TITIEN.:— ARIANE
(Galerie Nationale de Londres.)
Photo Hanfstaengl,
LS
comme c'estla méthode du Titien : méthode dont on n'apercoit jamais mieux la supériorité que quand, dans une galerie de tableaux, on trouve par hasard un portrait du Titien accroché à côté d’un tableau flamand, fût-il de la main de Vandyck.
Celui-ci, quelque admirable qu’il soit à d’autres égards, devient
froid et gris par cette comparaison.
Dans la nature, les parties éclairées des objets sont d'une
teinte plus chaude que celles qui sont dans l'ombre. Ainsi ce que je recommande n’est pas autre chose que d'observer dans l'ensemble d’un tableau, ce qu’on est obligé de reconnaître pour la vérité dans chaque objet. Il ne s’agit que de présenter aux yeux le même effet qu’ils ont accoutumé d’éprouver, ce qui produit la beauté dans ce cas comme dans tout autre. Aucun principe de la peinture ne peut donc être plus certain, nidériver d’une meilleure source.
Ce que je viens de dire de la raison à laquelle on rapporte la présence du rouge dans la draperie d'Ariane, me fournit l’occasion d'observer que ce mérite d’un relief apparent des peintures, que De Piles et tous les autres critiques ont considéré comme un objet de la plus grande importance, n’a pas été un de ceux sur lesquels le Titien avait le plus fixé son attention, Des peintres d’un mérite inférieur l’ont beaucoup surpassé à cet égard. C'était la grande affaire de l’art dans son enfance, ainsi qu’elle l’est encore pour le vulgaire, à qui l’on fait éprouver la plus grande satisfaction, quand on lui présente une figure autour de laquelle il semble, disent-ils, qu'on puisse tourner. [l est vrai que, malgré le peu de cas que je fais de cette espèce d’illusion, je n’y ferais pas d'opposition, si ellene s opposait elle-même à une qualité d’un bien plus haut prix, en détruisant cette Jargeur de style qu'il estsi difficile d'exprimer par des mots, mais dont on trouve la réalisation dans les meilleurs ouvrages du Corrège, et nous pouvons ajouter de Rembrandt. L'effet de leurs peintures est produit en fondant et noyant. les ombres dans un fond encore plus obscur que ces ombres; tandis que le relief est produit en opposant l le fond
à la Maire et en les détachant l’un de l’autre soit par la lumière, soit par l’ombre, soit par la couleur. Cette méthode de marqueter
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H © 2. pour ainsi dire les figures dans le fond, afin de produire du “* © . relief, a été la pratique des anciens peintres, tels qu'André v Mantègne, Pierre Pérugin et Albert Durer; à qui on peutajouter Léonard de Vinci dans sa première manière, le Giorgione et PA 51 même le Corrège. Mais ces trois derniers ont été parmi ceux y | qui commencèrent à se corriger du style sec, par le parti qu'ils Fi prirent de ne plus regarder le relief comme un principal l objet.Puisque ces deux qualités, le relief et la largeur du style, | peuvent à peine subsister ensemble, il n’est pas bien difficile de dire auquel il faut donner la préférence. Un peintre est obligé d’avoir sans cesse la balance à la main pour sufire au devoir principal de son art, qui est d'estimer la valeur des différentes qualités, de sorte que, s’il lui faut commettre quelque , { y «4. faute, il puisse choisir la moindre. Les peintres qui ont le : L'ON'Éons mieux entendu l’art de produire un bon effet, ne font.en ceci que suivre un principe parfaitement conforme à la raison, ”. £ ut pari qui est de sacrifier une partie afin de rendre le tout parfait. 5400 . Ainsi, soit que les masses soient faites de clair ou d'ombre, on ne doit pas supporter que leur forme soit dispersée ou d'un contour désagréable; à cette fin on peut rendre des parties «plus obscures et d’autres plus claires, et requérir quelques p reflets plus forts que la nature n’en eût donné. Paul Véronèse ‘al pris de grandes libertés en ce genre. Comme on lui demandait un jour PÉUG EEE il avait peint certaines figures dans l'ombre, quoiqu'on n’en vit pas. la cause dans le tableau, on dit qu’il se tira d’affaire en répondant : « Una nuvola che passa, C’est un nuage qui passe. » É RE Mais il n’y a pas de meilleur exemple de cette pratique qu’un tableau de Rubens” que je possède; il représente un Clair de lune. Rubens n’a pas seulement répandu plus de lumière sur ce tableau que la nature n’en donne; il a encore employé pour cela ces couleurs chaudes et brillantes qui rendentsesouvrages remarquables. Cela ressemble si peu à ce que les autres peintres nous ont donné pour des clairs de lune, qu’on pourrait le prendre pour un soleil couchant de peu d'éclat, s’il n’y avait