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SUR LA PEINTURE Ca 69
qui n'est pas dans l'intention ne saurait être dans les effets. Celle de Paul Véronèse n’était que de produire un effet de clair-obseur; il ne pouvait manquer d'y sacrifier tout le reste, et la composition irrégulière de ce tableau convient très bien au style que cet artiste a professé.
Les jeunes esprits sont sujets, il est vrai, à se laisser séduire par cette sorte de style éclatant, et celui des Vénitiens est particulièrement agréable. Chez eux toutes les parties de l’art qui donnent du plaisir aux yeux et charment les sens, ont été cultivées avec soin ‘et portées presque à la perfection. Les facultés que met en exercice la partie mécanique de l’art, ont été appelées le langage du peintre; mais il faut convenir que cest une pauvre éloquence que celle qui montre seulement que l’orateur sait parler. Les mots doivent être employés comme moyens, non comme fin; le langage est l'instrument, la conviction est l'œuvre.
Convenons donc que ces maîtres possèdent le langage du peintre. Cependant même en cela ne dissimulons pas qu’ils ont montré plus d'abondance que de choix, et plus de richesse que de jugement. Si on considère le peu d'intérêt de leurs sujets, ou le peu d'intérêt tout au moins de la manière dont ils les ont traités, si l'on fait attention au caprice de leur composition, à leurs contrastes violents et affectés dans les figures comme dans le clair-obscur, à la richesse de leurs draperies et en même temps à l'effet mesquin que causent leurs différenciations d’étoffes, si à cela on ajoute leur négligence totale de l’expression ; si ensuite on fait réflexion aux inventions et à la science de Mol. -Ange, à la simplicité de Raphaël, on verra qu’entre les uns et les autres il ne peut subsister aucune comparaison. Même à l'égard du coloris, si l’on compare la tranquillité ct la | chasteté du pinceau Bolonais au tumulte et au fracas qui remplissent toutes les parties d’un tableau vénitien, sans que le moindre effort y soit joint pour intéresser les passions, leur talent vanté ne paraîtra plus qu’une agitation sans effet, « une
ornamental style. Jansen traduit par « peintre d’apparat, style d’apparat ». Ce mot est vague : Le vrai sens est « peintre décorateur, style décoratif », opposé
à style expressif.
* fable contée ee: un fou, pleine de tapage de fureur et qui ne signifie rien‘
C'est se SA tout à fait que de croire que le grand style pourrait être heureusement uni au style décoratif, et que la dignité simple, grave, majestueuse de Raphaël pourrait aller avec le brillant et le fracas d’un Paul Véronèse et d’un Tintoret. Les principes par lesquels on arrive à l’une et à l’autre manière, sont si contraires les uns aux autres, que je les regarde comme incompatibles : étant aussi impossible, selon moi, que ces styles existent ensemble, qu'il l’est de réunir en même temps dans l'esprit la plus matérielle sensualité et les idées les plus sublimes,
Lés sujets des peintres Vénitiens sont en général de nature à admettre un grand nombre de figures ; comme les banquets, les noces, les processions, les martyres et les miracles. Je suis persuadé que Paul Véronèse, si nous pouvions demander son avis, dirait qu’il n’y a de sujet pour un tableau d'histoire, que celui où peuvent entrer au moins quarante figures; un plus petit nombre ne pouvant permettre au peintre d’étaler son talent dans la composition, son adresse à disposer et à ménager les masses de lumière et les groupes de figures, à introduire une grande variété de costumes et de caractères orientaux couverts de leurs riches étoffes.
Mais il en est tout autrement avec un élève des écoles de grand style. Annibal Carrache trouvait que douze figures suffisaient pour un sujet; son idée était qu’un plus grand nombre n’a d’autre effet que d’emplir la toile, le surcroît ne fournissant à l’action principale que de froids spectateurs,
, pour employer son Ne des figures a louer. En Vs il est impossible qu’un tableau composé de tant de parties, ait cet effet d'unité d'ensemble indispensable à la gran-
deur du style. Quoiqu’ il soit vrai en LE que plusieurs
petites parties forment un grand tout, cela n’a pas lieu en fait de goût. Le sublime imprime tout de suite une grande idée
dans l'imagination, son effet se produit tout d’un COUP ; un