CASSIUS
Bratus , par ce seul mot ton devoir est dicté.
74 KB&TOBIQVB
ocnip«u<m. UOeewpa^iên est mte iigofe.pdr la-
Selle on prévient dne objection ém fie la saut h Ém^ mêaim y. eï ea y répo^sdant.
C'est ee-qvé fait JMleau daaacet eo^roit d'one de ses' Satires :
il a tort, dira Tiin : pourquoi £aiiC-i) quMf notnme? Attaquer ChatptlàHk: Ab ! (^<st uti il b«fr llMbitie :
«rj qwe n ècrini .en pi ToiKi (î* qiie Ton ÎKt. Ifit* qtfé «*- J« iiîlt* €lié«# ? fin MâttMUiC tféfl écrits ^ «i-je^^n «ly Ib aJËse^k Distilla 4ur sa %\e up veiiiHi «langerei^x ?
Ma muse., en Tattaquant, cbarîtable et discrète, ^ Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète,
SMbjeoiioo. : Lu Suibjùêtion jressi^aaibW })eaiiOiHif' à rOcctijpatiéfi»^ comme oa val^ yoir dans cet endroit de V0Tai$i9n pmèh'pe du premier pfésideM de LamiHgiiiml pâuip FUchier. . .
« Quelles pensez-vous que furent les » Toies qui le conduisirent à cette ûa?
» La faveur? Il n'avait eu d'autres rela- 7> tiens à la cour que celles que lui don- » nèrent ou ses affaires ou ses devoirs. Le n hasard ? On fut long-teïnps à délibérer; » et dans une affaire aussi dëHcate , on » crut qu'il fallait tout donner au conseil^ » et ne rien laisser à la fortune. iLa » cabale? 11 était du nombre de cSux iqtiî » n'avaient suivi q^e^leur devoir; et ce ^ parti, quoinïoe le plus juste , n'avait » pais étë Ife 'plus grand. L'habileté à se » servir -■ des conjectures ? Ces temps
1» difficiles étaient paiisës, où l'on donnait » les obarges par nécessité plutôt que » par choix , et où chacun voulant pro-< » nter des troubles de l'État , rendait 9 chèrement, ou les services qu'il pou* B vait rendre, ou les moyens qu'il avait » de nuire ».
ARTICLE II
Du Stjrte tempéré y et des Pigu¥es (Par-
nemènt. ^
Le style tempéré est plus fort et plus élevé que le style simpfe. On l'appelle mw fleuri, parce qu'il fait usage des or-r nemeqs d'éc/at. Les iigures vives et pi* quantea,]e choix et l'harmonie des mots, la variété des sons , les tours ingénieux et brillans, en un mot, tout ce qui peut embellir le discours , lui convient et le caractérise. En voici un exemple pris au ha^ sard dans le Télémdque de Eémélon, C'est la peinture, du bonhe^prque goû* tOQt les justes et les bons rois dans les Champs-Elysées.
a Les hautes montagnes de Thrace , qui, de leurs. fronts couverts de neige et de glace dqmis l'origine du monde, fendent les nues, seraient renversées de leurs fondemeffs posés au centre de la terre, que les cœurs «de ceis hommes ^ justes ne pourraient pas même être émus : seulement ils ont pitié des mi-'
76 HHÈTOfisIQUE
9 sères qui accablent les. homme» vi-
» vaBt dans le. monde; mais ciest une
» pitié douce et ()aisible , qui n'altère
» en rien leur immuable félicité. Une
» jeunesse éternelle , ' un bonbeur sans
]t fin y une gloire toute divine est peinte
» sur le visage; mais leur . joie n'a rien
9 de folâtre ni d'indécent: c'est une joie
» douce, noble , pleine ue majesté ; c'est
» un goût sublima de la vérité et de la
» vertu qui les transporte. Ils sont sans
» interruption, à chaque moment, dans
» le même saisissemràt de cœur oh est
»' une mère quireTOÎt son ieheJ' fils qu'elle
» avait cru môrt,,et cette joie, qui échappe
» bientôt ! à la ^mère, ne s'enfuit jamais
» du* cœur de ces hcHnmes. Jamaià elle
1» ne languit un instant , elle è^ toujours
» nouvelle pour eux : ils ont le trans-
» port de l'ivresse , sans' en avoir lé
» trouble et l'aveuglement. Ils s'entre-
» tiennent ensemble de ce qu'ils' volent
» et de ce qii'ils<çoûtent : ils'foulent fleurs
» pieds les moUes délioes et les vaines
» grandeurs de leurs anciennes pondis-
» tiens , qu'ils déplorent : ils repassent
V avec plaisir ces tristes mais courtes an^
)) nées, oii ils ont eu besoin de combattre
» contre eu^>mémes et contre le liorrént
If des hommes qorrompus , pour devenir
» >bons : ils admirent le secours des Dieux
» .qui ) les ont conduits, comme par| la
»- main« à la vertu, au milieu de taqt de
B périls. Je ne sais quoi de divin coule
» sans cesse au travers de leur cœur ,
» comme un tornent de la Divinité joiéme
» qui s*unit à eux: ik voient, ils goûtent
» qu'ils sont heureux, et sentent qu'ils le
» serQnt toujours. Jls cbantent les louaa^
» ges des Dieux , et ils ne font tous en-
9 semble qu'une seule voix, une seule
» pensée^ un seul cœur. Une même félit
» cité fait comme un flux et un reflux
» dans ces âmes unies. Dans ce ravisse-
» ment divin, les scièclés coulent plus ra-
» pidement queJes heures parmiles mor-
» tels; et cependant mille et mille siècles
9 écoulés n ôtent rien à leur félicité tou-
» jours nouvelle et toujours entière. Ils
9 régnent tous ensemble, non sur des
9 trônes que les mains des hommes peu-
» vent renverser ^ mais çn éux-idiêtoes ,
9 avec une puissance immuàible; car ils
» n'ont plus besoiù d'être redoutables par
» une puissance empruntée d'un peuplé
9 vil et' misérable; ifs ne portent plus ce?
» vains diadèmes^ dont l'éclat cache tant
» de craintes et de noirs soucis. Les Dieux
9 mêyaeé lès ont couronpés dei leurs pro-
9 près hilains, avec des couronnes que rien
9 ne peut flétrir ».
On voit encore un bel exemple de style fleuri dans ces vers d'une épître de Grèsset à sa sour , après une longue maladie qu'il avait essuyée.
O jours de la conyalesceoce !
78 EBÈTOaiQVS
Jottri d'une {>are Tohipté! ' Cest une nouvelle naissance , ' ' tJu rayon d^immpi'talité.
Qttlèfttei') tous les plàisiM ont volé Aâ» nMll t/ÊUè^ i^^^ «avfo trau^p^rt le èéleste âamb^au : ; . ^ 1 f To^iX ip'intéregçe, tout m'enflâmé ;
'iPouriïildi ItTni vers est nouveau.
SMb ëmitë ^^mé Dieu «[ui mette néà l^iktètiWt ^
; ▲ Pbinrékift coitvatesceoce Pour d^ noiyveaus plaisirs dqnne d^ QQUveaux sehs :
, , A ses réparas impatiens UétbabifM^; ttittt'nak; la lumière Mmiacno*; :: I y<ii (Ttm. hriWer àét f«m d« prhitvmtis.
î^«rf*».Mî?W'W*ift«» If «^"î d;vne fauyetfe , Jje mati#i d^un beau îour, la verdure des i>ois, •^^ ^ -VA fritftiMi'd» ûYïfe violette , • 1 liUlelf)0fttiicl«0^tt*auitiiifoii .; Ob V^jr^it avet^noDcbaldBoe^ Transportent aujourd'uui. prësenteoc des appas , ' Inçoîinâs à TindiÉerefice ^ .
