‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 54 sur 302 · Acte I, sc. VI · texte numérisé non relu

Acte I, sc. VI

A A A NOR D NRA Ets PE Rs ETS PER AUTRE DES Ou SAS «4 NAS

autres du même genre, la meilleure manière d'expliquer le vrai, est de faire voir ce qui ne l’est pas ; de plus on ne peut faire autrement ici, car la simplicité dont je parle n’est qu’une qualité négative, et ne peut être ni décrite ni définie. Pour expliquer sa nature, et faire voir l'avantage et la beauté qu’elle donne, il faut donc montrer les défauts où tombent ceux qui la négligent.

Des exemples de ces défauts se trouvent aisément chez les peintres ; mais ce qu’on s’attendrait moins à trouver, ce sont des préceptes ennemis de la simplicité et de tout ce qui s’y rapporte, chez des maîtres de la critique. De Piles nous recommande à nous, peintres de portraits, de joindre la grâce et la dignité au caractère de ceux dont nous faisons le portrait, et jusque-là il a raison ; le malheur est qu’il entre dans le détail et donne son idée de la grâce et de la dignité. Si vous avez à peindre, dit-il, des personnes élevées en dignité, il faut leur donner des attitudes telles que les portraits semblent parler d'eux-mêmes, et nous dire, par exemple : « Tiens, regardemoi, je suis ce roi invincible environné de majesté. Je suis ce valeureux capitaine, qui porte la terreur partout. Je suis ce grand ministre, qui a connu tous les ressorts de la politique.

Je suis ce magistrat d’une sagesse et d’une intégrité consommée. » Il continue de la sorte avec tous les caractères dont l’idée se présente à lui. Or que l’on compare l’enflure de cette présomptueuse sublimité avec l'air naturel des portraits du Titien, dont la noblesse paraît tenir à leur nature et commande d'elle-même le respect, sans qu'il faille le réclamer par une attitude faite exprès. L’air respectable est le propre de ses modèles, tandis que de cette pompeuse et laborieuse grandeur ne sort pas même un respect d'emprunt : elle fait plutôt naître l’idée de vulgarité et d’une importance de parvenu.

Les peintres, beaucoup d’entre eux au moins, ne sont pas

| restés en arrière des leçons contenues dans ces préceptes. Les portraits de Rigaud sont de parfaits exemples d’une conformité à ces règles de De Piles; de sorte que, quoiqu'il ait

; 1. Cours de Peinture par principes, éd. de 1708, p. 279.

RE NT EN NOR Le LE RE EP D TT 1 RTE PE) DIE .

été un peintre de grand mérite à plusieurs égards, ce mérite se trouve néanmoins entièrement gâté par une totale absence de simplicité dans tous les sens.

Pour ne pas multiplier les exemples qu’on pourrait tirer à ce que des ouvrages des ASE d'histoire, je n’en citerai qu'un seul : une peinture que j'ai vue, représentant l Être Sou- 2 verain, peint par Coypelt. |

Les peintres catholiques ont souvent pris la liberté de représenter ce sujet, quelque peu convenable que soit cette entreprise et malgré l’évidente impossibilité d'y réussir même à peu près. Mais ici, l’air et le caractère que le peintre a réalisés (et c'était sans doute le plus haut dont sa conception fût capable), sont si corrompus par la recherche du genre de dignité recommandée par De Piles, qu’on est indigné de la folle présomption du peintre, et qu’on la regarde presque comme une profanation.

Je m'arrête ici pour une remarque. C’est qu’un pareil exemple de défaut de simplicité, recherché dans une nation voisine, ne doit pas faire oublier que cette nation a produit également de grands exemples du contraire dans les ouvrages de Poussin et de Lesueur, Cependant, puisqu'il s’agit ici de l’idée dé la per-

fection la plus fine et la plus délicate, ne pourrait-on pas demander si des yeux pénétrants ne trouveraient pas des fautes même chez ces grands hommes? Je m'imagine que Poussin, par l’horreur qu'il avait de ce défaut de simplicité remarqué chez ses compatriotes, est tombé quelquefois dans l'extrême contraire, au point de rencontrer de ce côté une autre espèce d'affectation, de celle qui s'appelle pédanterie chez les auteurs.

Le rôle de la simplicité est d'apporter des corrections. Celui qui la cultive pour elle-même, qui se flatte de réussir par elle, qui se fait au mérite de la seule simplicité, se trompe. Alors l’ostentation de cette qualité devient aussi désagréable, aussi fastidieuse que toute autre espèce d'affectation. Pourtant dans ce cas particulier, attendez-vous à ce que l'artiste se

1. Peut-être la figure de Dieu le Père à la voûte de la chapelle de Versailles.

ee YA FA : ” QE Lo de ETS

ON à En EL ER PO ES GEL 4 CE STE ET de: RAC EN t n pe Le LAS ES à PA 0 L L h L ‘

En

repose fort content de son ouvrage, car, quoiqu'il soit témoin de l'indifférence du monde, naturellement dégoûté d’un style auquel manque tout agrément flatteur, il s’en console néaumoins par l’idée qu'il possède la simplicité : mérite trop pur et trop distingué pour être senti par le commun des hommes.

