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humain possède déjà de provisions en ce genre, et d’avoir
.amassé par là des matériaux en suffisance. Certainement, ce ne serait pas un mauvais moyen de former leur goût, que de commencer par leur faire faire ce que les Italiens nomment
pasticcio, c'est-à-dire des compositions formées des différentes excellences répandues dans plusieurs ouvrages du même genre. Cela ne veut pas dire qu’il faut que les élèves s’en tien-
nent là, et ce moyen ne se recommande que pour apprendre à choisir, premièrement les vraies beautés de l’art, en second
lieu les beautés plus relevées encore de la nature ; ce à quoi l’on ne parviendra jamais, si l’on ne fait ces préparations.
Les idées que je propose ici ne sont pas ordinaires, j'en con-
viens, et plusieurs les trouveront singulières. Aussi je ne demande pour elles que l'accueil qu’on fait à un étranger: la
- grâce d’un examen favorable, non pas cette confiance absolue
qui s'impose par autorité.
Après que vous aurez pris une figure ou quelque idée d'une figure, de quelqu'un de ces grands maîtres, une autre opération vous reste, que je regarde comme indispensable : savoir
de ne jamais omettre de terminer d’après nature toutes les
LATTES, de votre ouvrage. Ce que le modèle a posé, encore
qu'un autre en ait fourni l’idée, vous avez le droit de le
regarder comme vôtre, Et quant à la manière de faire poser le modèle, j’ajouterai ceci qui peut-être paraîtra sans US
à quelques-uns. C’est qu'il vaut mieux que le modèle s'arrange 4 dans l'attitude qui vous est nécessaire, que si vous l'y placiez :
vous-mêmes de vos mains. De cette sorte il arrive souvent
que le modèle prend une meilleure posture que celle que vous auriez imaginée. C’est un grand point que de se tenir sur.
le poses des accidents et de veiller à en tirer avantage : outre qu’en réglant vous-même l'attitude du modèle, vous risquez d’en imposer une qui n’est pas naturelle.au corps. Cette précaution s'étend à la draperie. Ne touchons qu'avec précaution aux plis de l’étoffe qui nous sert de modèle, de crainte de leur donner par inadvertance une forme peu naturelle ; peutêtre il vaudra mieux essayer un second jet, que de changer la position où les plis se sont mis d’abord.
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Afin de tireravantage d’une autre sorte d'accidents, Rembrandt parait s'être servi du couteau à palette au lieu du pinceau, pour mettre ses couleurs sur la toile. Que ce soit un autre instrument il n'importe, il suffit que ce soit quelque chose dont les effets ne soient pas étroitement réglés par la volonté de l’artiste. L'accident, dans la main d’un homme qui sait tirer parti des suggestions qu'il donne, produit souvent des beautés bardies et singulières d'exécution, dont il ne se serait pas avisé, ou qu'il n'aurait jamais risquées au moyen d’un pinceau soumis au mouvement régulier de la main. Mais il faut remarquer que cette liberté ne convient que là où n’est pas requise la correction des formes, comme dans des nuages, des troncs d'arbre, des rochers, des accidents du sol, etc. Comme ces objets sont de forme irrégulière, etsont eux-mêmes l’ouvrage de quelques accidents, l’imitation qu’en donnent des instruments auxquels l'accident participe, leur convient plus naturellement.
Je le répète, ne perdez jamais de vue la nature. Dans l’instant où vous la quittez, tout est en l'air, et vous voilà livrés à tous les caprices de la mode, sans savoir où vous vous arréterez. Quelque licence que vous vous donniez, que vos yeux soient toujours fixés sur la nature. Je compte pouvoir vous dire dans un prochain discours, quels écarts ne laisse pas de réclamer la pratique; en attendant souffrez que je vous avertisse de pas vous confier trop à votre pratique et à votre mémoire, quelques fortes que soient les impressions que l'observation y a déposées. Ces impressions ne cessent de s’affaiblir et se trouvent enfin effacées, si on ne prend continuellement soin de les rafraichir et de les réparer.
