‹ Rhétorique franc̜aise, composée pour l'instruction de la jeunesseChapitre 17 sur 40 · S36 RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

S36 RHÉTORIQUE

tez pas que îe courage et rintrépidité d< leur chef n'aient passé dans leur âme.] Vous allez les voir, au milieu des pluj grands dangers , fermes dans leur poste J et y mourir plutôt que de survivre àl ^ leur défaite. Tels sont lesXheureux effets de l'éloquence , lorsque Torateur est rô-l connu pour un homme non moins vertueux qu'éclairé.

Mceundani Quaut aux mœurs considérées dans u$ tudiuors. \^ personne des auditeurs , chaque Jgë , chaque condition en a de particulières.

Un des devoirs les plus essentiels de l'orateur est de les connaître , ainsi que les usages et le commerce ordinaire de la vie : c'est ce qu'on appelle connaître le cœur humain et le monde. Il est sans doute à propos que je donne ici une no- *tion, au-moins générale , de ces mœurs.

Je ne saurais mieux y réussir qu'en pre- ' nant pour guide Aristote , qui en a fait une admirable peinture dans sa Rhétorique ^ le modèle de tous les ouvrages en ce genre : peinture qui sera vraie dans < tous les tempis et cliez tous les peuples ;

car il s'agit ici , non de ces caractères, de ces mœurs qui .varient dans chaque ^siècle f dans chaque nation , dans chaque individu , mais de ces caractères généraux , fondés sur la nature , et qili sont comme l'apanage de l'humanité. C'est cette nature , qui est toujours et partout la même , qu'Aristotc a parfaitement

cbunue , pinsqu'en peignant ses contem* porains , il a peint les hommes des siècles postérieurs , et ceux du siècle présent.

Voici en substance ce qu'il dit des mœurs desdiiférens âges et des différentes conditions. Au r^este , ceci n'est point san^ «xeeption , et ne doit s'entendre que dans ufte universalité morale.

Les jeunet geûs , dit-il (*) , sont vifs dan» leurs désirs , entreprenans , adonnés à leurs plaisirs , surtout à ceux de l'amour; inçpnstans , prompts à se dégoûter de ce qu'ils ont le plus ardemment souhaité :

dar leurs désirs 'sont violens, mais passaers comme la (aijn et la soif des malades, fe sont-colères , emportés , avides d'honfieurs , incapables de souffrir le mépris et les*injures , sans faire éclater leur res» sentiment.

La victoire et la prééminence les flattent, c'est-à-ditse ; fe plaisir d'exceller et de l'emporter sur leurs égaux , en adresse , en science , entalens. La possession des richesses les touche peu , parce qu'ils n'ont jamais senti l'indigence. On remarque ' encore en eux la crédulité ', qui naft du défaut d'expérience , la franchise et la simplicité , parce qu'ils con naissent peu les - hbmiâës , et qu'ils s'en défient )ôncorie moins.

La^ vivacité de l'âge et la chaleur du

(*^) R1)étoHç[ue, L.Xï, c. ir.

<l38 RnÉTORIQUB

sang^y qui les tiennent toujours dans vmè espèce d'ivresse , les font vivre d e&pié^ rances » pour la plupart chimériques; car, outre qu'ils ne se sont pas encore vus déchus de leurs espérance^ , le, cou^t espace, qu'ils ont vécu , ne leur p$^raH rien : l'avenir, qui leur parait long , les frappe bien autrement. Ainsi ils se sou* viennent de peu de chose , mai^ ite ipsent espérer tout, se promettre tout. De là vient qu'on les amuse , qu'on les trompe si facilement par des espérances et piir des promesses spécieuses.

La colère et l'espérance auxquelles ils se livrent volontiers , les rendent braves :

la première leur ôte la crainte , la seconde leur inspire la confiance* Ils sont susceptibles de hon^e ; car , ne s^éiaot

fkoint fait de système à part , ils suivent es opinions reçues. Ils sont généreux et magnanimes , parce que les disgrâces de la vie n'ont point encore flétti leur âme; aussi se croient-ils capables des

(>lus grandes choses. Us s'estiment ^ar ement dignes des honneurs qu'ils préfèrenl à l'intérêt. Ce sentiment est ordinairement en eux la source d'une nobk émulatioii.

: Leur amitié est toujours plu^avîve , souvent plus pure , moi^9 suspecte d'intérêt que cell<5 des personnes |4ms âgéH.

Mais , s ils aiment ayec transport, on peut dire aussi qu'ils haïssent avec fureur;

FRANÇAISE. s!Sr9

pi^ç^que tçus leurs ^entiinen^ sont ex-

Le peu de soin qu'ils prennent 4^ dégqiser l^ur$ défauts , les. rend plus visi* b(es. Un des plus dangereux» c'est la * présomption , eette sorte d'esprit avantageux qui leur persuade qu ils savenf tout , et qui les rend alIirniatiPs sur les choses mêmes qu'ils ont le moins examinée^. Ce caractère d'homme suflisaot et décisif eât d'autant plus odieux , qu'il est diamétralement opposé è Id modesde, à la défiance do ses propres lumières , h I9 déférence que l'on doit à celles 4^s personnes que leur âge et leur expérience rendent respectables.

jS'U$ font du 'mal à quelqu'un , ç esl plutôt pour l'insulter que pour lui nuire; car Us sont plus malins que dépravés.

Us sont sensibles à la pitié > parce que , jugeant les autres par eux-mêmes , ils croient les hommes meilleurs qu!ils ne le aont en effet. Ils aiment la joie , \ amusemeAt et la gaité.

