CHAPITRE IL Du Style figuré
I JLlES mots ont dans le discours un sens propre ou un sens figuré. Ils sont dans le
[ sens propre lorsque, ne perdant point leur signification primitive , ils signi-
K fient la chose pour laquelle ils ont été établis. Ils sont employés dans le sens figurés quand on les fait passer de leur signification propre ou naturelle à une signification étrangère. Le mot chaleur a été institué pour signifier une pro-
1 priété du feu ; le mot rayon, pour signir
' lier un trait de lumière. Ainsi quand on dit , la chaleur du^feu ,, les rayons du soleil^ ces mots sont pris dans le sens propre. Mais quand on dit , la chaleur . du combat, un rayon d* espérance, ils sont pris dans le sens figuré.
Il n'est aucune langue qui ne doive presque toutes ses richesses à ces sortes d'expressions figurées. Elles prêtent ai
l'éloquence ses plus grands mouyeraon à la poésie son plus grand coloris : d sont comme Tâme et la vie de Tuiae de l'autre. Ainsi les figures sont de < tains tours de pensées et de paroles , font une beauté, un ornement dams 1^ 'discours. Cette définition convient sluM figures de mots et aux figures de p^rtA sées. Les premiers dépendent tellemeii^ des mots qui les expriment , que M moindre changement dans ces mots dé-^ truit la figure. Les figures de pensées Ji au contraire , dépendent uniquement de la manière particulière de penser eti de srentir : en sorte que la figure demeure^ toujours la même , quoiqu'on change le^ expressions. i
AJbner, le brave Abner Tiendra-t-il nou« défeodre ? j
Voilà une figure de mots. Supprimiez . î»â répétition du mot Abner, la figure est , anéantie. ^
Répondez , cieux et mers , et tous , terte , parlez. 1
Voilà une figure de pensées. Changez les ^expressions , retranchez , ajoutez , la I figure ne subsistera pas moins.
ARTICLE I«
Des Figures de Mots, et de celles qui ne sont pas Tropes.
Il y a deux sortes de figures de mots.
Dans celles de la première espèce , les
FBANÇAISE. 45
pots conservent leur signification profe: ces figures ne consistent donc que jbns un certain emploi de ces mots. Les (Utres sont celles par lesquelles on (onne à un mot une signification qui |fesi point sa signification primitive et Naturelle , comme quand on dit trente mUsj pour trentt vaisseaux, mille chùfaux y pour mille cavaliers. On nomme selles-ci tropes, du mot grec trope, dont a racine est r^twit, qui signifie je tourne.
[«es premières ne le sont point.
Je conviens , dit du Marsais, dans son Scellent Traité des Tropes, quon peut kîen parler sans jamais avoir appris les lloms particuliers de ces figures. Combien de personnes se servent d'expreslions métaphoriques, sans savoir précisément ce que c'est que métaphore I
Mais ces connaissances sont utiles et nécessaires k ceux qui ont besoin de l'art fie parler et d'écrire. Elles mettent de 'ordre dans les idées qu'on se forme des pnots; elles servent à démêler le vrai 0ens des paroles, k rendre raison du discours, et doanent de la précision et de
la justesse On voit tous les jours des
personnes qui chantent agréablement , sans connaître* les notes , les clés ni les règles de la musique; elles ont chanté pendant bien des années des sol et des fa, sans le savoir : faut-il pour cçla qu'elles rejettent les secours qu'elles peuvent
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tirer de la musique , pour perfectionne!
leur talent ?
Les Cgures de mots qui ne porteal »as le nom de tropes, sont la répétitions [a conversion, la compUxion, la grada" tion, la réversions V adjonction, la disjonction, et la périphrase.
