‹ Rhétorique franc̜aise, composée pour l'instruction de la jeunesseChapitre 19 sur 40 · IV. De la Pér&rtiisûn · texte numérisé non relu

IV. De la Pér&rtiisûn

La pérofaison est la dernière partie du discours*, et n'est ni la moins importante , ni la moins difficile à traiter. C'est ici principalement que le style doit être plein, nerveux , véhément, et surtout»

précis : lies pensées doivent s'y succéder avec la plus grande rapidité. Il faut que

Torateiir , en ne âiaAattdrien de faible , rien d'ioQaiÉîle' , y. Ëàsse >uiaè' courte réoapittAatfoil' de-iprctt^es les pHiS' solideé qu ii a dé^ekfipées. , de ce ^u*il a dit de plus essentiel et de jyliis &appant , et qu'il . repTéseiiiile , dans un. tableau raccoaroi , >niaîs où les oh^ts soient bien distingués', tout ce qui peut faine la plus vive et la plus fonfee impression sar Tauohetir* Il défimersi toutea les ressources de son iart ; il «lettra en usage tout ce ique rtélo^uençe a «de tours séduiaans et de mowreoaeDs imp^étiseux , enfin il aïûmera icetbe partie de son discours de toute la chaleur , de toui le feu du sentimenit, pcMir exeiter les grandes passions^ et maîtriser les âmes.

C^fV^r^mpQBsédait ce' talent au suprême ^egré. La plupart de ses përoitaisons sont ^u plus grand ptatbétique. Celle de la àar(zugt$ô fiaur Mii^n, accusé d'aveir fett asBasRmer k 4nfaun Clodius, hooune de i»au¥aises mœurs , est un vrai chefd'oeuvre. Il y excite prescpie toutes les Iiassioms ides fu§es : il lex^m inspire de 'indication conlre les acousateurs ,«de l'estitoe pour Taecusé , de l'amour pour laYertu^ de l'admiration pour ses sentimens , de la reconnaissance même pour les services qu'il avait rendus à la république , eiafin , d« la haine pour la «mémoire de Clodius , et de lliorreur pour ses forfaits.

S8A 'ftEiTORIQDE

Il n'est point de ifigifres qui ne puissent trouver piaoe dans ; la <péc<Mraison.

Les plu» ^nobles , les plus fortes et les plus touchantes , telles que Tinterrogatron , Tapostrophe « la prosopopée , etc. , sont celles que Torateur. doit y employer, comme, étant les plus propres à donner au discours cette Yéhémence et cette im-

1>étuosité qui ébranlent et transportent escceurs. Es^ine en fournit un tr^ bel exemple dans la péroraison de sa harangue de la couronne , dont il est à propos que je dise le sujet. Démosthène s'étant noblement acquitté de ta commission qu'on lui avait donnée de faire réparer les murs d'Athènes , Ctésiphon , illustre citoyen de cette ville , persuada aux Athéniens de*- liii décerner , pour prix de son zèle et db sa probité , une couronne d'or. Eschine s'éleva contre ce décret : il accusa même celur qui l'avait rendu , et attaqua personnellement Démosthène. Cette grande cause fut plaidée devant toute la Grèce.

« Vous idonc , Messifiiurs , lorsqu'à la n ^m de sa harangue Démosthène invi- » tera les confidens et les complices de sa lâche perfidie à se ranger autour de lui ; vous , de vo tre côté , Messieurs , figurez-vous voir autour de cette tribune oii je parle , les anciens bienfaiteurs de la ré publique , rangés en ordre de bataill e , pour repousser cette

