‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 3 sur 302 · BTE · texte numérisé non relu

BTE

Il paraît bien que les doctrines de Reynolds se sont formées en” Italie, dans le voyage qu'il y fit en 1749 avec le capitaine (depuis amiral) Keppel, et dont on trouvera les notes dans cet ouvrage. Une fine observation des peintres de Venise le mit en possession des règles de ce qu’il appelait « la mécanique de l’art »: d’un autre côté l'admiration qu'il voua aux œuvres de Raphaël, l’obligea de mettre en ordre des notions générales qu’il n'avait jusqu'alors reçues que confusément,

L'importance de ces notions générales ne cessa de dominer son esprit de toute la hauteur à laquelle Raphaël et Michel-Ange s'étaient placés dans son estime. En même temps le corps d’enseignement précis fourni par les Vénitiens et plus tard par Rubens, maintenait à ses yeux l'importance de ces maitres, dans le rang subordonné où les plaçait la doctrine. Ces éléments principaux de sa critique semblent s'être emparés puissamment de son esprit et n'avoir pas cessé jusqu'à sa mort d'y déterminer des réflexions de plus en plus fortes et précises. On ne peut douter que l'esprit de Reynolds ne fût prédisposé par nature à la réflexion abstraite, Le besoin d’ordonner le fruit de son expérience et de mettre en maximes ses pratiques, ne lui fut certainement suggéré par personne. Mais le commerce précieux de certains esprits du temps, mais la tournure générale de l’esprit anglais à cette époque, doivent ètre comptés dans l'excellence des résultats auxquels son penchant l’inclinait,

En aucun temps de son histoire l’esprit anglais n'a montré plus qu alors sa lucidité et sa puissance, Cette apogée se sent au tour

10 INTRODUCTION analytique qu’on remarque chez les écrivains, Chez un philosophe comme Hume, ce tour analytique facilite de merveilleux exercices de l'esprit. La critique de Reynolds en tire le même profit. Elle doit au progrès réalisé chez les gens de lettres une partie de sa clarté, elle doit à l'entretien de quelques-uns d’entre eux, l’art de s'emparer des ressources que les gens de lettres avaient créées. C’est une chose assez connue que l’amitié qui unit Reynolds avec Johnson. On sait peut-être moins que le célèbre docteur fut à la lettre son parrain littéraire.

Reynolds lui fut présenté en 1754, deux ans après son retour

d'Italie, chez les demoiselles Cotterell, filles de l'amiral et voisines du peintre. En 1959, le Fläneur, que le docteur Johnson dirigeait, publia les premiers essais de notre auteur dans la littérature. Johnson les lui demanda; dit Northcote, tout d’un coup, et Reynolds y passa la nuit. On ne peut douter que, soudain mis en demeure d'écrire sans que rien l’y eût préparé, le peintre ait demandé et reçu quelque assistance à cet égard du publiciste son ami. On a remarqué entre eux la ressemblance du style. Sans doute elle à tenu dans ces commencements à quelques conseils de l'écrivain, peut-être même à quelques corrections. Plus tard un échange de remarques et d'idées suffit probablement à la fixer.

Nous tenons de Reynolds même l’aveu de cette influence exercée sur lui par un des hommes les plus intelligents que l'Angleterre ait produits : « Ce que peuvent avoir de mérite, dit-il, les discours prenoncés par moi dans l’Académie, il faut le rapporter presque tout à l'éducation qu'on peut dire que j'ai reçue du docteur Johnson. Je ne veux pas dire qu'un seul des jugements qui s’y rencontrent, lui appartient, quelque honneur qui dût en revenir à ces discours ; mais je lui dois d’avoir appris à penser juste. Aucun homme n'eut comme lui le talent d'enseigner à penser aux esprits moins bien doués. D’autres sans doute ont eu une science égale, maïs peu ont eu cet art de la communiquer. Son grand plaisir était d'entretenir de ses discours ceux qui lui témoignaient de la déférence : c'était là qu'il montrait ses merveilleux talents, Quand les rangs étaient mêlés et souvent dans les sociétés qui lui auraient dû de la considération, quelques-uns pensaient soutenir leur caractère en évitant de s’aller perdre dans le train de ses auditeurs ; et je ne doute pas que ceux-là ne le jugeassent avec peu d'avantage, car il était souvent impétueux et tranchant. Le désir de briller dans la conversation était sa passion dominante, et si l’on veut y voir un trait de

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