On .peut compter entre les principau:!^ dtfauis des jeunes gens, l'inclinatioxi au mensonge, et l'opiniâtreté à la soutenir; le penchant à la raillerie , l'amour-propre , la fierté , une certaine affectation A répandre des nuages et de l'obscurité sur leschoaes qu'on a vues ou entendues , et qui leur sont défavorables ; la mauvaise honte , la paresse. , et l'amour de l'oisi-

s/fO RHÉTORIQFE

veté, le mépris des remontrances , une'

f>réyention qui se cabre contre les avis es plus sages de leurs parens , et des' personnes chargées de leur éducation ; préyention funeste , qui , dans un âge plus avancé , leur coûte souvent des larmes et des regrets bien amers.

L'âge des vieillards et celui des jeunes gens (*) étant , pour ainsi dire, les deux extrémités de la vie , le caractère des premiers doit naturellement et en grande partie, être Topposé des mœurs de la jeunesse. '

L'expérience d'une longue vie , leurs propres fautes , la fourberie des autres hommes , rendent. les vieillards irrésolus, timides , circonspects , diiliciles , réservés à jp rendre des'engagemens , à compter sur rien , à prononcer affirmativement sur la moindre chose. S'agît-il de se déterminer ? e/ 'y penserai ^ disent-ils; il faudra voir ; cela pourra se faire^ etc.

Leur âme basse et petite ,• occupée de minutie , susceptible de frayeur , est toujours ouverte aux soupçons et à la défiance ; ^ce qui les' rend sujets à prendre les choses , même les plus innocentes , en mauvaise part , et à ne former aucun ^tachement bien solide et durable. Ils aiment', disait un sage de la Grèce , comme s'ils devaient haïr un jour ^mais aussi ■ ^ I i t ■ I II - ■ Il ■ 1 1 ■ « Il I I II 11

(^) Rhétorique , L. XI, c.i3.

iraÀNGAISE. S4l

ils haïssent comme s'ils deir/iient aimer un jour. L^amour et la haine sont dans leur cœur sans vivacité. Il n^en est pas de même de leur passion pour les richesses : ils renferment tous leurs désirs dans les nécessités de la vie , sachant combien il est aisé de perdre et dif&cile d'acquérir.

Ils sont timides à l^excès » et portés à craindre tous les maux qui peuvent ar-* river ; d'autant plus attachés à la vie , qu'ils touchent de plus près à son terme; toujours mécontens et portés à se plaindre , même sans sujet ; pljis attachés à l'utile par avidité» qu'à l'honnête par amourpropre; peu sensibles à la hontç , parce que, plus susceptibles d'intérêt que d'honneur , ils comptent pour rien l'opinion des hommes, rarement se repaissent-iU d'espérances: le long usage du mqnde et des affaires , les mauvais succès qu'ils ont éprouvés» ou dont ils ont été témoins> le peu de fond qu'il y a à faire sur les apparences les plus spécieuses , les ont pré-^ ! munis contre les illusions dont se paye la jeunesse.

iSi l'espérance de l'avenir ne les Qccupç j pas , ils s'en dédommagent sur le souvenir dupasse, le temps qui leur reste à vivre n'étant rien en comparaison de celui qu'ils i ont vu s'écouler : aussi sont-ils grands par- ^ leurs , avides de raconter ce qu'ils ont vu , j ou fait autrefois; tant le souvenir du passé les amuse!

Leur 'Cioière est vire; m^îs c'mï un fett Ifent', peu actif, aussi'prompt à s'éteindre qti^ s'allumer. Les passions doiit une partielles a quittés' et Pautre est amortie par les glaces de Tâj^e , les agitent moins

3ùe l'intérêt , ce qui les fait paraître moérés , plus susceptibles à(ds impressions de la" raison que de cdiès de la nature.

S*ife font du mal , cVst' plutôt pour nuire que pour insulter; et s'ils sont sensibles à la pitië , ce niest' pas par humanité comme les jeunes gens, mais par faiblesse et* par un secret retour sur euxmêmes, ise regardant comme exposées h toute »«N;fc de maux. Au reste, s'ils ont; en partage la prudence , la maftu-^ ritéî', et quelques autres qualités Ibuabfes , elles sontbieU compensées piar fHunâeur brusque èft cHagrîne, par un' espprit difficile et caustique, par xine affbctàrnt)ti près* que cuntinueHe à coutredîre , à c^surer; défauts, pour ne rieti dire de pliis ; qui les rendent peu agréables à.la société.

Gomme Tâge viril (*) tient le milieu entre là jeunesse etf là vieilleSBe, les mœurs qui -lui conviennent gardent aussi une certaine proportion , un noiilieu entre celle de ces deux âges. Egalement éloigné de la timidité commune aux vieillards, et de Tardeur ordlîiàîre aux

{*) Rhétorique, Liv. XI, c. 14.

FRAifCAISiSi î'45

! jeunes gehs ,. ThoDame qui a dttaÎBi^lii farce et là vigueur de l'âge , se gouverne' avec prudence, avec raison, sftns se laisser éblouir par respérance, iki abattre par les dangers. Il ne doniie ni ne refuse indifféremment sa confian<^e à tout le I mondé. L'^xainen, l'attention président I à ses jugemens , qu'il règle bien pluâ sui^ I la vérité que sur ropinion. Il n'est poînf esclave de l'intérêt jusqu'à négliger sop honneur, ni de l'honneur jusqu'à né^i- I ger entièrement son intérêt ; mais il sait I les allier et les faire concourir à ses desseins. Exempt de la sordide avarice et de la folle profusion , il use de ses ri^ chessès avBC autant d'économie que denoblesse: la modération est d'ordinairela rè^e dé ses désirs et de ses actions.

C'est par elle qu'il répritne la fougue de' ses passions , qu'il unit la prudence à la valeur, et la promptitude de l'exécution à la' sagesse du conseil. En un mot, tout ce que la jeunesse et la vieillesse ont de b on séparément , l'âge mûr d'ordinaire le réunit;et de plus, tout ce qui pèche dans ces deux âges , soit pîir défaut,* soit par excès, se corrige le plus souvent dans celui-ci , et est ramené à une certaine médiocrité toujours estimable.