£t<l«« lafbulfe^n^'toit ptft.
M. le duc de J^** , dans «e^ riflexidné critiques sur (e génie d'Hçrace, de De»-pfédux fit^de, HotÂ^qaUs a donoé la traduction '^e qi|e!lques strophes d'une Ode, di^^s l^qujelle le poète laiin chante les douceurs de la Tie champêtre » et le bonheur de celui qui, sillonnant le champ de se$ pères » vit 9 comme eux > sans soins ; sans afiaires, sans créanciers. Ce$ strophes réunissent tous les charmes du style tempéré, itos voici :
i)e là trompette sangainaive Il ose mépriser la VoÛL :
. Ce la fortune mercenaire U ignore les dures loit. ,
Il rit du frivole^avantage Dont le courtisan est épris,
Xflohtiptf Â^ lui qj^p. 4«». m^pri», ^
Fidéltf aruftJbM dahi'tiatq«ft, '
£t ses besoins sont la mesure De ses goûta et 'de ses désirs.-' ' - ' ' ' : *
Tantôt à sa vigne naissante Bvmtiw jeunes omS«aiix: .
Taîitât d^une main biewlaisaabe Il em. éloigne les raiBea«ui<
•■'*'•■'''•■• Tantotà roTubrie de latpeill^, ", ^
;II «ompte ses tr0ji\p£aux. n9i,s9aQ8;
Il serre les dons 4é rabçiilé ; >. " !
Il tond ses agiieauA bondissaîus.
Lorsque Pornpne , en cea contrées , , '
A mûri ses dons précieux ,
Il charge se3 mains épuréet
Des prémices qu'il oSre aux Bieiix.
Sous un vieux cliâné îl sait attendra'
Le déclin du l)rfilapt sôleR :.'
Puis sur un gafon fral^*^et tèiidre , ,
H va chercber un doux sommeil.
Alors miffe rhricft a^rpBée , ■
^ar Aea« lé^yer déê étbmmtnm » x
• • â'iitliéaeBt , poui? faMer Mor{]ihée ^
• , ^^^ g^iouillemejat des ruisseaux,
tes figures d'oriienlëar, c^le6 ^ joô^- Tiennent le Wus au ^tyle fefii^éré , «ont y antithèse, la* eompar/im&n^ et la des-criptîon, à laquéile se rappariant pltfsîeurs autres figurés que je ferai connaître. '
\u^ antithèse est une figure par la- Antithèse. quelle on oppose des pensée les une^'nux autres, pour les développer davantage:
SO R.HÈTORIiQtrE
elle consiste aussi un peu dans le ^hoix des mots opposés, comtne on lef voit dans cette pensée Aé^La Bruyère : «La yie des héros » a enrichi l'histoîi^j.et l'histoire a em- » belli la yie des héros » • ' Dans ces «vers de la Henriade :
De tous ses faTori&, Môrnay seul Taccompagne, Hornay, son (idiffictent, mais jamais sbn flatteur j Trop vertueux soutien du parti de Terrevr, Qui, signalaut toujours son zèle et sa prudence, Servit également son Église et la France:
Censeur des cpiiriisans , tnai^ à la cour aimé ^ Fier ennemi de Rome , et de Rotné estimé.
Et dans ceux-ci de la Chartreuse de
Gresset :
. J^ai vu mille peines cruelles Sous un vain masque de boiilhèur ^ Mille petitesses réelles Sous une écorce de grandeur ; Mille làcj^etés infidèles Sous un coloris de candeur.
Cette figure si ))rillante doit être employée rarement dans un ouvrage sérieux, et partout ailleurs même , arec quelques ménagemens. Des antithèses trop multipliées deyiendraient puérile^s et fatigantes. Cette figure n'e*t réeUemc^nt belle que lorsque les pensées opp.osé^s sont. naturelles , mirées du fond, du sujet, et qu'elles' serrent à se donner réciproquement de la justesse et de la clarté. Le sermon de' Massillan sur le triomphe de la Re- Ugi(m en fournit un biei? bel exemple^ Levoiçi: , , î
FRANÇ'AIS£* 8l
« Un prince qui craint Dieu » et qui
1» gouverne sagement ses peuples, n'a
n plus- rien à craindre des hommes. Sa
9 gloire toute seule aurait pu faire des
» enyieux; sa piété rendra sa gloire
B même respectable : ses entreprises au-
» raient trouvé des censeurs; sa piété
» sera l'apologie de sa conduite : ses pros-
» pérités auraient excité la jalousie ou
'» la défiance de ses voisins; il en de-
» viendra, par sa piété, Tasyle etl'arbitre.
» Ses démarches ne seront jamais sus-
» pectes, parce qu'elles seront toujours
» annoncées par la justice. On ne sera
» pas en garde contre son ambition ^
» parce que son ambition sera toujours
» réglée par ses droits. Il n'attirera point
9 sur ses États le fl^au de la guerre ,
9 parce qu'il regardera comme un crime
» de la porter sans raison dans les États
9 étrangers. .11 réconciliera les peuples
9 et les rois , loin de les diviser pour les .
» affaiblir» et pour élever sa puissance
» sur leurs divisions et &ur leur fai* j> - blesse. Sa modération sera le plus sûr
9 rempart de son empire : il n'aura pas
y> besoin de garde qui veille à la porte
9 de son palais; les cœurs de ses sujets
» entoureront son tr^ne , et bril^ront
» autour k la place des glaives qui le
9 défendent. Son autorité lui sera inu-
9 tile pour se fairej obéir j les ordres le$
9 plus sûrement accomplis sont < cetux.
8^ RBéTOBIQUt
w (foè l'aoloilr exécute; et la soumission
» sera bans punniMre , parce qu'elle sera
» sans contrainte. Toute sa puissance
0^ l'auraii rendu à peine mattre de ses
» peuples; par la yertu, îi deriendra
» Taraître' même des soaterains».
CoDiparaûoo. La Contpar«i$0n est une figure par
'kqueilie on pTésente les rapports de deux
objets » pour orner ou pour éclaircir ses
pensées. En roîci une bien noble et bien
belle > tirée de VOraisôn funèbre de Hen-
fiette-Marîe de France, reine d* Angle--
urr^, par B&^tm.
m Coiâffliie uni» colonne > dont la masse 9 solide paiult le plus fetme appui d'un » temple f uîneuK, lorsque ce grand édi-*- 4> fiée qu^dile soutenait , fond sur elle » tti'm l'abattlre : ainsi la reine se mon^ » ti»è t^ ferme sotrtien île l'État, lors- » q^'apirès c^ avoir long-teinp« porté le » faix, è^ m'èsl pas n&éiAe courbée sous y> sa èhutê »k
L^ Têlétimqwe de Fênébm est plein tiè ' cê^pal^àisoi^ égaiemeni riches et â^éabteSi Je lHè borne à eeUé-d :
^ A' le Y(Âv pâle , abattu et dé%uré , » ^ aurait tm q«^ cé n'était point Té- » iétiia^iie. Sa beauté, son etftîoiiemeât , » MâàMble fierté s'enftiyaientioitide lui. ^ ' » It périàsâiit , tel qu^ne flettr qui > étant » épanôttie le matin , répand ses doux » païfums dans la campagne , et se flétrit » peu-à-peu vers le-soir : ses ^ives cou-
» leurs ««ffacent; elle languit r dite se 9 dessèche ; et sa belle tête se penche , » ifee pouvant plus se soutenir. Ainsi le » fils d'Ulysse élftit auK perles de la > mort».
La comparaison doit être courte le pltts qu'il «s^ postfikle, et ofiHr un rapport conTenahle entre l'objet comparé et celui auquel on le compare : elle doit , de i^us , être rcSerée par la justesse des expressions.
