‹ Rhétorique franc̜aise, composée pour l'instruction de la jeunesseChapitre 23 sur 40 · I. Des plaidoyers et des Consultations · texte numérisé non relu

I. Des plaidoyers et des Consultations

Dans les plaîdoyei^s, on demande on l'on défeiwi. L'avocat qui demande établit d'abord la question , ou constate le fait selon la nature de la cause, il expose ensuite ses moyens ou preuves,, les développe, et finit par prendre des con-

clusions, dans lesquelles il spécifie Tobjet de sa demande. L'avocat qui défend suit la même méthode, mais dans un sens contraire. Il commence par contester le droit , ou perr nier le fait , soit en tout, soit en partie. 11 réfifte ensuite les moyens de son adversaire, fait valoir les siens , et conclut enfin contradictoirement aux prétentions de la partie adverse. '

L exorde est inutile dans les plaidoyers , h mpins qu'il ne s'agisse d'une grande cause, d'une affaire bien importante. La précision et la brièveté doivent alors en faire le* principal mérite.

Il faut surtout prendre garde de n'y rien dire qui ne soit entièrement tiré du fond du sujet.

La narration sera également courte, mais vive et agréable. L'orateur peut employer les ressources de l'art pour l'embellir. Il doit même , en bien des occasions , y répandre les figures les plus brillantes et les plus animées , pour donner un touV piquant à des^ faits dont le détail, quoique essentiel à la cause, pourrait , sans ces ornemêns , porter dans l'âme le dégoût et l'ennui.

Dans la confirmation , l'orateur du barreau doit déployer toute la force de la raison , revêtue des grâces du style.

C'est là qu'il fera valoir ses preuves, en les disposant, en les développant 4^

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la manière la plus convenable à son «ujet* On ne peut , à cet égard , établir aucune, règle particulière, quoiqu'on ait. remarqué que notre célèbre Cochin réduisait toutes ses preuves à une seule , qu'il présentait sou« des faces différentes , et toujours avec le même succès.

Il n'y a point de meilleures preuves que celles qui sont appuyées de l'autorité des lois. Toute l'habileté d'un avocat consiste à se servir de ces lois à son avantage. Si donc la loi est pour lui , il représentera avec fçrce qu'étant sacrée , ce serait un crime d'y rien changer , et que le jugement doit y être conforme. Si elle ne lui est pas lout-à-fait favorable, il fera voir que la justice des lois dépend d'une infinité de .circonstances, qui toutes n'ont pu être prévues par le lé-

Sislateur ; et qu'il est permis aux juges 'expliquer , d'élaîrcir la loi , de s en écarter même dans leurs jugemens , en suivant néanmoins les principes de la raison et de l'équité.

Dans la péroraison , l'orateur pourra faire connaîtfe les bonnes mœurs de son client. Il récapitulera ensuite les preuves les plus convaincantes et les plus décisives qu'il aura développées-, et mettra en usage , pour intéresser les juges et se les rendre favorables , tout ce que l'éloquence a de plus fort, de plus agréable ^t de plus touchant.. C'est ce que n'a

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jamais manqué de faire Cicéran^ le yrai modèle des orateurs du barreau.

Quant au style , il doit être propor^ tionné à la nature de la cause. Les petites affaires ne peuvent être traitées que d'un style simple; les grandes, d'un style élevé , et celles qui tiennent lé milieu , d'un style tempéré. Il y a des causes qui ne veulent que de l'ordre et de la netteté; d'autres qui exigent de la véhémence et- de grands mouvemens; d'autres enfin qui sont susceptible» en-mêmetemps de simplicité, d'ornemens et de passions. Mais quelle que soit la nature de la cause , l'orateur doit toujours s'attacher plus aux choses qu'aux paroles, plus au choix et à la solidité des preuves qu'à ce frivole assemblage de figures éblouissantes , qui ne parlent ni au cœur^ nia la raison. Il ne 56 permettra jamais la plaisanterie, et encore moins la satire, pas même dans la réplique , quoiqu'il puisse quelquefois s'y montrer moins gtave que dans le plaidoyer.

Après qu'une cause a été discutée devant les juges par l'orateur qui demande, et par l'orateur qui défend , le procureur du roi , ou l'un des avocats-généraux , donne ses conclusions. Ces sortes de discours peuvent - être mis au nombre des plaidoyers. On doit y recueillir les raisons de l'une et dé l'autre partie, les

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ouUier qu'il parle , non comme ayocat , mais comme juge , que par conséquent il doit être sans passion , et qu'il ne lui est nullement permis d'exciter celle des autres.