Si l'âge , dît le même rhéteur ( * ) , in* flue sur les mœurs , la fortune et la cbn*»

{^) Ehëtorique, Liv, XI, c. i5. *

3^4 RfiÉTORIQU£

dition n'y influent pas moins. Suivre les hommes dans toutes les situations qui peuvent les faire changer d'humeur et de caractère , ce serait entrer dans un détail infini. Noua nous bornerons donc aux principales , qui sent la noblesse , Topuience , la grandeur et la prospérité; d'autant mieux que par ces quatre sortes d'étatë y on pourra juger des conditions opposées.

Le caractère de la noblesse est de rendre amateur de la gloire; car on aime à augmenter les avantages qu'on

(possède : or y la noblesse est ^fondée sur a gloire des ancêtres. Cette ambition , lorsqu'elle ne se propose que des choses louables, et n'emploie que des moyens légitimes pour parvenir à sa fin , prend le nom d'émulation ; c'est une vertu.

Se sert-elle de moyens injustes et violons ?{ c'est un vice, et souvent même un crime.

Les nobles méprisent ordinairement ceux qui commencent leur noblesse, et qui se trouvent au même point où se sont trouvés leurs propres ancêtres. La gloire de ceux-ci ne leur parait plus grande que parce qu'ils les voient avec des yeux prévenus, et dans une'perspective fort éloignée ; mais ils méprisent e^core tout ce qui n'est |)as noble.

On doit mettre une grande différence entre un noble qui soutient mal la

splendeur de . son nom , et un noble qui ne dégénère point. L'un doit tout à sa naissance et au mérite de ses ancêtres. L'autre, en imitant leurs vertus^ en rehausse Téciat par ses helles actions. Ce dernier caractère est plus rare que le premier.

L'opulence ('^) a aussi un earactère particulier. Les riches communéiment sont superbes . et insolens , parce qu'ails s'imaginent posséder tout ce qu^on peut désirer , n'aroir besoin de personne , ou du-moins pouvoir se procurer tout à prix* d'argent;^ ou enfin parce qu'ik pensent que la richesse leur tient lieu de tout.

Le luxe; la vanité, Tostentation se rencontrent aussi chez les riches. Persuadés Jueleur bonheurconsistedans Topulejâice»

s dédaignent. tout ce qui ne leur resr- «eaJ)le pas; et rien ne contribue plus à le& enjtretenir dans cette illusion , qu'une cour nombreuse' de vils flatteurs qui. les applaudissent, ou iqulen attendent leur fortune. ' i '.•.»'.

On trouve cie^te différence entre le^ mœurs des nouveaux riche$ , et le caractère de ceux qui l'ont toujours été, que ceux dont la fortune est nouvelle» rapide, surprenante, ont tous les défaut^ dont nous venons de parler,, dans un bien plus

^Ê^mmitÊ^i^ttmmim

{*) Rhétorique , Lit*. XJ , c. i6.

S4S AHÉTOniQVK

peinture des mœurs contribue aussi au triomphé de l'éloquence , puisaue c'est par elle que l'orateur parvient plus aisément à' entraîner les âmes vers ce qui est aimable et utile , et à les arracher à ce qui est odieux et nuisible. Enfin ce n'est qu'au moyen de la connaissance de ces mœurs, qu'il peut proportionner son style ; ses pensées , ses réflexions , ses raisonnemens à l'intelligence, aux sentimens et aux passions de ses auditeurs; parler k la ville autrement ^u'on ne parle à la bampagne; à des militaires, autrement qu'on ne parle à des magistrats ; à des jeunes gens , autrement qu'on ne ;^'arle à des hommes d'un âge mûr; en un mot', peindre avec vérité les diverses inclinations des homimes de tous Ses états, en développer les causes et les effets, ainsi que led caractères des différons vices et des différentes vertus. La Eeinture que MasslUon a tracée de l'amition, dans son discours sur les tentations des grands, prouve bien qu'il connaissait parfaitement ce qui cs^ractérise ce vice. Le voici :

« Il rend malheureux celui qui en est » possédé. L'ambitieux ne jouit de rien; '»'ni de sa gloire, il la trouve obscure; *»'Bi de ses places, il veut monter plus » haut; ni de sa prospérité, il sèche et » dépérit au milieu de son abondance; » ni des hommages qu'on lui rend, iU

FRANÇAISE. a/f^

>: .sont empoisonnés par /ceux qu'il est » ôbligé^de rendre lui-même; ni de sa » faveur, elle devient amère dès qu'il 9 faut la partager avec ses concurrens; » ni de son repos , il est malheureux à » mesure qu'il est obligé d'être plus tran- ». quille.. .. L'ambition le rend donc » inalheureu?!;^; mais de plus , elle l'avilit » et le dégrade. Que de bassesses pour » parvenir! Il faut paraître, non pas tel » qu'on est, mais tel qu'on nous souhaite.

p Bassesse d'adulation; on encense ^et on » adore l'idole qu'on méprise : bassesse » ^de iâcheié ; il faut savoir essuyer des » dégoûts ,' dévorer des rebu|$ , et les re- » cevoir presque cQïmne des grâces : basr » sesse de dbsimulatioli ; point de ^enti^ » mens et soi , et ne penser que d'après » les autres :• bassesse dje déi^égiement ; » devenir les ipomplices et peut-être les » ministres des passions <le ceu^ de qui » noiis:dépendon«^ et entrer en parti dans p leurs désordres? V. pour pàrtîfeipen plus p sûrem^tià' leurs grâces : enfin bassesse » même .d'hypocrisie; emprunter quel- » quefois les apparences delà piété, jouer » l'homme de bien pour parvenir^ et faire » servir à l'ambition la religion même »- qui Ja condamne ».