On peut rapporter à cette figure le parallèle, qui n'est autre chose que la comparaison de deux hommes illustres , comme on le Toit dans celui-ci , que la Motte a fait de Corneille et de Racme :
Des deux souverains de la scènei L^aspect a frappé nos esprits : v
Cest sur-leurs pas que Ifelpomèue ConàvàX ses plu» cbers Savoris. ^ LVo plus pur, Tautre -plus sublime, Toiis^lêax. partagent notre estime Par jrtt mérite différent :
ToQp-à^tùfU ils nous ^nt entendre Ce ^e le coeur a de plusieodre^ Ce quejl^esprit a de plus grand.
La Description est en général une Description. figurer par laquelle nous présentons l'image d'un onjet. Je Tais essayer d'en donner une idée dans l'exemple suivant»
que je suis bien, loin de ^proposer pour modèle.
« Quel plaisir d'être assis , à la pointe » du jour, SUT le bord de I9 mer ! sans
,84 RHéTOBl42U£
9: doute le passade des ténèbres^ à la lu- ))' mière , et le lever du soleil , î»ont en », quelque lieu qu'on se trouve, le plus » beau spectacle que Thomme puisse 7> admirer. Mais ce spectacle est ppur » nous plus on moins ravissant, suivant » les objets qui nous entourent, et qui » excitant en nous des sensations plus n ou moHis vives^ Sur le bord dé la mer, » avant les premières lueurs de Tau- » rore , l'air est plus pur et plus frais ; » là , plus^ que partout ailleurs , il porte » une nouvelle vie dans les sens , et » régénèX'e toutes les facultés de l'âme, » Le . brui^ement des flots mollement » agitéai, qui seul ti?ouble en ce moment y> le calme profond de la nature , n'aura » peut-être rien d'extrêmement doux et » flatteur pour nous qui aurons entendu » le bruit d'une rivière tranquille , ou » le murmure d'un ruisseau qui ser- )> pente dans un bocage. Mais la vue » d'une immensité d'eau , dont les bornes ^> paraissent être celles de l'Univers , et » qui, rembrunie sous les ombres de la » jQuit, reprend insensiblemenj; son azur » à la clarté graduelle du jour naissant; » de longs traits de lumière qui parais- » sent jaillir du sein des eaux pour dorer » l'horizon; un tourbillon de feu et d'é- )> clairs étincelans , qui semblent em- » brâser cette sucface liquide , pour » annoncer le flambeau de la terre et des
FRAI^ÇAI&E. 85
# cieux; enfin ce grand astre, dont le » globe resplendissant parait s'élancer » du miliea des ondes , réalisant , en » quelque sorte , les fictions des anciens D poètes ! quoi de plus majestueux , de » plus imposant que ce spectacle I. Ah !
» qu'il est propre à élever Fâme jusqu'à » l'être .des êtres I, J'en. ai joui ]dusieurs » fois ; et je ne suis sorti de mon enchan- » tement que pour m'écrier ; Heureux n les habitans de cette délicieuse conp irée 1 heureux de pouvoir , à leur gré , » contempler tous les jours ce que la na- » ture a de plus admirable, et ce qui • » peut le plus faire sentir à l'homme sa 1 noblesse et sa dignité 9 I
U y a quatre sortes de descriptions :
Vhypotiposc, Véthopée^ la posographie , et la topographie.
UHypotipose réunit , pour ainsi dire , Hypotipose. tous les ornemens , tout l'éclat , tout le coloris des figures. Elle raconte un fait parttcidîer > iln événement , une tempête y une bataille, un incendie, etc. ; mais avec tant de feu , avec des couleurs si vives et si animées, qu'gn croit voir sous ses yeux l'objet même que décrit le poète ou l'orateur. C'est en cela que la poésie et l'éloquence touchent de si près à . la peinture. Homère et Virgile excellent dans c^ grand art de peindre :
leurs poèmes offrent une suite de tnbleanx de la dernière force et de la plus
86 RHàTOftIQUX
grande vérité. On en troure aussi d'ad^ mirables en tous les genres dans les écrivains de notre nation. Les brillans exemples qu'its nocis fournissent de cette figure si belle, sont en si grand nombre, qu'il serait bien difficile de faire un choix. En voici quelques-uns de ceux qui s'offrent à ma mémoire. Vo^eas d'abord avec quelles couleurs le F. Berruyer^ dans son Histoire dà Peuple de Dieu , peint l'emb^semenl de ces ancienues villes , dont les habîtans , livrés à d'infâmes débauches, attirèrent sur eux un des plus terribles fléaux de la vengeance céleste. '
a Au moment oà le soMl comai^nçaR » à se montrer, ie ciel «e cowrrit de nua- » ges de souffre et de fcituDM. La terre 9 ouverte et tremblante vomit des tour* 9 billons de flammes. Une horrible ptuie , ï> de feu, tombant du ciel à grands flots, ' s'unit au feu allumé éàûiB les entrailles n de la terre. «Les villes de Sodânv^ , de » Gomorrhe, d'Adama et de Sébokn , » furent consumées , détruites , engiou- » ties dans l'abîme, sans qu'3 eh restât les » moindres vestiges. Tous les habitans » de cette terre proscrite {périrent dans » le feu; tous les animaux f^xHmt ex- » terminés. t!n lac épais et sulfureux , » vaste Gomme un^ mer, prît la pflace » de ces fertiles campagnes. Un air tsi^fr- T> td et empesté succéda à la douce tem-
9 pérature de cet agréable climat. Les 9 arbres se desséchèrent , et Ton vit dis- » paraître pour toujours ces régioos » enchantées , plus heureuses de n'avoir M plus de quoi corrompre leurs habi- » tafis> <{ue- d'avoir fourni à ces hom- 9 mes abominables l'abendance et les » délices».
L'exemiple suivant est tiré de Vépitrc de BoiUau sur le Passage du Bhin'pav Tannée de Louis XIY. C'est un des plus beaux morceaux de poésie que nous ayons en notre langue.
lis marchent droit au fleuve, où Louis eo personne, Dé}«^)iiét à passer, instruit, di^ose, ordonne. Par son ordre , Graiimiont,Je ^eftûer dans les flots , S^arance , soutenu des re^rds du héros.
Soir coursier, écumant sous un maître intrépide , Na^e t<nit orgueilleux de la main qui le ^ide. Hevel le suit de près : sous ce chef redouté , Marche dtes coimsiers Fescadron indompté.
Mais déjà derant eux une tchaleur-^^rrière Ëfliporie loin du hord le bouillan^esdiguière , Vtvonne, Nantooille(, et CoisUn et Salart ; Chacun à^eux au péril yeut hi première part.
VendÂme, <|n« soutient Porgueil de sa naissance , Au même iDstni dans Pende impatient sVIance.
La Salle, Beringhen, Nogent, d'And>re, Cavois, Fendent les flots tremblant sous un si noble poids. Louis , les animant du feu de son courage , Se plaint de sa grandeur ^i Fattaohe au rivage. Par tes seins cependant trente légers raisseaux, n'nn tranchant aviron déjà coupent les eaux.
Cent guerriers s^j jetant signalent leut audace. Le Rhin (^) les voit d^un œil qui porte la menace ;
{*) Cest ici le dieu d« Rhin , qui , suirant la âc -
Il s^avance eo courroux : le plomb vole à Pinstant, Et pleut de toutes parts sur Pescadrou flottant. Bn salpêtre en fureur Fair sVchaufie et s^aflaine , Et de coups redoublés (out le rivage fume»
Déjà du plomb mortel plus d^un brave est atteint* Sous les fougueux coursiers Tonde écume et seplaÎDC De tant de coups affreux li^ tempête orageuse Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse. Mais Louis d'un re^^ard sait bientôt la fixer : Le Destin à ses jeux n^oserait balancer.