Il y a quelques autres espèces de discours qui font partie de l'éloquence du barreau. Ce sont ceux que prononce le procureur du roi , ou l'un des arôcatsgénéraux , à la rentrée des parlemèns , et qui doivent rouler sur l'administration de la justice » ou sur des ol^igts qui .y ont quelque rapport; les mercùiHalês j discours dans lesqueble premier. président , ou l'un des gens dgi roi y s'élèVe contre \eê abus et les désordres qui ont ^té remarqués dans l'adniiniHration de la justice; enfin les réquisitoires^ discours • daifs lesquels le procureur du 'roi de-, mande aux magistrats quelque chose d'intéressant pour la société tivile; et qui doivent respirer en tout l'amour du bien public. Les trois genres dj.éloquence entrent dans' ces différentes espèces de discours. L'orateur doit y être tour-Atour simple , fleuri , sublime** et pathétique. ' Oraieur» L'éloquencc du • barreau n a pas> été iiii barreau, portée parmi nous ay degré d'élévation où on l'a vue chez les Grecs et chez les Romains. Cela n'est pas surprenant.

Dans notre barreau y elle, est restreinte à la discussion de§ causes entré le$

particuliers. Dans ceux d* Athènes et de Rome. ^|Jte s'étendait jusqu'à la discussion fKauaires nationales , des grands intér^ài$'4® 1^ république. Quelle vaste et brillante carrière pour le génie de l'orateur !

La Grèce produisit une foule d'hommes éloquens, qui parurent avec éclat dansj4'aréopage ,. mais dont les ouvrages ont %ié entièrement perdus. Périclès^ sou«* le gouvernement de qui Athènes devint^ si florissante et si redoutable , ,y fut comme le fondateur de l'éloquence.

U pensait fortement , , et s'exprimait de même : on en juge par un -de ses discours , que Thucidwle nous a conservé.

Cet orateur vivais dans le cinquième siècle avant l'ère chrétienne.

Peu de' temps après la mort de Péri clés parut dans le barreau d'Athènes , LysiaSs né à Syracuse Tan 4^9 avant, J.-C. 11 nous reste de lui trente-quatre harangues,.. daui» lesquelles on. admire une. simplicité noble , un beau naturel, un slyle net et facile, une peinture exacte^ des mœurs et des caractères.:

QueWt7te/i çon^pare son éloquence à un ruisseau pur et\oIair; plutôt qu'à un fleuve majestueux. Cependant on trouve quelle a de l'ardeur 'et de la vivacité dans V Oraison fu7ièbre des guerriers athéniens tués dans une bataille qui se livra entre les Corcyréens et les Corin-

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thiens. La péroraison surtout est belle et touchante. Les discours ^le cet orateur ont été fort bîeo traduits par l'abbé

Auger>

La grâc^ et l'élégance font le princH

f^al caractère d^Isocrate, né à Athènes 'an 453 avant J.-C. Son élocution- est aisée, brillante, et pleine d'harmonie.

Les sentiment vertueux et vraîhieût patriotiques, dont ses discours portent l'empreinte , en rendent surtout l'auteur bien estimable. Ceux qui méritent d'être distingués sont, te discours dans lequel il excite tous les Grecs à fafre la guerre aux Perses, et sa harangue sur les devoirs de la royauté, adressée à NicaclèSs roi de Salamine. L'abbé Auger ^^^onné une bonne traduction des trente et. un discours que nous avons de cet orateur. Au reste , on dit que sa timidité naturelle et la faiblesse de sa voix ne lui ayant pas permis de parler en public , i) se contenta de composer des harangues, et d'ouvrir une école d'éloquence. Du nombre de ses disciples furent Eschine et Démosthène» •

Celui-ci, né à Athènes vers l'an 582 avant J.-C. , est un torrent <qui entraîne, un foudre qui brise , renverse et embrase tout-à-la-fois. Ce grand orateur, ennemi de tout ornement recherché , ne parle jamais quO'le langage de la nature et de la raîsoti. Mais c'est la nature dans

toute sa noble simplicité , dans tous ses grands mouvemens; c'est la raison avec tout son empire et toute sa dignité. Xe plan, la suite, l'économie de ses discours, sont admirables. Son style est serré, nerveux , rapide et pressant; ses raisonnemens ont une justesse , uiie précision et une exactitude qui ne laissent rien à désirer. Le génie fécond de l'orateur athénien trouve toujours de nouvelles preuves à faire valoir: il présente tout ce qu'elleis ont de réel et de solide, expose chaque raison dans toute sa force , et accable par le poids de la conviction.