On «iie pevit lire les sçrpions de ce grand orateur , sans s'apej:'pev!oir presr que h chaque p âge qu'il avait fait une étude bien profonde du cœur humain.

liSo k&àTORXiQxrx

il séfai)^ aisé de le prauYer pc|r iiae foule d'exemples. Je Bie borne à celui-ci^ tiré lia panégyrique de saint Benoît»

'€ fivk presque de to^s ceux que le » monde séduil et entraîne , n'est content » de sa 4^^^^ 9 ^ ^ Tespoir d'une conji dition plus heureuse n'adoucissaît les }> p^nes de notre état présent y et ne liait i encore nos cœ«frs au monde , il ne fau- » drait^ pour nous en àé^omfeap, que 1 tes dégoûts et les amertumes ^ives que i> nbus y trouvons. Mais nous sommes, » chacun en secret , ingénîeuat h nous sé- » duire sur l'amertuioie de no1»'e condi- » tion présente. Loin de eoncinre qpe le 1 mônde?n;0 saurait faire des heureux , et » qu'il' «faut chercher ailleurs le bonheur T> oji nous aspirons , et que le inonde ne » saurait nous donner, nous nous y pro- 1» mettons tpujours ce qui nous manque i )Bt ce que 1104IS aouhaitons^: nous ehar- > mons nos ennuis présens 'par Uespoir * d'un aVenir ohiméraquo ^ et- par une » itiusion perpétuelle-et déplorabfe , nous ir rendons toujours inutiles lesâégoûts que yi Dieu répand sur nos payions injustes^ » pour nous rappeler à lui par diss- eipé- » ^ i:^anèesque l'ëvétieillent défnebbloujours, » mais où nous prenons de notice âiépipse V même roccàsion de tobib^r dans 'de f nouvelles i> . ' . .■

m. De^ Parlons,

\éè% passions s^nt » en général » dies ft^finibon Jliouycwkeii!^ qui s'élèvent dans .notre ^« ?*»*«'" âme , et ({iii sont mi éSSi^ des impressions qu'elle" reçoit. Si c<bs impressions sont légèrves, les mouvemens qui se îoui sentir dans notre âtne sont douK; et alors ooi les nomme simplement sentivmns. Si ces im{»^^i<Hï$ ^o^ï vives , lejs mouvemens qui agitent notre âme sont véjbémens; et alors on les, nomme proprement passions ^ *

Les objets présentés à notre âme lui paraissent-ils agréables ou "utiles? notre volonté se porte vers ces objets, les poursuit, les aime, et s'y attachée : de là l'amour. Ces objets lui paraiss^t-ils désagréables ou pernicieux ? notre volonté s'en éloigne , les fuit et les déteste : de là la haine. Ces deux passions spi^ la base de toutes les autres : il n'en e^t absolument aucune qui ne se rapporte à l'une de ces deux-là, et qui n'en soit comme une émanatioyu.

C^s mouvemepsqu« notre âme éprouve à la vue des objets , sont indifTérens par eux-mêmes, quelque doux, quelque impétueux qu'on les suppose. Mais si vous vous réjouis^s; d'un biea arrivé à votre ennemi, ce sentiment de joi^ ^ bon et louable? Si> au contraire, vous vous *

fki^ BHÉTORIQU£

réjouissez des revers qu'il a essuyés, ce sentiment est criminel et vicieux:. Si vous vous indignez à la vue de la prospérité d'un méchant , celte indignation est loua-

' ble. Si vous vous indignez à la vue de la prospérité d'un homme d^ bien , cette indignation est criminelle. *

Ces mouvemens ,de notre âme peuvent donc être en nous les principes des différentes vertus , ou des différens vices , selon l'objet vers lequel ils sont dirigés.

Ainsi les passions sont bonnes , lorsqu'elles nous portent à quelque chose rl'honuête; mauvaises, lorsqu'elles nous portent à quelque* chose de vicieux, ou même à quelque chose d'honnête d'une manière vicieuse. Chercher, par exemple, à procurer un emploi à son ami, c'est, une chose honnête. Mais chercher à le faire élever à ce poste , en prenant des mesures pour en déposséder celui qui l'occupe j c'est une chose criminelle et digne de toute censure.

Puisque les passions ne sont en elles-

-raêmes ni bonnes ni mauvaises , il s'ensuit non-seulement que l'usage n'en peut pas être répréhensible dans le discours oratoire, mais eiicore qu'il n*en peut être que louable, si on les dirige vers un

•objet qui de sa nature soit bon et utile.

Ajoutons que cet usage ^st passions est absolument nécessaire. Ce n'est qu'en les excitant que l'orateur est vraiment

éloquent: ce n^est que par elles qu'il triomphe des cœurs, y exerce un empire souverain , les arrache au vice , en leur inspirant la haine la plus forte pour tout ce qui est mauvais et criminel , les en-traîne à la vertu, en leur inspirant l'amour le plus vif pour tout ce qui est bon et honnête.

Mai^, pour que l'orateur soit autorisé à exciter une passion quelconque , il faut queses auditeurs aient une âme susceptible de cette passion , que la chose pour laquelle il veut l'exciter , puisse en être un sujet , et que les motifs pour lesquels il veut l'exciter, soient justes. Ces trois préceptes sont trop clairs par eux-mêmes, il est trop aisé d en saisir toute l'étendue , /

pour qu'il soit besoin de les développer.

