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Poussin, dont l’œil était constamment fixé sur le HI « que cette application singulière {au coloris) n’était qu’un obstacle
| pour empêcher de parvenir au véritable but de la peinture, et
, que celui qui s’attache au principal ire par la pratique une assez belle manière de po ».
Quoiqu'il faille convenir qu’un bel accord de couleurs, le brillant des teintes, une douce gradation de l’une à l’autre
offrent à l’œil ce qu'un concert de sons harmonieux offre à
l'oreille, il est nécessaire de se rappeler que le plaisir des
yeux nest pas toute la peinture. Un mérite de ce genre, quoi-
que fort à sa place là où on ne vise qu’à l'élégance, est faible et mérite peu d'estime quand l'ouvrage aspire à la grandeur et à la sublimité,
Les mêmes raisons que j'ai alléguées pour montrer qu'un mélange du style vénitien ne saurait perfectionner le grand style, servira relativement à l’école Flamande et à la Hollandaise. Et de fait, l’école Flamande, dont Rubens est le chef, a été formée sur celle de Venise. Comme les Vénitiens, Rubens a pris trop indifféremment ses modèles dans les gens qu’il avait sous la main ; mais il faut convenir, en faveur de l’école de Venise, que Rubens est encore moins châtié, et qu’il a porté au plus grand excès tous leurs défauts. Aussi bien, dans l’école Vénitienne même, dont les peintres errent tous par la même cause, il y a de la différence dans les effets. Celle qu’il y a entre Paul Véronèse et Bassan, ne parait consister en autre chose sinon que le premier a introduit des gentilshommes dans ses peintures, et le second des paysans du district de Bassano, auxquels il a donné les noms de patriarches et de prophètes.
Les peintres Hollandais tiennent encore plus du lieu. Leurs tableaux d'histoire ne sont à proprement parler que leurs propres portraits; et soit qu'ils représentent l’intérieur ou l’extérieur de leurs maisons, on y voit toujours les hommes de
1. Paroles dont Philippe de Champaigne attribue le sens à Poussin (Conférence à l’Académie, 12 juin 1672). Reynolds a donné le texte en note. Il traduit « assez belle manière de peindre » par « reasonably good method of colouring », qui fait un très bon commentaire. Le texte donné par M. Fontaine (Conférences inédites de l’Académie, p. 13) offre des variantes,
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leur nation dans les occupations du pays, soit à travailler, soit à boire, soit à jouer ou à se battre. Tant s’en faut que les détails des tableaux de cette espèce donnent une idée générale de la vie de l’homme ; au contraire on y voit toutes les menues particularités d’une nation dont les mœurs diffèrent en divers points du reste de l'espèce humaine. Ne leur refusons pas pourtant leur part d’un éloge plus modeste. Les peintres de cette école sont excellents dans leur genre; ils deviennent
seulement ridicules quand ils se prennent à l’histoire avec
leurs principes ravalés, et qu’ils dégradent de grands sujets
par la trivialité des caractères qu'ils peignent.
Une certaine adresse inférieure, une certaine faculté mécanique extraordinaire, c’est apparemment de quoi ils ambitionnent d’être loués. Ainsi nous voyons que cette école est seule à représenter la lumière d’une chandelle, non telle qu’elle se montre à nous de nuit, mais rouge et telle qu’elle éclairerait les objets pendant le jour. De tels artifices, pardonnables dans un style où l’on ne cherche que de petits effets, ne peuvent être excusés dans le grand style, où l’attention ne doit jamais être distraite par des bagatelles, mais être entièrement opéunEe par le sujet même. | Les mêmes principes locaux qui caractérisent l’école Hollandaise, s’étendentjusqu'à ses tableaux de paysage ; et Rubens luimême, qui a peint beaucoup de paysages, a quelquefois péché par là. Leurs productions en ce genre sont, je crois, toujours la représentation d’un certain endroit, et chacun dans son genre est une façon de portrait très fidèle, mais très localisé.
Claude Lorrain était convaincu au contraire que de prendre la
nature comme on la trouve engendre rarement la beauté. Ses paysages sont un composé de diverses esquisses qu’il avait faites auparavant de divers beaux sites et points de vue. De son côté Rubens a corrigé dans quelque mesure le reproche auquel il est sujet ; il a cherché à relever et à animer ses paysages, autrement dénués d'intérêt, en y introduisant un arc-en-ciel, une tempête, ou quelque accident singulier de lumière. On ne peut douter que la manière de Claude Lorrain doive être préférée en ce qui regarde le choix, par les peintres paysagistes, à
celle de l’école Flamande et de la Hollandaise ; puisque la vérité de cette manière est fondée sur le même principe grâce auquel le peintre d'histoire obtient la perfection des formes; mais il n'est pas aisé de décider si le peintre paysagiste a le droit d'aller jusqu’à rejeter ce que les peintres appellent accidents de la nature. Il est certain que Claude Lorrain s’est rarement, peut-être faut-il dire jamais, servi de ces accidents ; soit parce qu’il pensait que ces détails ne s’accordent pas avec le style de la nature prise en général qu il professait, soit parce qu'il craignait qu’en fixant trop l'attention, ils ne détruisissent cette tranquillité et ce repos regardés chez lui comme nécessaires à cette espèce de peinture.
Pareillement un peintre de portraits, quand il veut traiter l’histoire, court risque de selivrer trop au détail, s’il ne se tient pas bien sur ses gardes. Les têtes de ses figures d'histoire ressemblent trop souvent à des portraits ; comme on voit que c'était la coutume parmi ces anciens peintres à qui nous devons la renaissance de l’art’, avant que les idées générales fussent pratiquées et comprises. Un peintre d'histoire peint l’homme en général ; un peintre de portraits un homme particulier, partant un modèle défectueux.
Ainsi une pratique habituelle des moindres exercices de l’art, empêche beaucoup de peintres d'atteindre les plus grands. Mais ceux qui marchent dans ces routes plus modestes, n'ignorent pas que moins le sujet qu'ils traitent a de dignité naturelle, plus les petites ressources décoratives sont nécessaires à son embellissement. Il serait ridicule à un peintre de genre, de portrait, de paysages, d’animaux, ou de nature morte, de dire qu’il a voulu se passer de ces qualités, qui ont valu une si grande réputation aux écoles du second ordre,
La beauté du coloris el l’économie heureuse du clair- obscur
sont des nécessités ‘essentielles de son travail borné. Si nous continuons de descendre l'échelle des genres, que sera le peintre de fruits et de fleurs sans un coloris parfait, et sans ce que les peintres appellent le faire ; c’est-à-dire une légèreté