Bientôt avec Gnammont courent Mars et Bellone : Le Rhin à leur espect d'épouvante frissonne; Quand , pour nouvelle alarme à ses esprits glacés , Un bruit s'épand qu'Eoguien etCondé sont passés^ Gondé, dont le nom seul fait tomber les murailles , Force les escadrons et gagne les batailles ; Enguien de son hjmen le seul et digne fruit , Par lui dès son enfance à la victoire instruit. L'ennemi renversé fuit et gagne la plaine. Le dieu lui-même cède au torrent qui l'entraîne , £t seul y désespéré, pleurant ses vains efforts,'" Abandonne à Louis la victoire et ses bords.
Fénélon , dans sa prose poétique , donne à tous les objets qu'il peint les couleurs les plus riches, les plûs^ animées , et en-nféme-temps celles qui leur sont propres. Peut-on trouver y dans le genre brillant et gracieux, une description plus agréable que celle-ci ? C'est Télémaque qui parle.
« Nous aperçûmes des dauphins couverts d'une écaille qui paraissait d'or » et d'azur. En se Jouant , ils soulevaient » lès flots avec beaucoup d^écume. Après » eux venaient des tritons qui sonnaient
tion du poète, a 'pris la figure d'un vieux guerrier , pour marcher à la tête des eunemis.
rRANÇAiSJE. 89
B de la trompette avec leurs conques
> recourbées. . Ils eDyi|*Oii[maie^t le cl^ar
» d' Amphitrite , tra|uè par des chevaux
3> marins plus blan^ que ,1a neige, et
» qui, fendant .l;pnde salée , laissa^çnt
>» loin derrière eux, un vaste siUon ^ans
1» la mer. Leurs yeux étaient enflammés»
>; et leurs bouches étaient fumaJdtes. Le » char de la déesse était une conque d'une
» merveilleuse figuire ; elle étak d'une
» blancheur plus écU^nte que Tivo^re ,
» et les roues étaient 4' or. Ce char sçm-
» blait voler sur la » surface de^ eaux pai-
i> sibles. Une troupe de nymphes cou-
» ronnées de fleurs , nageaient . en jTouîe »^ derrière le ch^r;, leurs beaux. cheveux
)> pendaient âijirj^urs épaule»» et flot-
» taient au gré du vent. La déesse tenait
» d^une mai^ ûh sceptre d'or poiir com-
3» ittander aux vagues ; de Tautre , elle
» portait sur ses genoulc le petit dieu
» Palémon» son fiîs, jpéndant à sa mà^
» melle. Elle avait un visage serein et
9 une douce majesté , qui faisait fuir les
» vents séditieux et toutes les poires » ' tempêtes. Les tritpns cojidùlsaient les
» chevaux , et tenaient «les rênes dorées.
» Une grande voile de pourpre flottait
» dans rair au-dessus du char ; elle était
» à demi enflée par le souflle d'une mul-
» titude de petits zéphirs, qui s'effor-
» çaient de la pousser par leurs halei-
» nés. On voyait au milku des airs Ëole
^ RHiTORIQtJB
ti «mpiresdé, itiquiet et ardent. Soû visage » k*tdé et chagfitt^ sa voix menaçante , >» ^es sourcils épai^ et pendans, se&yeux » ' pleins d'un fén ^ombre et austère , te- » haient en stlénèè~les fiefrs Aquilons , 7} et reponssafeùl totis lés nuages. Les » immenses baleines et tous les monstres » ni:arins'/ faisant avec leurs nariitesun » flux et reflux de Tonde amer , «or- » taiênl h la nâlie de Ifeiirs grottes pron fondes, pour voir tat déesse i>.
Yoye* awssi ,• darts VvijMe-ie^-QtseauXj par madame des ffoulièr&s ^ cette -peintcrre si riante et si aiiifea^. Les objets jr s^t présentés dans ' une espèce de conftrasfe-, qui ne faît qu'augmenter le charme et le piquant de celte dèscriptibn.
Xihiver ne pBtïevt pifu Ws maïa4«8 captiviEiSi
liés bergère , aiixoi^at leur aviosette à leur ▼oixi D'un pîed léger fo aient Vherhe i)aissant^!;
£es troupeaux ne sont plus sous letiirs rustiques toits. Mille et mille oiseaui. ^-la-fois^ JRaoiibant liq^ur yoks. languissante , . .
Réreillent les échos enrioroiis dans cet bois.
Où brillaient les plaçons on voit tiadtre les roses.
Qtiel idlieu'cKassé FJiiorrMir: ^uirégUaii eu cas Meux ?
Quel dieu les.««ibeJlit ? I^^liv. petit dés dieux Fait seul taut de métamorphoses :
Il fournit au printemps tout ce qu^U a d'appas.
Enfin je cilerai pouiP modèle d'bypotipos« , ces Vers pittoresques du poëme des ^wuft Partie» du J'our^ par le C. deB***,
FmANÇAlS». f)|
,Ce grand asbre dont la lumière Enflamme la voûte des ciéux , Semble aa milieu de sa camère sSaspeudre son cours glorieux. ' Fier d'être le flaosbeau du monde , n contempln du haut des airs L'Olympe^, la terre et les mers, Remplis de sa clarté féconde ; Et jusqaes mu fond des Enfers Il fait rentrer la nuit profonde ' Qui lui disputait l'Univers.
Toute la nature en silence Attend oiie le dien deDélos^ De son cbar lamineaz s^élance '
Dans rhamide s^ur des flbts.
Tandis que des gëans horribles , Qu'un bras immortel enchsAna, Embrasent de leurs feux terribles Les monts de Vésuve et d'Etna ^ liasses de leurs travaux énormes, liêB Cjclopes A demi nus Reposent leurs têtes difformes Sur leurs travaux interrompus.
Et ce charmant tableau du même au'-^ ient, (dans son pdëi!ne des quatre Saisons:
Bacclms, de pampres couronné,
Ouvre lasc^nè des vendanges; ' B brille, marche en\irimné
D'^Amoors qui ehantent ses louanges.
On v^it danser devant son .<^ar
Les Satyres et les Dryades j
tJà faune enivré de nectar
Remplit la coupe des Ménades.
Les Jeux, qui le^suiveaat toujours,
Répandent detf fleurs sur ses traces.
Ses tigres , conduits par les Grâces , ' Sont caressés par les Amours.
Momus, Cerpsichore, Tbalie,
Égypans , Centaures , Sylv ains \
Viennent annoncer aux humains
L'heureux retour de la Folie.
Le soleil "voit en se lerant La iuarcfae du vainqueur du Gange^ Et porté sur Tailedu vent, L^ Amour annonce la vendange.
Pan , dans le creux de ce rocher.
Foule les pf ésens dé PAutoinne :
A ses yeux la jeune Érigone Folâtre^ et n^ose s^approcher.
Le nectar tombe par cascade ^ L'onde et le vin sont confondus j Et Turne de chaque malade Devient la tonne de Bacchus.
Les flots de la liqueur saerée , Couvrent la campagne altérée ; Tout boil| tout sVaivre , tout rit, Et de la joie immodérée Jamais la source ne tarit.