Le plus sûr moyen d'exciter les pas- j^^^fter aions , est d'en être soi-même pénétré. ïes ptssioa». Voulez-vous , dit Horace ( i ) , m'attendrir par le récit de vos malheurs , et me tirer des larmes, commencez à en verser voustméme. Il n'est pas possible , dit CicéroH.(2) , que celui qui écoute se porte à la douleur, à la. haine , à l'envie, h la crainte , aux pleurs , à la pitié , si l'orateur ne se montre touché des isentimens qu'il veut inspirer aux. autres.

Quel est l'orateur, qui pourra se flatter

(i) Art Poét.

(a) De Orat. Liv. II,

1^4 BBiTORIQVI

JTmêfvteT h tes audikeuFS k pitié pour les malheureux y s'il ne la ressent l«ii->' même? Quel est le général d'armée qui fera naître daa» le cœur de ses soldats la passion delà gloire, s il n'en est lui* même dévoré? Rappelons encore ici ce précepte si vrai et si connu , que , pour être éloquent 9 il faut sentir vivement, avoir une âme toute de feu : sans cela on ne pourra jamais enflammer Y^m/Q des autres.

Mais comment sentir vivement deschoses qui n'ont qu'un rapport indire<^ avec nous, ou même qui nous sontvpurement étran-gères ? Comment éprouver une émotion vive et profondes pour la faire naître dans bs autres? Voici sur ce sujet la pensée de Quintilien.

Quoique nous ne soyons pas les maîtres d» nos mouvemens , dit ce rhéteur {*) , nous pouvons cependant nous faire des images si vives et si justes des choses absentes , qu'elles les rendent présentes et comme exposées à nos yeux. Celui qui s'en forme de telles , est toujours puis* saut et fort dans ses mouvemens. Par exemple, ajoute-t-il un peu plus bas , si j'ai à déplorer un assassinat,ne pourrai-je

Eoint me figurer tout ce qui vraisemblablement s'est .passé en cette occasion ? ne verrai-je point l'assassin attaquer

C) Inat. liT. YI , ç. a.

un li^piaie à l'improTÎste , lui mettre le pojgQard $aus la gorge ; celui-ci» 8ai$i de frayeur , crier , supplier , s'enfuir , ou fairi^ d^ Taips efibris pour se défendre , e^ en^ tKWaber pe^rçé de coups? Ne verr^-je fif^Dt $on -sa^g couler , la pâleur de S{(^o yis^ge^ ses y;eux s'éteindre, et sa }>oac|)^ qui s'^a^ouvre ptour rendre le 4ernier soupir?

U s'eiMwt de la riéflejJon de ce judicieux écri?ain , ^^G l'orateur doit imaginer vivement » poujp se pénétrer des actions qu'il veut exciter. U ne manquera pas alors de; peip4re avec force , de rendre S490 i^cours p^sjonnéy et dTémouvoir ^ par ce moyens les pasjsions de ses auditeurs*

Je pom'rais faire voir , par divers exemples » h mi^ni^re dont Les meilleurs .

Qi^eiurs ont excité les passj^^ps. U su^ra d'en citer un seul fourni par un gffmd niattpe» et qui pei|t bien servir de ipodèfle ; îl est tiré d'u^e Or4Hson de Cicéron contre Verrez ^ préteur de Sicfle , qui avait condamné fiu dernier supplice Gavius, citoyen romain. Yoici à-peu*près le sens littéral de ce morceau :

c.Âu milieu de la place publjque de 9 Messine i. un citoyep rouci^in était cruel- » lementr frappé de ^rg§s«: tandis que ». dans ses cMtsantes douleurs , k travers » lf> bpuit des CQupâ redoubl^^ » il ue fai- » sait eiHeadre^ d autre plainte , d'autro

«256 RHÉTOBIQUE

» cri que celui-ci : Je suis citoyen romain.. » II croyait qu'en réclamant ce titt*e , il » se verrait délivré du rigoureux supplice » qu'on lui faisait subir. Ce fut en vain :

» non-seulement il ne fut point arraché » à la violence et au déchirement des 9 verges, mais encore dans ce moment » même où sa voix gémissante. répétait > » sans interruption , le nom de citoyen » romain , le supplice de la croix , oui , -» de la croix , était préparé pour ce mal- 9 heureux tout meurtri de coups , et » qui, jusqu'à ce jour, n'avait point vu » d'exemple d'un pareil pouvoir».

' Après cette description vive et touchante, l'orateur invoquant les lois qui défendaient de condamner au supplice des verges ou de la mort un citoyen de Rome , sans Tordre du peuple romain ,' s'écrie, pour faire sentir toute l'injustice de cet indigne traitement: '

« O doux nom de ïa liberté , ô adari- » rable prérogative de notre ville ! O loi » Porcia ! O lois des Sempronius ! O puis- » sance des tribuns si désirée , et quel- » quefois rendue an peuple romain ! Tout » s est-il évanoui , jusque là qu'an ci- » toyen romain , dans une' dés provinces » du peupk^'omam , dahs'tiné ville de » ses alKés, ail été publiquernonV frappé » de vcrgt's , par l'ordre 'd'un homme » que ce même peuple roAiaîn avait gra- » tuitement hortoré des hathee et'des fais-

Tf ccaux ? Sî les cris douloureux , les vives V supplications de ee malheureux en » proie à l'ardeur des torches brûlantes » et à la rigueur des autres tourinens , ^ » n'étaient pas capables d'ébranler, ton » âme, ne devais -tu pas , au-moins, être 9 touché des sanglots , des larmes et des n gémiçsemens de tous les Romains pré- » sens à ce barbare spectacle? Tu as osé » faire attacher \ une croix un hon^me » qui se disait citoyen romain »!

