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PAL prose on vous parle gravement de courtiser les Muses
sous les berceaux ombreux, d'attendre l’appelet l'inspiration du.
génie, d’épier le moment et le lieu favorable pour l’invoquer avec succès, de connaître les temps etles saisons où l'imagination pousse avec le plus de vigueur, soit au solstice d’été ou à l’équinoxe, de prendre garde aux entraves que l'observation des
règles impose aux saintes fureurs de l’imagination, ainsi qu’à l’affaiblissement de cette même imagination par l'effet de l’âge et d’un excès de jugement, ceux qui tiennent un tel langage ou qu’on contente avec de pareils sentiments, s’entretiennent d’un pur verbiage, ou tout au plus de notions non seulement mal fondées, mais nuisibles.
Que si l’on veut dire par là (ce qui dans l’origine aura donné naissance à ces facons de parler), que pour cultiver un art, il EL renoncer au commerce du monde, et se retirer aux champs
à de certaines saisons, qu’en certains temps de l’année, le corps se portant mieux, l'esprit se trouve plus capable d’application qu’en d’autres temps, ou bien que l'esprit peut être fatigué par un travail trop prolongé, cela s'entend. Je ne demande non plus pas mieux que de croire qu'un homme signalé dans sa jeunesse par son imagination poétique peut,
en prenant une autre route, négliger tellement ce don, que sa
vieillesse n’en semble plus conserver qu’une partie. Mais je suis convaincu qu'on trouvera à peine un poète, depuis Homère jusqu'à Dryden, s’il a conservé un esprit sain dans un corps sain et continué la pratique de son art jusqu'à la fin, dont les derniers ouvrages ne soient pas remplis du même feu d’imagination que les productions de sa jeunesse.
Il est aussi absurde de prendre à la lettre ces métaphores ou ces idées exprimées en langage poétique, qu’il le serait de conclure de ce que les peintres représentent quelquefois les poètes composant sous la dictée d’un génie ou d’un petit enfant ailé, que ce génie inspire réellement au poète ce qu’il doit écrire, et que le poète lui-même n’est qu’une pure machine parfaitement ignorante des opérations de son esprit.
Nous adoptons naturellement et nous faisons nôtres les opinions vraies ou fausses, généralement reçues et qui flottent dans le monde. On peut regarder ces opinions comme une espèce d’héritage que nous tenons à vie pour les transmettre à la postérité, presque dans le même état où nous les avons recues : n'étant guère au pouvoir de personne de les empirer ou de les amender. |
Nous recevons comme une monnaie courante, la plus grande
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partie des opinions, sans les peser ni les examiner; maïs cette négligence inévitable fait que beaucoup de pièces de mauvais aloi sont reçues, qu'il n'en faut pas moins rejeter quand on passe à à l'estimation de son bien. De même, celui qui a ramassé les opinions populaires, s’il vient à faire un corps de ses connaissances et à les ranger en système, est obligé de séparer celles qui sont vraies de celles qui sont seulement plausibles. Mais il n’est rien comme l’enseignement d’un art pour imposer à ceux qui en ont la charge l’examen rigoureux de toutes les opinions qui courent relativement à cet art. C’est ici l’occasion de marquer les précautions que cet examen exige.
Dans l’acception ordinaire, le génie et le goût semblent être liés de très près ; la seule différence qu’il y ait, c’est que le génie suppose en plus l'habitude ou le pouvoir d’exécuter ; en d’autres termes on peut dire que le goût, quand ce pouvoir est ajouté, change de nom et prend celui de génie. Dans le préjugé populaire, l’un et l’autre ont droit à l’exemption complète de toute contrainte édictée par des règles. On leur suppose un pouvoir d’intuition. Sous le nom de génie on croit que sont produits les chefs- d'œuvre, sous le nom de goût que des jugements sont rendus, sans qu’on sache pourquoi, et sans que nous en ayons la moindre obligation à la raison, aux préceptes ou à l’expérience.
Il est comme impossible d’énoncer ces opinions sans en découvrir l’absurdité ; cependant elles sont sans cesse dans la bouche des hommes et en particulier dans celle des artistes. Ceux qui y ont sérieusement réfléchi, ne portent pas les choses si loin, mais je suis persuadé que même dans le petit nombre de ceux qu’on peut regarder comme capables de pensée, l’opinion qui prévaut accorde moins qu’on ne doit à la raison, et considère les principes du goût, dont les règles de l’art tiennent leur autorité, comme plus flottants et moins bien établis que, venant à l’examiner, nous serons forcés de reconnaître qu'ils sont.