FBANCAISS. â85

» troupe audacieuse. Imaginez-yous en-

» tendre Solon , qui , par tant ^xcelr

» lentes lois , prit soin de .munir le ^u-

» Yernemeut populaire , ce . philosophe ,

» ce législateur incomparable » vous con-

9 jurer avec une douceur et une modes-

» lie dignes de son caractère ^ que vous

4» vous gardiez bien d'estimer, plus les

». phrases d^ Démosthène , que vos serr

» mens et vos lois. Imaginez- vous çn-

» tendre Aristide , qui' sut , avec tant

» d'ordre et de justesse, , répartir les con-

» tributions imposées aux urées pour la

» cause commune , ce sage dispensateui;,

9 qui en mourant ne transmit à ses filles

]» d'autre succession que la reconnais-

j» sance publique , qui les dota ; imaginoz-

» vous , dis-je , l'entendre déplorer amè-

9 remeut la façon injurieuse dont nous

» foulons aux pieds la justice , et vous

9 adresser la parole en ces termes : Ëh

» quoi ! parce que Arthmius de Zélie ,

9 cet asiatique qui passait par Athènes ,

9 où il jouissait même du droit d'hospi-

9 taUté , avait apporté de l'or des Mèdes

9 dans la Grèce , yos pères se portèrent

9 presque à l'envoyer au dernier sup-

9 plice , et du-ipoins le bannirent , non

9 de la seule enceinte de leur ville , mais

9 de toute l'étendue des terjres de leur

9 obéissance'; et vous ne rougirez point

9 d'adjuger à Démosthène, qui vérita-

9 l^lement n'a pas apporté dj^ • l'or des

ji Mè<ks , mais qui de toutes parts a touché

i tant d'or pour vous trahir , et qui main-

» tenant jouît encore du fruit de ses for-

> faits; vous , dis-je , vous ne rougirez » point de lui adjuger ime couronne » d'or? Pfensez-vous que Thémistocle , » et les héros qui moururent aux batailles » de Marathon et de Platée ; pensez-vou»

» que les tombeaux mêmes de vos an- » cêtres n'éclatent point en gémîsieméns, » si vous cortronneï uq' homme qui., de n son propre aveu , n'a 'cessé de conspirer » avec les barbares à la ruine des Grecs !

» Pour moi ! ô terre ! ô soleil"! ô vertu ! » et vous , source du juste discernement, » lumièrejs naturelles et acquises , par »• lesquelles nous démêlons le bîend^avec » le mal , je vous en atteste; j'ar de mon » mieux secouru l'État , et de mon mieux » plaidé sa cause. J'aurais souhaité que

> mon discours eût pu répondre à là » grandeur et à l'importance de l'affaire.

» Bu-moins je puis lae flatter d'avoir » rempli mon ministère selon mes for- » ces, si je n'ai pu faireselon mes désirs.

» Vous , Messieurs , et sur les raisons que » vous venez d'entendre ,, et sur' celles » que suppléera votre sagesse , pronon- » cez en raveur dé la patrie un juge- » ment td que l'exacte justice te pres- » crit, et que l'utilité publique le de-

> mande » .

On s'attend sanis doute à liî*é , après

FRÀNGAlfE. S87

cette péroraison , celle de la harangue de Bémostfeène? La Yoici :

« Au reste , Ifessîeurs , il faut qae !•

» citoyen naturellement vertueux ( car

tt en pariant de moi , je me restreins à ce

9 terme , pour moins ivrUer Tenvie ) pos-

» sède ces deux q^lités; savoir ^ aan«

B les exercice» de l'autorité y an courage

» ferme et inébranMle » pour maintenir

» la . république en sa pré^inence, et

» de plus , dans chaque conjoncture et

1» dans chaque action particulière , un

» zèle à toute épreuve; car ces sentîmens

» dépendent de nous , ef la Ilatu^e nous

9 les donne; mais pour IS pouymr et la

» fortse, ite nous viennent d'ailleurs^ Or,

» ce zèle , vous thou^rez absolument

» qu'il ne se démentit jamais^en moi ;? jui^

» gez^en par les actions : ni lorsqu'on de^

» mandat ma tête , ni lorsqu'on me tra*-

» dUisa^ aiiP tribunal des An^hictyxMis ,

» ni lorsqu'on s'efforçait de m'ébranler

» prar des menaces , ni lorsqu'on tentait

9 de m'amorcer par des promesses, ni

» lorsqu'on lâchait sur moi ces hommes

9 maudits comme autant debètesiérooes;

