‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 66 sur 302 · EC RS · texte numérisé non relu

EC RS

En quoi consiste la grâce et comment elle s’acquiert, c’est une question difficile à décider en théorie. Pourtant causa latet, res est notissima. Sans aucun examen difficile, on en ressent journellement les effets. Je me bornerai à remarquer ici que le fondement ordinaire de la grâce est la correction du dessin, Il est vrai qu'on la trouve TERRES unie avec l'incorrection, mais FE incorrection n' en est jamais BR causes 44 PLUVFTE 4, CAAALMUAATR, a Af A Je sais qu'on a souvent cité le Corrège et le Parmesan en preuves de cette opinion ; mais la moindre attention suffit à nous convaincre que la réelle incorrection de quelques parties de leurs ouvrages, loin de contribuer à la grâce, tendrait plutôt à la détruire. La Vierge avec l'Enfant Jésus dormant et ce beau groupe d’Anges, du Parmesan, qu’on voit au palais Pitti’, ne perdrait aucun de ses mérites si le cou, les Joe la figure elle-même, au lieu de la longueur incorrecte qu'on Bio voit} avaient des proportions raisonnables. ‘#8, # h4 Lime LA Serrons de près ce sujet. On? a dit que la grâce “de l’Apollont tient à quelque degré d’incorrection, que dans l'anatomie de #24

cette figure, NL tête nest pas PE entre les deux épaules |... a

- nature *. | Free Fran Contre la première de ces remarques, j'ai l'autorité d’un fort habile sculpteur de cette Académie, qui, ayant entrepris de copier cette statue, l’a examinée et mesurée avec le plus grand soin, et qui déclare que la critique n’est pas vraie. Pour la seconde remarque, rappelons-nous qu’Apollon est représenté ‘ici dans l’exercice d’un de ses attributs particuliers, la vitesse : ainsi il a fallu donner à sa figure les proportions convenables à ce caractère. Ces proportions ne sont pas plus incorrectes que ne sont, dans la figure d’Hercule, la force et le FONDEMENT extraordinaire des muscles. à L'art de découvrir et d'exprimer la grâce est assez eue

. N° 230 du catalogue, dite Madone au long cou, v. p. 308. 2. Algarotti entre autres. Essai sur la Peinture, édit, de 1756, p. 15.

3. Cet alinéa et le précédent sont intervertis dans AN 6 es is Jansen dans cette correction. .

par lui-même, sans qu’on y ajoute le tourment de principes incompréhensibles, L’imagination d’un monstre de grâceobtenu par la difformité, risque d’empoisonner l'esprit du jeune artiste, de lui faire négliger l'essentiel de son art, Savoir la correction du dessin, pour le plaisir de poursuivre un fantôme, produit de l’affectation et du raffinement.

Je ne saurais quitter l’Apollon sans ajouter une réflexion sur le caractère de cette figure. On suppose que ce dieu est représenté au moment où il vient de décocher sa flèche au Python, et que la tête, retirée un peu vers l'épaule droite, marque l'attention qu'il donne à l'effet de cette flèche. Ce que je veux remarquer, c'est la différence qu’il y a entre cette attention et celle du Discobole !, qui se trouve dans le même cas, en train de surveiller l'effet de son disque. L’air gracieux, néglivé, quoique animé de l’un, et l’empressement vulgaire de l’autre, nous offrent un exemple signalé du soin judicieux que les

anciens prenaient de distinguer les caractères. L'une et l’autre

de ces expressions sont également dans la vérité de la nature ;

l’une et l’autre sont égalementadmirables.

Il faut remarquer que grâce, caractère, expression, mots de sens différents et employés comme tels lorsqu'on les applique à la peinture, sont employés indistinctement quand on parle de la sculpture. On peut croire que l’indécision remarquée dans un tel mélange tient à ce qu’il y a d’indéterminé dans les effets de l’art lui-même : ces qualités s'exprimant en sculpture plutôt par les formes et par l'attitude que par les traits du visage, et ne pouvant en conséquence être nommées qu’en termes fort généraux.

On objectera le groupe du Laocoon où les visages ont beaucoup d'expression ; mais cette expression n’est autre chose que l'expression générale de la douleur, laquelle est de nature à s’exprimer plus fortement encore par le gonflement des muscles et par les contorsions du corps que par les traits de la physionomie.

Dans un ouvrage récemment publié, on a assuré que, si l’at-

Page 1