Démosthène prononça quatre discours contre Philippe , roi de Macédoine , dont la politique sourde et rafinée ambitionnait la souveraineté de la Grèce», Tout ce qu'il dit dans ses belles harangues est fexpression d*une âme qu'enflamme l'amour de la patrie, et qui ne conçoit rien que de grand et ^d'utile pour ses concitoyens. Vous ne sauriez lire cet orateur , dit Fénélon , sans voir qu'il porte la république dans le fond de son cœur* Il remplit , dit Cicéron lui-même , l'idée que j'ai de l'éloquence : il atteint à ce degré de perfection que j'imagine , mais que je ne trouve qu'en lui. Tourreil a traduit Démosthène , et l'a délîguré , en voulant, selon l'expression de lia-, cine , lui donner de l'esprit. L'abbé d Olivct a hien mieux rendu ses Philîppiques.

Cette traduction est très-estimée , ainsi que celle de tous les ouvrages de Torateur grec par Tabbé Auger,

Eschine, né à Athènes vers l'an 397 avant J.-C. et rival de Démdstàène^ lui est bien inférieur pour la force et la véhémence.^ Mais il est plus orné , plus élégant , plus fleuri. Il tient le second rang entre les orateurs de la Grèce. Brillant et solide , il embellit ses raisonnemens de nobles et magnifiques figures. Une heureuse facilité règne dans ses discours : l'art et le travaille ne s'y fonf point sentir De« trois harangues qui nous restent de lui , la plus belle est celle de la Couronne.. L'abbé Auger les a fort bien traduites.

Cet estimable auteur a rendu aussi en notre langue un très-beau discours de Lycurgue^ qu'il ne faut pas confondre avec le législateur de Lacédémone; ceux à^Andoctde, remarquables par le naturel et le touchant^ ceux Avisée , qui , ne roulant que sur des affaires de particuliers , peuvent mieux servir de modèle à l'avocat, pour la netteté, la précision et IjEi force du raisonnement; ceux de Dinarque , qui n^annoncent pas un bien grand talent; et un fragment de JDémade,

Il est fâcheux que nous ne connaissions, que de nom fijpéride , dont Cicéron, qui avait fait une étude partie u-

KRANÇAISK». &49

Itère des- orateurs grecs, vante la* justesse et la pénétration. Mous devons être plus fâchés encore que les discours de l'éloquent et vertueux Phocion, aient été ensevelis sous les ruines des empires <.

Ce grand orateur était contemporain de .

Démosthène , qui , le voyant un jour arriver dans l'assemblée du peuple , s'écria : Voici la hache d^ mes di^cours^ Cicéron, né à Arpino en Toscane , l'an 1 06 avant J. -C^ , fut à Rome ce que Démosthène avait été dans Athènes. Ce f grince de l'éloquence latine excelle dans es trois genres d'écrire. Simple , fleuri et sublime tour-à- tour, il instruit avec exactitude , plaît avec toutes les grâces imaginables, et touche avec véhémence.

U est vrai qu'il n'a fti le nerf, ni l'énergie , ni ce qu'il appelle lui-même le toii^ nerre de Démosthène, Mais< il possède au même degré que lui les qualités qui resardent le fond de l'éloquence; le dessein,, l'ordre , L'économie du discours , la division , la manière de préparer les esprits , en un mot , tout ce qui est de l'invention., i^'un autre côté , il a une dic^ tion plus riche et, plus agréable. Tout ce qui passe par son imagination vive et féconde y prend le< plus beau coloris , Le tour le plus piquant et*le. plus varié..

Son éloquence magnifique n'est jamais étalée au préjudice du Ijon goût et du jugement. U pade de tout avec autaat