9 jamais en aucune façon je ne me suis

9 départi de fnon zèle pour vous. Quant

9 aif gouvernement , dès que je com**

9 mençai à y avoir part, je suivis lu

9 droite et juste voi« de conserver les

9 prérogatives, les forces, la gl<Mre de

» ma patrie, de fes^ accroître , et de me

îSS RfiiTOBIQUE

» consacrer entièrement à ce soin. Aussi

> lorsque d'autres puissances prospèrent,

t on ne me ?oit point me promener avec

Y un visage content et serein dans la place » publique , étendre une main caressante, » et d'une Yoix. de congratulation , an- • noncer la bonne nouvelle à des gens , « que )e crois qui la manderont en Ma-

V cédoine. On ne me voit pas non plus , » au récit des événemens heureux pour » Athènes, trembler, gémir, baissa* les n yeux vers la terre , à l'exemple de ces » impies qui diffament la république; » comme si , dkr de telles manœuvres , « ils ne se dmamaient pas eux-mêmes.

» Us ont toujours l'œil au dehors; et lors- » qu'ils voi(D t. quelque potentat profiter 1 de nos malheurs , ils font valoir ses 9 prospérités , et publient qu'on doit met- » ire tout en œuvre pour éterniser ses 9 succès. Dieux immortels !«qu'aucun de 9 vous n'exauce de semblables vœux!

» mais rectifiez plutôt l'esprit et le cœur 9 de ces hommes pervers. Que si leur » mialice invétérée est incurable , pour-, » suivez-lez.sup terre et sur mer , et ex- » terminez-les totalement. Quant à nous, ». détournez au plus tôt de dessus nos têtes » les malheurs qui nous menacent ,et acf cordez-nous une pleine sûreté » .

Les deux discours dont je viens de citer la péroraison, sont les chefs-d'œuvre 'an barreau d'Athènem On a dû remar-

FR ANC AI SB. sSg

quer que l'éloquence d'Eschiue , quoique brillante et fleurie , est néanmoins solide et énergique ; mais que celle de Démostbën« est plus serrée » plus nerveuse et plus véhémente. Je croirais sans peine que le lecteur ^ qui ne connaissait pas ces deux harangues , et qui en ignorait le succès , a jugé ^ à la simple lecture de ces deux morceaux , qu'Echine succomba.

Il perdit en effet sa cause» et fut exilé. La ville de Rhodes fut le lieu de sa retraite.

Il y établit une école d'éloquence, et commença par lire à ses auditeurs sa harangue , qui lui mérita de leur part de très- Srands éloges. Maistiprès qu'il eut lu celle e Démosthène , les acclamations et les applaudissemens redoublèrent. Eh! que serait-ce donc, dit alors Eschine , si vous F aviez entendu lui-même? Mot bien digne de louange dans la bouche d'un rival !

Nos bons orateurs ont. traité cette partie du discours oratoire avec un succès distingué. Il n'en est aucun dans lequel on ne trouve des péroraisons admirables. Celle de V Oraison funèbre du grand Condé, par Bossuet, est* un des plus beaux modèles qu'on puisse citer en notre langue. Il n'est pas possible de lire ce morceau sans être vivement émuj et je ne crains point qu'on me reproche de Tavoir rapporté tout entier.

Ce grand orateur venant de peindre son héros prêt à tendre le dernier soupir

iS

4aA& les matàaoMn» le» plue stihUtae» ei U» pki» affeetiftètix. que la fleHgkoi insrpûre au vmi obréUen,. s'éorb:

c Q<ie- ae fittsalt^l dans* aeiter êgn^i »> Quelle nouvelle lumière' kû apparak^

» saU/?(^el&<m<kmirayon'peir9aitletinwv p tt fèimit c<MDfiui i^anatiir eni oa; mo^ » iii6iil>y avecr hMitesr leé igi»iiraiice& de» » seoB, les ténèb^nefr méineB , s» je l^ose » dke» elle»saiftte»o]MCamtéstdela'£»ii3 » Qne devienncat . albns^ . Ges bâausd titoB9 » dont; notuè orgiieil est flatté ? Dams^l'ap^ »^ proohe d'dn siibeau jour, et'dès farps»* » Btière sMeinie^' d^mm si> WTe lumièPGf ^ »> oombieib prompt^ifienl^ d^savaissMit » toKtô'les faobâbiBS du mmute'! QueFé^ » olat de. la- plus; lielle i^otpbe -inttseitl »p sombre! Qa!oir. en liiépi^lagfom».