Il en est des arts comme en morale ; nul caractère ne peut nous inspirer l'enthousiasme de ses vertus, si celles-ci ne con sistent que dans l'absence de vice: il faut quelque chose de plus, nous attendons d’un HR qu'il fasse plus que son devoir avant de l’appeler un héros.

Ces ouvrages des anciens qui sont le plus estimés, ont quelque chose de plus que la pure simplicité pour se rendre recommandables. L’Apollon, la Vénus, le Laocoon, le Gladiateur, ont une certaine composition d'action, ont des contrastes suffisants pour leur donner de la grâce et de l'énergie dans un haut degré ; mais quant à mille et mille autres statues antiques que nous avons, il faut bien avouer que leur caractère général approche beaucoup de l’insipidité pure.

La simplicité qui se confond avec Le défaut d’artifice, au point de ne paraître qu'un moyen d'éviter les difficultés de l'art, est une qualité fort suspecte. ne

Au reste mon intention n’est pas de faire descendre la simplicité du haut degré d’estime dans lequel on l’a toujours tenue avec raison. Elle est notre barrière contre le grand ennemi de la vérité et de la nature : l'affectation, dont notre sHREIMSESS æ peine à se dégager sans cesse, et qui toujours est prête à às in a troduire dans nos productions pour les corrompre. ù

Notre amour de la simplicité procède en grande partie de l’aversion que nous ressentons pour toute espèce d'affectation. Une autre raison fait qu’on met à si haut prix cette qualité, c’est le penchant qu'ont les artistes à tomber dans l'extrême opposé : on met des gardes de ce côté, parce que l'assaut y est plus à redouter. Lorsqu'un jeune artiste entend dire qu'il faut que sa composition et ses attitudes soient contrastées, qu'il doit tourner les têtes dans un sens opposé à celui du corps, afin de produire la grâce et la vivacité, qu'il faut que

Fi De M OL fan ET 7e le it ol ORNE Din: le ts th à ETS À 2 rtT SA x 4 Aer er RS # à ‘ s “of € (ne Die URL è DEEE gs . * Dal ÿ Le “ ne :

° È : , PA à ::

, hi E ’ TA pr.

SUR LA PEINTURE 15b son contour soit en flamme’ pour donner la grandiosité, et que l'œil doit être flatté par la variété de ses couleurs, lorsqu'il entend dire cela avec de certains termes engageants, comme ceux d'esprit, de noblesse, d'énergie, de grâce, de grandeur de. style et de brillant des couleurs, il prend tout à coup de l’orgueil de ses nouvelles connaissances, et ne craint point de porter jamais trop loin ces règles. C'est alors que le secours de la simplicité se rend nécessaire au jeune peintre, pour corriger l’exubérance de son ardeur. |

On peut dire la même chose du coloris ; lequel n’a d’impor-; | tance nulle part autant que dans la chair. Un artiste qui commence seulement à imiter la nature, fera d’abord toute la masse d'une couleur, comme faisaient les plus anciens peintres, jusqu’à ce qu’on lui ait enseigné à observer non seulement cette variété des teintes qui tient à l’objet lui-même, mais encore les différences produites par la dégradation de la lumière à l'ombre e; aussitôt il met cette instruction en pratique et introduit dans ses ouvrages une variété de couleurs distinctes. Il faut alors le corriger de nouveau et lui apprendre que, quoique cette variété existe, cependant l'effet du tout sur l’œil doit avoir l’union et la simplicité du coloris de la se. Craie DC MOTTE |

Et ici on peut remarquer que le progrès d’un artiste en particulier, offre beaucoup de ressemblance avec le progrès de l’art lui-même. Le manque de simplicité ne serait peut-être | pas le défaut d’un peintre qui n'aurait étudié que la nature ; : de même qu’il n’était pas celui des anciens maîtres qui vécurent | dans ces temps d’avant le grand art de peindre ; au contraire | | leurs ouvrages étaient trop simples et trop dépourvus d'artifice. |

L'art dans son enfance était, comme le premier ouvrage d’un apprenti, sec, dur et simple. Mais cette espèce de simplicité 7 barbare serait mieux appelée pénurie, n'étant l'effet que du : manque et de l'absence : manque de connaissances, manque de ressources, manque d’habileté pour faire autrement. Leur simplicité était le fruit, non du choix, mais de la nécessité,

Page 1