‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 69 sur 302 · À la villa Borghèse · texte numérisé non relu

À la villa Borghèse

2. Sans doute celui d’une des fontaines de la place Navone à Rome.

qu'au premier coup d’œil on ne peut comprendre ce qu'il a représenté, ni distinguer ces mèches volantes du visage, parce que tout étant de la même couleur et d’une égale solidité, tout se détache avec une force égale.

Cette confusion embarrassante dont les cheveux sont cause ici, est également produite par une draperie volante, que l'œil doit par la même raison inévitablement confondre avec les principales parties de la figure.

C'est une règle générale, commune à nos deux arts, que le * premier coup d'œil doit suflire à débrouiller clairement la : figure que l’on voit, dans sa forme et dans son attitude. Le * peintre satisfait aisément à cette règle avec le secours du coloris, en éteignant certaines parties dans le fond ou en les tenant assez obscures pour qu’elles ne se mêlent point aux parties principales. Le sculpteur n’a pas d’autre moyen pour empêcher cette confusion, que d’attacher la plus grande partie de la draperie aux Htses de manière que les plis, suivant le contour des membres, ne détournent et n’égarent nulle part le regard, mais au contraire le conduisent par toutes les parties des formes et des attitudes.

La draperie de l’Apollon, quoiqu’elle forme une grande masse et qu’elle soit séparée de la figure, ne contredit pas cette conclusion, justement parce qu'étant si absolument séparée de la figure, et d'autre part étant d’une forme extrêmement simple et régulière, il n’y a pas moyen qu’on confonde l’une et l’autre. La draperie ne fait pas plus partie de la figure que ne le ferait un piédestal, un tronc d’arbre, un animal, ou tel autre support qu’on voit quelquefois joint aux statues.

Le principal objet de ces accessoires est de renforcer la statue, de la préserver des accidents ; et plusieurs croient que le manteau qui pend sur le bras de l'Apollon est mis là pour le même office ; mais sûrement il répond à un plus grand dessein, savoir de corriger la sécheresse d’effet que ne peut éviter un bras nu étendu dans toute sa longueur; ajoutez l'effet désagréable qu’auraient produit le corps et le bras formant entre eux un angle droit,

Les Apôtres de Saint-Jean-de-Latran à Rome me semblent

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mériter ce même reproche d’une indiscrète imitation des peintres. Les draperies de ces statues, disposées par grandes masses, font il est vrai cet imposant effet que l'ampleur ou la quantité produisent. J'avoue aussi qu’elles sont ordonnées avec beaucoup d’adresse et d'intelligence, et traitées de manière à paraître aussi légères que la matière le permet; cependant il a été impossible d'en faire disparaître totalement la pesanteur et la solidité de la pierre.

Ces figures sont beaucoup dans le style de Carle Maratte, et dans le genre qu’il aurait certainement suivi s’il avait essayé de la sculpture. De plus, quand on sait qu’il a eu la direction de cet ouvrage et qu’il était l'ami d’un des principaux sculpteurs, il est à supposer que son goût y a réellement exercé son influence, si même il n’en a pas donné les dessins. Enfin on ne peut voir ces statues sans y reconnaître sa manière. Aussi ont-elles Île même défaut qu'on trouve sisouvent dans ses ouvrages, d’être surchargées de draperies, et de draperies disposées avec trop d'artifice. Je ne puis m'empêcher de croire que si Rusconi, Legros, Monnot‘ et les autres sculpteurs employés à cette besogne avaient pris pour modèle l’accoutrement simple de quelques antiques, tel par exemple que nous le voyons dans les statues des philosophes, leurs figures en auraient reçu un air de grandeur qu’elles n’ont pas, et de toute manière un aspect plus convenable au caractère des Apôtres.

Dans les statues, il n’y a pas d'exception à ce mauvais effet aus les draperies volantes produisent; mais en bas-relief 11 n’en est pas de même. En effet ce genre d’ ouvrage restitue au sculpteur la facilité de traiter cette partie comme fait le peintre,

en les unissant au fond et en les y faisant se perdre ; de manière

u’elles n’embarrassent point les figures, et n’y jettent aucune Ù YJ confusion.

Mais voici que le bas-relief à son tour donne lieu à un nouvel abus. Non content de l’avantage qu’il donne dans l’occasion qu’on vient de dire, le sculpteur imagine d’en tirer davantage et de représenter en bas-relief des groupes de figures sur diffé-

1. Morts 1728, 1718, 1933; tous trois travaillant dans le style enseigné par le Bernin et par l’Algarde ; les deux derniers étaient Français.

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