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de Jfistesse et de précision , que d*élégance et d'urbanité. Partout il montre un esprit également sage , solide et brillant. Partout il réunit la force et la grâce, et va jusqu'au cœur par des charmes qui lui sont naturels, et auxquels il joint toutes les finesses et tous les agrémens de Tart. Ses discours contre Catvlina, contre terres , gouverneur de Sicile , et contre Antoine le triumvir j sont remarquables par l'énergie des pensées , la rapidité du style , et la véhémence des sentimeQS. Sa harangue pour le consul Marcellus est un parfait modèle d'éloquence fleurie. On regarde , avec juste raison , comme un chef-d'œuvre , celle qu'il prononça pour Ligarius y

firoconsul d'Afrique , qui avait pris e parti de Pompée contre César , et à 3ui celui-ci avait accordé la vie , avec éfense de rentrer dans Rome. J}u Ryer y GUUty et l'abb'ë Maucroiœ^ onW ipis en notre langue plusieurs oraisons de Cicéron. Bourgoing de faille fore les a toutes traduites : mais sa traduction est bien au-dessous de l'original. ^|^atY/y a retouché celle des plus belles oraisons , et en a publié une nouvelle édition , sous , le titre d'Oraisons choisies de Çieéron:

elle mérite d'Are lue. L'Abbé d'O/tW^a fort bion traduit les C Utilinaires ^ qu'il a réunies dans un même volume aux Pliilippiques de Démosth^n^, dont j'ai parlé

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un peu plus haut. C'est celui qui a le mieux exprimé le caractère de réloquebce de l'orateur romain.

L'abbé Auger nous a donné aussi une bonne traduction des oraisons de Ctcé^ ran, parmi lesquelles on troure les quatorze Philippiques y ou discours contre Antoine. Enfin, le public a vu avec plaisir , il y a quelques années , une traduction nouvelle des œuvres complètes de • Cicéron. Les trois premiers volumes des Oraisons sont d'un anonyme ; les trois suivans de Clément ^ et le dernier qui a paru , de Gu^roult.

Il y eut à Rome une infinité de personnages consulaires , ou de citoyens distingués , qui coururent avec éclat la carrière de l'éloquence. Leurs ouvrages ne nous sont point parvenus. L'éloge qu'en fait Cicéron lui-même doit nous les faire extrêmement regretter , surtout ceux ^Horie7isius, son contemporain et son rival.

Notre barreau a été en proie à la barbarie jusque vers les dernières années du règne de Louis XIII. A cette époque.

Le Maislre et Patru furent lejs premiers qui y introduisirent le bon goût et la pureté du langage.' Ces deux avocats

i* ouïrent pendant leur vie d'une brilante réputation, ainsi que Gautier ^ leur contemporain. Il y a de très -beaux morceaux dans leurs plaidoyers, qui ont

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été imprimés* Mats Téloquence du baFreau a fait, depuis, de grands progrès parmi nous. Erard, Gillet ^ Sacy et Terrasson ont été plus loin que ceux

3ui les avaient précédés. Leurs plaioyers , qu'on a donnés au public , sont très-bien écrits , solides , et yraiment éloquens. La gloire de ces orateurs a été encore éclipsée par les célèbres Cochin et NormanU Celui-ci avait une grande élévation dans le génie ^ et un discernement si sûr, qu'on disait de lui qu't7 devinait la loi, et qu'il devinait juste. Quand on lit les plaidoyers de Cockin, on juge aussitôt que , si cet avocat incomparable peut jamais être égalé , il ne sera point surpassé : il est parfait dans son art.

L'immortel d'A^uesseau , qui , après avoir occupé les hautes places de la magistrature, devint, chancelier de France^ nous a laissé des discours qu'il prononça étant avocat ou procureur-général. Je ne craindrai pas de dire qu'ils ne sont point inférieurs aux plus * beaux cbefs-d'œu^ vre sortis des barreaux d'Athèiies et de Rome. Cet illustre magistrat, un des plus élonnans que la France ait jamais eus , joignait une infinité de connaissances, ou, pour mieux dire, tous les genres de saivoir , au génie le plus brillant et le plus élevé , à l'âme la plus senr sible et la plus vertueuse^

II y a un très-bon ouvrage qu'on peut regarder comme faisant partie de l'éloquence du barreau , parce qu'il est exactenotéut dans le genre judiciaire. C'est la défense de Fouquet , surintendant des finances , sous Louis XIV , par Pellisson.

Ces mémoires sont des chefs-d'œuvre en ce genre..

ARTICLE ÏII.

Des Discours académiques^

Les sociétés littéraires ont été instftuées pour porter les sciences et les arts au plus haut degré de perfection possible. Richelieu a été le premier en France qui ait conçu et exécuté le projet d'un établissement si utile et si glorieux. Les discours académiques , ainsi nommés parce qu^on les prononce dana les académies , sont les mémoires sur les sciences , sur les arts , sur tous les genres d'érudition , et les discours de réception; les harangues y ou complimens à des puissances ^ et les éloges des acadég miciens.

/. Des Mémoires et des Discours dcr

réception.

