‹ Rhétorique franc̜aise, composée pour l'instruction de la jeunesseChapitre 21 sur 40 · II. Du Panégyrique · texte numérisé non relu

II. Du Panégyrique

Le panégyrique, en général, est un discours à la Louange d'une personne JUus- 'tre , dont on préconise les rares vertus ou les grandes 'actions. Le panégyrique chrétien est uniquement consacré à la louange des Saints. L'orateur s'y propose de les honorer par l'éloge de leurs srtus, et de nous engager nous-mêmes les imiter. Il ne peut remplir ce doo-

h\e objet, qa'en, joignant l'instruction au récit de ces vertus : un juste mélange des éloges et de la morale » fait la preiqière perfection du panégyrique.

Mais ce serait un défaut de suî«rreexac^ temeot les traces du Saint depuis «a imûs^ sance jusqu'à sa mort , et de louer chacusD de ses vertus en particulier. Il faut se conr tenter» de rappeler les principales circoostanœs de sa vie» à quelques époques mar^ quées; etde ramener les faits et la morale à quelque vertu dominante qui parait avoir animé toutes les autres. Le plan d'un pa* négyrique est une des choses essentielles à laquelle l'orateur doit s'attacher. Pour donner une idée de la manière dont il peut le concevoir , il suffira d'en citer un bon exemple : c'est le plan du Panégyrique de sain$ Louis, par le P. Bow^r daloue.

« Division. Saint Louis a été un grand » Saint , parce qu'étant né roi , il a fait » servir sa dignité à sa sainteté, L"* Par- }f tie. Saint Louis a été un grand roi , » parce q|i*il a su » en devenant Saint , » faire servir sa sainte à sa dignité, » IJf.* Partie. •

« L '* Partie. Saint Louis a été un grand » Saint , parce qu'étant né roi , il a feit » servir. 5a dignité à sa sainteté* BnéfiSM; , » sa grandeur n'a servi qu'à le rendre^ 9 »•* humble davant Dieu , avec plua de « mérite ; a** chariiablc envers ie pro^

FRAKÇAI5C. 3l$,

V chain , ^vec plus d'éclat ; 3."* révère à

9> soi-même, avec plus de force et plus

» de vertu.

» i."* Humble devant Dieu. Tout roi

» qu'il était , il ne se considéra que

» comme un sujet né pour dépen4>^ de

» Dieu , et pour obéir à Dieu ; et il pré-

» fera toujours la qualité de chrétien a

» celle de roi. De là procédait ce zèle

» admirable qu'il eut pour tout ce qui

» concernait la gloire de Dieu et de son

9 culte. De 1^ , ce zèle pour la propa-

» gation de l'Évangile» ce zèle popr

» l'intégrité et l'utilité de la Soi , ce

» zèle pour la discipline de l'Église , ce

» z^le pour la réformation et Ta pureté

n des mœurs, ce zèle de la maison de

» Dieu , qui le dévorait. Or , ce zèle n'eut

» de si merveilleux succès, que parce

9 qu'il était soutenu de la /puissance

» royale, etc.

» 2.^ Charitable envers le prochain :

9 rendant lui-même justice à tout le

» monde , se familiarisant avec les pau-

» vres , portant en terre les corps de ses

» soldats tués dans une sanglante ba*

» taille , fondant des hôpitaux sans nom-

» bre. Or , à tout cela , combien lui ser-

9 vit le pouvoir que lui donnait la dignité

9 de roi ! etc. .

» 5.* Sévère à soi-même. Austérité

9 qui , dans le rang où le ciel l'avait fait

» naître , doit être regardée comme un .

5l6 BfiÉT0RIQ17Ë

» miracle de la grâce. Car quel miracle, » qu'un roi couvert du cilice » atténué » de jeûnes , couché sous le sac' et sur 9 la cendre , toujours appliqué à com- 9 battre ses passions , et à mortifier » se» désirs ! Voilà notre condamnation.

9 Saint Louis s'est sanctifié jusque sur » le trône : qui *peut donc nous empê- 9 cher , chacun dans notre état » de nous » sanctifier, etc.

9 IL* Partie. Saint Louis a été un » grand roi , parce qu'il a su , en deve- 9 nant Saint , faire servir ^a sainteté à sa 9 dignité. II a été grand dans la guerre » et dans la paix ^ grand dans Yadver- > site, grand dans la prospérité, grand 9 dans le gouvernement de son royaume, V grand dans sa conduite envers les » étrangers; et c'est à quoi lui a servi » sa sainteté.

» 1.** Grand dans la guerre et dans la 9 paix, II n'a point aimé la paix pour 9 vivre dans l'oisiveté, et il n'a point 9 aimé la guerre pour satisfaire son 9 ambition. Qui le rendait si intrépide 9 et si fier dans les combats ? C'était le 9 zèle de la cause de Dieu qu'il défen- 9 dait , etc.

9 2.*" Grand àsLUsVadversité, Exemple 9 de sa prison , où sa seule sainteté put » si bien le soutehir , etc.

