Les cartons d'Hamptoncourt, voir p. 64, note
2. Tableau célèbre chez les anciens auteurs, autrefois à Versailles, mainte- :
nant au Louvre, n° 72 du catalogue.
ad aqua
Un autre exemple me vient à l'esprit, d’un cas où la même liberté doit être prise dans la distribution de la lumière. Quoique la pratique ordinaire soit d'en mettre une grande masse vers le milieu du tableau, et d’entourer d'ombre cette masse, le contraire peut néanmoins se faire sans contrevenir à l'esprit de la loi. Ontrouve un grand nombre d'exemples de cette application renversée dans les ouvrages de l’école Vénitienne. Dans le grand tableau des Noces de Cana par Paul Véronèse!, la plu-
part des figures sont dans la demi-teinte ; la principale lumière
est formée par le ciel. De fait l'effet ma de ce tableau, qui est si frappant, n’est pas d’une autre sorte que celle que nous voyons souvent dans les paysages et dans les petits tableaux de foire et de fêtes champêtres; mais le même principe de clair-obscur appliqué sur une grande échelle et à un espace qui contient près de cent figures grandes comme nature, dans un dr qui semble exécuté avec autant de facilité et d'ensemble qu’un tableau de petite taille à tenir sous les yeux, fait un juste objet de notre admiration, la difficulté en ce genre étant à proportion de l’étendue du champ.
Le mode de composer varie à l'infini. Quelquefois il consistera dans un grand groupe au milieu du tableau, avec les petits, sur les côtés; quelquefois dans un vide au milieu, avec les groupes rangés autour. Quant à la principale lumière, qu'elle tombe au milieu du terrain, comme dans l'École d'Athènes, qu'elle soit formée par le ciel, comme dans les Noces de Cana, dans l’Andromède”* et dans la plupart des tableaux de Paul Véronèse, ou qu'elle soit reçue par les groupes « de figures, quelle que soit, dis-je, la disposition qu’on choisisse, toutes les espèces de variété et de licence sont permises ; la seule incontestable nécessité est d'empêcher que l'œil ne s’embrouille dans une multitude d’objets él ’égale grandeur fs ainsi il faut absolument que ces objets, lumières, ombres ou figures, soient disposés par masses et par groupes convena-
blement variés et contrastés. Il faut qu’à une certaine quantité
1. Maintenant au Louvre, alors à Saint-Georges-Majeur de Venise, voir p. 332. 2. Voir p. 68, n. 1
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d'action réponde une contenance proportionnée d'espace, qu'une quantité d'ombre suflisante soutienne la masse de lumière ; j'ajoute, qu une certaine quantité de couleurs froides mette en valeur les couleurs chaudes. Ce que doivent être la proportion et le juste équilibre de ces choses, l'étude des tableaux le fera mieux connaître que les préceptes : je dis, des tableaux bons ou mauvais, car en recherchant les raisons qui font qu'une peinture est mauvaise, nous ne nous instruisons pas moins qu'en recherchant les causes de l’heureux effet d’une bonne ; les remarques faites d’un côté confirment les principes
démélés de l’autre. | Ce n’est pas ma fonction ‘ d'entrer dans le détail de l’en-
seignement de l’art; cependant je saisirai l’occasion de mentionner un des moyens propres à produire le grand effet que nous remarquons chez les peintres Vénitiens, parce qu’il n’a pas été, je crois, généralement connu et observé. A mon avis, pour faire un bon effet, les masses de lumière. d’un tableau doivent toujours être d’une couleur chaude : jaune, rouge, ou blanc jaunâtre ; au contraire il convient que le bleu, le gris ou le vert soient tenus à peu près entièrement hors de | ces masses, et servent seulement à supporter, à faire mieux sortir les couleurs chaudes ; ce qui n’exige que fort peu de couleur froide *. ANNÉE Qt
Si l'on renverse cette méthode, c’est-à-dire si les couleurs dans la lumière sont froides et les couleurs alentour chaudes, comme on le voit souvent chez les peintres Romains et Florentins, il sera hors du pouvoir de l’art, füt-ce entre les mains de Rubens ou du Titien, de donner au tableau le brillant et l’harmonie. 47 3-%rn
Lebrun et Carle Maratte ont été tous deux des peintres de grand mérite, particulièrement de ce mérite qu’on peut appeler académique; mais l’un et l’autre ont péché dans cette écono-