L'orateur n'en reste pas là : il rapporte une dernière circonstance du supplice de Gavius ," pour accabler Verres de tout l'odieux qu'il mérite, en peignant aux yeux de ses juges son industrieuse cruauté:

« Tu ne peux point nier, puisque tu » n'as pas craint de le dire publiquement, » que tu n'aies fait planter l'instrument ]» de son supplice dans cet endroit de la » ville qui est près du détroit , afin que » celui qui se disait citoyen romain , pût » du haut de cett^ croix jeter ses der- » niers regards sur l'Italie et sur sa pro- » pre maison. Oui, Messieurs, c'est la » première croix , la seule croix qui , » depuis la fondation de Messine , ait été » élevée en cet endroit : et ce lieu a été » choisi , afin que le malheureux Gavius » comprît, en mourant, qu'un bras de »-mer très -étroit formait la séparation de » l'esclavage de la liberté, «t afin que

» l'Italie vit un de ses enfaas mourir vie* 9 time de tous les excès du pouYoir ty- 9 raonique » .

Enfin , Cicéron termine ce récit passlonné , et )>ien capable d'allumer laute l'indignation des juges contre ,Verrès , par ces pajroles si'Hrortes et st pathéti(jue$ :

c S! j'adressais ces plaintes , je ne dis 9 pas à des citoyens romains, je neidis » pas k quelques-uns de nos alliés', je ne » dis pas à des nations cbez lesquelles » notre nom fut parvenu , je ne dis pas » enfin à des hommes, mais à des hétos » sauvages , aux pierres et aux rochei»

» les plus durs d'un affreux désert; .qqs » êtres muets , inanimés et insensible » seraient touchés du récit d'une action » si indigne et si atroce. Que doit-ce » donc être , Iqrsque je parle à J'aususie » sénat de Rome^ aux auteurs des lois ,, j de^ }ugw>Qns ,^t de notre jurîspiru^ p dençe^etc. « ?

ARTICLE II

De la Disposition,

L'invention f com^çne on vient de le VOH*.^ dide rojreiiteur h trouver les choses qu'il doit dire. L^ disposition lui prescrit la mânjbèr^ de 1^ dis^tribuer, «de les arran^^p, d^ les Uer enlfre elles. Le^succè;!

PRANÇAI»)E. SS9

.AvHliscûiiPa , dit Gcéron {*)., dépend de la

forme qu'on lui doone , et de la manière

dont on. le ti?aite : .ear f uant aux choses 9

'Hvx jnatières des preuves, rintelligence

»a est ^ats^e. 'Que 'reste-t-il ensruite à l'art

.de Ja composition ? âinon qu'il faut ;

i."" commencer par. un .exoirde . qui nous

4M)ÂciUe Ja bienv«UIance dés ^auditeurs ,

iqui les rende atteiildfs » :et qui le$ ^i^p<>$e

à n€M6 .écoftiter favorablement; 2.*" ex-

jioaer le fait.d'une manière oUii^ç , si

iO<^le «t si plausible , que TOn com-

-pr^ufce aûsémenl l'état de Ifi qiiestiojp ;

3«^ établir solidement ses ipoyenfi ^ et'

fiëkmerser qsux de J'adMCd^^aire par des

vaisonn^Boéns concluans et placés avec

ordre , de manière que l'on sente la )iai-

Mn.dës conséquences a^vec les principes;

4^ lièrmiaer le dis^cQUrs p<kr une péro-

raiflon qui puisse aJluiQer «|i éteindre les

passiops , ficdon le beSiOin. Voilà 4o9iC la

disposition générale (du di^oups. {iOs prin^

eipales parties ^i lob com^poawt sont

Texûrde , lat narration » la <i«M9iinn^tifOn »

at la |Ȏrpraison.

. L'e;KQrde 6S<t le coJwn,enç€m^J^ du discours. L'orateur y doit préparer l'esprit 4e ses auditeu,rs à recevoir fjivpra-

.n.i., tu . ( \ ' t

(*) De OMt. , D.o taQ. •

26o EBÉTORIQUE

blement les choses qu'il va leur annoncer.

Il y réussira , s'il parle avec exactitude , ne disant rien qui n'ait tin juste rapport âu^i)Ut qu'il se propose , de manière que^l'exorde ne puisse convenir è aucun autre discours. Il faut qu'il ne soit pas long : il dégoûterait l'auditeur ^ qui, dès que le sujet lui a été annoncé , est impatient d'en connaître lé fond. Si l'oratear parle ' de lui-même , il prendra un . ton Inodeste; et paraîtra ûiéfnè se méfier de son talent. C'est le moyen d'intéresser les auditeurs , de s'attirer leur bienveil^ lance , et de i^urpasser leur attente. Ainsi Bossuet^ commençant l'éloge du grated Cûndé^ se reconnaît au«-dessous de son sujet , eh disant : ^

« Au moment que j'ouvre > la boucfae » pour célébrer la gloire immortelle de » Louis de Bourbon , prince de Gondé, » je nie sens également confondu , et par » la grandeur du sujet y et s'il m'est per- «> mis de Favouer , par l'inutilité du tra- » vail. Quelle partie du monde habitable | » n'a pas ouï les victoires du prince de :

» Gondé et les merveilles de sa vie ? On » les raconte partout: le Français quiles » vante n'apprend rien à l'étranger; et, :

» «quoi que je puisse aujourd'hui vous en » rapporter, toujours prévenu par vos » pensées , j'aiirâi encore à répondre an y> secret reproche que vous me ferez » d'être demeuré beaucoup au~dei»sous.

Nous ne pouvons rien, faibles orateurs,

tour la gloire des âmes extraordinaires, rc sage a raison de dire que leurs seules

etctions peuvent les louer : toute autre )m louange languit auprès des grands y noms, et la leule simplicité d'un récit » fidèle pourrait soutenir la gloire du 9 prince de Condé » .