9 5.*" Grand dans la prospérité. Jamais » la France n'avait été plus florissante »

» ni le peuple plus heureux , parce que » saint Louis se faisait une religion » de contribuer à la félicité de ses su* 9 jets » etc.

. » 4*^, ^i^^Q^ dans le gouvernement de 9 ses Etats. Jaloux par piété d'y main- » tenir le bon ordre , il sut se faire » obéir , craindre et aimer. Divers exem- » pies, etc.

i> 5.° Grand dans sa conduite avec les » étrangers. C'était dans le monde chré • » tien-, le pacificateur et le médiateur de » tous les différends qui naissaient entre 9 les têtes couronnées. De toutes parts » on avait recours à lui , parce que Ton 9 connaissait sa probité et son incorrup* » tible équité , etc.

» Fausse idée des libertins , qui s^per- 9 suadent qu'en suivant les règles de la » sainteté évangélique, on ne peut réussir » dans le monde I etc. n

Les réflexions ou les sentences doivent , dans le panégyrique , v accompagner ou suivre le aétail des actions* Celles qu'on fait entrer finement dans le corps du récit , de manière qu'elles pa^ raissent essentielles au récit même , y font un meilleur effet que partout ailleurs.

Elles doivent , en général , être courtes , et renfermer beaucoup de sens en peu de paroles.

Si Je panégyrique comporte , exige nuême un style plus soigné , plus brfl-

lant et plus ûenti que celoi û'uti s^r-^ mon ; d un autre cdté , il n'est paA a^ssî suseqHible des grands itioiiTéiiiD&Sé Ils peuvent néanmoins y trouter place ({uel^fCMfois; dan» les réflexions ou dans les eihortatidâs morales , lorsqu'elles méritent d'être développées avec cha-* leur, d'être exprimée» atec t^héitoence; dans le récit même des actions extraordinaires, qui ont eu pour principe, un zèle très-ardent,' une charité des plus ferventes, ou quelque autre sentiment surnaturel»

rmégjrutt%, te p. Bourdaloue et Massillan tioui ont donné les meilleurs panégyriques

Jiïc nous ayons; Dans ceux du Jésuite , y a plus de gravité , plus de morale , Un plus grand fonds d'instruction. Ceux de l'évêque de Glermont offrent plus d'agrément da4S le style et dans la narration, plus d'art dans l'enchainement des faits avec lu morale.

Les panégyriques de Fléchier , contemporain du P. JBouYdaloue , respirent partout l'édification et la piété. Ils sont écrits d'un style pur , égal , harmonieux et plein de grâces. Mais les figures brillantes y sont quelquefois prodiguées.

On lira toujours avec plaisir les panégyriques de l'abbé Séguy^ un des plus grands orateurs sous Louis xv. Il y règne une éloquence vive et naturelle , quoiqu'on y trouve quelques endroits fai-

bl^ , CKxc€pté dans celui àt êaint Ijouiê.

Gê discours «9t un des meîHevrs (fui aient été pronôncéi en présence de l'Acadé^ mie franeaitô;

Ceux ée Tabbé de la Toui^Dupin uê gônt pas à l'àbfi de toute ci4ti<{ue. L'applicâtfofi de9 pa«s^es de rËoriture^ Milite y* èftt .queiqfuefoi» peu juste , et Tuéage de l'antitbè«^ quelquefois trop fréquent ; mais les beautés y éclipsent les défauts. Ces- discours sont d'un orateur éloquent , qui d'allteUrH a le grand mérite de ne perd're jamais- de rue le Saint dont ii célèbre les rtrjm.'

Les Anciens avaient aussi leurs orà^ teurs panégyristes. Chez les Grecs , on faisait publiquement l'éloge des grands hommes «qui avaient rendu quelque service importaiità^k patrie. Ces céi^émonies étaient solennelles , et attiraient un grand concours de peuple : c'est là l'origine du ïtkoi panégyrique ^ qui signifiait en grec toute assemblée. Le même usage fut observé à Rome.

Les panégyriqncç pr<moneés dans Athènes se sont perdus an milieu du bouleversement des eûipires. Je- ne parle point des éloges A\HéUne et de Bustris , et de quelques autres discours en ce genre que nous a laissés /A>^/i^e ^ parce que ce sont proprement des discours politiques.

Mais nous avons les panégyriques de

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Îiusîeors empereurs romains , rass^n* lés es HT recueil intitulé: Panegyrièi vcures. Le meilleur de tous est à la tête de cette collection : c'est celui de Trajan par PUne U jeune ^ qui le composa par ordre du sénat , au nom de tout Pempire»

et le prononça en présence de Tempereùr même. Le style en est riche et fleuri , le^ pensées belles et lumineuses » les descriptions yiyes et frappantes. Mais Fart y parait trop à découvert : tout ce que l'éloquence a de plus brillant «y est étalé avec trop de pompe. PUne se laissa entraîner par le mauvais goût de son siècle»

qui n'admirait dans les productions de 1 esprit que ce qui était éclatant et recherché. Il faut cependant convenir que ce discours est celui de ses ouvrages où il s'en est le plus garai^ti. Sacy en a donné une traduction aussi élégante que fidèle.

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