‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 68 sur 302 · Aux Offices de Florence · texte numérisé non relu

Aux Offices de Florence

qui distingue ces personnages bien plus qu'aucune variété de

forme ou de beauté. Otez à Apollon sa lyre, à Bacchus son

thyrse et ses pampres, à Méléagre la hure du sanglier, et il

n y aura plus que bien peu de différence, pour ne pas dire

aucune, entre les caractères de ces personnages. Dans une

Junon, dans une Minerve ou dans une Flore, il ne paraît pas que l'artiste ait fait d'autre projet que celui d’une beauté parfaite, laquelle recoit ensuite des attributs variés sans nulle

, acception d’un personnage ou de l’autre. C’est ainsi que Jean !

de Bologne, après qu'il eut achevé le groupe d’un jeune homme

enlevant dans ses bras une jeune femme, avec un vieillard à ses pieds, assembla ses amis pour leur demander quel nom il

devait y donner. On convint de l'appeler l’Enlèvement des Sabines” ; et c’est le groupe célèbre qui se trouve à présent devant le Vieux Palais de Florence. Les figures de ce groupe ont la même expression générale qui règne dans la plupart des statues antiques; cependant il ne serait pas étonnant que les critiques de l'avenir y trouvassent une délicatesse d’expression à laquelle il est sûr que l'artiste n’a pas songé ; et qu’ils allassent jusqu’à reconnaitre dans le vieillard des signes précis de parenté avec la femme qu’on enlève d’auprès de lui. +.

Quoique la peinture et la sculpture soient, ainsi que plusieurs autres arts, gouvernées par les mêmes principes généraux, en détail cependant et dans ce qu’on peut appeler les lois secondaires il ne semble pas que l'égalité se poursuive. Comme la matière de ces deux arts diffère, la pratique de l’un et de l’autre ne peut manquer d’être différente. Il y a une infinité de beautés secondaires que le peintre atteint avec facilité, qui sont impraticables en sculpiure, et qui, quand même on pourrait les saisir, n'ajouteraient rien au mérite et à la noblesse de l'ouvrage.

Entre différents points sur lesquels les sculpteurs modernes se sont flattés en vain de perfectionner leur art, on peut regarder comme les plus importants : la représentation de draperles détachées des figures pour les faire paraître volantes :

1. Vorr LE ou: DE Rapnaez Borçnini (note de l’auteur). Liv. I, par. 92, 73. Le nom du groupe fut donné par Borghini.

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l'usage de plusieurs plans et l’imitation de la perspective dans les bas-reliefs, à quoi on peut ajouter encore le mauvais effet que produit le costume moderne en sculpture.

La folle entreprise de détacher la pierre et de la faire voltiger en l'air fait un contresens si visible, qu’on la condamne en l’énonçant. Cependant telle semble avoir été l'ambition de

beaucoup de sculpteurs modernes et particulièrement du Bernin, dont l’art était si bien tourné à surmonter cette difficulté qu'il ne cessait de s’y essayer, quoiqu'il risquât dans cet essai

tout ce qui fait le mérite de ses ouvrages.

Le Bernin tient un premier rang parmi les sculpteurs modernes ; à cause de cela il est du devoir de la critique de prévenir les mauvais effets que peut produire un tel exemple.

Son groupe d'Apollon et Daphné’, qu’il exécuta dans sa grande jeunesse, fit espérer non sans raison qu’il disputerait un jour le prix aux meilleurs ouvrages de l’ancienne Grèce ; mais il s’écarta bientôt de la bonne route, et, quoique il y ait dans toutes ses productions quelque chose qui le distingue du commun, on ne laisse pas de reconnaître par ses derniers ouvrages quil avait achevé de s’égarer. Au lieu de poursuivre l’étude de la beauté idéale si heureusement annoncée dans ses commencements, il s’éprit d’une folle recherche de nouveauté, entreprit ce que l’art ne pouvait réaliser, prétendit venir à bout de la dureté et de la résistance essentielle du marbre, ce qui, supposé même qu’il yeût réussi, et qu'il eût donné l'air de vérité à de pareilles draperies taillées dans cette matière, devait encore être évité à cause de la confusion dont elles sont cause, ainsi détachées des figures qu’elles habillent.

Je ne crois pas qu'il y ait dans notre Académie d'autre ouvrage du Bernin que le plâtre de sa tête de Neptune*; mais ce morceau suilit pour expliquer le reproche qu'il encourt pour avoir voulu rendre les effets du vent. Les cheveux de cette tête s'’envolent dans toutes les directions, de manière

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