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INTRODUCTION | 11 la vanité, qu'on n’oublie pas du moins que de là venait cette abondance de propos dont ses amis les plus intimes tiraient un si grand avantage. Ses observations sur la vie, sur la poésie et sur toute chose au monde, je les appliquais à notre art, d’autres diront avec quel succès. Telle est peut-être la conduite qu'il convient de
| recommander aux peintres. Au lieu de se tourmenter à rendre ser-
vilement une copie de quelque tableau, qu’ils mettent plutôt tous leurs eflorts à acquérir le pouvoir de penser. »
Ainsi c’est de Johnson que Reynoïds apprit l’art d'analyser et de mettre en ordre ses observations particulières. Jusqu'à quel point il convient de rapporter au même Johnson les généralités philosophiques ou les références littéraires rencontrées dans les discours, c'est ce qu'on ne peut dire. L’illustre Burke, également son ami, et dont l'influence sur l'esprit de Reynolds ne fut guère moindre, doit être aussi compté dans cette recherche, Un morceau comme le texte attribué à Tite-Live sur Philopæmen par exemple, inséré au deuxième Discours, a pu venir à Reynolds de ces écrivains. Maïs 1l ne faut pas oublier que Reynolds lisait beaucoup. Un passage du septième Discours, où il conseille la lecture au peintre, montre assez que lui-même en a recherché l'utilité. I avait lu beaucoup de critiques sur son art, tels que De Piles, Dufresnoy, Junius, Algarotti; 1l avast lu les historiens de la peinture, comme Vasari, Félibien, Ridolfi, Bellori; son érudition à cet égard était approfondie; on peut voir dans ses notes de voyage que les tableaux lui étaient connus d'avance par la gravure, et qu'il y en a peu en face desquels il ne soit en mesure de nommer le graveur. De beaucoup de peintres maintenant obscurs et qui de son temps même étaient loin de tenir le premier rang, al connaissait assez d'ouvrages pour porter un jugement sur eux. L’étendue de son information en ce genre, est sensible dans ses discours: elle s'étend jusqu'aux primitifs, aperçus ça et la par lui et jugés avec un à-propos de raison, dont seule l’exagération préraphaëlite pourra se plaindre,
Tels sont les éléments dont se formèrent ses talents dans le domaine de la critique. On peut croire qu’au temps où parurent les articles du Æläneur «et dès auparavant même, ces talents se faisarent déjà connaître dans les conversations,
Johnson avec Burke n'étaient pas les seuls à pouvoir apprécier le mérite des entretiens de Reynolds. Bien avant que la fondation de l'Académie Royale, qu'il présida, eût fourni le théâtre illustre qu'appelaient ses enseignements, l'étendue de ses relations, jointe
au brillant de sa fortune, lui composait un auditoire. Magnifiquement logé dans Leicester-Square, il réunissait à sa table des poètes, des historiens, des gens d’église, des philosophes et des savants. Au nombre des familiers de Reynolds comptaient Goldsmith, Percy, l'acteur Garrick. Affligé de surdité depuis son retour d'Italie, la force et l'intérêt de ses discours n’en faisaient pas moins rechercher son entretien, Son crédit dans le monde était assez bien établi pour qu’il réussit en 1764 à fonder un club, dit Club Littéraire et plus tard Club de la Tête de Turc, du nom de la taverne où il
se réunissait. Quinze ans plus tard, un membre de ce cercle pou= vait écrire qu’ « il n’y avait pas de branche des connaissances -
humaines, dont quelques-uns d’entre eux ne fût capable de donner des informations ». On peut être certain que Reynolds s'y signala par ses entretiens sur la peinture. Il y avait aussi en ce temps-là
une société des Dilettanti ou Amateurs, à laquelle on peut croire
que se mêla Reynolds, car il en a peint deux fois les membres dans des tableaux de société.
Enfin l’Académie vit le jour. Le 2 janvier 1769, elle tint sa première séance. Reynolds en était président. Il fit le discours d'ouverture, et depuis lors prit l’occasion de la remise solennelle des médailles aux étudiants de l’Académie, pour prononcer un de ses fameux Discours. Cette remise avait lieu tous les deux ans au mois de décembre. Quelques cérémonies de surcroît sont cause que le nombre de quinze fut atteint en vingt ans. Le dernier fut prononcé en décembre 1590. L’apogée de son renom de critique lui vint de ces morceaux imprimés.
Son âge et quelques infirmités l’obligeaient de quitter sa charge de président. Il voulut que les adieux faits à son auditoire fussent un éloge de Michel-Ange. Un an plus tard il mourut, âgé de soixante-neuf ans, le 23 février 1792, au milieu des témoignages du regret universel. Le prince Régent, la cour, tout ce que l'Angleterre comptait de plus distingué par le rang et par la science, saluait en lui le fondateur et le maître inconstesté d’une école qui faisait désormais l'honneur de la nation.
En témoignage du rang que Reynolds avait conquis aux yeux des
amateurs de l’art, on peut citer l’abbé Lanzi, qui dans son Histoire
de la Peinture italienne, parue en 1789, ne porte presque pas de jugement d'importance sans citer l’opinion de Reynolds. Cet ascendant dura longtemps, On en trouve l’écho jusque chez Ingres, dont plusieurs notes publiées par les soins du feu vicomte