Le proverbe « qu'il ne faut pas disputer des goûts », doit son crédit et sa fortune dans le monde à la même erreur qui nous porte à regarder cette faculté comme trop haute et trop
originale pour être soumise à un jugement terrestre. Elle correspond également à l’idée de ceux qui la regardent comme un pur fantôme de l'imagination, dont le défaut de substance dispense de toute critique.
Il semble que souvent les sentiments ne diffèrent que faute d’user de termes.exacts : n'étant pas toujours obligés de parler avec une rigueur de critique. De plus cette différence peut tenir en partie à un défaut de mots dans la langue dont on se sert, pour exprimer les distinctions plus fines que découvre une étude approfondie des choses. De fait, le plus gros de cette différence cesse, quand chaque opinion est expliquée et comprise au moyen de termes exacts et constants.
Nous donnons le nom de goût à cet acte de l'esprit par lequel nous aimons ou n'aimons pas une chose, quelle qu’elle soit. Notre opinion sur un rien fugitif, sur une fantaisie sans fondement, est appelé du mème nom que le jugement que nous faisons des vérités fondamentales, des principes les plus généraux et les plus constants de la nature humaine, des ouvrages qui demandent pour être produits les plus grands efforts de l’esprit humain. Quelque incommode que soit cette confusion, il faut bien que nous prenions les mots comme nous les trouvons ; tout ce que nous pouvons faire; c’est de distinguer les choses auxquelles on les applique.
Nous pouvons nous passer de parler ici de ces choses qui sont les objets à la fois du goût et des sens, et qui, n’offrant pas moins de certitude que les sens mêmes, ne donnent aucune matière de recherche ou de dispute. L'appétit ou le goùt de lesprit humain est pour la vérité; que cette vérité résulte soit de la convenance ou de l’ égalité réelle d’idées primitives entre elles, soit de la conformité d’une représentation avec l’objet ‘qu’elles représentent, soit de la correspondance des différentes ‘parties de quelque combinaison entre elles. C’est le même goût qui fait que nous trouvons du plaisir dans une démonstration de géométrie, dans la ressemblance d’une peinture avec son original, et dans l’harmonie de la musique.
Tout cela prend son origine inaltérable et fixe dans la nature ; tout cela par conséquent est sujet aux mêmes investigations de
la raison, tout cela se connaît également par l'étude. Certaines matières comportent une clarté plus grande, certaines une clarté moindre, mais le chemin est le même. Toute peinture qui n’offre point la ressemblance de l’objet imité est fausse. Toute composition est mauvaise, quand les parties n’ont pas de proportion entre elles ; car pour qu’une telle composition füt vraie, il faudrait que, sans contradiction, on püt assurer que des parties sont sans rapport avec leur tout. Le coloris est vrai quand
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il est accommodé à l’œil, en brillant, en douceur, en ‘harmonie, k en ressemblance ; toutes ces qualités cadrant à leur objet : la
nature, et pour cette raison étant vraies, aussi vraies qu'une | 4 démonstration mathématique, quoique seuls ceux qui s’adon- 4 nent à ce genre d’étude soient capables d’en connaître la vérité. 4 Mais outre la vérité réelle, il ÿ a encore les vérités apparentes : | c'est l’opinion, c’est le préjugé. Quand est connue la vérité k réelle, le goût qui s’y conforme ne saurait être qu ‘uniforme ; : mais pour la seconde espèce de vérités, qu'on pourrait appe- à ler vérités de tolérance ou vérités de savoir-vivre, elles ne sont 3 point fixes, mais variables. Cependant tant que durent les opi- | : nions et les préjugés qui les supportent, ces sortes de vérités 4 se comportent comme la vérité réelle ; et l’art, de qui l'objet | # est de plaire à l’esprit autant que de l’instruire, doit se régler 4 conformément à l’opinion, sous peine de ne pas atteindre sa 4 fin. $
. À proportion que les opinions.sont plus généralement répandues ou reçues depuis plus longtemps, le goût qui s’y conforme approche plus près de la certitude, et d’une sorte de «0 ressemblance avec la science véritable, même s’il arrive que ceS opinions n’ont rien au-dessus du préjugé. Car le degré de durée et d’uniformité qui les fait recevoir comme vraies absolument, fait en même temps qu’on compte sur leur stabilité et
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