‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 29 sur 302 · Shakespeare dans Macbeth, a. V. se · texte numérisé non relu

Shakespeare dans Macbeth, a. V. se

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effet d'élégance au contraire peut être produit par la répétition, par l’accumulation de plusieurs petits détails.

Quelque grande différence qu’il y ait à l'égard de la composition entre l’école de Venise et les autres écoles d'Italie, celle qui résulte de leur coloris n’est pas moins considérable. Il faut avouer qu à cet égard les peintres Vénitiens font preuve d’un talent extraordinaire ; cependant ce talent même ne convient pas au grand style, de la manière dont ils l’ont Dhp'oNE Leur coloris n'est pas seulement trop brillant, il est, j’oserai dire, trop harmonieux pour produire cette solidité, cette tenue, cette simplicité d'effet que les sujets héroïques demandent, et que seules de simples et graves couleurs peuvent donner à une œuvre. Une autorité confirmera, s’il en est besoin, la précaution avec laquelle on doit étudier le coloris vénitien, quand on veut tenir la grande route de l’histoire; c’est la plus grande autorité de toutes, celle de Michel-Ange. Cet homme merveilleux, après avoir vu un tableau du Titien, dit à Vasari, qui étaitavec lui, que « le coloris et la manière du Titien lui

: plaisaient beaucoup » ; mais il ajouta ensuite qu’ «il était bien

dommage que les peintres Vénitiens n'apprissent pas dans

leur jeunesse à dessiner correctement, et qu'ils ne suivissent

pas une meilleure méthode d'étude * »

On voit par là que, suivant Michel-Ange, les peintres de l’école de Venise, en portant leur principale attention sur le coloris, négligeaient la beauté idéale des formes, ou à la convenance de l'expression. Ë |

Mais si un tableau du Titien a donné lieu à ce reproche général, avec combien plus de justesse et de sévérité ne tomberait-il pas sur Paul Véronèse et surtout sur le Tintoret! Ici je ne puis me dispenser de citer l’opinion de Vasari* sur Île style et sur la manière du Tintoret.« De tous les génies extraordinaires, dit-il, qui ont pratiqué l’art de la peinture, il n’y en a point eu de pareil au Tintoret, pour les inventions désordennées, capricieuses, extravagantes et fantastisques, pour l’impé-

1. Rapporté par Vasari lui-même, éd. Milanesi, t. VIT, p. 447. L'auteur a donné le texte italien en note.

2. Ed. Milanesi, t. VI, p. 583. L'auteur a donné le texte italien en note.

tuosité furieuse et l’audace de son exécution ; ses idées singulières outrent l’extravagance, et ses ouvrages paraissent le produit du hasard, plutôt que le fruit d'un dessein formé ; comme s’il avait voulu convaincre le monde que l’art n’est qu’une futilité, et qu'on y peut atteindre sans peine. »

Quant à moi, quand je parle des peintres Vénitiens, je veux bien qu'on sache que je n’ai en vue que Paul Véronèse et le Tintoret, non pas le Titien; car quoique son style ne soit pas aussi pur que celui de plusieurs autres maîtres de l'Italie, il y a cependant chez lui une espèce de dignité sénatoriale, qui, quoique mal venue dans ses imitateurs, parait extrémement convenir à lui. Ses portraits seuls, par le caractère simple et noble qu’il-leur a dotiné, lui mériteront toujours la plus grande considération, et en effet chacun convient qu’il est au premier rang dans cette branche de l’art. |

Ce n’est donc pas contre le Titien que je vous conseille de vous mettre en garde, mais contre les qualités séduisantes des deux autres. On peut dire de ces deux maîtres qu ‘ils ont épuisé toutes les fleurs de l’éloquence pour débaucher la JOSEee et l’inexpérience ; et c’est certainement à eux qu'il faut s’en

prendre, si les connaisseurs et les protecteurs de l’art ont détourné leur attention, ainsi que les artistes eux-mêmes, de ces beautés sublimes dont l’art est susceptible, et qu’on doit attendre et réclamer de toutes les grandes productions. Par eux, par leurs imitateurs, un style purement décoratif s’est répandu par toute l'Europe : Rubens l'a porté en Flandre, Vouet en Françes et Lucas Giordano en Espagne et à Naples. <<. F € AAA

L'école de Venise est certainement 1. plus britiante de toutes celles qui ne visent qu’à l'élégance, et ce n'est pas sans raison que les meilleurs ouvrages de cette école de second rang sont prisés au-dessus de ceux du second ordre des écoles qui sont au-dessus d'elle : car toute peinture est de prix quand, avec un caractère déterminé, elle a l'excellence dans son genre; mais il ne faut pas que les jeunes artistes se laissent éblouir par cet éclai, au point de vouloir imiter ce qui pourrait à la fin les détourner de la perfection. On a souvent entendu dire à

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