Répétidon. La Répétition, figure propre à exprimer le caractère d'une passion fougueuse 9 d'un sentiment vif et profond « consiste à répéter plusieurs fois avec grâce les mêmes expressions. Voyez le bel effet que produit cette figure dans cet endroit de la trasédie de Zaïre par Voltaire. C'est Lusignan qui parie à Zaïre :
Ma fille , tendre objet de mes dernières peines , Songe au-moins, songe au sang qui coule dans tes reines. C*estle sang de vingt rois tous chrétiens comme inoij C*esi le sang des héros défenseurs de ma loi ^ C^est le sang des mar^rs.... ô fille eocor trop chère, Gonnais->tu ton destin ? Sais-tu quelle est ta mère ? Sais-tu bien qu^à Finstant que son flanc mit au jour Ce ti'iste et dernier fruit d^un malheureux amour. Je la vis massacrer par la main forcenée , Par la main des brigands à qui tu t^es donnée ? Tes frères , ces martyrs égorgés à mes yeux , T*ouyr en tleurs bras sanglans tendus du haut des cienz. Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes» Pour toi , pour Tunivers est mort en ces lieux mémeS| £n ces lieux où mon bras le servit tant de fois , En ces Ueux où son sang te parle par ma voix. Vois ces mu rs, vois ce temple envahi par tes mattrei : Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres. Tourne tes yeux ^ sa tombe est près de ce palais : C'est ici la montagne où , lavant nos forfaits , Il voulut expirer sous les coups de l'impie : Cest là que de sa tombe il rappela sa vie.
Tu ne saurais marcher dans cet augostelieii ,
7*tt n'y peux faire un pas sans rencontrer ton Die a ;
Et tu ny peux rester sans jenier ton père ,
Ton honneur qui te parle , et ton Dieu qui tVdaire.
^~ La répétition des conjonctions sert souvent à peindre avec plqs d'agrément et d'énergie , comme on le voit dans ces
' vers du Lutrin.
n terrasse lui seul et Gnihert et Grasset,
Et Gorillon la base, et Grandin le fausset, *
Et GerbaisTagréable, et Guério Finsipide.
Dans cette phrase de la Bruyère :
« Un sot ni n'entre , ni ne sort, ni ne
» s'assied , ni ne se lève , ni ne se tait ,
9 ni n'est ~sur ses jambes comme un \ » homme d'esprit » .
Et dans cet endroit d'un sermon de
Massillon. C'est d'un prince ambitieux
qu'il narle :
c Sa gloire sera toujours souillée de sang. Quelque insensé chantera peutêtre ses victoires ; nuiis les provinces, les villes 9 les campagnes en pleureront. On lui dressera dès monumens superbes pour immortaliser ses conquêtes : mais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes ; nyiiê la désolation de tant de campagnes dépouillées de leur ancienne beauté ; mais les ruines de tant de murs, sous lesquels des citoyens paisibles ont été ensevelis; mais tant de calan?iités qui subsisteront après lui ,
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9 seront des monumens lugubres qui im- 9 mortaliseront sa vanité et sa folie » .
CoBTtrtion. - La Conversiofi est une espèce de répétition qui termine les divers membres d'une période par le même tour. C'est ' a'insi que Cicéron dit, dans une de ses Oraisons contre Antoine :
«^ Vous avez perdu trois grandes ar- » mées; c'est Antoine qui les a fait périr:
9 vous regrettez les plus grands hommes • de^ la république ; c'est Antoine qui » vous les a ravis: l'autorité du Sénat 9 est anéantie; c'est Antoine qui l'a dé- 9 truite ».
6«Dpiexioo. La Camplexion est une répétition, dans laquelle on finit par les mêmes paroles. Tel est cet endroit d'un sermon du P. Bourdaloue : .
« Tout l'univers est rempli de l'esprit !
9 du monde : on juge selon l'esprit du 9 monde : on agit et l'on se gouverne 9 selon l'esprit du monde : le dirai-je ? '.
9 on voudrait même servir Dieu selon !
9 l'esprit du'monde ». ,
€rtd*tion. ■^^ Gradation consisle à présenter une suite d'idées , d'images ou de séntimens , qui enchérissent les uns sur les autres.
, Il y a une double gradation dans cet endroit d'une oraison de Cit^fon :
« C'est un crime de mettre aux fers 9 un citoyen romain; c'est une scéUra- 9 tesse de le faire battre de vergçs; c'est » presque un parricide de le m^U^e à
» mort. Que diraî-je donc , de l'avoîr » fait attacher à une croix ?»