» et qu'on T€tii de nialtà» ces^ £gMUes yens ]» qui s-'y aoiai laissé éUowKl.Veiies pfeu^ » pies, Yvmez' maÊ^teulltft; aanis venez » plutôt, Pnisoes et SeffiBiâir^y^et tiwwf » qui )u^ lai terre., et isoua^maiouTmâiP »- aux hàmmm lespoittes dw ctelv etvTOwr^ » plus qne^ ton», les auttes-, Krïnocs- 61^ m Princesses^ nd^hs n^ton» die tant de M Rois, lumières de la' France, msâs^M^ »; jourd'hui ofaseurdesi, el aoaveflesi é»

» votre douleur .GomBie^ d^m nuages ;:

}» venez voir le peu qui yoi»s^ i«Btè' d'une }> si auguste naîssunoe , de tjsmtde' gmn^ » deur, dotant de gloires J«ftGz^les'y)euiÉ p de toutespartsf ymih 06 qu'ciot f u'Âiive

PA Aire Aïs fi. 9f^l

» la ÉËdgtfificîettce e^t laf p'iéîéfmtt IfGPQOK.

» tét Uti héi^os: des ttlre^, de^ iiTêéi^ip*^

» ikfÈt^ , Vames itfatqfiès Aë ctt tfui nPest

» l^his; deâ figure^ qui s^tftblèlM plèùrel*

9^ âuioAT d'tïD tômècmu , et de fifâgiles

9 images d'àné doùleuï* que lé ténias em-

» porte atec totrt le i*êste; dé^ côt<!>fflncf8

^ iféi seiâbleiit vôùlbir porter jiis^tf'aù

y • cîd fe HïsigQifique fécÈioigiiage de notre

9 tféatf t; et rieuf eiifiiy 131e manque dans

» toud ces htfnneurs , que celoi à qui oft

Tf leà renfd. Pleiifez donc sur ces fà%les

» restes de la vie htimâiïie; pleuré:^ sur

» celte triste iiAmortalîtë que àous don-

» Doâs ùvtit héros. Mais approchez en

» particufier , ô vbtrs qut courrez a^ec tant

» d'ardeur dfems la carrière de la gloire ,

» àtats guerrières' et intrépides ; qUel

» ffrftré ftt plus digne dé vous comihan^

» Aet? Mais dfn» quel autre avez-vous

» trouvé le c«>mînândeiUenf plus hon-

• nétc ? Pleurez donc ce grand capi-

» taine , et dit^s- en gén^issant : Voilà xe-

» lui qui nous menait dans les hasards ;

» sous lui se sont formés tant de renom-

» mes capitaines , que ses exemples ont

» élevés aux premier^ hotmeurs de la

ji guerre. Son onibre eût pu encore ga-

» gner ded batailles ; et voilà qtfe, dans

» sou silence, son noita métue UOUS auî-

V me , et eUsemblo W tf6Us atcrtît cp^ie ,

» ti^ur trouver à* la mort quelque reste

r de ûos travaux^ et ne pas arrivleit sans

igS BHÉTORIQVK

» ressources à notre éternelle demeure, avec le roi de la terre y il faut encore servir le Roi du ciel. Servez donc ce Roi immortel et si plein de miséricorde^ qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom^ plus que tous les autres ne feront jamais votre sang répandu ; et commencez à compter le temps de vos utiles seryiceSj du jour que vous vous serez don^ nés à un maître si bienfaisant. Et vous^ ne viendrez-vous pas à ce triste monument; vous, dis-je 9 qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis?