Comparons deux exemples qui feront connaître l'art avec lequel l'orateur doit commencer son exorde, pour disposer llçs esprits en sa faveur: Ils sont tirés des métamorphoses à! Ovide. Après la mort 4'Achille , Ajax et Ulysse se disputèrent les armes de ce héros. Ils devaient Tun et l'autre exposer leurs prétentions , en présence des princes confédérés assemblés au milieu de l'armée. Âjax, qui ne savait que combattre, se lève le premier ; et , bouillant de colère, il regarde d'un œil farouche le rivage de Sigée et la flotte des Grecs ; ensuite , tendant les mains , il s'écrie :

« Grands Dieux ! c'est à la vue de nos » vaisseaux que nous plaidons , et Ulysse » entre en concurrence avec moi ! Ce- X pendant il prit la fuite à l'approche » d'Hector , armé de ces feux destruc- » teurs que j'affrontai , que j'éloignai de > notre flotte. Il vaut donc mieux avoir 9 une langue séduisante qu'un bras de » héros , etc. » !

Cet emportement d'Àjax , ses éclats ,

ce reproche indirect qli*il fait aUîi: Grfecs^ des services qu'ils en avaient reçufe , étaient bien pea propres à lui rendre ses' juges favorables. Un pareil ton dans un' orateur , et dans un orateur surtout' qui plaide sa propre cause, ne peut qu'indigner le juge, et même le simjtle auditeur.

Ulysse, le plus rusé comme le plus éloquent dès Grecs, après s'être, levé, tient quelque temps ses yeux fixés à terre : il fait paraître une extrême ôfflicr tion de la mort du guerrier que pleure l'armée; et, d'un ton soumis et respec* tueux , il dit :

« Illustres Grecs , si vos vœux et les » miens eussent été exaucés, une si triste » contestation n'aurait pas été portée » devant votre tribunal. Vous jouiriez » encore de vos armes , cher AchiHe , et » nous aurions le bonheur de vous pos- » séder. Mais , puisque les destins nou?

» ont enlevé ce héros ( ici il fit semblant » d essuyer ses larmes ) , qui mérite mieux » d'hériter du grand Achille, que celui » par lequel les Grecs en ont joui, etc. » ?

On veut que l'exorde n'ait rien de recherché ni de magnifique dans les pensées et dans les expressions. Cette règle doit être observée lorsque l'orateur veut combattre uti préjugé reçu , ou détruire une fausse opiuion. Il faut alors qu'il s'exprime simplemeilt , pour

FRANÇAISE. ftt

8-iûMnucr avec art dans l'esprit dé ceux qtti l'écoutent. Maïs il y a bîen d'autres occasions où cette règle n'a pas lieu. La grandeur et l'importiance du sujet aùto-< risënt l'orateur à commencer par quelques traits frappans , paîr des figures brillantes , par de riches comparaisons.

C'est ce qu'a fait le P. Bourdaioue dans ce début d'un sermon sur la Résurrection^ ert qui a pour texte ces paroles de PÉvanglle : H est res^usciiéi il n*est plus ici ; voici le lieu oii on l'avait mis.

« ,Ces paroles sont bien différentes de celles que nous voyons communément gravées sur les tombeaux des honlmes.

Q^ielque puissans qu'ils aient été , à quoi se réduisent ces magnifiques éloges qu'on leur donne , eV que nous lisons succès ' superbes mausolées que leur é^e la vanité humaine? A cette inscription hicjacet, ce grand, ce conquérant, cet. homme tant vanté dans le monde , est ici couché sous là pierre » et enseveli dans la poussière , sans que 1» tout son pouvoir et toute sa grandeur » Vhn puissent tirer. Il en va bien au- 1 treiuent à l'égard de Jésus-Christ. A ^ peine est^il enfermé dans le sein de la » tevth , qu'il en sort , dès le troisième » jour, victorieux et triomphant. Au » lieu donc que la gloire des grands du » siècle se termine au tombeau , c'est

n dans le tombeau que commence 1^

264 r.HÊTORIQADB

» gloire de ce Dieu-homme; c'est, pour B ainsi dire , dans le centre de la fai- » blesse , qu'il fait éclater toute sa force, » et jusqu'entre les bras de la mort , qu'il ^ reprend , par sa propre vertu , une vie » bienheureuse et immortelle » •

Tel est aussi ce magnifique exorde de V oraison funèbre de Turenne, fSLV FUchier :

« Je ne puis , Messieurs , vous donner 1 d'abord une plus haute idée du triste » sujet dont je viens vous entretenir, » qu'en recueillant ces termes nobles et » expressifs , dont l'Ecriture sainte se » sert pour louer la vie et déplorer la » mort du sage et vaillant Machabée.

» Cet homme, qui portait la gloire de 9 sa nation jusqu'aux extrémités de la » terre ; qui couvrait son camp d\in » bouclier, et forçait celui dèb en^mis » avec l'épée; qui donnait à des rois » ligués contre lui des déplaisirs mor- Tt tels , et réjouissait Jacob par ses vertus » et par ses explois, dont la mémoire » 4oït ê^re éternelle : cet homme , qui » défendait les villes de Juda , qui domp- » tait l'orgueil des enfans d'Ammon .et » d'Esaii, qui revenait chargé des dé- » pouilles de Samarie, après avoir brûlé, » sur leurs propres autels , les dieux cfes » nations étrangères : cet homme , que 9 Dieu avait mis autour d'Israël comme » un mur d^airain , où se brisèrent t^.ut

