‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 40 sur 302 · Mort en 1674 à Amsterdam · texte numérisé non relu

Mort en 1674 à Amsterdam

16. Occupé par Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, et par Jean- Maurice de Nassau, mort en 1660.

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Pour opposer à cette liste, un petit nombre de peintres en qui limitation offre un caractère plus libéral, Pellegrin Tibaldi *, le Rosso et le Primatice n'ont pas copié froidement Michel-Ange, ils ont attrapé quelque chose du feu qui anime ses ouvrages. Les Carraches avaient formé leur style sur ceux de Pellegrin Tibaldi, du Corrège et de l’école Vénitienne. Le ! Dominiquin, le Guide, Lanfranc, l’Albane, le Guerchin, Cavedone *, Schidone*, Tiarini*, tous peintres qui ne sauraient renier l'atelier des Carraches, dont ils tirent leur origine, n’en ont pas moins l'apparence d'hommes capables d’étendre plus loin leurs regards; ils montrent une provision d'idées originales, une manière propre de penser, ajoutée aux principes qu’ils avaient recus de l’école.

La première manière de Lesueur ressemble beaucoup à celle de Vouet son maitre ; mais comme il le surpassa bientôt, il a différé de lui dans toutes les parties de l’art. Carle Maratte a mieux réussi que ceux que j'ai nommés d’abord, et je tiens qu'il a dù cette supériorité à la variété de son imitation ; car outre André Sacchi son maître, il a imité Raphaël, le Guide et les Carraches. Il est vrai qu'il n y a rien dans Carle Maratte : qui charme beaucoup; maïs cela a tenu à un défaut qui ne peut pas être complètement réparé ; savoir un manque de force dans les dons naturels.

En cela certainement les hommes sont inégaux, et l’on ne peut rapporter chez soi plus de marchandises qu’on n’a emporté d'argent. Carle Maratte par son application a tiré de son fonds tout ce qui se pouvait; mais il y avait en lui une certaine pesanteur qu'on ne peut éviter de sentir et qui s’étend à tout, à l'invention, à l’expression, au dessin, au coloris et à l'effet général du tableau. La vérité est qu'il n'a égalé aucun de ses modèles en rien, et qu’il y a peu ajouté de lui-même.

2, Ami du Guide, né dans le duché de Modène, mort en 1660.

3. Grand imitateur du Corrège, auteur de vingt tableaux au palais royal de Naples, mort en 1615.

4. Dit Alexandre Véronèse, excellent peintre de l’école Vénitienne, mort en

Mais même dans cette étude générale, on ne saurait se contenter des modernes ; il faut que nous remontions à la source de l’art, à cette source d'où dérivent leurs principales beautés, je veux dire aux monuments de la pure antiquité. Toutes les inventions et toutes les idées des anciens, sous quelque forme qu’elles se présentent, statues, bas-reliefs, pierres gravées, camées ou médailles, doivent être recherchées et diligemment étudiées ; le génie qui plane sur ces vénérables restes, peut être appelé le père de l’art mo- derne.

C'est par ce qui restait des ouvrages des anciens que les arts naquirent à nouveau chez les modernes, et c’est par le moyen de ces restes qu’il faudra les faire revivre une seconde fois. Quelque ombrage qu'en doive prendre notre vanité, nous ne pouvons éviter de convenir que les anciens sont nos maîtres ; et on peut hardiment prédire que, quand ils cesseront d’être étudiés, les arts cesseront de fleurir et que nous retomberons à la barbarie.

Le propre feu du génie de l'artiste opérant sur ces matériaux ainsi rassemblés diligemment, le rendra capable de former de nouvelles combinaisons, supérieures peut-être à tout ce qui jusque-là aura jamais été au pouvoir de l’art; ainsi que du mélange d’une variété de métaux fondus, dit-on, et mêlés ensemble dans l'incendie de Corinthe, fut formé un métal inconnu jusqu'alors, égal aux plus précieuses matières qui contribuèrent à sa composition. Et quoique rien n’empêchät un habile chimiste, avec ses creusets, d'analyser ces différentes parties, cependant le bronze de Corinthe n’en tiendrait pas moins son rang parmi les métaux les plus beaux et les plus précieux.

Jusqu'ici nous avons considéré les avantages de l’imitation en tant qu’elle tend à former le goût, et comme une méthode par laquelle on peut attraper une étincelle de ce génie inspirateur des plus nobles chefs-d’œuvre de l’art. Nous allons parler à présent d’une autre espèce d'imitation : l'emprunt d’une idée particulière, d’un mouvement, d’une attitude ou d’une figure, que nous transportons dans nos ouvrages; ce qui tantôt tom-

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bera sous le reproche de plagiat, tantôt sera approuvé et loué, suivant l’adresse qu'on y mettra.

