‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 295 sur 302 · D ER”, NP · texte numérisé non relu

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tion, en dépit de tous leurs défauts. C'est à cause de ce pou-

voir de fascination que les productions des peintres dont il est

entouré, quoique péchant peut-être dans moins de parties que . les siennes, paraissent cependant timides, dépourvues esprit et insipides : comme par exemple les tableaux d’autel de Crayer,

de Schut, de Sègers, ceux de Van Huysum, de Tyssens !, de Van Balen et d’autres. Il semble que les mains de ces peintres aussi bien que leurs facultés soient également contraintes et paralysées ; tout ce qu’ils font semble le fruit d’une peine infinie. Au contraire les œuvres de Rubens semblent couler d’une source abondante et facile, dont la richesse ne lui coûte rien. A l'esprit de la composition correspond autant de feu dans son exécution. Le frappant éclat de ses couleurs, le coulant et la franchise de ses contours, les touches fières et spirituelles de son pinceau, tout contribue à réveiller et à tenir en haleine l'attention du spectateur, à faire lever en lui dans une certaine mesure des sensations correspondantes, et à lui inspirer quelque degré de l'enthousiasme dont le peintre lui-même est transporté. À tout cela on peut joindre le parfait accord de toutes les parties de l’art entre elles ; de sorte que le tout paraît conduit et engendré d’une même pensée. Tout est d’une pièce, tout est à la place qui convient. Même son goût de

dessin et ses formes semblent avoir plus de correspondance ;

avec son coloris et sa composition que s’il avait adopté quelque autre manière que ce soit, quand même cette manière serait meilleure en soi. Il en est ici comme dans les sympathies personnelles, causées souvent par une certaine convenance et un accord d'ensemble, qui captive plus qu'une beauté plus régulière. |

Rubens paraît avoir eu en lui-même cette confiance dont il est nécessaire que tout artiste soit assuré après qu'il a fini ses études, .et qu’il lui est permis de rejeter, si je puis parler ainsi, les lisières de l'autorité, de soumettre les règles à son contrôle, au lieu de se regarder seulement comme leur sujet, de risquer sans maître des entreprises difficiles, s’abandonnant à ses propres idées et ne connaissant qu’elles de guide. On peut regarder cette confiance comme la source de cette originalité par laquelle il a réellement étendu les limites de l’art. Après que Rubens eût formé sa manière, il ne chercha jamais hors de lui ses ressources ; c’est-ce qui fait que fort peu de choses chez

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