‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 36 sur 302 · Aujourd'hui à Bridgewater-House, à Londres · texte numérisé non relu

Aujourd'hui à Bridgewater-House, à Londres

n’ont rien de choquant chez lui : elles semblent en parfait accord avec l’air général du tableau. Au contraire, si les figures qui animent ses ouvrages avaient un air ou une physionomie moderne, s’il ressemblaient à nos paysans, si les draperies rendaient l'aspect du drap ou du satin de nos manufactures, si le paysage offrait l'apparence d’une vue d'aujourd'hui, quel ridicule ne trouverait-on pas dans Apollon représentant le soleil, dans un vieillard ou dans une nymphe avec une urne représentant un lac ou une rivière!

Je ne puis m'empêcher de faire mention ici d’une circons-

tance de la peinture de portraits, qui pourra servir à confirmer

ce que je viens de dire. Lorsqu'on peint un portrait dans le style de l’histoire‘, comme on ne se propose ni un détail rigoureusement exact de la personne, ni une figure purement idéale, il faut que tous les accessoires correspondent à ce propos mêlé. La simplicité antique dans l’air et dans l'attitude, quelque grande admiration qu’on lui voue, est ridicule quand elle est jointe à une figure mise à la moderne. Mon dessein n’est pas d'examiner ici si ce style mixte doit être adopté ou non; mais si l’on fait tant que de le prendre, il est essentiel qu’il soit complet et tout d’une pièce. Par exemple la différence des étoffes qui font la draperie, doit être marquée à proportion que la tête du portrait s'écarte du caractère idéal. Sans cette union, que j'ai si souvent recommandée, un ouvrage ne peut pas avoir un caractère distinct et déterminé, ce qui est la marque particulière et le signe constant du génie. Mais quand cette union est dans un haut degré, le style ainsi formé entre pour ainsi dire en rivalité avec le style que j'ai dit être le plus grand.

Aïnsi, j'ai tracé une esquisse du caractère de Rubens et de celui de Salvator Rosa, comme de deux artistes qui me semblent avoir marqué la plus grande uniformité d’esprit dans tout l’ensemble de leurs ouvrages. Mais nous pouvons joindre à ces deux-là, tous ceux qui sont à la tête d’un genre, et qui

1. Comme l’auteur a fait, se peignant lui-même, dans le genre du portrait de Poussin qui est du Louvre. L'ouvrage est reproduit en tête de ce volume.

ont eu une école d’imitateurs, RU Michel-Ange jusqu’à

| Watteau. En résumé, il semble qu'en mettant de côté Le style

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purement décoratif, il y a deux routes différentes entre lesquelles l’élève peut choisir, sans craindre de dégrader la dignité de l’art : la première, c'est de combiner ensemble les excellences du plus haut degré, et d’y joindre des embellissements de la manière la plus avantageuse ; l’autre, de porter une de ces excellences à son comble. Mais ceux qui ne possèdent ni l’une ni l’autre de ces manières, doivent être mis dans la classe de ces hommes dont parle Shakespeare, « gens de nulle remarque et qui ne ressemblent à rien‘ »

Je vous invite aussi souvent qu’il m'est possible, à vous for-

| mer sur de grands principes et sur de grands modèles. Votre temps serait perdu dans toute autre recherche. Les ouvrages

où l’on n’aperçoit que des réussites d'ordre inférieur doivent être vus, mais ne valent pas d’être étudiés. Il faut les voir, parce que rien ne doit échapper à l'observation d’un peintre, il n'y en a pas d’autre raison.

Il y a un autre avis que je voudrais vous donner. N'ayez pas moins de soin à choisir ceux à qui vous voulez plaire, que ceux que vous voulez imiter. Sans l'amour de la gloire vous ne ferez rien d’excellent; mais un désir immodéré de plaire vous fera tomber dans des idées communes; vous dégraderez votre style et vous corromprez entièrement votre goût. Il est certain que le style le moins relevé est le plus populaire, parce qu'il est à portée de l'ignorance, et le vulgaire sera toujours

! charmé de ce qui ressemble à la nature, au sens étroit et mal : formé du mot.

Il serait à souhaiter que cette corruption du goût füt combattue avec cette virile fierté qui animait Euripide, quand il dit aux Athéniens qui critiquaient ses œuvres : « Je ne compose pas mes ouvrages pour que vous me corrigiez, mais pour vous

: instruire ?. » Il est vrai qu'il faut être Euripide pour avoir

le droit de parler ainsi. Au moins ne peut-on nier que,

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