La Réversion fait revenir les mots sur Réversion; eux-mêmes avec un sens différent, comme dans cet exemple :
« Nous ne devons pas juger des règles » et des devoir^ , par les mœurs et par les » usages; mais nous devons juger des » usages et des mœurs , .par les devoirs » et par les règles. Donc c*est la loi de v
» Dieu qui doit être la règle constante » du temps , et non pas la variation des 3 temps qui doit devenir la règle de la » loi de Dieu ».
Et dans celui-ci : « Il ne faut pas vivre » pour manger ; mais il faut man- » ger pour vivre ».
u Adjonction , différente de la répétî- Adjonction. tion, consiste à n'exprimer qu'une fois ce à quoi plusieurs parties d'une phrase se rapportent. Tel est le mot cessent dand ces vers de la Fontaine :
Ainsi dit, ainsi fait : les mains cessent de prendre , lies bras d^agir, les jambes de marcher.
Tek sont les mots , faut-il vous rappelety dans ces beaux vers de la tragédie à^Athalie, par Racine :
Faut-il , Abner, faut -il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours; Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces , £t Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces j Uinipie Achab détruit , et par son sang trempé Le champ que par le meurtre il avait usurpé;
frin d« ce obamp fatal , J^z«bel immoléç , •Sous les pieds des chevaux celte reinç fuulf'e ; Dans son sang inhumai» les cbieH»- déiahfrés ,- Et de soa corpa hid«Mx ^s mw^ft^^ drcUirr» 3 X)es prophètes menteurs Ja troupe confuA^iie^ Et la flamme du ciel sur Pautel descendue ; Élie auxélémens parlant en souverain; heê cieu» par lui iWrrtiéft et devenus d''airam; l£t la terre troia ans «ans pluifi et s^tps roiice^ Les morts se ranimant à la voix d'Élizée ?
Disjonction. La Dtsjonetî&n supprima lea particule^ conjonctives , pour rendFG le dUcour^^ plus vif et plus animé. £n veici un ex^unpie tiré del Oraison fm^kre (h Turenne, par Mascaron.
c Les dehors mêmes de la guerre , h 9 son des instrumens , l'éclat des aripiies, » l'ordre des troupe , le silejoce des sol- 9 dats , l'ardeur de la mêlée , le com- » mencemcjat » les progrès et la coosopi- » mation de la victoire , les cris différ^joe» » des vaincus et des vainoueurs» ajlta- » quent l'âme par tant d'endroits^ ({Ui £0- » levée à tout ce qu'elle* a de sagesse et » de modération, elle ne connaît plus » Dieu ni elle-même » .
Périphratc. La Périphrase ou Circonlocution est d'fiii iréquent oâage ckea les Orateurs et les poètes* Ils l'emploient peur été»* dre, orner, ennoblir «m idée simple e& souvent commune. C'est ajnsi que Boileau s'est servi d'un tour très-noble et très-harraonieux , pour dire qu'il avait cinquante-huit ans accomplis.
Malt aujourd'hui qu'enfii» la Yieillesse^enue^
Sogs oaesfaux i^evejvx l^Ionds déj»lO]it9c^e;9ue» A ]eté sur ma tête, avec ses dolf^ts pesans, Onze lustres cotnplets, surchargés de trois ans.
Hfascaron , ppur djre que Turenne avait été enseveli dans le tombeau de nos Rpis , a employé cette belle péri* phrase :
c Le Roi^ pour donner une marque > immortelle de Testime et de l'axhitiô V dont il honorait ce grand capitaine »
» donne une place illustre à ses glorieuses » cendres , parmi ces Maîtres de la terre, » qui conservent encore » dans la magni- » ficence de leurs tombeaux , uw image 9 de celles de leurs trônes » .
ARTICLE IL
Dtê Figures de Mots qui sont Tropes,
Les principales figures de mots qu'on nomme tropes , sont la métaphore, V allégorie, la métonymie, la synecdoque^ Vironie, et V hyperbole.
