Cet illustre peintre était mort le 2 août
Aussi maventurerai-je à dire, non sans témérité peut-être, que deux des derniers peintres en renom de ce pays, Pompée Batoni et Raphaël Mengs, quelque son glorieux que leurs noms rendent aujourd’hui à nos oreilles, tomberont avant peu de temps au rang des Impériale‘, des Sébastien Conca?, des Placide Gostanza*, des Masuccio‘ et de leurs autres prédécesseurs, dont les noms, quoique vantés aussi pendant leur vie, sont aujourd'hui comme rentrés dans l'oubli. Je ne dis pas que ces peintres n'étaient pas supérieurs au peintre dont je parle et dont nous regrettons la perte, dans une certaine routine de pratique, laquelle prend aux yeux du public l’air d’une composition savante, et dans une ressemblance superficielle avec la manière des grands maîtres d'autrefois ; je sais cela très bien, mais je sais aussi que celui qui recherche une réputation vraie, doit commencer par désapprendre beaucoup de lieux communs qui s’étalent chez ces peintres. Quant à moi, j'avoue que je prends plus d'intérêt et que je ressens un attrait plus puissant à la forte impression de nature que Gainsborough a donnée à ses portraits et à ses paysages, et à l’agréable simplicité de ses petits mendiants, qu'à aucun des ouvrages de cette école, à compter depuis la mort d'André Secchi, peut-être dois-je dire de Carle Maratte : car ces deux peintres peuvent être avec justice appelés les derniers des Romains.
Je sais que je risque le blâme et le ridicule auprès des professeurs d'Académies étrangères, en préférant ainsi les modestes essais de Gainsborough aux ouvrages de ces maîtres patentés de l’histoire, mais jai pour moi l’autorité du genre humain. Car qui ne préférerait le génie dans une branche plus obscure de l’art, à la faiblesse et à l’insipidité dans la branche la plus élevée ?
Ce ne serait pas ici le moment, quand même j'en aurais les moyens, d'aborder la vie de M. Gainsborough. Le récit de ses progrès, l’histoire des chemins par lesquelsilest arrivé à tant de
1. De son nom François Fernandi, maître de Pompée Batoni. 2. Napolitain, décorateur habile, fixé à Rome, mort en 1764. 3. Romain, mort en 1759.