‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 50 sur 302 · ERA #T · texte numérisé non relu

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4 de consulter nos sentiments particuliers, et de nous en rap- __ porter à eux pour nous préserver de toute erreur. | Ÿ Une connaissance de la disposition et du caractère de l’es- : prit humain ne s’acquiert que par l'expérience. Je conviens À que l’examen de ce qui se passe en nous, et que l'habitude de ; S remarquer les motifs de nos propres actes et les réactions de S nos propres sentiments, fournit une grande partie de cette \ connaissance. Nous pouvons supposer une uniformité, et conæ clure que les mêmes causes produiront chez les autres les WE mêmes effets ; cet examen aura de plus l'effet de nous suggé- JE rer des recherches ; mais nous ne serons jamais sûrs que nos senà - timents sont vrais, que lorsqu'ils se trouveront confirmés par 1 4 une observation plus étendue. Une différence entre deux indi- \ à vidus ne décide rien : mais une réunion générale des esprits, à comme un D Liomont général des forces de tout le genre ‘14 humain, fait une puissance irrésistible. De fait, comme il est 1èN vrai de dire que celui qui ne se connaît pas soi-même ne con- A naît pas les autres, de même on peut dire que celui qui ne ù à connaît pas les autres, ne se connaît soi-même que fort ‘es imparfaitement. | it: Celui qui croit s'affranchir des préjugés en rejetant l’autorité des autres, ouvre les avenues toutes grandes à la singuni. larité, à la vanité, à l’obstination et à plusieurs autres vices, |. 3 qui tous tendent à pervertir notre Jugement et à empêcher ER: l'opération naturelle de nos facultés. Cette soumission aux idées des autres est un devoir d’une part, et de l’autre une # s AU | f nécessité à laquelle nous cédons malgré nous. La vérité est

+4 que nous ne sommes jamais satisfaits de nos propres opinions, sp W quelques prétentions que nous élevions, tant qu elles n’ont pas | recu la ratification du suffrage des autres hommes, Nous ne | cessons de disputer et de combattre : nous cherchons à gagner | les autres à nous, quand nous ne nous rendons pas à eux. ; h 4 1 «- De tout cela il s'ensuit que celui qui connaît les ouvrages con- Ne {sacrés par. l'approbation de différents siècles et de différents | | peuples, et qui a formé ses idées là-dessus, a plus de matériaux | Let plus de moyens de connaître ce qui est Aloe à l'esprit (de l’homme, que celui qui n’a de commerce qu'avec les pro-

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136 SEPTIÈME DISCOURS ductions de son siècle et de son pays. Ce qui a plu et plait encore, continuera sans doute de plaire à l'avenir : c’est le fondement des règles de l’art, et la raison solide qui ne peut leur manquer.

Cet examen et cette étude de l’espritne doivent pas être limités à un seulart. C'est par le rapport d’un art avec un autre, que beaucoup de choses peuvent être assurées, que l'on n'aurait fait qu’entrevoir ou qu'on n’aurait peut-être pas découvertes du tout, si l’on n’y avait été conduit par la pratique de quelque art frère dans une occasion du même genre‘. Les fréquentes allusions qu’un homme qui traite d’un art est obligé de tirer des autres pour expliquer et pour confirmer ses principes, montrent assez leur intime connexion et leur rapport inséparable.

Comme tous les arts tendent au même but général, qui est de plaire, et s'adressent aux mêmes facultés par le moyen des sens, il s'ensuit que leurs règles et leurs principes doivent avoir autant d’affinité que le permettent les diverses matières et les différents organes ou véhicules par lesquels ils sont transmis à l'esprit”.

Concluons donc que l'essence véritable, pour m'exprimer ainsi, de ce qu'on appelle goût, est fixée et établie dans la

nature des choses, qu'il y a des causes certaines et régulières.

par lesquelles l’imagination et les passions de l'homme sont affectées. Concluons que la connaissance de ces causes s’ob- ‘tient par une recherche laborieuse et attentive de la nature, selon le même insensible progrès qui règle l'acquisition de toutes les sciences, quelque instantanées que puissent paraitre leurs opérations, après qu’on les a acquises ainsi.

On a souvent observé que seul l’homme bon et vertueux est à même d’acquérir ce goût vrai ou juste même des arts.

Cette opinion ne paraîtra pas sans fondement, si l’on considère

que la même disposition d'esprit engendrée de la recherche

1. Nulla ars non alterius artis aut mater aut propinqua est. TERTULLIEN cité par Juxrus (Note de l’auteur).

2. Omnes quæ ad humanitatem pertinent, habent quoddam commune vinculum et quasi cognatione inter se continentur. Cicéron (Note de l’auteur).

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de la vérité dans les plus importants devoirs de la vie, est seulement transportée ici à des amusements moins graves.

La même disposition, le même désir de trouver quelque chose de fixe, de solide, de substantiel et de durable, où l'esprit

| puisse prendre son appui, pour ainsi dire, et s'établir en sûreté, est cé qui nous pousse dans un cas comme dans l’autre; il

Rire Fer

n’y a que le sujet de changé. Dans l’un et dans l’autre nous tenons la même conduite pour obtenir l’idée de la beauté et de la perfection : perfection de vertu, quand nous regardons, au delà de nous-mêmes, la société et l’univers; perfection des arts, quand de la même manière nous étendons nos vues sur tous les âges et sur tous les temps.

Tous les arts ont ainsi que le nôtre certains principes flottants et d’autres qui sont fixes. Une recherche attentive de

leurs différences permet de déterminer dans quelle mesure

nous subissons l'influence de l'habitude, de reconnaître ce qu'il y a d'arrêté selon la nature des choses.