Tous les tropes sont , à proprement Mëuphor*. parler y auts^nt de métaphores , puisqu'ils sont des mots 4ont on a changé la signification propre^ pour leur en donner une qui est empruntée. Cependant on appelle mé^phore, seulement une espèce de trope par lequel on transporte un mot de sa signification propre à uno signification nouvelle , qui ne lui convient qtt*ei;i y^irtu d'up^ comparaison qui
as RHÉTORIQUB
est dans l'esprit. Par exemple , quand on dit : Cette campagne est riante , le mot riante n*a plus sa signification propre et primitive, ne signifiant plus qui rit; mais il û^xxxïiQ agréable à lavue; et cela»
par comparaison entre le sens propre du mot riante , qui ne peut s'appliquer qu'aux personnes , et entre le plaisir que cause la vue d'une belle campagne. Cette comparaison enveloppée que renferme la métaphore , donne une idée de plus , et fait par-là une beauté.
Mais , quoiqu'il soit de l'essence de la métaphore de renfermer une comparaison , l'une et l'autre ne doivent pas être confondues. Qu'on dise d'un guerrier : // s élançait camnie un lion au tnilieu des enxaemis; c'est une comparaison : elle est exprimée par les termes mêmes. Qu'on dise de ce guerrier : Ce lion s'élançait au milieu des ennem,is; c'est une métaphore.
La "Comparaison n'est alors que dans l'es- , prit : aucun terme ne l'exprime.
La disette des mots propres a d'abord donné lieu aux métaphores : elles ont ensuite servi ^ grossir les trésors de l'éloquence et de la poésie. La métaphore, en effet , est une des figures qui donnent le plus de grâce , de force et de noblesse au discours , pourvu qu'elle soit employée à propos;, avec goût et avec justesse. On dit fort bien , par exemple , que la géo-graphie et la chronologie sont les deux
yeuoi de P histoire ^ parce qu'en la personnifiant, on doit nécessairement lui supposer des yeux , par Tun desquels elle Toit les lieux 9 et par l'autre, les temps.
Mais un . écrivain qui a du goût et de la
I'ustesse dans l'esprit, ne dira point que es rayons du soleil sont les éclairs de Pœil ardent du jour. Bien moins encore appellera-t-il un cadran, le greffier solaire.
On ne doit jamais tirer la métaphore d'aucun objet bas et dégoûtant. Le P. de Colonia, jésuite, dans sa rhétorique latine, réproche avec raison à Tertultien d'appeler le déluge universel , la lessive
, de la nature. Mais en évitant cet excès , il faut prendre garde de ne pas "tomber
. dans l'excès contraire. Toute métaph(lre Irop hardie est vicieuse. Telle est celle qu'emploie Corneille dans sa Tragédie i^Héraclius, lorsqu'il dit :
La vapeur de mou sang ira grossir la foudre.
Elle est trop forte : elle est gigantesque.
Dites-en autant de celle-ci de /.-jî. Rousseau :
Arbres dépouilles de verdure , - Malheureux caddwres, des bois.,.
Si les idées qu'excitent les termes métaphoriques ne peuvent pas être liées , la métaphore est défectueuse. On a re-
S4 BHÊTORlOtfB
proche à Mathé/rbë 4'atoif dti , dans s^H Ode à Lètiis XIII i
Jrl'ëfi<}6 ta foudre j IjOûis, «t va eôhame un iib4.
Il Ifiilâit plutôt ctire , c&niinfié Jupitèj*, Loi idées de foudre et aè /îi>n ne peuvèni point se Concilier.
On a reproché aussi à /.-^. Éotisêeau d*avoir dît :
Et les jeunes Zéphyi*s, de leurs chaudes haleiueë Onxfindft técorce des eaux-
Fondre jTeQorce ne peut point se dire au propre. Tendre se dit de la glace ou aes métauk. Un ne doit donc pas dire au figuré , fondre lécorce des eaux. Racine n est pas moins repréhehsible d'avoir dit: vous verrez
£t de sang «i de moris les caEnpagnesyo/zcÂfl/to.