Stbopée. UEthopée décrit les moeurs et le ca-, ractère. En voici un bel exemple que . nous fournit la Bruyère,
ce La fausse grandeur est farouche et s> inaccessible : comme elle sent son foi- » ble, elle se cac^e, ou du~moins ne se » montre pas de front , et ne se fait voir » qu'autant quMl faut pour imposer , et » ne paraître point ce qu'elle est, je veux » dire une vraie petitesse. La véritable ' » grandeur est libre , douce , familier*» , » populaire. vElle se laisse toucher et ma- » nier : elle ne perd rien à être vue de » près; plus on la connaît, plus on l'ad- » mire. Elle se courbe par bonté vers ses » inférieurs , et revient sans effort dans » son naturel. EUes'abanddtone quelque- » fois, se néglige, se relâche de ses avan- » tages, toujours en pouvoir de les re-
FRANÇAI9B. 9^
■» prendre et de les faîrè valoir. -Elle rit, u jotie et badine, mats avec dignité. On » l'approche tout ensemble avec libellé » et avec retenue. Son caractère est no- » ble et facile, inspire le respect et la » confiance, et fait que les princes nous » pak*aissent grands et très-grands, sans Tb nous faire sentir que nous sommles » petits ».
Cette figure est familière au poète , à l'orateur, et surtout à l'historien. Mais celui-ci, obligé de présenter la vérité telleH|u'elle est, développe le caractère ;de ses personnages , pour le faire connaître dans toute son étendue , et sans trop «^attacher aux autres ornemens de l'art, il n'emploie que des couleurs simj^les et naturelles. On peut prendre pour modèle en ce genre le portrait du cardinal de Richelieu , tracé par le P. Bougeant , dans sa belle Histoire du Traité de fVestphalie. Le voici. Je ne craindrai point qu'on le trouve trop long.
« Malgré les portraits odieux que des » aulteurs contemporains ont faits du car- » dinal de Richelieu , on admire aujour- » d'hui en lui toutes les qualités qui con- » courent à fornier un grand ministre r » un génie vaste et supérieur, qui ne con- » cevâit que «le grandes desseins; des vues » profondes , qu on ne pénétrait qu'après M l'événement; un grand discernement » dans le choix des moyens , une fernoleté
04 BHiTOBI<|V£
)) ioéliranlajlikf dans l'exécution; une ba-> » bileté extrême à écarter ou à surmonter » le$ obstacles* Tandis qu'il psiraîfisait )) apfkliqué à une seule affaire» il donnait >x une ^ale attention à^toutes les autres, ». agissant tout-à-la-fois avec laméime » vivacité d^ns toutes les parties .de l'Eu- )>. rope. Jamais on ne. yit daus toutes. les » cours tant de négociations , taitt de u- traités et de mouvemens; et c'était lui ». seul qui ; en était l'âme et le premier » mobile. Il semblait occupé tout entier » hors du royaume» et on le retrouvait }L tout entier au-dedans. Ceux qui avaient )x sous lui le plus de part aux affaires , » n'étaient que les exécuteurs de ses » ordres. Tout s'administrait par ses avis » absolus, comme s'il se fût multiplié » lui-même pour faire les fonctions de )) tous les emplois; et, ce qui peut faire » connaître l'étendue de son génie, tan* » dis qu'il paraissait devoir succomber )) sous le poids de tant, d'affaires , oq le » voyait occupé à lier des intrigues de )i cour, à placer ses créatures, à établir » sa maison , à élever des bâtimens : on » le voyait dans les académies s'entrete- -» nir avec les sa vans , et se prêter à des » spectacles et à des divertissemens pu- » blics, comme s'il avait été libre ^ toute » autre occupation........ Le cardinal de
M Richelieu n'eut qu'une pfission ; n^ais )> elle fut e3if:trême : ce fut. une, ambition
» que p^. toute Fautorité souveraicke, et 0^ qui. n'eut d'autres bornes que le. nom )}. et le litre de roi. L'attachement à la n personne de Louis XIII n'était pas la » Tioie la plus sure pour faire fortune; on }> Fiéussissait ]»eaucoup mieux en se de- » vouant à toutes les volontés du cardi- » nal. On l'accuse d'avoir sacrifié à cette » ambition le vepos de l'ktat , en perpé- ]» tuant kl guerre pour perpétuer son au* )/ torité; la, vie de ses ennemis, dont au- » cun n'échappa 9 dit-on, à sa vengeance; » et les dévoies les plus justes de la re- >i connai^ance» en persécutant vitie reine » exilée , autrefois sa bienfaitrice. Mais » il i^t avou^ , po^ur sa justification ; 1» que l'intérêt de l'État se trouva près- » que toujours heureusement enchatné à )> celui de sa fortune et de ses passions.
» Car la guerre qii%l entretint si long- » ieii(ips par ambition , fut la première » source de cette grandeur où la mo-* » narchie française est parvenue sous 1^ » dernier règne. L'intérêt idu J^ien public » î^ftfcîfiô son>, ÎQgpajtittide ^ quelquefois 1» même, sa vengeaneq; . et si dans ces D occ^sioâs.la passion fut le seul, n^otif » .4^ '9$^ conduite, oq peut dire ^qi^'il aer- »;/irît eouiTept l'I^tat par sà^ vices daéôieâ » Qopaoïli^fpaj? se^l v.ertqs^. À>0ulions «tncere » '.qf*ektMesj>ti?aits, pou^ aehf^er sonipjora ..tjjativ Soil ambition s'a^adbia. au:( plus
M petits objets comme ^ùx plus grands; » Magnifique dans sa dépense et ses lar- » gesses , U vécut dans une splendeur qui Vi effaça la magnificence royale; Il pro- » digua les récompenses à de lâches cour- » tisans et à de vils adulateurs; et dans » une si grande supériorité de vrai mé- » rite , il fut susceptible de petites jai) lousies et de vanités pour les talens les » plus médiocres. On le vit faire montre » de son adresse à manier un. cl^eval , se » faire le rival des poètes et* des écri- » vains de son temps , disputer avec eux » du bel esprit ; décrier leurs ouvrages , » et se faire honneur de ceux d'autrui ».
L'orateur et le poète emploient dans Téthopée des couleurs plus brillantes , des tours plus nombreux que ceux de l'historien. Ils peignent avec plus de feu et.de précision: ils peignent mélofie souvent d'un seul trait. Voyez avec quelle force Bossuety dans sofi Ot^aison funèbre de Henriette - Marie de France , reine {£ Angleterre , trace le caractère du fameux G romvi^ell.
« Un homme s'est rencontré d'une pro- » fondeur d'esprit incroyable; hypocrite » raffiné, autant qu'habile politique; cà- » pable de tout entreprendre et de tout » cacher ; également actif et infaftigable » dans la paix et dans la guerre; qui ne » laissait rien- à la fortune de ce qu'il » pouvait lui ôter par conseil et par ppé-
» To^iice; SMtis'aa reste ^i rigHetnt et » si prêt à tout 9 qu*il n*a jamais manqué » les occasions qu'elle lut a présentées :
» enfin un de ces esprit^^ remuaus et au- 9 dacîeux , qui semblent être nés pour » changer le monde n .
Les poètes font très-souvent usage.de cette figure , en donnant eux-mêmes un caractère à leurs personnages , ou en embellissant celui que l'bistoire leur donne.
Parmi tous les portraits de cette espèce , je n'en connais pas de mieux frappé que celui deRhadamisèbe , dans la tragédieUe ce notn , par Crébillon» C'estRhadamistbe lui-même qui parle :
Et que sais-je, Hiéron ? furieux , ifivertMn , CntniDel «ans penchant , * erttieox «an» deMein , Jouet infortune de niadotilear eKtrêine, Dans Tétat où' je suis me connais-ju moi-même ? Mon cQKur» de soins dive:-8 sans cesse combattu , Ennemi du forfait sans aimer la «ertii , D^^n amour mathenreux, déplorable Ticcime, S^allan^oAtie au remords sans renoncer au crime. Jecùde Au repeoiir, ii»ais «ans en profiter ^ Et |e ucme connais que ponr me d •^tester.
Dans ce cruel séjour sais-îe ce qui mVntralne? Si cVst le, désespoir, ou famonr, ou ia haine? J'ai percfu Zr'notùe : après ce coup affrem Peux- tu me demander «mcor ce que je veut ?
