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SUR LA PEINTURE 129 mais ce grand poète et grand critique pensait que limitation aurait coûté trop cher, s’il eût fallu l'acheter par des sensations pénibles, ou, comme il le dit, « par un déchirement des oreilles ». Le poète et l'acteur, comme le peintre de génie, qui connaît la variété et les sources des plaisirs de l’esprit et de l’imagination, donne peu d’attention à la nature commune: il évite
fa commune ornière. En s’élançant hors de ces bornes étroites,
il s'empare des esprits plus sûrement, et touche à son but avec plus de puissance. Les ignorants font honneur de ce succès à une négligence de toutes Les règles et à la mise au rebut de la raison : tandis qu'il n'est l’effet que d’une stricte obéissance aux règles les plus exquises de la plus juste raison.
Celui qui croit que la nature, dans le sens étroit de ce mot, est le seul modèle qu'on doive suivre, n’offrira dans ses productions qu’un faible divertissement à l'imagination. Tout ce qu'on fait doit être fait avec ce dont il est naturel que l'esprit soit charmé, simplicité ou variété, uniformité ou irrégularité, scènes domestiques ou étrangères, agrestes et sauvages ou riches et ornées : chacune de ces choses à son tour étant de nature à plaire à l'esprit. En un mot, tout ce qui plaît a quelque chose en soi qui est analogue à l'esprit ; il est donc naturel, dans le sens le plus relevé et le meilleur du mot.
C’est au sens de ce mot de nature et de vérité que ceux qui professent l’art ont le devoir de s’attacher plus particulièrement; et il faut remarquer que beaucoup d'hommes instruits, accoutumés à n’admettre comme vrai que ce qu'on peut prouver par les mathématiques, ont rarement du goût pour les arts qui s'adressent à l'imagination, dont la conformité avec le vrai se reconnaît par une autre espèce de preuve. Cependant la connaissance de ces arts ne demande pas moins de circonspection et de sagacité qu'il n’en faut pour atteindre les vérités sujettes à des démonstrations exactes. C’est la raison qui doit en dernier ressort déterminer notre choix dans toutes les occasions ; mais il est sûr qu’elle sera de peu de secours, si l’on applique au goût des principes qui, quoique bons dans leur Do. ne sont pas faits pour cet QAIÉE Par exemple, il y a de
. bonnes raisons de prétendre qu'une statue destinée à trans-
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mettre la ressemblance d’une personne à la postérité, doit être vêtue suivant le costume du temps, et ces raisons seraient décisives si le costume faisait partie de la personne; mais il faut remarquer qu'après un certain temps le costume n’est plus qu’un objet de curiosité pour l’antiquaire : c’est ce qui fait que l'artiste a le droit d’en tenir peu de compte, toutes les fois que ce soin serait contraire au dessein général de l’ouvrage. Il faut ici que l'opinion vulgaire cède à une raison
supérieure, C’est dans les formes du nu et dans le jet des |
draperies qu'on reconnaît principalement la différence entre un artiste et l’autre. S'ils sont obligés de suivre le costume moderne, les formes du nu se trouveront entièrement cachées, et les draperies auront déjà été disposées par le tailleur. Un Phidias ne serait plus Phidias, s’il lui fallait se plier à ce plan déraisonnable : rien ne le distinguerait d’un sculpteur ordinaire, puisque dans les parties inférieures de quelque art, le savant et l’ignorant sont sur le même niveau.
Voilà sans doute une des raisons qui font que l’auteur de la merveilleuse figure du Laocoon ‘ l’a représenté nu, quoique il soit supposé en train de sacrifier à Apollon, et que partant le devoir du sculpteur eût été de le montrer dans ses habits pontificaux : mais d’autres fortes raisons l’ont emporté. L'art ne jouit pas chez nous d’une assez haute estime pour obtenir des sacrifices aussi grands que les anciens lui en ont fait, et en particulier les Grecs, qui souffraient qu’on les représentât nus, fussent-ils généraux, législateurs ou rois.
Sur ce chapitre de la balance à tenir entre deux raisons contraires, ou du choix à faire du moindre de deux maux, on peut considérer la conduite de Rubens dans la galerie du Luxembourg ?, où des figures allégoriques sont méêlées avec des personnages réels. Il faut avouer que ce mélange est une faute :
‘: cependant étant donné que le dessein du peintre fut d’or-
ner cette galerie avec richesse, avec variété, avec splendeur, ce résultat n’a pu être atteint, au moins dans le degré