Tous ensemble , en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait reçus ^ environnez ce tombeau , versez des larmes avec des prières , et admirant danâ un si grand prince une amitié si commode et un conunerce si doux , conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisse-t-il toujours voua être un cher entretien ! ainsi puissiez-vous profiter de ses vertus ; et que sa mort , que vous déplorez , vous serve à-la-fois de consolation et d'exemple ! Pour moi , s'il m'est permis , après tous les autres , de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau , ô Prince ! le digne sujet de nos louanges et de nos regrets » vous vivrez éternellement dans ma mémoire , votre image y sera tracée , non

FRANÇAISE. SqS

» point avec cette audace qui promet

9 tait la victoire ; non , je ne veux! rien

» voir en vous de ce que la mort y

» efface^ : vous aurez dans cette image

» des traits immortels; je vous y verrai

Tt tel que vous étiez à ce dernier jour ,

» sous la main de Dieu^ lorsque sa gloire

» sembla commencer à vous apparaître.

9 C'est là que je vous verrai plus triom-

7> phant qu à Fribourg et à Rocroi , et

n ravi d'un si beau triomphe , je dirai en

» actions de grftce ces belles paroles, du

9 bien aimé disciple : Xa véritable vicr

» taire, celle qui met sous nos pieds le

» inonde entier, c^'est notre foi. Jouissez,*

9 Prince, de cette victoire; jouissez-en

ji éternellement par Fimmortelle vertu

» de ce sacrifice. Agréez ces derniers

» efforts d'une voix qui vous fut con-

j» nue : vous mettrez fin à tous ces dis-

9 cours. Au-lieu de déplorer la mort des

9 autres, grand Prince, dorénavant j«

9 veux apprendre de vous à rendre la

» mienne sainte. Heureux, si averti par

j» ces cheveux blancs du compte que

9 je dois rendre de mon administration ,

9 je réserve au troupeau que je dois

9 nourrir de la parole de la vier, les restes

9 d'une voix qui tombe et d'une arde)ir

9 qui s'éteint 9 !

ARTICLE IIL

De fEioûtuion,

Qufiii4 (l'iorateur a irouvé les chAse»

^ui .doiveni'^jeoinpafter son dificoura, et ^'îl Jû3 M fiiaeées <laDS leur yëcitable

Eoîiit-ide^yue » il faut 4|uMl s'afiplfeqfue à is eiBbelUr , k leur Joôner «iie espèce d'âme fism, la force et les grâces de i'«xpression c yoîià «h ^uoi* consiste 4'ilo' coiion. CaflÉ è elle q«ie TélocfueBce doit prioeîf^lemeat cette puissance irrésistible, ces cluirmes fjotorieux qui p<»rtent la lumière , la coA^iction daas les esprits , et qui la rendent la sourerme des cœurs, tin peintre qui reut composer un tableau y imagine d'abord le dessin , obserre ensuite les proportions , et achève enfin «oi| ouvrage ^ en donnant à T-e^jet qu'il peiwt ee coloris qui lui est propre » et qui enlève tous les suf* firages. Ce que fait le peintre par les couleurs» l'orateur le fait par l'élocution. Elle comprend les figures , le êirle, et ses difiSirentes espèces dont j'ai déjà parlé.

Je me bornerai donc à* dire ici que, pour réussir dans l'élocution , il faut bien

Penser, bien sentir, et écrire comme on pense et comme l'on sent; qu'il ne faut ni prodiguer les figures , ni Ic$

placer »ans discernement : •eFles doivent narttre du fond chi sujet, tirer leur source dans le' cœur même de l'orateur, dans lès passions qui l'anîmeort , dans les senfimens dont il est pénétré. Il faul surfout s'attftéher à baniwr du discours oratoire ces pensées ^ériles, qui ne sont que brillantes , et qui ne disent rien pour 1 instruction de Fauditeur. En un mot , Foratëur doit avoir sans cesse présente à l'esprit cçtte réflexion de Ciçéron (*) :

Le discours est trn compose de choses et de paroles :^1es paroles n''ont poitft de fondement, «î elles né ^nt appuyées sur les choses; et lés choses n'ont point de grâce, si elles ne sont ornées par les paroles.