Ou dit bien d&ns le sens ikiétaphorique^ cfe9 C0inpajgiiê!sjùnekèes de nvorts^ mail on ne peut pas dire des xMfnpagnBSJon*' ehées de sang: elles ne peuvent qu'en être arrosées, Aiiigori». U Allégorie n'est qu'une métaphore côiitinuéë : elle sert de comjïaraison , pôu^ doàner à entendre Un sens qui h'est
{►oint exprimé, mais «qui est celui que 'auteur a dans Tesprit. Toutes les images y sont relatives au même sujet, et dépendantes de la même métaphore. L'Ode suivante d*Horace en est un bien bel ^exemple. .
V Idfbtrtufté vateèieaik, tu vâs donc t'ex.-
M poser à de siouvelles tempêtes ! ah ) que é fâis^tu ? Demeure bien ancré dans le » port. Ne yai^-tu pas que tes bancs sont
> dégarnis de rames; que ton mât ei » tes vergues fracassés plient encore » sous l'effort des vents , et que tu man^ » ques de cordages pour jsoutenir la
> violence et l'impétuosité des flots? Il » ne te reste pas seulement une voile qui » soit entière. Tu li'as plus même des » Dieux que tu puisses invoquer dans » le besoin. Construit du bois d'une des » plus faineusea forêts du Pont, en vain
> voudrais-tu te prévaloir de ton nom r et de ton origine. Les peintures dont » ta poupe est embellie, ne rassurent
> point le pilote encore effrayé des dan- » gers qu'il a courus. Si tu n'y prends » garde, tu vas devenir le jouet des vents.
» Ah ! cher vaisseau , autrefois la cause n de mes ennuis , i^ujourd'hui l'objet de 9 mes regrets et de mes inquiétudes , ne » te laisse point attirer par l'éclat sédui- » sant des Cyclades , et garde-toi d'aller » t'engager dans les mers entrecoupées » de ces ailes » .
Sous l'image de ce vaisseau , le poète représente la république romaine; et sous celle des flots et des vents déchaînés, les troubles qui l'agitaient et les périls -dont elle était menacée.
Voyez aussi un charmant exemple d'allégorie dans c^te pièce de vers de
56 BfiÉTOUlQUE
madame cUs Houlières, où l'on recoud naîtra sans peine ses enfans so.iis P image de ses chères Brebis, et Louis XIV sous celle du dieu Pan.
Dans ces prés fleuris Qu^arrose la Seine , Chercliez qui vous mène , Mes cbêra>sbrebis. .
J^ai fait , pour vous rendre Le de&tin plu« doux , Ce qu'on peut attendre •'. , } ! , iD^iive amitié tendre. : ', . , ..,' Mais ,son long courroux Détruit, empoisonne Tôufe mes soins pourrons , Et vous abandonne Aux fureurs des loups. « Seriez>TOUs leur proie, ' Aimable troupeau , Vous de ce hameau L'honneur et la joie j Vous, qui, gras etbeau^, Me donniez sans cesse, Sur Kherbette épaisse.
Un plaisir nouveau ?
Que je TOUS regrette ! , Mais il faut céder :
Sans chien», sanB houlette, Puis- je vous garder ?
L'injusle fortune Me les a ravis.
En vain jHmportune Le ciel par me^cfts: «'♦^ ' Il rit de mes cramtes ; Et sourd à mes plaintes, Houlette ni chien ,.
il ne me rend rien.
Puissiez-vous, contentes, Et sans mon sccaurs , «
Passer d^heureux jours, Brebis innocentes ,
F&ANÇAJSB. S7
Brebis mes amours! y Que Pan vous défende : • , ■
Hélas ! il le sait , Je ne lui demande Que ce seul bienfait.
Oui , brebis chéries , Qu^àvec tant ue soin 3'ai toujours nourries y Je prei^ds à témoin Ces boîs^, ces prairies^ \ Que, si les faveurs Du dieu des pasteurs Vous Ijardent d^outrages , Et vous font avpir Du matin au soir.