FRAJNfÇAlSE. %li5

de fois toutes les forces de TAsie^- et qui , après aTX)ir défait de nombreuses armées» déconcerté les .plus fiers et les plus habiles ffénA*aux des rois de Syrie, venait tous^ les ans , comme le moindre des Israélites , réparer ayec ses maip$ triomphantes les mines du sanctuaire, et ne voulait d'autre récompense des services qu'il rendait à sa patrie , que l'honneur de l'avoir servie : ce vaillant homme , poussant enfin avec un courage invincible les ennemis qu'il avait réduits à une fuite honteuse, reçut le coup mortel , et demeura comme enseveli dans son triomphe. Au premier bruit de ce funeste accident, toutes les villes de Judée furent émues. Des ruisseaux de larmes coulèrept dep yeux de tous, leurs habitans rils furent qiielque temps saisis , muets 4 . itnmobilçs. Vq.

effort de douleur rompant, ^ enfin ce long et morne silence , d'une voix enlYecoupée que formaient dans l^urs cœurs la tristesse, la piété, k crainte, ils s'écrièrent : Comment est mort cet komm,e puis$ant qui sauvait le. peuple d'Israël! A ces cris , Jérusaleiwre4oubk ses .pleurs , les vpûtes dn, ten>ple s'ébranlèrent; le Jourdain se troubla»

et tous ses rivages retentirent du son de ces lugubres paroles : Com»m,ent est mort cet iumim^e puissant qui sauvait iepei^ple d'Jsrçël » /

• II' est des conjoncttires où l'orateur peut éclater arv ecwrce dans soû début :

c'est lorsqu'il est agité d'une paeston^xtrêbaenientYÎve, et? dwit le sujet ne peut 8tre que lotrafcte. Y^ez' sur quel ton Cicérbn commence «es Otaisons contre Catiliba. <îe fierR^tnaîn conspîfcaît contre sa patorite. -te sénat, instruit de ses complets , était ass<^nbfé. Gicéron allait parler/ Catilina entre. L'orateur fi^mit d'înd^natîon : il part^coràmB là^fbudire , et s'éc^îê :

« Jusqués à q^and enfib, datilma, » abuseras«-ttt ée notre patience ?• JSerons- » nous encore fottg- temps- fe jouet de ta » fureur ?- Quelles seront les bornes de ta » Hardtesse ^éffirénée ? Quoi ! ni la^rde » qui veîîïe à lia sûreté; publique, ni la » craWte, d\i' peuple' , ili ipn ârrft déjà i prononcé dans ié cœur disf t^Mls l«s gens » dfe bien % fti le • respect dft à ce lieu-sa - » cré , *ii ^Ffespect de ces angnsfes séna- » teurs, n'onrt pti'ébranler.ton^taisotente )» âtidace! Ne vots-tu pas que tçs com- » plbts ^erfièes sont déroîlës , que la » conjuration est dëfeourerte V qu^àucun » de nous n'ignore ce qucf tu as fâît cette » puit et- la nuit précédente , à' qtieUe » boupabie assemblée tù 'as présidé , » quelles résolutions pliis cotkpâbl(es en- » core y ont été^ prises? ©'temps! 6 » mœurs 1 Le séfiat le S'ait* Vie: consul le » voit, et ce traître respire ! Que dîs-je,

BffAIf'Çiti:SB. 567

» il rfii^prire I il meA dillÉB< Ik sénatun pjed » liéméBaire , il f)Fen)d part aiœc>délibérau » tioBsi de tc6 Corps yéimérablé , 9 }«M(^ar » cfaKCun de nous dco» regard saiiigui- • naïves , il mai!f{ue'd»'FdeîI la^i^Iace où » A vent enËDiiesr le poigaapdi » .

' Un orateur saooé , qui expec^e un»

grande T érîlé déjà eonuue , petit aussi comummev son ex€vde d*«ne manièi^e frBffaoiJ^'^ «t qui{)ToduÎ8e une forte impcessîoa sur «resprit d^ ses auditeurs; C'est ee ^ue fait Mussillûn dans son sermon swr l?impénit»nce finale,

« Si vous n'avez pas frémi en m'^n«- » tendant prononcer ces paroles , les plus n terribles sans doute <ya on lise dans nos » ^divines écritures : Je m^en vcds ; vous » me chercherez y et vous mourrez dans 9 votre péché ;]e ne vois plus de vérités » dans la religion y capables^^ de ve«is tou- 9 cher » .

A la fin dé Texorde , l'orateur distribue son sujet en ses parties , 'c'està-dire , qu'il en tire plusieurs propositions , qui , disposées avec ordre , indiquent la marche qu'il va suivre pour le traiter : c'est ce qu'on appelle division. Ces différentes propositions doivent renfermer le sujet du discours dans toute son étendue, et tendre au même but y sass rentrer l'une dans Fautre^ parce qu'alors il s'en trouverait une qui serait inutile. Quand on divii9e' , dit

^8 RHÉTOHIQtlE

Fénélon {*) , il faat diviser siraplement, naturellement ; il faut que ce soit une diwion .qui se trouve t^ute faite dans le sujet même ; une division qui éftlaircisse , qui range les * matières , qui se retienne aisément , et qui aide à retenir tout le reste; enfin , une division qui fasse voir la grandeur du sujet et de ses parties. Baurdaloue^ traitant le mystère de la passion sur e^ texte.: LesJvip demandent des prodiges I etc. ^ veut faire voir qu'on y en découvre un des plus éclatans* Voici conlment il divise son sujet :

« Vous n'avez peut-être considéré jus- » qu'à présent la mort du Sauveur que » comme le mystère de son humilité et 9 de sa faiblesse; et moi , je vais vous » montrer que c'est dans ce mystère » qu'il a fait paraître toute l'étendue de » sa grandeur et de sa puissance : ce sera » la première partie. Le monde , jusqu'à n présent , n'a regardé ce mystère que » comme une folie ; et moi , je vais vous » faire voir que c'est dans ce mystère » que Dieu a fait éclater plus haute- » ^ent sa sagesse : ce sera la seconde » partie » . ,

,(*) Dialogue sur PÉloqueDce. •

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