Des différêntBê Espèces 4ô Discours

oratoires. -

^vr îpédfrit ordifirairemeût tons les grands 4li«coiirs , tidus l«s disooms vraitnent ora^ tttires , à trois genres, qui -sont 4e ge&re démonstratifs 4e genre éétiéériUify le

Î;e&re j'udidêiire. Dans i» démonstratif, 'orateor lytâtné , loue ; tout «'y Tiifpportë

I ^ ■ a ■■ ■ ■ I I I ■ ■ !■ Il r ■ I

f) ÏDeOrat., l.iv. lit', n,«> 12.

à rhoânêteté. Dans le délibérafif » il engage à agir ou à ne pas agir; tout s'y rapporte à l'utilité. Dans le judiciaire, il accuse,, il défend; tout s'y rapporte à l'équité. Quoique ces trois genres soient distingués entre eux , ils ^e trouvent néanmoins très-souvent ensemble.

Quand un orateur, par exemple , loue la vertu , il ne le fait que pour la conseiller, et nous animer à l'embrasser:

voilà le genre démonstratif et le délibératif réunis. Ainsi, je ne m'astreindrai point à la division de ces trois genres , pour faire connaître les différentes pièces de discours que chacun d'eux peut renfermer; Je me contenterai de dire successivement un mot des discours scun^is, des discours du barreau, des discours académiques s etâçs' àiscoi^s politiques.

ARTICLE K Des Discours sacrés.

Il n'est point de théâtre plus brillant pour l'éloquenc^, que les discours sacrés.

C'est là qu elle paraît dans toute sa pompe, dans toute sa dignité; qu'elle déploie toute sa force et toutes ses grâces, pour étonner l'imagination , pour intéresser le sentiment. L'orateur chrétien est l'or* gane de la religion , l'interprète de Dieu même :^ il parle à la fëce des autels ,

dans le sanctuaire de la divinité , pour ne traiter que des sujets qui regardent le bonheur ou le malheur éternel de l'hoinme. Aussi» quelle élévation dans le génie, quelle vivacité dans .l'imagination, quelle justesse dans le discernement ne lui faut-il pas pour produire les grands effets qu'il se propose I

Aux qualités brillantes et solides de l'esprit, l'orateur sacré doit joindre un grand nombre de conpaissances , sans lesquelles il ne remplira jamais digne-^ ment son ministère. Une longue et sérieuse étude de la théologie ^ qui n'est autre chose que la science de la religion^ lui est d'une nécessité indispensable, pour distinguer exactement ce qui est de foi , d'avec ce qui n'est que d'opinÎQn.

Les ouvrages des Pères de i Eglise, qu'il doit lire avec méthode , *lui donneront la connaissance des vérités qu'il entreprendra d'expliquer aux peuples, et lui fourniront les., autorités propres à appuyer ses raisonnemens. Une lecture réfléchie des livres saints, en le pénétrant de la grandeur et de la sainteté de notre religion , élèvera son âme et son génie , donnera à ses pensées et à son style la noblesse et la imajesté convenables. Ce n'est que dans cette source divine qu'il pourra puiser ces grands traits ' de lu-?

Boière , qui éclairent l'homme «sur ^s devoirs , cette morale pure et sublime ,

9^8 hhétoriqub

dont la pratique peut seule faire sonr bonheur.

Tels sont , pour l'orateur de la chaire ^ les principaux lieux aratoires extérieurs.

Il est bien essentiel d'ajouter qu'il doit avoir * une connaissance profonde du c<eur humain y pour en déyeiopper les replis les plus secrets , pour d^éler les détours artificieux des passions criminelles que l'homme se cache sojirent à lui-même; en un mot, pour le découvrir tout entier, et faire voir ce qu'il èsl et ce qu'il doit être.

Il y a plusieurs espèces de disèonrs saci4s*, te sont les^ semwns , Ie« panégy^ ri^ues'^' les araisonè funèbres leè prônes/ les mandemens des évéques, les ii^ruetions pastorales, les disèours sykodathx, etc. Il suffira que je fasse con- " Àaitre ici ceut des trois premières espèce^.

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