Les m^émoires contiennent ordinaire-^ ment des observations où des découvertes qu'on a faites dans une scicQc^

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OU dans un art; des points d'histoire , de chronologie , de critique qu'on éclaircjt , ou d'autres objets qui y ont rapport. II est aisé d« sentir que ces sortes de discours » ou plutôt ces dissertations académiques , ne sont susceptibles ni des richesses du style , ni des mouvemens de l'éloquence. L'écrivain , ne devant parler qu'à la raison pour instruire , s'attache priiK i|»aloroent au fond des choses et à !a inanirre de les présenter, c'est-à- , dire, h l'ordre et à la méthode. Les e.\|>iTk:iir(>À relatives à son sujets les autorites favorables à son opinion, voilà les lieux oratoires extérieurs où il puise une grande paitie de ses preuves. Quant au style , il suffit qu'il soit cl^iir', convenable , précis , élégant sans prétention.

Nous devons l'origine des discours de réception à Patru, qui, ayant été élu membre de l'académie française en 1 64o »

prononça , le jour qu'il y prit séance , un discours pour en témoigner sa reconnaissance à cette compagnie. Son exemple a été suivi paiw tous les récipiendaires. L'Académie même en a fait une loi , et a imposé de plus à tout nouvel académicien , l'obligation de louer, dans son discours de remercîment , l'homme de lettres auquel il succède. L'usage veut aussi que le directeur de l'Académie réponde au récipiendaire, et qu'il en fasse

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reloge , ainsi que de racadémtcien qu'on a perdu.

L'orateur n'a pas' ici' de grandes passions à exciter. Il ne faut donc pas que son style ait cette force et cette véhéipeace qui remue l'âme , et l'arrache à elle-même. Mais on exige que 1 orateur éiale les plus beau^ ornemens, les plus brillantes fleurs de l'éloquence , pourvu qu'il le fasse sans affectation et avec goût. On exige qu'il joigne à la justesse et à l'élévation des pensées y une diction riefae , nombreuse et variée. Le phis parfait modèle qui puisse être proposé en ce genre d'éloquence ^ est le discours que prononça lîacine à la réception de Thomas Corneille ^ qui succédait à son frère. En voici un morceau frappant.

Après avoir comparé le grand Corneille aux Eschyle , aux Sophocle , aust Euripide, dont la fameuse Athènes, dit-il, ne s'honore pas moins que des Thémistocje , des Périclès , des Alcibiade , qui vivaient en-même-temps qu'eu)», il coU' tinue ainsi :

« Oui, Monsieur; que l'ignorance ra- » baisse tant qu'elle voudra l'éloquence » et la poésie, et traite les habiles écri- » vains de gens inutiles dans les Etats; » nous ne craindrons point de dire , à » l'avantage des lettres et de ce corps f dont vous faites maintenant partie : du » moment que des esprits sublimes, pas*

BHÉTORIQUE

sant de bien loiolesbornes coinmunes, se distinguent , s'immortalisent par des chefs-d'œuvre comme ceux de monsieur votre frère, quelque étrange inégalité que durant leur vie la fortune mette entre eux et les plus grands héros , après leur mort cette différence cesse. La postérité , qui s^ plaît , qui s'instruit dans les ouvrages qu'ils lui ont laissés , ne fait point de difficulté de les égaler à tout ce qu'il y a de plus considérable parmi les hommes, fait marcher de pair l'excellent poète et le grand capitaine. Le même siècle , qui se glorifie aujourd'hui d'avoir produit Auguste , neîse glorifie guère moins d'avoir produit Horace et Virgile. Ainsi , lorsque * dans les âges suivans on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration de tous les siècles à venir, ComeilUs n'en doutons point , Corneille tiendra sa place parmi^toutes ces merveilles. La France se souviendra toujours avec plaisir que, sous le règne du plus grand de ses rois, a fleuri le plus grand de ses poètes.. On croira même ajouter quelque chose "à la gloire de notre auguste monarque , lorsqu'on dira qu'il a estimé , qu'il a honoré de ses bienfaits cet excellent génie; que même , deux jours avant sa mort , et lorsqu'il ne lu»

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» restait qu'un rayon de connaissance/ » il lui envoya encore des marques de » sa libéralité; et qu'enfin les dernières » paroles de Comeille ont été des remer- 9 cimens pour Louis-le-Grand » .

Tout est beau , tout est grand dans ce discours. Il y règne *, d'un bout à l'autre^ une éloquence noble , sublime , et enmême-temps naturelle : c'est un vrai chef-d'œuvre.

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