Désespéré < proscrit , abhomint la limiière , Je voudrais me venger de la nature entii.re.
Je ne sais quel poison se répand dans mon cœur j Maisjusqu^à mes remords, tout y dey ient fureur.
"La Posôgrapkie ^eintre^xiétieur des poiofr«phi« olkjets. On en trouve un bien beau mo-
dèle dans ce portrait du prélat du Lutriny par JBotkau :
La jeunesse , en sa fleur, brille sur son visage ^ Son menton sur son sein descend à triple étage, jEt son corps , ramassé dans sa courte grosseur. Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.
Et dans ces vers du C. de B**.
Tout brûle des feux de l'été :
Le froid serpent, caché sous l'herbe , • jS'éTeille ^ et dresse avec fierté La crête de son front superbe :
Son corps, en replis ondoyans , Roule, circule, sVntrelace^ Ses yeux , pleins d'ardeur et d'audace , S'arment de regards foudroyans :
Bientôt levant sa tête altière Vers Tastre qui l'a ranimé , -Il s'élance de la poussière , £t fait briller à la lumière Son aiguillon envenimé.
Un autre poète , dont le nom m*est échappé, offre aussi un bel exemple de
Ksographie dans ces vers , .où il peint ttitude d'une personne qui va écouter à une porte :
Cependant il héiUe, il approche en tremblant, Posant sur Fescalier une jambe en ayant, Étendant une main , portant l'autre en arrière , Le cou tendu , l'œil fixe , et le cœur palpitant , P'une oreille attentive avec peine écoutant.
L'éthopée et la posographie se trouvent souvent jointes ensemble , et n'en sont l'uae et l'autre que plus piquantes et plus
FRANGAISB. 99
agréables; ce portrait d'un jeune fat, dans La Bruyère y en est un très-bel exemple.
« J'entends Théodecte de Tantichanxbre. Il grossit sa voix à mesure qu'il s'approche ; le voilà entré : il rît , il crie , il éclate ; on bouche ses oreilles ; c'est un tonnerre ; il n'est pas moinâ' redoutable par les choses qu'il dit qua par le ton dont il parle : il ne s'apaise « et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités et des sottises. Il a si peu d'égard au temps , aux personnes , aux bienséances , que chacun a son fait , jsans qu'il ait eu intention de le lui donner : il n'est pas encore assis , qu'il a , à son insu , désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi ? il se met le premier à table , et dans la première, place : il n'a nul discernement des personnes , ni du maître , ni des conviés : il abuse de la folle déférence qu'on a pour lui.... Si l'on joue , il gagne au jeu; il veut railler celui qui perd ; et » « il l'offense , les rieurs sont pour lui : il n'y a sorte de fatuité qu'on 1» ne lui passe » .
La Topographie décrit les lieux. Telle Topographie. est y dans TéUmaque , la description de celui où était située la grotte de Calypso :
« Les doux zéphirs conservaient en » ce lieu , maigre les ardeurs du soleil / » une délicieuse fraîcheur. Des fontaines, ^
po^aftK
100 BHÊtOBiQITE
» coulant avec un doux murâiûVë ^Éét » des prés semés d'^aniârantes et de f iô » lettes, formaient en divers lieiix des » bains aussi purs et aussi claits que fe » cristal. Mille fleurs naissantes étnall- >i laient les tapis verts dont la grotte était » environnée. Là ^ on trouvait un béis de * » ces arbres touffus qui portent dés pom- » mes d'or, et dont la fleur, qui se ré- » nouvelle dans toutes les saisons , r^ » pand le plus doux de tous lés parfums.
» Ce bois semblait couronner ces belles j » prairies , et iforinàit une nuit que les | » rayoos du soleil ne pouvaient percer. :
Là , on n'entendait jamais que le cbant i » des oiseaux où le bruit d'un ruisseau ' » qui , se précipitant du baut d'un rôcner , tombait à gros bouillons pféîos d'écume ^ et s enfuyait au travers de la » prairie. La grotte de ta déesse était sûr » le penchant d'une colline : de là on dé- » couvrait la mer, quelquefois claire et M unie comme une glace , quelquefois fol- » lement irritée contre les rochers eu efle î) se brisait en mugissant , et élevant ces i » vagues comme des montagnes. D'un » autre côté , on voyait une rivière , où » se formaient dès îles bordées de tilleuls » fleuris et de hauts peupliers , qui por-' » taient leurs têtes superbes jusque dans » les nues. Les dîivers canaux qui for- » maient ces îles , semblaieQt se jouer » dans la campagne : les uns roqlàiént
FBANÇAISB. 101
>i leurs eaux claires avec rapidité; d'au-
» ires ayaieni une eau paisible et dor*
» mante; d'autres, par de longs détours,
» revenaient sur leurs pas , comme pour
» remonter vers leur source , et sem-
x> blaient ne pouvoir quitter ces bords
» enchantés. On apercevait de loin des
» collines et des montagnes qui se per-
» daient dans les nues , et dont la figure
» bizarre formait un horizon à souhait
» pour le plaisir des yeux. Les mon-
» tagnes voisines étaient couvertes de
» pampre vert qui pendait en feston : le
» raisin, plus éclatant que la pourpre, n^
» pouvait se cacher sous lejs feuilles , et
>» la vienne était accablée sous son fruit. Le
» figuier , Tolivier , le grenadier , et tous
j> les autres arbres couvraient la campa-
» gne , et en faisaient un grand jardin ».
lui Chartreuse , de Gresset , est pre»qu'en entier un modèle de topographie* En voici quelques vers :
Sï ma chambre est ronde ou carrée ^ G*est ce que ^e ne «lirai pas.
Tout ce que jj^en sais «tans compas , Cest que, depuis Tiblique entrée, Dans cetîe cage resserrée , On petit former {nsqu^à six pas.
Une lucarne mal vitrée , Près d^une gouttière livrée A d^interminables sabats, Où Tuniversité dfs chats, A minuit, en robe fourrée , Vient tenir ses brujans états ; Une table rai-démembrée ,
102 BHÉTOBIQVB
Près daplus humble des grabats, ' Six briDS de paille délabrée , Tressé» sur de vieux ëcbalas j Yoilà les meubles délicats Dont ma Chartreuse est décorée.
ARTICLE III
Du StyU sublrniôy et des Figures qui lui
sont propres.
Le style sublime déploie toutes les richesses de, l'imagination , pour présenter dans tout leur éclat et dans toute leur grandeur, des pensées nobles, des sentimens élevés. Abondant , nombreux, plein d'énergie et de dignité , il étonne , il ravit , il transporte par la m3gnifi-, cence et la pompe des expressions, la vivacité des tours , la hardiesse des figyres^, la beauté frappante des cotnpargi^i^p^^., la force et la rapidité des mouveménsl Tout ce que je pourrais en dire en donnerait une bien moins juste idée qiie les exemples. Voici sur quel ton Bourdaloue commence la seconde partie de son Oraison funèbre du grand Condé :
« Il n'y a point d'astre qui ne souffre » quelque éclipse : et le plus brillant de » tous , qui est le soleil , est celui qui en » souffre de plus grandes et de plus sen- » sibles. Mais deux choses en ceci sont » bien remarquables : l'une que le so- » leil , quoique éclipsé , ne perd rien dp
FttANÇAtS£. lo5
» fond de ses lumières , et que, malgré sa 3) défaillance , il oè laisse pas de conser- » ver la rectitude de son mouvement :
» l'autre , qu'au momeiit qu'il s'éclipse , » c'est alors que tout l'Univers e»| plus » attentif à l'observer et à le contempler j )) et qu'on en étudie plus curieusement » les variations et le système : symbole » admirable des Étab où Dieu a permis » que se soit trouvé notre prince , et où » je Bae suis engagé à vous le représenter.
