‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 34 sur 302 · À la Pinacothèque de Bologne, v. p · texte numérisé non relu

À la Pinacothèque de Bologne, v. p

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En dépit de l'évidence de ces observations, plusieurs auteurs qui ontécrit sur la peinture, sans en exercer la profession et par conséquent sans savoir ce qu’elle peut et ne peut pas atteindre, ont prodigué des éloges absurdes en faisant la description d'ouvrages qu'ils avaient pris en affection. Ils y trouvent toujours ce qu'ils ont résolu d’y trouver. Ils louent des beautés qui peuvent à peine subsister ensemble; ils aiment surtout à décrire avec beaucoup d’exactitude l’expression de ces passions mixtes ‘, qui plus que tout me paraissent au-dessus du pouvoir de l’art.

De cette espèce sont plusieurs dissertations que j'ai lues sur quelques-uns des Cartons et des autres ouvrages de Raphaël, dans lesquelles les critiques ont décrit leurs propres imaginations ; ou sur quelques peintures où ce grand maître, dans le dessein peut-être d'exprimer ces passions qui sont hors du pouvoir de l’art, a, par le vague de son indication, laissé à chacun la possibilité de reconnaître celles qu'il voudrait. .

Ce qu’on a fait et ce qu’on peut faire dans l’art est déjà: assez difficile, sans qu’il faille que nous soyons mortifiés et découragés à la pensée de ne pouvoir pas exécuter les conceptions d’une imagination romanesque. L'art a ses limites, si l'imagination n’en a point. Comme les anciens, nous pouvons aisément supposer qu'un dieu Jupiter soit doué de toutes les puissances et de toutes les perfections dont les divinités secondaires sont douées séparément ; mais quand ils ont employé l’art pour représenter un tel dieu, ils ont réduit son caractère à celui de la seule majesté. Voilà pourquoi Pline, à qui nous avons d'ailleurs de grandes obligations pour les lumières qu'il donne sur les ouvrages des anciens maîtres, se trompe quand il en parle, ce qui lui arrive souvent, dans le style de plusieurs de nos connaisseurs modernes. 11 observe? que dans une statue de Pâris par Euphranor, on découvrait à la fois trois diirérents caractères : le juge des déesses, l’amant d'Hélène et le

1. Composées de plusieurs passions différentes et quelquefois contradictoires.

2. Histoire Naturelle, Liv. XXXIV, chap. vu (sect. 19). Cette mention paraît prise de l'édition donnée par Falconet (Œuv. comp., t. IIT, p. 131), qui fait de Pline la même critique.

vainqueur d'Achille. Une statue dans laquelle on chercherait à.

réunir ainsi la dignité d’un magistrat, les grâces de la jeunesse et la fierté de la valeur, ne pourrait certainement avoir aucun de ces caractères dans un degré éminent.

Je reviens à ma remarque sur le Guide, et maintiens qu'il n’y a pas moins de difficulté que de danger à vouloir concentrer dans un seul sujet des intentions diverses qui, venues de différents points, se meuvent naturellement dans des sens opposés.

Le comble de l'excellence semble être, il est vrai, un assemblage de qualités contraires, mais mêlées de manière qu'au- .cune partie ne contredise l’autre. Ceux-là seulement qui se sont montrés capables des plus grands progrès dans leur profession, savent combien il est difficile d’y réussir dans tous les arts.

Pour conclure ce que j'ai à dire sur cette partie de mon sujet, que je regarde comme de grande importance, je voudrais qu’il füt bien compris que je n’entends pas décourager les jeunes artistes dans le noble effort d’unir toutes les perfections de l’art; je veux seulement les avertir qu’outre les difficultés promises à toute grande entreprise, il y en a une en particulier dans le choix des perfections qu'on prétend réunir. Faites donc attention, je vous prie, d'essayer vous-même, quand vous vous trouvez en état de faire cette épreuve, ce que vous pouvez et ce que vous ne pouvez pas faire ; et au lieu de gaspiller vos -facultés naturelles à travers le champ immense de la perfection possible, prenez quelque route dans laquelle toutes vos forces puissent s'exercer, de manière que chacun de vous devienne le premier dans son genre. Que si quelqu un possède un génie assez transcendant, assez puissant, assez souple, pour l’emporter dans les plus hautes régions de l’art et pour soutenir son vol dans les plus basses, en les parcourant toutes avec aisance, naturel et sécurité, celui-là est fait pour donner des exemples et non pour recevoir des lecons. |

Et maintenant que j'ai parlé de l’union des diverses espèces de mérites, je vais faire quelques réflexions sur la subordination qui doit être observée entre élles.

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SUR LA PEINTURE | es

Je pense que le style décoratif !, que je vous ai averti dans mon discours de l’année passée de ne pas considérer comme le premier, peut cependant faire le digne objet de quelque attention de la part de ceux mêmes qui aspirent au grand style, lorsqu'il est mis à propos et réduit à son rang.

Mais l'introduction de ce style aura un bien meilleur effet, si l’on se sert de ses principes pour adoucir la rudesse et relâcher de la rigueur du grand style, que si elle prenait le pas avec des prétentions à une positive et originale excellence. C’est ainsi que Louis Carrache, dont je vous ai autrefois recommandé l'exemple, l’a mis en usage. Il avait étudié à la fois les ouvrages du Corrège et de l’école Vénitienne, et il connaissait les principes auxquels tiennent chez ces maîtres ces effets agréables, qui au premier coup d’œil nous préviennent si fort en leur faveur ; mais il ne prit de chacun que ce qui pouvait embellir, et non prédominer sur la mâle vigueur et l’énergie de style qui forment son caractère particulier.

Puisque je me suis déjà si fort étendu, dans le précédent discours et dans celui-ci, sur les styles et sur les caractères dela peinture, il ne sera pas du tout inutile de joindre quelques réflexions touchant les principes directeurs et les ouvrages principaux de ceux qui ont excellé dans le grand style; afin de vous acheminer de l’abstraction à la pratique, et de vous rendre sensibles les préceptes par des exemples.

Les principaux ouvrages de l’art moderne sont à fresque, méthode de peindre qui ne permet pas de s’arrêter à des élégances de détail; cependant ces ouvrages à fresque font le fondement de la célébrité des plus grands maîtres. Tels sont les tableaux de Raphaël et de Michel-Ange au Vatican, auxquels on peut joindre les Cartons ? de ce dernier ; car, quoique n'étant pas absolument des fresques, cependant ces sortes d'ouvrages rentrent assez bien dans cette dénomination. De la même espèce sont aussi les ouvrages de Jules Romain à Mantoue*, Avec ces productions, si elles étaient détruites, péri-

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