‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 70 sur 302 · A RE · texte numérisé non relu

A RE

rents plans : c'est-à-dire quelques-uns devant, et d’autres à une plus grande distance, ainsi que le pratique le peintre qui compose un tableau d'histoire. Dans ce dessein, le sculpteur ne dispose d’autres moyens que de diminuer les figures et d’en rendre la saillie moindre à mesure qu’elles doivent paraître plus éloignées ; or ce moyen reste au-dessous du but. Ces figures paraïissent seulement plus petites, l'éloignement n’en paraît pas plus grand que de celles qui tiennent le devant de la composition.

Ainsi le but qu’on recherche est manqué ; mais de plus cette division de l’ouvrage en plusieurs petites parties diminue la grandeur de son effet général.

La seule partie dans laquelle les modernes ont peut-être surpassé les anciens sculpteurs, c’est la disposition d’un groupe en bas-relief, c’est l’art de donner par degré plus de saillie au groupe à mesure qu'il s’écarte du fond, jusqu’à ce qu’imperceptiblement 1l parvienne à la demi-bosse. On ne connaît pas à cet égard d'ouvrage ancien comparable au bas-relief dont Legros a orné un autel de l’église des Jésuites à Rome‘. Différents plans ou degrés de relief ménagés au sein d’un même groupe, ont donc un bon effet, comme on peut le voir dans ce morceau, quoique ce soit le contraire quand ces plans différents sont le point d'attache d’autant de groupes séparés.

Ce perfectionnement de l’art fut sans doute suggéré par la pratique des peintres modernes, qui détachent leurs figures ou leurs groupes du fond par la même gradation insensible. L’artifice des sculpteurs en cela se règle sur les mêmes principes que celui des peintres ; mais comme le marbre n’a pas de couleur, c’est la disposition toute seule qui doit produire le clair-obscur. Les anciens sculpteurs n’ont pu emprunter cet avantage des peintres de leur temps, car ces peintres ne semblent pas en avoir eu le soupçon, et dans les bas-reliefs de Laurent Ghiberti, dont nous avons les plâtres dans notre Académie, cet art n’est pas plus ébauché que dans les peintures de la même époque.

Un autre perfectionnement imaginaire qu'on a prétendu

1. Église de Saint-Ignace ou du Collège Romain; représentant Saint Louis de Gonzague dans la gloire.

introduire, c'est de représenter les effets de la perspective dans les bas-reliefs. Là-dessus il y a peu de chose à dire. Chacun n’a qu'à se rappeler avec quel peu de succès les sculpteurs modernes ont essayé de présenter d'angle les fabriques

qu’ils ont placées dans leurs bas-reliefs, et de les faire fuir

en profondeur. Ces essais n’ont prouvé que l’ardent désir qu’ils ont eu d’affronter les difficultés, et l’inévitable résistance opposée par les conditions de l’art à des ambitions qui leur font peu d'honneur. |

Les anciens ont montré plus de jugement en se contentant de représenter leurs architectures en élévation seulement, et en ne les composant presque que de lignes horizontales et de lignes verticales ; tandis que l’interruption qui vient de lignes

qui se croisent, et tout ce qui produit une multiplicité de par-

ties subordonnées, détruit cette régularité et cette fermeté d’effet qui font le grand style. Ç

Venons maintenant à la dernière observation, savoir de quelle manière il faut habiller les statues de personnes vivantes ou mortes depuis peu.

Cette question pourrait faire le sujet d’un long discours. Je me contenterai d'observer ici que si l’on ne veut pas embarrasser l'artiste et l'empêcher de déployer ses avantages, on n'exigera certainement pas qu'il emploie le costume moderne.

La satisfaction de transmettre à la postérité la forme d’un habit moderne, se paie d’un prix exagéré : du prix, ni plus ni moins, de tout ce qui fait le mérite d’une œuvre d'art.

Travailler le marbre est une affaire, etil ne ne vaut certainement pas la peine de requérir une matière aussi durable dans le seul dessein de porter à la postérité une mode qui finit avec l’année. |

Quelque agréable qu’il puisse paraître aux antiquaires de

payer la dette de leur reconnaissance, et, de même qu’ils pren-

nent plaisir à la vue des costumes anciens, de préparer la même récréalion au moyen des modes de nos jours aux antiquaires des temps à venir, il me semble que la peinture de genre et les gravures suffisent à cela, sans ravaler le grand art du sculpteur au service d’un but si mesquin.

Le ot 1 Pl, es

On peut voir dans cette ville une statue équestre vêtue à la moderne, elle a de quoi détourner les artistes de pareils essais dans l’avenir; même en n’y faisant pas d’autre objection que la familiarité du vêtement moderne, qui fait disparate avec la gravité de la sculpture.

La forme, la régularité, la simplicité austère, font le caractère de cetart. Elle dédaigne les objets familiers comme incompatibles avec sa dignité, elle rejette aussi toute affectation, toute apparence de style académique. Tout contraste, soit d’une figure avec une autre, soit entre les parties d’une même figure, soit même entre les plis d’une draperie, n’y est admis qu’avec précaution. En un mot, tout ce qui participe de la fantaisie ou du caprice, tout ce qui passe sous le nom de pittoresque (quoique admirable quand il est bien placé) est incompatible avec la sobriété et la gravité qu'elle impose.

Il n’y a rien qui distingue mieux un goût sain et bien réglé qu’une uniformité régulière dans le plan, où toutes les parties

sont liées et en convenance les unes avec les autres, chacune

occupant sa place propre. Ce principe s'étend à tous les usages de la vie, ainsi qu’à tous les ouvrages de l’art. Sur ce fondement général doncon peut avancer hardiment que l’unité et la simplicité des matériaux dont le sculpteur se sert (qui ne sont que du marbre blanc), prescrivent des limites à son art, et lui enseignent à se renfermer dans une égale simplicité.

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