De gras pâturages , J'en conserverai Tant que je vivrai , La douce mémoire, Et que mes chansons, En mille façons , Porteront sa gloire Du rivage heureux ,
Ou , vif et pompeux , Uastre qui mesure Les nuits et les jours^ Commençant son cours , flend à la nature Toute sa parure f^"" Jusqu'en ces climats.
Où 5 sans doute las ,.
D'éclairer le monde , Il va chez Thétis, .
Ranimer dans Fonde Ses feux amortis, t*
Ld Métonymie consiste à se servir d'un Métonymi», nom pour un autre, lorsqu'il y a entre ces deux noms un rapport de relation. Cette manière de s'exprimer se fait en prenant:
!.• La^cause pour reflfet, l'auteur de la chose pour la chose même : — vivre
de son travail, c'est-fi-dire , rfe ce qu'on gagne en travaillant : — lire Cicéron , c'est-à-dîre, les ouvrages de Cieéron. C'est , en ce sens qu'en parlant de^ Dieux du paganiftme, on prend f^u/cam^ pour le feu; Mar$, pour la guerre; Neptune, pour la mer; Apollon, potit* la poésie, etc.
2." L'effet pour la cause; comme lorsqu'Ovtrfe dit que le mont Pélion n'a point d'ombres, c'est-à-dire, d'arbrfes.
5.® Le contenant pour le contenu; par exemple, V Europe, pour les peuples de l'Europe ;*la bouteille, po«r le vin.
4."* Le signe pouir là chose signifiées ; comme le sceptre, pour la royauté; Vépée, pour la profession milïtâîi*e ? la robe , pour la magistrature; èômme aussi lorsqu'on désigne les Provinces-Unies des Pays-Bas, parle Lion bel'gique; l'Allemagne, par Y Aigle germanique; Ykagleterre, par lès L^arcky la France, par les Lis, etc..
On doit rapp6!*tet* à tîeftle if^ure ces expressions ; il a du cœur, pour dire il a du courage; le porti<fUe, lieu oii Zenon enseignait sa phildstïf tife , pôtir sa philosophie même; le lycée, ïièu où Aristote' ^ dohùaît ^es leçons, pour sa dëctrine même.
byiccdoque, La Synccdôque est nrië espèce de métonymie : elle fait eôncevoir à l'esprit plus ou moins que le mot flont on se sert lie signifié dans le Sens propre. Oh remploie , en prenait :
¥ n A N ç A.1 sx« .Sg
>!.*' La partie pour le tout, ou le tout rpour la pattre: comme lorsqu'on dit, les foyers rustiques, pour les maisons rustiqfoes; dix hivers, pour dix années; une t^ ohère, pour une personne chérie et précîeuBe : lorsque Ton emploie le nom d'iin fleuve pour celui dn peuple dont il aiY^e le pays; connie le TWre, pour les R<M»ains, la Seine, poor ies Français; le Ta^e, pour les Espagnols^ ^eto. C'est ainsi que Boileau a dit:
Chaque climat produit des favoris de Mars, La Seine , âes Botirbons j le Tibre des Césars.
2.^ Le genre pour Fespèce; comme lorsque, par le mot mortels, on entend seulement les hommes , quoique tous les êtres animés soient sujets à la mort : ou l'espèce pour le genre; comme lorsque les poètes Grecs et les Latins se sont servis du mot Tempe , nom d'une plaine de la Thessalie , pour marquer toutes sortes de belles campagnes.
5.** La matière dont la chose est faite , pour la chose même; comme fer , pour épée, airain, pour' canons. ^ C'est ainsi que Boileau a^dit :
Ti'atrain sur ce» monts terribles Vomit le fer et la mort.
ïl y a trtie autre es^^ce éàSjnoùdoque, par laquelle on prend un nom propre pour un nom commun , ou pour un adjectif; comme lorsqu'on dit d'un homme
6d RHÉTORIQUE*
voluptueux : C'est un Sardanapale; d'un Prince cruel et sanguinaire : C'est un Néron, Ironie. Ij^Ironie cache un sens opposé au sens
propre et littéral qu'expriment les paroles. Par cette figure, on dit tout le contraire de ce qu'on pense et de ce qu'on veut faire penser aux autres. Juvénal en fournit un exemple dans cet endroit d'une de ses satires, en disant des Egyptiens : •
« Des villes entières adorehtdes chiens, » et personne ne connaît Diane. C'est » un crime de manger des oignons et » des poireaux; c'est un crime même » d'y toucher. O les saintes gens ! il leur 9 naît des divinités jusque dans leurs » jardin^ » .