» C'est un a^tre ^ui a eu ses éclipses :
» en vain entreprendrais-je de vous les » cacher , puisqu'elles ont été aussi écla- » tantes que sa lumière même; et peut- » être serais» je prévaricateur , si je n'en » profitais pas pour en faire aujourd'hui » le sujet de votre instruction »,
L'exemple suivant est tiré de VOrai son funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France , par BossueU Les vraies beautés du style sublime s'y montrent dans tout leur éclat.
« Tu céderas ou tu tomberas sous ce » vainqueur , Alger , riche des dépouilles » de la chrétienté. Tu disais en ton » cœur avare : Je tiens la mer sous mes » lois , et les nations sont ma proie. La » légèreté des vaisseaux te donnait de » la confiance : mais tu te verras attaquée » .dans tes murailles , comme un oiseau » ravissant qu'on irait chercher, parmi » ses rochers , dan^.son nid , où il par-
104 BJfriTOBI^U»
j> tage soB butin avec 86& peitito. TuTeords » déjà teft esclaves. Louis a brisé les fers » dont tu accaUais ses sujels , qui sont » nés pour être libres sous son glcNriéux ji empire. Tes maisons ne sont plus qu'un » amas de pierres. Dans ta brutale fu- »' reur , tu te tournes contre toi-mên^ , » et tu ne sais comment assouvir ta rage » impuissante. Mais flous verrons la fin )) de tes brigandages. Jjes pilotes étonnés » s'écrient par avance : Qu'il est sentbta- » bU à Tyr 1 Et totàtefoiè elle s'est tue au » milieu de la met ; et la navigation va » être assurée par les armes de Louis ».
Jean-Baptiste JHéusseau iburnit une foule d'exemples du style aublime. £n Voici un pris au hasard dans son Ode êur V aveuglement des hommes :
%'Iiomme en fUi propre force a mis sa confiance i iTre de ses grandeurs et de ion opulence , LVclat de sa fortune enfle sa vanité. .
Mais, 6 moment terrible, ô jour épouvantable! Où la mort saisira ce fortuné coupable , Tout chargé des liens de son iniquité.
Que deviendront alors, répondez, graod^-du monde , Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde , £t dont TOUS étalez Torgueilleuse moisson ?
Sujets j amis, parens, tout deviendra stérile j £t dans ce jour fatal, Thomme à Phomme inutile, Ne patra point à Dieu le priiL de sa rançon....
> S^avides étrangers , transportés d^allégrcsse , Engloutissent déjà toute cette richesse.
Ces terres, ces palais, de vos noms ennoblis. Et que vous rcste-t«il en ces momens suprêmes ? Un sépulcre funèbre^ où vos noms , où vous-mêmes Datts réiernelle nuit ievei ensevelis.
tes
Les figures touchantes pu propres aux passions » celles q[ui cônyiennent plus
fiarticuli^-pf^Tn^nt nu aItIp. fiiililîmA finnf a prosoj
terrogati^.^ ^ , , ^
ttan , la réticence et la suspension.
La Prosapapée , une des plus vives , Froiopop^ s plus magnifiques et .des plus brillan- ^^ ngures de réfoquence et de la poésie , fait i>ai;ler tous les êtres , soit animés »
jsoit ipisensil>les y .^o^t ,réels, soii imaginaires; les iports mêmes. ,TeI est cet endroit du poëme de la jfieltgion, par jfiacine le fils.
I^ voix de rUoivers à ce Dieu me rappetle.
-Lia terre le publie '.Est-ce moi,- me dit-elle, Est-ce moi qui produis mes riches ornemeqs ?
, C^est celui dont la main posa mes fondemens. ai je sers tes besoins, cVst lui qui me Tordonne. * taes pré$ens qu^il méfait , c^est à toi quUl les donne. Je me pave des £eurs qui tombent de sa main : ,P ne fa^t.que Fouvrir, et m^en remplir le sein : Pour consoler Tespoir du laboureur avide, C!^est lui qui dans TÉgypte , où \e suis trop aride. Veut qu'eau moment preBcrit,le NiU loin de >es bo.rdi, R^pajidusur nia plajue, j pçr^e mes trésors.
({ej^n-JacquQS Itousseau s'est servi bien avantageusement de cQtte fiffure .dans son Discours sur les lettres. Voici ce I^jçau morceau :
« P Fabifîcîus ! qu'eut pensé votre » grande âme, si , ppur votre, malheur , i) V9JLIS, eussiez yp la .face pompeuse de
' » Rome sauvée' par votre bras , et que » votre nom respectable avait plus illus- » trée que toutes *ses conquêtes? Dieux !
», eussiez-vous dit, que sont devenus ces » toîts de chaume et ces foyers rustiques » qu'habitaient jadis la modération et » la vertu ? Quelle splendeur funeste a » succédé à la siujplicité romaine ? Quel » est ce langage étranger? Quelles sont j) ces mœurs efl'émînées? Que signifient
' à ces .statues., ces tableaux., ces édifices? » Insensés , qu'avez-vous fait ? Vous, les » maîtres des nations, vous vous êtes » rendus les esclaves des hommes fri- >( voles que vous avez vaincus ! ce sont » des Rhéteurs, qui vous gouvernent!
» C'est pour enrichir des architectes , » des peintres , des statuaires et des his- » trions , que vous avez .arrosé de votre » sang la Grèce et l'Asie ! Les dépouilles » de Carthage sont la proie d'un joueur a de flûte I Romains , hâtez-vous de ]» renverser ces amphithéâtres; brisez ces » marbres ; brûlez ces tableaux ; chas- » sez ces esclaves qui vous subjuguent , » ^ dont les funestes arts vous corrom- ^ » peut. Que d'autres mains ^'illustrent » par de vains talens : le seul talent di- )) gne de Rome, est celui de conquérir le » monde, et d'y faire régner la vertu ».
A o«trophe U Apostrophe Siàve^se directement la parole à quelque objet animé ou inanimé. Â Dieu , comme on le voit dans cet
FRANÇAISE. lOf
endroit de V Oraison funèbre de-Turenne, par Flèchitr : .
« O Dieu terrible , cnais juste en vos » conseils sur les enfans des hommes , » vous disposez et des vainqueurs et ^es » victoires. Pour accomplir vos volontés » et faire craindre vos jugemens , votre ») puissance renverse ceux que votre 1» puissance avait élevés. Vous immolez 3i à votre souveraine grandeur de grandes s> victimes, et vous frappez , quand il vous » plait y ces têtes illustres que vous avez » tant de fois couronnées ').
- Â Thommeen général : c'est ce qu'on voit dans ces vers de miadame dts Hou^^ Itères :
De ce sublime esprit , dont ton orgueil se pique ^
Homme , quel usa^e fais-tu ?
Des plantes, de» métaux tu connais la vertu , Des irMfïérens pays les mœurs « la politique , Xki cause des frimas, de la foudre , du yeat , '" Des astres le pouvoir suprême j
£t sur tant de choses savant ^
Tu 'ne te connais pas toi-même.
A des personnes mortes : tel est l'exem- ' pic que nous en offrent les derniers de ces beaux vers que Racine met dans la bouche de Phèdre en proie à tous les remords de son amour criminel pour Hyppolite :
Où me eacher ? fuyons dans la nuit infernale. Mais que dis- je ? mon père y tient Turne fatale : lie sort, dil-on. Va mise en gés sév<res n^ains. Hinos juge aux enfers tous l«& pâles bumaios».
loS RHÉTORIQUE
Ah, combien frémira son oinhre^pouTaniée, Lo^^qu^il verra sa iille , à ses yeux présentée , Contrainte d'avouer tant de forfaits divers , ^ Et des crimes peiil*ét/e inconnus aux enfers ! . Qiie diras- tu , mon père^À ce spectacle horrible ? Je crois voir de ta main tomber Turne terrible ; Je crois te voir cherchant un supplice nouveau , Toi-même de ton sar^ devenir le bourreau.