Il y a pareillement quelque différence, selon que ce larcin s'opère sur les anciens ou sur les modernes. On est généralement d'accord qu'il n’y a point de honte à copier les anciens ; leurs œuvres sont considérées comme une réserve commune, toujours ouverte au public, où chacun peut prendre ce qui lui plaît, et qui nous devient propre à tous égards pourvu qu’on ait l’art d’en user. Les grandes peines que Raphaël a prises pour rassembler les idées des anciens, sont une preuve de son opinion sur ce sujet. Ces collections peuvent se faire aujourd'hui avec beaucoup plus de facilité par le moyen d’un art à peine connu alors, je veux dire la gravure, par laquelle, avec peu de frais, chacun peut à présent se rendre possesseur des inventions de l’antiquité.

Il faut reconnaître que les ouvrages des modernes sont davantage la propriété de leurs auteurs. Cependant, soit anciens, soit modernes (je ne dis pas contemporains), l’emprunt fait à quelques ouvrages par celui qui sait l’art de l’adapter à son œuvre, de manière quil en fait partie et que la jointure n’y paraît point, ne saurait guère être traité de plagiat. Les poètes pratiquent, comme on sait, cette sorte de larcin sans scrupule. Aussi bien 1l ne faut pas qu’un artiste se contente de cette justification ; je voudrais qu'il entrât en,compétition avec son original, qu'il se piquât de perfectionner ce qu'il fait sien. Une telle imitation est si loin de rappeler la servilité d’un plagiat, qu’elle est au contraire un exercice perpétuel de l’esprit et une invention continuelle. Un emprunt ou larcin pratiqué de cette sorte avec tant d’art et de précaution, acquiert un droit à la même indulgence dont usaient les Lacédémoniens, qui ne punissaient pas le vol, mais le défaut d'adresse à le cacher.

Pour vous encourager à l’imitation jusqu’à ses extrêmes limites, j'ajoute que de très parfaits artistes dans les branches inférieures de l’art, contribuent à meubler l'esprit et à donner des idées dont un peintre habile, averti de ce qui lui manque et capable d’affronter sans danger le contact des modèles moins purs, saura se servir avec avantage. Du fumier même, par

l’artifice d’une chimie délicate et d’un travail habile, il tirera de quoi faire de l'or; sous la rudesse d'essais gothiques, il trouvera d’originales, de sages et même de sublimes inventions.

Les ouvrages d'Albert Durer, de Lucas de Leyde, les nombreuses inventions de Tobie Stimmer!: et de Josse Amman * fournissent un riche amas de matières originales, lesquelles étant travaillées et polies, ajouteront de l'abondance à ce qui sans ce secours n’aurait peut-être eu de mérite que l’exactitude et la propriété.

Dans le style somptueux de Paul Véronèse, dans les compositions capricieuses du Tintoret, il trouvera de quoi soutenir son invention, il y trouvera le point de départ d'où s’élèvera son imagination, aussi souvent que son sujet comportera ces effets brillants.

Dans toutes les écoles, Vénitienne, Française, Hollandaise, il trouvera ou des compositions ingénieuses, ou des effets extraordinaires, ou des expressions singulières, ou quelque perfection d'exécution digne de fixer son attention, et, dans quelque mesure, d’être imitée. Même dans la classe secondaire des peintres français, on trouve souvent de grandes beautés unies à de grands défauts. Quoique Coypel* ait manqué de. simplicité dans le goût et qu'il ait pris un air de présomption pour le grand et pour le majestueux, cependant la manière dont il traite ses histoires, montre souvent un très bon sens, ses compositions sont adroites, et pour l’expression des passions il a un talent considérable. L’affectation moderne de la grâce dans ses œuvres, comme dans celles de Boucher‘ et de Waiteau, n’est séparée, on peut le dire, que par une barrière fort

1. Maître de la Renaissance allemande, peintre et graveur, né à Schaffouse, mort à la fin du xvre siècle.

2. Autre maître de cette Renaissance auteur de planches innombrables, né à Zurich, mort en 1591.

3. Antoine, qui fut garde des Dessins du Roi et familier du Régent, auteur de la voûte de la chapelle de Versailles. |

4. Les textes donnent Bosch, que M. Fry s applique à retrouver dans Balthazar Vanden Bosch, mort en 1915. Mais il n’y a dans les ouvrages de ce peintre aucune affectation de grâce dont l’auteur ait pu faire mention en même temps que de celle de Coypel et de Watteau. J’ai suivi la correction de Jansen.

