III. Du Genre sublime
• Le genre sublime se reconnaît à rélé- Tatîon des pensées , à la pompe des expressions ; à la viracité des images , à la noblesse et à la grandeur des sentimens.
Il émerut les* esprits avec une adresse merveilleuse , agite l'âme avec violence , la transporte , l'enlève à elle-même. Ma-i jestueux, abondant et magnifique, dit Cicéfon (*•) , il réunit tout ce .que l'art oratoire a de plus fort et de plus véhément. C'est cette espèce d'éloquence qui a enlevé les suffrages , qui s'est rendue maltresse des délibérations publiques , qui a étonné le monde par le bruit et la rapidité de sa course, qui, après avoir excité l'applaudissement et l'admiration des hommes , les laisse dans le désespoir d'attendre à cette haute perfection où elle s'est élevée. En un mot, c'est elle qui règne souverainement sur tes esprits et sur les cœurs ; qui tantôt brise tout ce qui ose lui résister , tantôt s'insinue dans l'âme dès auditeurs par des charmes secrets, et tantôt y établit de nouvelles opinions , ou déracine celles qui paraissent lec mieux af« fiermies.
(*) DeOrat., n." 97.
Quintilien compare ce ^nre d^éloquenceà un fleuve impétueux, ^pii ei^* traîne tout , jusqu'aux pierres et aux rochers , rooipi les ponts et ses digues , ne connaît d'autres rives que celles qu'il se fait lui-même , s'enfle et s'irrite de plus en plus dans son cours. Aussi l'orateur , dit^il (*) , y emploie les couleurs les plus fortes et les plus vives. Tmcrtot il évoque les «aorts , tantôt il .^^sonnifie la patrie , pour garnir sur les.'attenr tats d'un citoyen rebelle. U ^ère mn discours par la liardies^e des byperbdes , apostrophe les dieux , prête, de l'&a^ et du sentiment aux êtres inai^mës.» excita la colère et toules sortes d'ay^^ misuve-
Les orateurs de l'antiquité qui ont le plus excellé dans ce genre d'éfofuen^^, sont Démosthène et Cieéron; Parmi jdous ce scNut BourdaUue, Basmu et Ma$-siUmi, Le iermon de ce deraibr^ sur le petit nombre des élus » est pleie de morceaux sublimes. Voici le plufi fr^ppuuat.
L'orateur l'a imité d'un discours proaoocé .
par le grand 5. Ckryjsastâmt^ ^ li&m Ter glise die Constentinople :
« Je suppoise que ce soit ici noii^e der* 9 ni^re heure à tous ; que les eieux vwt » s'ouvrir sur &08 têtes ; que le t^oipa est » passé y et que l'éternité commeoce ;
(*) De Inst. 12 j c. lo.
. FBAIÎÇAIS£. i5y
que Jéms-Chfisrt va paraître pour nous juger selon nos œuvres » et que nous sommes tous ici pour attendre de lui Tarrét de la vie ou de la mort Cruelle. Je vous le demande ,• frappé .de terreur comme vo«» , ne séparant point mon fiort du votre , et me mettant dans la même situation où nous devons tou^ paraître un jour devant Dieu notre juge ; si Jésu8-£hrÎ6t , dis-je , paraissait dès-à-présent pour faire la terrible .séparation des justes et des pécheurs, croyez-vous que le plus grand nombre SiJLt sauvé ? Croyez-vous que le nombre des JM$tes fût au-moins égal à celui des » pécheurs? Croyez-vous que, s'il faisait » maintenant la discussion des ouvres du » grand nombre qui est dans -cette église , ' » il trouvât seulement dii^ justes^ parmi » nous ? En trouverait-il un seul »?
Ce nMtrceatt , dit VoUaire (*) , est un des plus beaux traits d'éloquence qu'on puisse lire chez les nations anciennes et modernes; et le reste du discours n'est pas indigne de cet endroit si saillant. Il ajoute qu'à peine Massillon eut prononcé ces dernières paroles , qu'un trans- Krt de saisissement s'empara de tout oditoire : , presque tout te inonde se leva à moitié par un mouvement involontaire. Le mumuiire d'acclamation et