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Si l’on ajoute le puissant secours des jours et des ombres, dont l'artiste est maître absolu, et qu’il peut varier et disposer à sa guise, les augmentant ou les diminuant pour le meilleur effet de son ouvrage, on conçoit qu'un paysage ainsi exécuté sous la conduife d’un génie poétique, aura la même supériorité sur les paysages ordinaires, que l’Allegro et le Penseroso’ de Milton ont sur de simples descriptions en prose. Un tableau de ce genre fera plus d'impression que ne feraient les sites réels, s'ils nous étaient présentés. #
Portons la vue sur les autres arts ; nous y trouverons la même division en deux classes, réglées par deux principes différents : l’une attachée à suivre fidèlement la nature, l’autre s'appliquant à la diversifier et quelquefois s’en écartant.
L’art dramatique lui-même, dont l'essence est cependant de présenter le miroir à la nature, comporte ces deux divisions. Le comique populaire, la farce, plaît d'autant plus que l’imitation en est plus près de la nature : pareille en cela au style bas des bambochades; mais quant à la haute comédie, je ne vois pas que ce qu’elle se propose soit formellement l’imitation en tant que mère de l'illusion, en tant qu'obligeant le spectateur à croire que les événements se passent réellement devant ses yeux. Elle ne tend pas plus à cela que Raphaël dans ses Cartons ou Poussin dans ses Sept Sacrements n’ont tendu à faire croire, même pour un moment, que les figures peintes dans ces ouvrages sont de véritables personnes. | # é
Faute de faire cette distinction, mille fausses critiques em-
plissent le monde. On entend louer dans Raphaël la vérité et l'illusion, auxquelles certainement il n’a point atteint et qu’on peut être sûr qu’il n’a jamais cherché; et l’on a vu Fielding, ami de Garrick, entreprendre de louer cet admirable acteur en supposant dans un de ses romans, ouvrage d’ailleurs d'un grand mérite, qu’un ignorant assis à la représentation d’une
A e , . ’ M . à ë scène d'Hamlet jouée par Garrick, prend cette représentation © : pour la réalité même. Il ne faut pas beaucoup réfléchir pour 4.2,
1. Dans un de ces poèmes est dépeinte la gaîté, dans l’autre le charme
mélancolique de la campagne.