Boileau , en parlant de quelques auteurs médiocres du siècle de Louis XIV, dit ironiquement :
Pradon , comme un soleil, en nos ans a paru.
Pelletier écrit mieux qu'Ablancôurl et Patru. Coltin , à ses sermons traînant toute la terre, Fend les flots d'auditeurs pour aller à sa chaire. Sophal est le phénix des esprits relevés.
Il faut être réservé sifr l'emploi de cette figure. Elle ne plaît qu autant qu'elle est enjouée , légère et badine. On peut, l'employer dans toutes sortes de sujets. Homère et Virgile s'en sont serîs dans la poésie épique. Nos poètes ^ragiques en ont fait aussi usage. C'est
FRANÇAISE. 6l
ironiquement que, dans le Gid, le Comte dit à Don Diègue :
A de plus hauts parus Rodrigue doit prétendre.
Dans V Alexandre de Racine j. Axiane
dit sur le même ton à Taxille :
Approche, puissant roi , Grand monarque de Tliide, on parle ici de toi.
Le discoui:& qu'Hermîone tient à Pyrrhus dans VAndromaque du même poète, acte l\y scène h , est aussi une ironie soutenue. 11 faut cependant observer que cette figure doit être sobrement employée dans la tragédie. L'éloquence la souffre davantage ; Démosthène et Cicéron , nos Orateurs même sacrés s'en sont servis avec succès.
\2 Hyperbole exagère les choses , soit Hyperbole. en augmentant, soit en diminuant. Elle emploie des mots qui , pris à la lettre , vont beaucoup au-delà de la vérité , mais qui soùt réduits à leur juste valeur par ceux (Jui nous entendent. On dit par * hypernole d'un cheval qui va extrêmement vîte : // va plus vite que le vent; et d'une personne qui marche avec une excessive lenteur: Elle va comme une tortue.
Virgile emploie cette figure , lorsqu'on parlant de l'Amazone C^amtïfo^ il dit, pour exprimer sa légèreté à la course : ^
« Plus rapide que le vent , elle aurait y* pu voler sur un champ couvert d'her-
» les hautes ou d'épis, sans les faire plier » sous ses pas , ou se frayer une route au » milieu de la mer, et courir sur les flots ., 9 sans mouiller ses pieds légers » .
Malherhe, dans son Ode à Lours XIII, dit aussi par hyperbole , pôufr peindre les temps heureux qu'il hii promet :
La terre en tous endroits produira toutes choses j Tous inétaux seront or, toutes fleurs seront roses ^
Tous arbres oliviers. -'^ L'an n'aura plus d'hiTer, le jour n'aura pkiis d'^ombre;
£t lîps perles sans nombre Germeront dans la Seine au milieu des lauriers. .
On avait promis mille écùs à celui qui ferait le meilleur quatrain sut» les victoires du Grand Condé. Un poète venu' des rives de la Garonne , gagna le prix par les vers suivans , dont la pensée n'est pas nK]^ins ingénieuse qlt'hype^botique :
Pour célébrer tant de vertus , Tant de hauts faits et tant de gloire, Mille écu»! Morblen , mille écus !
Ce n'iést pas un sou par vicioîre.
11 faut se servir avec ménagement de cette figure , qui ne doit jamais être trop»
hardie , et encore moinâ outrée. Quand vous la mettrez en usage , ne vous laissez jamais emporter hors dés règles et de la justesse.
Voilà les principales figures de mots , qu'il est important de connaître d'une manière pariiculière. Quant aux figures de pensées , il y a un si grand rapport
entre elles et les différentes espèces de style, que je croîs devoir en parler conjoîfttement. C'est ce que je vais faîre dans le chapitre qui suit.