SUR LA PEINTURE 115 légère, de la grâce plus simple et plus pure du Corrège et du Parmésan.

Parmi les peintres hollandais, le pinceau correct, ferme et décidé employé par Bamboche ‘ et par Jean Miel” pour des sujets bas et vulgaires, pourrait sans rien changer servir pour les plus nobles, auxquels il est de fait qu’il semble bien plus propre. Le plus grand style, à condition que ce style soit exprimé dans de petites figures ainsi qu’il est le plus souvent chez

Poussin, recevrait une grâce de plus de l’élégance et de la

précision de pinceau si admirable dans les œuvres de Téniers ; et quoique l’école à laquelle il appartient tire son plus grand renom de la mécanique de l’art, elle a cependant produit plusieurs artistes doués de grands talents dans un domaine plus haut que celui de la simple exécution. Dans les ouvrages de Frans Hals, le peintre de portraits pourra observer la composition d'un visage, la mise ensemble (comme disent les peintres) de tous les traits : d’où résulte ce caractère fortement marqué de la nature individuelle, si frappant dans les portraits de ce maître, et qu’on ne trouve au même degré chez aucun autre. À cette partie très difficile de l’art, s’il avait joint la patience de finir ce qu’il avait établi avec tant de correction, il aurait pu réclamer à bon droit la place que Vandyck, toutes choses considérées, tient à si juste titre, de premier peintre de portraits du monde.

D'autres de la même école ont montré beaucoup de talent dans l’expression du caractère et des passions des gens du peuple, qui ont été l’objet de leur étude. Parmi ceux-ci Jean Steen parait un des observateurs les plus exacts et les plus

diligents de ce qui se passait dans les lieux qu'il fréquentait,

et qui lui servaient d’Académie, Je suis comme assuré que, si cet homme extraordinaire avait eu la chance de naître en Italie au lieu de naître en Hollande et qu’au lieu de vivre à Leyde il eût vécu à Rome, avec Michel-Ange et Raphaël pour maîtres

1. De son nom Pierre Van Laar, Hollandais, imitateur de Claude Lorrain dans ses fonds, familier de ce dernier et de Sandrart à Rome, mort en 1642.

a. Imitateur de Bamboche, mort en 1664 au service du duc de Savoie, pour

lequel il décora le château de la Vènerie.

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au lieu de Brouwer et de Van Goyen, la même pénétration qu’il met à distinguer les caractères et l'expression dans ses figures vulgaires, aurait donné des résultats égaux à l'égard de ce que la nature a de plus grand et de plus élevé, et qu’il compterait à nos yeux au rang des principaux représentants de Part.

Des hommes qui, dans la servitude d’habitudes premières presque invincibles et dans une sphère étroite et confinée, n’ont pas laissé de développer des talents extraordinaires, et, par l'effet d’une vigueur d’esprit, de donner tant d’expression et de force à des ouvrages de petit rang, ne peuvent pas être recommandés à une exacte imitation, mais ils engagent du moins les artistes à s'informer de leurs qualités et, par une sorte de parodie, à transposer celles-ci dans leurs ouvrages. Celui qui s’est rendu capable de faire cet usage de l’école Flamande, de la Vénitienne et de la Française, est vraiment un homme de génie ; il a à sa disposition des sources de savoir qui ont manqué aux grands artistes du plus beau sièele de la peinture.

La découverte de perfections éparses, de beautés qu'une multitude de défauts dérobent, ne peut être l’œuvre que de celui qui, l'esprit rempli incessamment de son art, a étendu sa vue à tous les siècles et à toutes les écoles, et qui, d’un vaste amas recueilli pour son usage, a tiré une idée parfaite et bien digérée de l’art auquel il rapporte toute chose. Devenu juge et arbitre souverain de son art, siégeant pour ainsi dire au centre des styles et des écoles, il est en possession de distinguer et de saisir le bon partout où il se trouve; il prend dans ce qui est grand et dans ce qui est petit, s'enrichit de savoir au levant et au couchant, rend l’univers entier son tributaire, et fait de ses ouvrages un trésor d’inventions originales et variées.

Je viens de vous exposer mon opinion sur ce qui me semble la vraie et seule méthode de parvenir à la maitrise de l’art, laquelle à mon avis consiste dans un train constant d'imitation, qui ne doit finir qu'avec la vie.

Ceux qu’un excès d'occupation, leur indolence ou leur vanité

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