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Une seconde époque fit s’apercevoir de cette pauvreté ; et ceux qui furent le plus sensibles à ce qui manquait, furent les meilleurs juges de ce qu’il convenait d'ajouter. Il y eut des peintres qui s'émancipèrent de la pauvreté, sans tomber dans ‘la surabondance. Leur succès en engagea d’autres, qui d’eux- Re mêmes eussent été incapables de découvrir le défaut des ms anciens, à chercher dans l’abus le remède à ce défaut, et à se jeter dans l'extrême opposé. Mais,encore qu'ilsse soient trom- ‘pés, on ne peut cependant leur conseiller de retourner à cette simplicité qu'ils ont quittée avec raison. Qu'ils répandent seulement leurs richesses d’une main plus économe, et de cet air de dignité qui, à l’égard de l’argent comme des ressources de l’art, nous interdit l’ostentation. Il n’est pas facile de donner une règle qui détermine le juste milieu en cela. Quand même on parviendrait à le fixer en général, les circonstances pourraient toujours nous obliger à nous en départir, soit au pro-
Le fit de la simplicité, soit au profit de la variété et de l’orne- À ment, | ss Dans un de mes précédents discours, où j'ai traité de la dif- À . : férence qu'il y a entre le style sublime et le style décoralif, 1
curieux d’exciter votre ardeur en faveur du plus noble et du plus mâle des deux, j’ai peut-être donné une impression trop forte de l’infériorité du second, par lequel un grand nombre À Fe de peintres n’ont pas laissé de se faire valoir, et qui fait le mérite : 20 d’une quantité d'ouvrages.
J’ai dit alors ce que j'ai cru qu'il était nécessaire de dire à des jeunes gens, dont le penchant incline naturellement à une négligence brillante, plutôt qu’à l’effort laborieux au bout duquel se trouve la correction. Je m'y suis pris comme on s’y à | prend pour redresser une chose qui est tordue, et que l’on nn. ploie en sens contraire, pour la rendre droite à la fin. ji Dans ce même dessein donc, et pour que toute espèce de
de négligence ou d'excès soit prévenue, il convient d’ajouter ï qu’un ouvrage n'a pas rempli son but s’il est savant, mais qu'il “4 doit être en même temps agréable. Il faut que le peintre Ni | ajoute la grâce à la force, s’il veut s’assurer de la première Là impression en faveur de ses productions.
Il y a dans le discernement du goût une espèce de sensualité en même temps qu'un amour du sublime ; il faut que ces deux dispositions aient leur effet, dans la mesure où cela se peut sans détriment de l’une ou de l’autre; ce détriment réciproque étant le grand écueil qu’il faut éviter.
Il y a des règles dont l’autorité absolue, semblable à celle de notre nourrice, ne continue qu'aussi longtemps que nous sommes dans un état d'enfance. Une des premières lecons que tous les maîtres donneront, je pense, à des commençants pour disposer les lumières et les ombres, est celle que donne Léonard de Vinci”, savoir d’opposer un fond clair au côté ombré de la figure, et un fond sombre au côté éclairé. Si Léonard de Vinci avait vécu assez pour.voir l'éclat supérieur qui s'obtient par une méthode précisément contraire, en joignant lumière à lumière et ombre à ombre, nul doute qu'il ne l’eùt admiré. Cependant je suis bien sûr qu’il n’en eût pas tiré une règle pour les commencçants : et en effet cette méthode n'est pas de celles qu’il convient d’enseigner d’abord.
Pareillement dans la disposition adroite des figures, il est entendu qu’elles doivent former entre elles des contrastes suivant des règles recues : c’est-à-dire que, si une figure se présente de face au spectateur, celle qui vient ensuite doit montrer le dos; de même pour les membres d’une figure prise en particulier, si la jambe droite vient en avant, il faut que le bras droit se retire en arrière.
Il est absolument convenable que ces règles soient données dans les Académies ; il ne l’est pas moins que les jeunes peintres sachent qu’ils doivent réfléchir sur l’art, et s’habituent à en regarder toutes les perfections comme réductibles à des principes ; de plus il est conforme à la marche naturelle de commencer par enseigner ce qui est évident et qui tombe sous les sens, pour passer ensuite par degrés aux notions larges, libérales et complètes, à celles qui correspondent aux ‘plus délicates perfections de l’art. Lorsque les jeunes artistes seront plus avancés, ils s’apercevront que les iplus grandes