‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 86 sur 302 · ARTE · texte numérisé non relu

ARTE

SUR LA PEINTURE DRE à à

des mots ordinaires les mots dont elle est composée. De là vient naturellement l’idée de moduler artistement la voix : laquelle trouve son plus haut degré d’application, je crois, dans le récitatif de l’opéra italien, et se présente également, quoique d’autre manière, dans le chœur du théâtre antique. Et quand les plus violentes passions, la détresse profonde et la mort même seraient exprimées en chant et en récitatif, je ne pense pas qu'il soit d’une critique rationnelle de condamner de pareilles expressions sous prétexte qu'elles sortent de la nature.

S'il est naturel que nos sens et notre imagination soient charmés parle chant, par les instruments, par la poésie, parles postures gracieuses (aucune de ces choses prises séparément n'étant naturelle au sens vulgaire du mot), il sera donc conforme à l'expérience, par conséquent recevable à la raison, que nous soyons charmés de l’union de la musique, de la poésie, des postures gracieuses, jointes à toutes les circonstances de pompe et de magnificence destinées à frapper les sens du spectateur. Faudra-il que la raison vienne se jeter à la traverse, et nous dire que nous ne devons pas aimer ce que nous savons que nous aimons, nous empêcher de sentir tout l'effet de cet exercice multiplié de l’art? Voilà ce que signifie, je crois, cette permission accordée aux peintres et aux poètes de tout oser car qu'y a-t-il de plus hardi que d’oser remplir le dessein de l’art par une complication de moyens dont la nature de fait n'offre aucun modèle ?

Tant s’en faut donc que l’imitation servile soit le but essentiel de l’art. Au contraire, tout ce qui nous est familier ou qui nous rappelle de manière ou d’autre ce que nous voyons et ce que nous entendons tous les jours, n'appartient qu'à peine aux grands ressorts de l’art, soit en poésie, soit en peinture. Suivant l'expression de Shakespeare, il faut que l'esprit soit transporté « au delà du présent ignorant? », dans les siècles passés. Des êtres d’une autre espèce et d’un ordre plus

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