fondées sur le principe général qui, dans l’étude du peintre, règle à la fois le grand et le petit. C'est par le coloris qu’un tableau produit son premier effet ; et selon, qu’il est obtenu, l'amateur qui se promène dans une galerie, : s'arrête ou passe. Pour faire à première vue un effet de gran-# deur, il faut que le tableau soit débarrassé des petits et futiles accidents de lumière, et d’une trop grande variété de teintes.

La tranquillité et la simplicité doivent régner par tout l’ouvrage, et une largeur de couleur uniforme contribuera beaucoup à cet effet. Le grand effets’obtient de deux manières différentes, qui paraissent entièrement opposées l’une à l’autre : lune consiste à réduire les couleurs à un peu moins que le camaïeu, ce qui a été souvent la pratique de l’école de Bologne: l’autre à user de couleurs vigoureuses et tranchantes, comme nous voyons dans celles de Rome et de Florence; dans l’un et l’autre cas cependant le principe fondamental est la simplicité. D'une part, rien n’est plus simple que la monotonie, et de l’autre iln’est pas moins certain que le bleu, le rouge et le jaune purs et distincts qu’on voit dans les draperies de l’école Romaine et de l’école Florentine, quoiqu'ils n'offrent pas cette espèce d'harmonie que donnent des teintes variées, rompues et transparentes, ont cet effet de grandeur que nous voulons. Peut-être que ces couleurs pures et distinctes frappent l'esprit avec plus de force, à cause du peu d'union qu’il y a entre elles, comme une musique guerrière, faite pour réveiller les grandes passions de l’âme, tire son effet de passages fortement marqués d’une note à l’autre, tels que ce mode de musique le demande ; au contraire celle qui est destinée à émouvoir des passions plus douces, est composée de tons qui se fondent insensiblement l’un dans l’autre. f

Le soin que prend le Rte d'histoire d'éviter les détails des couleurs, il le met aussi à ne point dégrader ses conceptions par une attention minutieuse aux différences de drape-

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ries. La variété dans les espèces d’étoffes appartient au style inférieur. Dans le grand style, les étoffes ne sont ni laine, ni toile, ni soie, ni satin, ni velours : c’est de la draperie, ce n’est rien de plus. L’art de jeter les draperies et d’en disposer les plis, fait une partie importante de l'étude du peintre. Les faire seulement ressemblantes à la nature, est une opération mécanique qui ne demande ni génie ni goût ; tandis qu'il faut le jugement le plus exquis pour disposer la draperie de . qu'ils naissent lun de l'autre avec cette négligence naturelle qui parait l'effet du hasard, en même temps qu’ils laissent apercevoir les formes de la figure avec le plus grand avantage.

Carle Maratte assurait que le jet des draperies était un art plus difficile que celui de dessiner la figure même, et qu'il était plus facile d’enseigner le premier que le second parce qu'on ne pouvait pas donner, disait-il, des règles aussi certaines de la façon de draper que de celle de dessiner correctement les formes. J'ajoute que cela est peut-être une preuve de la préférence qu’on donne toujours à la chose dans laquelle on réussit le mieux; car on dit que Carle Maratte se regardait comme particulièrement habile dans cette partie de l'art. Et cependant son jet de draperie semble trop l'effet de l’artifice pour ne pas mettre ce peintre au-dessous de Raphaël dans cette partie même de l’art qui a le plus contribué à sa réputation.

Tel est le principe fondamental sur lequel nous devons nous conduire dans les branches les plus nobles de l’art. C'est sur ce principe que l’école de Rome, celle de Florence et celle de Bologne, ont fondé leur pratique ; c'est par là qu’elles ont remporté le prix. Ce sont là les trois grandes écoles du monde dans le style épique. Poussin, Lesueur et Lebrun, qui sont les meilleurs peintres de l’école Française, se sont formés sur ces modèles, et partant peuvent être regardés, quoique Français, comme une colonie de l’école Romaine. Après ceux-là, mais dans un genre d'excellence bien différent, nous pouvons placer l’école de Venise en même temps que la Flamande et la Hollandaise, toutes trois professant de renon-

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