Il n’est pas rare de trouver des artistes qu’une longue négligence de la nature, a mis au point de ne plus même la recon-
naître en la voyant. Elle leur est devenue étrangère à force de
n'avoir connu que la représentation qu'ils en donnent. J'ai entendu dire à des peintres, qui ne croyaient pas se décréditer
par là, qu'ils travaillaient bien mieux sans la nature qu'en.
sa présence, et qu’elle ne servait, selon leur expression, qu'à les faire manquer. Un peintre qui a de pareilles idées et de pareilles habitudes, est dans ce que j'appelle un état désespéré.
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L'art de voir la nature, ou en d’autres termes, l’art de se servir des modèles, est réellement le grand objet du peintre, le point auquel sont dirigées toutes ses études. Quant au talent d'exécuter passablement, enseigné par la pratique seule, qu'il soit estimé ce qu’il vaut; mais je ne puis m'imaginer comment il suffirait à produire des ouvrages corrects, parfaits et terminés. Des ouvrages de ce mérite n’ont jamais été produits et ne FEURER jamais l’être par le moyen de la mémoire seule, et j'ose dire qu’un artiste moyennement fourni de la connaissance de l’art et de l’exemple des grands maîtres, en un mot qui sait les principes, s’il a cet avantage de se servir du modèle, supposé qu'il sache s’en servir, fera mieux que le plus grand des peintres qui se sera privé de cet avantage.
Nos voisins de France sont beaucoup dans l’usage d’inven-
ter impromptu, et leur habileté à cet égard a de quoi se faire admirer, sinon envier ; mais qu'il y a peu de leurs ouvrages finis qui méritent le même éloge !
Boucher, le feu directeur de l’Académie de Paris, était surprenant dans cette partie. Lorsque je lui rendis visite en France il y a quelques années‘, je le trouvai occupé d’un fort grand tableau, pour lequel il ne se servait ni d’esquisses, ni
de modèles d’aucun genre. Comme je lui en témoignais ma surprise, il me répondit que dans sa jeunesse, et lorsqu'il étudiait son art, il avait tenu le modèle pour nécessaire, mais qu’il y avait longtemps qu'il ne s’en servait plus.
Des tableaux comme était celui-là, et comme j'ai peur : que ne soient tous les tableaux exécutés de pratique et de mémoire, fournissent une preuve convaincante de la nécessité d'observer la méthode que je recommande. Au reste cette remarque ferait injure à Boucher, si je n’ajoutais que, dans la première partie de sa vie et aussi longtemps qu’il suivit la nature, il a donné les fruits d’un mérite éminent, suffisant pour rallier à son imitation la moitié des peintres de son pays. Il a eu souvent la grâce et la beauté, ainsi qu'une belle adresse à composer le tout, quoique sous l'influence, je le crains, du
1. En 1768. Ce voyage de France fut fait en compagnie de Burke.
mauvais goût; tandis que ses imitateurs sont réellement abominables.
Ces artistes qui ont abandonné le service de la nature {lequel pour ceux qui l’entendent bien est une parfaite liberté) pour s’'abandonner au caprice de je ne sais quelle maitresse fantasque, qui les fascine et les domine, et du pouvoir de laquelle on désespère de les affranchir (puisqu'ils n’ont pas conscience de leur carrière perdue); ces artistes, dis-je, pareils aux compagnons métamorphosés de Comus,
Ne voient pas un moment leur vil déguisement, Mais s’estiment chacun plus beau qu'auparavant.
Il me semble que des hommes qui ont eu le secret de découvrir un chemin court, n'auront garde de se plaindre de la brièveté de la vie et de la longueur de l’art; puisque la longueur de la vie dépasse si fort le temps qu’il leur a fallu pour s’instruire et pour atteindre à leur idée de la perfection. Au contraire, celui qui recourt à la nature, renouvelle à chaque fois ses forces. Il n’y a pas de danger qu’il oublie les règles de l’art, elles sont simples et en petit nombre. Mais la nature est fine, subtile, diversifiée à l'infini; son étendue dépasse l'effort de la mémoire; il est donc nécessaire d’avoir sans cesse recours à elle. Dans le commerce que l'artiste entretient avec elle, il n’y a pas de fin à son instruction ; plus sa vie sera longue et plus il approchera de la véritable et parfaite idée de l’art.