Pour distinguer ce qu'il y a de solidement fondé, on peut avoir recours à la même épreuve à laquelle quelques-uns prétendent qu'on doit soumettre l'esprit d'un livre; savoir si de le traduire l’anéantit. L'esprit qui règne dans un ouvrage est faux, s’il ne subsiste que dans une langue ; de même toute peinture qui ne plaît qu’un certain temps et à une certaine

nation, ne doit sa réputation qu'à quelque association locale

ou accidentelle d'idées.

Ceci peuts s ’appliquer à tous les usages et à toutes les habitudes de la vie. C’est ainsi que les principes généraux d’urbanité, de politesse et de civilité, ont été les mêmes chez tous les peuples ; tandis que la mode suivant laquelle elles s’expriment ne cesse de changer. L'idée générale de montrer du respect aux autres, est de se faire soi-même petit; mais la manière de Le faire, soit en inclinant le corps, ens ’agenouillant, en se prosternant, en retirant la partie supérieure du vêtement

ou en Ôtant l’inférieure‘', dépend de l'usage.

1. Ote ta chaussure de tes pieds, car le sol que tu foules est une terre sainte. Exops, III, v (Note de l’auteur).

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Ainsi, en ce qui regarde les ornements, on aurait tort de conclure, parce que leur invention fut d’abord arbitraire, qu'ils ne méritent pas notre attention. Au contraire, celui qui fait peu de cas de ces ornements, va contre la nature et contre la raison. Comme la vie serait imparfaite sans les arts, qui en sont le plus grand ornement, ainsi ces arts eux-mêmes seraient imparfaits sans l’appoint de leurs ornements. Quoique on ne doive absolument pas confondre ces ornements avec les beautés positives et substantielles de la nature, il faut néanmoins convenir que la connaissance des uns et des autres

est essentielle pour former un goût complet et parfait. En réa-

lité, l’ornement est le principe d’où viennent aux arts les caractères qui les distinguent ; on peut même ajouter que le

goût national n'a nulle part d'expression plus propre que dans

cette partie de l’ornement : comme il arrive qu’en jetant en l'air une plume, on fait mieux voir de quel côté le vent souffle, que par toute autre matière plus pesante.

La différence sensible entre les productions des écoles de Rome, de Bologne et de Venise, consiste plus dans l’effet produit par les couleurs, que dans les perfections plus profondes de l’art ; c’est du moins cette partie qui fait que chacune est reconnue et distinguée au premier coup d'œil. Pareillement, c'est aux ornements plutôt qu'aux proportions d’architecture que nous distinguons au premier regard les différents ordres les uns des autres ; comme l’ordre dorique à ses triglyphes, l’ionique à ses volutes, le corinthien à ses acanthes.

Ge qui distingue le style oratoire d’une froide narration, c’est l'usage fréquent, quoique sage, des ornements appelés figures et métaphores ; et la poésie elle-même se distingue de l’éloquence par des mots et par des expressions plus hardies et plus éclatantes encore. Ce qui fait de la poésie quelque chose de tout à fait séparé, c’est particulièrement l’ornement du vers ; cet ornement lui donne son caractère, elle ne peut subsister sans lui. L'usage fait qu'on recourt à différentes espèces de mètres pour les différents genres de composition, sans que les hommes se soient mis parfaitement d'accord sur ce point. En Angleterre le différend n’est pas encore décidé, savoir s’il

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vaut mieux se servir de rimes ou de vers blancs. Mais malgré le désaccord sur le choix, chacun ne laisse pas d’avouer que ce choix est essentiel. |

Dans la poésie et dans l’éloquence, c’est le goût qui décide jusqu'où le style figuré peut aller, et en quel point précis commence l'affectation à cet égard ; mais encore ne faut-il pas oublier que ce goût est réglé et formé sur le sentiment du | genre humain, sur les ouvrages qui se sont fait approuver de tous les temps et de tous les hommes.Ainsi, quoique on ne puisse douter qu'il y a dans l’éloquence une perfection essentielle et des principes immuables communs à toutes les langues, qui sont fondés sur la nature de nos affections et de nos passions, cependant elle a ses ornements et ses manières de

s'adresser qui sont purement arbitraires. Ce qui chez les

! nations d'Orient est regardé comme grand et sublime, serait

! considéré chez les Grecs et chez les Romains comme enflé et

. exagéré ; tandis que la manière dont ces derniers s'expriment passerait chez les Orientaux pour froide et insipide.

On peut ajouter pareillement à l'éloge des ornements, que c'est par leur secours que l’art lui-même atteint son but. Dufresnoy‘ appelle le coloris qui est le principal ornement de la peinture, lena sororis, c’est-à-dire celle qui procure des amants et des admirateurs aux perfections plus importantes de l’art. A 2

On peut se rendre compte que la même justesse d'esprit qui permet à un homme de s’instruire sur les principes les plus: : 1. invariables de l’art, le rend capable de saisir la vérité ou l’idée pe exacte de ce qui est juste dans les ornements. Dans un cas comme dans l’autre c’est le même centre de perfection, quoiqu'il soit le centre d’un plus petit cercle.

Je vais expliquer ceci par un exemple tiré de la mode, dans laquelle on convient qu’il y a un bon et un mauvais goût. Les parties qui composent nos vêtements changent continuellement, de grandes deviennent petites, de courtes longues : mais la forme générale demeure, et c’est toujours au fond le même

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