SI L'ART S'APPREND PAR MÉTHODE, ET LAQUELLE
Messieurs,
La place que j'ai l'honneur d'occuper dans cette Académie est cause que plus d’une fois les jeunes peintres qui se proposaient d'aller passer quelques années en Italie, m'ont consulté sur la manière d'y régler leurs études. Le désir que j'ai toujours eu de communiquer à cet égard le fruit de mes observations, ne saurait être plus entier qu'il n'est; cependant, quoique j'ose me flatter d’avoir réparé par cette facilité ce que mes opinions ont peut-être d’incomplet, j'ai lieu de craindre que ces jeunes gens n'aient pas toujours été satisfaits de mes réponses. C'est que je n'ai jamais été sûr de comprendre parfaitement ce qu’ils voulaient, et même je n’étais pas sans soupconner qu'eux-mêmes n'avaient pas des idées bien nettes des questions qu ils posaient.
Ce qu'ils voulaient savoir, est-ce par quel moyen on peut découvrir le chemin de la perfection? Souhaitaient-ils qu'on leur indiquât les guides qu’il fallait choisir, ce qu'il fallait qu’ils adoptassent et ce qu’ils devaient éviter, en quel lieu illeur fallait s’instruire et en quel lieu se reposer, quelles choses ils devaient effleurer seulement, et quelles choses ils devaient approfondir ? J'avoue que ces directions générales font l’objet légitime des questions d’un jeune homme, et c'était mon devoir
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d’y répondre de mon mieux. Mais ces règles ont été données
déjà; elles ont fait en réalité le sujet de presque tous mes
discours. Aussi bien j’ai toùt lieu de croire que par règlement de leurs études ils entendaient (comme beaucoup l’entendent) que les temps et les saisons fussent fixés, et qu’un ordre fût établi qui réglât la place de chaque chose. Ce qu'ils voulaient savoir, c'était à quel degré de perfection il fallait qu'une partie de l’art fût portée avant qu'ils Para à une autre; combien de temps il convenait de consacrer à faire des copies d’après l'antique, à quel moment il leur serait permis de passer à la composition, à quel moment enfin à l’étude du coloris. |
Rien n’empécherait de dresser un règlement de ce genre avec le plus grand détail, et de recueillir par là des applaudissements ; mais quant au profit véritable il brillerait par son absence. Les études du peintre seront toujours en grande partie soumises à l'empire du hasard. Pareils à des voyageurs, il faut que nous saisissions ce qui passe et quand il passe, sans demander-s’il nous est offert de la manière la plus convenable et au moment le plus opportun, ou dans la minute précise où nous aurions voulu l'avoir.
Je reprocherai aux traités d'éducation une chose : c’est de partir d’une fausse donnée de la vie, comme si non seulement nous avions le pouvoir de gouverner les circonstances, mais encore de nous gouverner nous-mêmes d'une manière qu’on n’a je crois jamais vue. Au lieu de tracer des programmes qui supposent de notre part une sagesse parfaite et une vertu exemplaire, la raison nous engage à ne faire de fond sur nousmêmes Ken c'est notre devoir quand il s’agit des autres) que celui qu’on fait sur l'humeur des enfants. Souvent il faut qu’on leur permette de suivre un peu leur fantaisie, si l’on ne veut pas qu'ils prennent en dégoût leurs-devoirs. Dans toute application qui de sa nature est longue, difficile et ennuyeuse, il faut souffrir un peu d’irrégularité, afin de prévenir l’aversion qui se prend pour toute contrainte prolongée et pour tout système trop rigoureux.
J'aimerais mieux que le jeune artiste, aussitôt qu'il se met