‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 43 sur 302 · Architecture, Liv. I, chap · texte numérisé non relu

Architecture, Liv. I, chap

SUR LA PEINTURE ré

terrain sur lequel il veut bâtir. Je suis loin d’aller jusque-là : mais en se gardant d’exagération, je maintiens qu’un peintre doit posséder plus de science que sa palette n’en propose et qu'il n’en peuttirer de son modèle, soit modèle vivant, soit œuvre d'art offerte à son imitation. On ne peut jamais devenir un grand artiste si l’on est absolument ignorant.

Un homme dont le métier estaprès tout de décrire, ne peut se passer de quelque connaissance des poètes dans une langue ou dans une autre, qui l’emplisse de l'esprit poétique et augmente sa provision d'idées. Il faut qu'il soit accoutumé à analyser, et à comparer ses idées. Il faut que cette partie de la philosophie qui apprend à connaître l’homme, et qui a rapport avec les mœurs, les caractères, les passions et les affections, ne lui soit pas tout à fait étrangère.

1 faut qu’un peintre connaisse dans l’homme quelque chose de l'esprit, comme beaucoup du corps. Dans ce dessein il n’est pas nécessaire que le peintre entre dans une entreprise tellement étendue de lecture, que la pratique de son art en pâtisse, et que l'artiste disparaisse au profit du critique. Que dans ses heures de loisir la lecture soit sa distraction favorite : c'est assez pour que son esprit s’avance et s’étende sans nuire à l'exercice de sa profession.

Et ce qui s’en faudra d'enseignement nécessaire dans des lectures ainsi faites par fragments, sera aisément suppléé par

la conversalion que le peintre aura avec dés hommes instruits

et intelligents. Ce moyen estle meilleur pour ceux à qui leurs occupations ne permettent pas d'approfondir eux-mêmes les choses. Nous ne manquons pas aujourd’hui de pareils hommes, qui se font un plaisir de communiquer leurs idées aux artistes curieux et dociles, quand on les traite avec l’honnêteté et la déférence qui leur sont dues. Rien n’empèchera un jeune artiste de se faire admettre au bout de quelque temps dans leur société. Là, sans l’aide d’aucun enseignement formel, il apprendra peu à peu à sentir et à penser comme ceux avec qui il vit; il verra se former par degrés insensibles un système raisonné de goût dans son esprit; et par l'application des idées générales à son dessein particulier, nul doute qu'il

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ne s’entende à le réduire en méthode, mieux peut-être que

ne pourraient le faire ceux de qui il tient l’idée première. De ces études et de ces conversations s’engendre, comme

un fruit naturel et précieux, le pouvoir de distinguer le vrai

du faux : lequel considéré dans son rapport avec les arts,

s'appelle le goût. Entrons donc, sans plus long préambule,

dans l’examen de cette question : si le goût se trouve hors de

notre portée au point qu’il nous soit impossible d'y atteindre par l'étude, ou s’il est chose trop vague et trop capricieuse pour qu'on doive se mettre en peine de l'obtenir.

Ç'a été le sort commun des arts d’être enveloppés dans un langage mystérieux et incompréhensible, comme si l’on avait jugé nécessaire de faire participer les termes même à l’idée qu’on entretenait de l'incertitude des principes.

Discourir du génie et du goût comme de choses soumises en un certain sens à la raison et au sens commun, passera chez quelques-uns pour le fait d’un homme aussi dépourvu de l’un que de l’autre. Des bavards enflammés diront que je ne sais pas ce que c’est que l’enthousiasme, que je n’ai jamais ressenti (car c’est ainsi qu'ils parlent) le feu divin de Prométhée, qui anime la toile et donne la vie au marbre. Cependant mon intention n’est pas de dégrader l’art. Si, dans le dessein d’être intelligible, je le fais descendre d'un trône de nuages imaginaire, ce n’est qu’afin de lui donner une base plus solide sur la terre. Il faut de temps en temps voir les choses telles qu'elles sont, et se dégager d’un nuage de fausse grandeur

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dans laquelle elles nous apparaissent, quand on n'y porte

qu'un regard indistinct.

Je permets à un poète qui ne sait pas trop bien lui-même ce , qu’il veut dire, d'exprimer sa pensée dans un certain degré : d’obscurité, qui fait.une espèce de sublime. Mais lorsqu’en

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