ÉD ST
cer aux plus grands desseins de la peinture et recherchant les applaudissements par des qualités inférieures.
Je n’ignore pas que beaucoup me blâmeront de placer les Vénitiens dans cette classe inférieure, et que plusieurs amateurs et non des moins zélés de l’art de peindre trouveront que je les déprime injustement : mais je demande qu’on me comprenne bien. Quoique je ne puisse absolument pas compter cette école dans la catégorie la plus noble, cependant le but qu’elle s’est proposé n’a pas laissé chez elle d’être parfaitement atteint. Seulement, comme l'élégance est tout ce qu’elle recherche, et qu’elle paraît s’appliquer plutôt à faseiner qu'à émouvoir, on ne peut pas regarder comme injurieux pour elle de présenter la méthode qu’elle suit comme bonne seulement pour cette fin-là. N'oublions pas que ce qui relève l'élégance peut dégrader la sublimité. Il y a une simplicité, et je puis dire une sévérité dans la grande manière, qui, je le crains, est comme incompatible avec un style “ben surtout à se faire entendre des sens.
Le Tintoret, Paul Véronèse et d’autres de l’école de Vetiue:
semblent n'avoir peintque dans le dessein d’être admirés pour leur adresse et pour l’habileté de leur pinceau, et pour cette parade de l’art que le grand style, comme je l’ai remarqué plus haut, commande à ses sectateurs de cacher.
À une conférence de l’Académie française de Peinture, à laquelle assistaient Lebrun, Sébastien Bourdon et tous les éminents artistes du temps, un des académiciens demanda le
sentiment de la compagnie sur la conduite de Paul Véro-
nèse, qui, malgré la grandeur de sa réputation, avait, conire les règles de l’art, représenté Persée et Andromède ‘ avec la principale figure dans l'ombre. On ne donna point de réponse satisfaisante à cette question. Cependant j'oserai dire que, si l’on avait considéré la classe à laquelle appartient
l'artiste et qu'on eüt bien voulu le juger en tant que peintre décorateur*?, il n'aurait pas été difficile de répondre. Ce.
1, En ce temps-là chez le Roi, maintenant au musée de Rennes, n° 10 du catalogue.
2. Ornamental painter. Parlant du style plus loin et à mainte reprise, il dit