Pardonne; Un Dien cruel a perdu' ta.'faroiile; Heconnais sa vengeance aux fureurs de ta £Ile.
A des villes » à des provinces : tel est cet endroit de VOraUon funèbre de. Turenne , par FUchier :
<i Villes , que nos eoMinis s'étaient » déjà partagées , vous êtes encoie dans » l'enceiilte de notre empire. Provinces , n qu'ils . avaient déjà ravagées dans le » désir et dans la pensée , vous *av^ » encore recueilli vos moissons. Vous » durez encore , iplace que Tart et la » nature ont fortifiées » et qu'ils avai^it » dessein de démolir ; et v(^s n'avez » tremblé que sous des prQJets frivoles » d'un vainqueur en idée , qui coinptait » le nombre de nos soldats , et qui ne » songeait pas à la sagesse de leurrC^pi- » taine ^).
A des êtres métaphysiques qu'on personnifie : c'est ce qu'a fait. Jean-Jacques Rousseau , dans cet endroit de son Discours sur les lettres ; ' .
« O vertu , science sublime des âmes » simples , faiit-il donc tant de peine et » d'app areil pour te connaître ? Tes prîn- » cipes .ne.sont"iïs. pas ^avés.daps tous
FRANÇAISES. iO>9
9 l^s cœints ; et ne âuffit-il pas , pour B apprendre tes lois, de rentrer en soî- 9 méBpi(e , ^et d'écouter la yq^x de. sa 1» conscience daùs le silence des pasï sions »?
Enfin à des ^êtreSt inaenslblçs : tels sont ces beaux vers de iRaaine le iik , dans son poëme sur la Religion :
Quel bras peut to.us su$|^udre, iiinoml^râibles étoiles? Nuit brillante, di»-flous qui t^a donné tes ViDÏles ? O cieux \ que de-^candçur et que de i^ajesëé! J'y reconnais Un maître à qui rien n'a coûté ^ £t qui «Uns vos diserts a senne ]a Kiwit^re , Ainsi que dans nos champs il sème' la poussière. *r oi , qu'annonce l'aurore , adrairabe 'flaKd>eau , lAstre tottfonrs le.filénse y astre t<|»i jours. no wrettv, Par qwal ordre ^ 6 solieil! viens tu du sein de Tonde^ ^ons rendre les rayons de ta clarté féconde ? "Tous les jours je t'attends, tu reviens tout les îours. "Est ce iBoi^iiii t'appelle «t qui rëgle tonoduvB r - Ht toi dont le courroujL veut eiigloutir la. terre , Mer teiTÎble , en ton lit quelle mam te resserre ? Pour forcer ta prison tu fais de vains efforts : Xa- rage^etes' flats^exp ii>e» van tes. bovds.
'On Toit encore lun exeiïj|>Ie^de ^ette .espèce d'apostrophe.,. dans ces.ycrs du p^ëoie des if^uuUre Saisons , du .C.ode:B**.
'Arbres dépouillés si' lonç-terops , CouronB>«Z' vos tété»} naii»santesj [■ , ^tde vos fleurs.éblouisisaptfs Parez le trône du',Printemps»
lÉleveï -vos- jparopres superbes Surlfi'fâlt«»de cfs ormeatix^ .
../Teignes, ^tendtfzyjQs rameaux, f Ja^mius , sortez ^u sein des hcrbçs j ' Montez, oÂibragez fces' berHïeàuV ; • :£t TOU8| aiîtnbies/al*briss«iAPx^^ .
£g«U nation.
IlO RHiTOKIQUjÈ
lilas, croissez, tombez eo gerbes, Ornez ces portiques nouveaux.
Et dans ceux-ci du même poëme ;
Orange douce et parfumée , liimjiis^ poncires fastueux, £t vous, cédrats voluptueux, Couronnez rAiitomue charmée.
Raisins brilians^doot la fraîcheur Étanche la soif qui nous presse , Pommes, dont Taimable rongeur Ressemble au teint de la jeunesse , Tombez et renaissez sans cesse Sur le chemin du voyageur.
On a pu juger , par tous ces exemples , que l'apostrophe est une des figures les plus propres à exciter les passions , à remuer, à maîtriser les âmes. Mais il faut qu'elle soit amenée avec art , et que l'esprit de l'auditeur y ait été insensiblement disposé. Quand il a été attiré par degrés , étnu , saisi , c'est alors qu'il doit être frappé , enlevé avec violence.
\a^ Exclamation est assez semblable à l'apostrophe ; elle éclate par des interjections , pour exprimer un vif sentiment de l'âme. Virgile en fournit un eixemple dans cet endroit de V Enéide :
« O Ilion ! ô ma chère patrie ! ô murs » célèbres par tant d'exploits ! ... Le cheval » fut quatre fois arrêté à l'entrée de la » ville. ^ Nous Tentendimes quatre fois » retentir du bruit des armes qu'il ren- » ferjuait. Rien ne put dessiller nos
» yeux; et nous plaçâmes le monstre, » fatal à l'entrée du temple de Mi- » nerve ».
Voici encore une bien belle exclamation que fait Bossuet dans son Oraison funèbre de Henriette- Anne d'Angleterre , Duchesse d'Orléans :
« O nuit désastreuse ! ô nuit effroya- » ble , où retentit tout-à-coup , comme » un éclat de tonnerre , cette étonnante » nouvelle : Madame se meurt. Madame » est morte ».
Ces paroles si touchantes arrachèrent des sanglots à tout l'auditoire; et l'orateur lui-même , après les avoir prononcées , fut obligé de s'arrêter.
UEpiphonèm^e est une espèce d'ex- , clamation ou une réflexion courte et ^^^ ^ vive à la fin d'un récit , comme on va le voir dans cet endroit deV Enéide :
Cl L'infortuné Priam, se voyant me- » nacé d'une guerre et d'un siège dont » il redoutait les évènemens , avait se- » crètement envoyé le jeune Polydore, » un de ses fils , avec beaucoup d'or , au » roi de Thrace, pour le faire, élever » dans sa cour. Ce perfide, voyant les » malheurs de Troie , se rangea du parti » des vainqueurs, viola les droits les » plus sacrés, assassina Pol y dore , et » s'empara du dépôt. Exécrable soif de » l'or , quels crimes ne fais-tu pas com- » mettre »!
ut RHiTaniQUE
£t dans ces versAuVoy^ge d^ Munich par Régnier, de0 Marets»
Déjà nous avons vu le Danube inconstant, "* Qui tantôt calbulifiue et. tant a protestant,
Sert Rome et Luther de son onde , £t qui , comptant après poUr rie'n Le Romain , le Luthérien , Finit sa course vagabonde Far n^étre pas même chréiieh.
Rarement à courir le monde Un devient plus homme de bien.
DubiiatîM. La DsJtbitation consiste dans une déit bération sur ce qu'on doit dire ou 'faire* Cette .figure est bien propre à exprimer les moùvcmens d'ufie âme , qui , agitée d'une passion violente , est dans une iri*ésolution continuelle sur le parti qu'elle doit prendre. Telle est , dans V Enéide y la situation de Didon abandonnée par Énée. Voici la traduction en vers dé ce morceau , par Boileàu , frère de l'auteur du Lutrin :
Hélas! sVcria't-elle au fort de sa misère, . Quel projet désormais me restent- i^ à faire ? Chez les rois mes voisins mon cœur huiob^e et; cqnf|}ft Ira-t-il s^exposer^U h^fard d?un refus :
Eux dont j'ai tant de (bis, avec tjkot d^insolence, Méprisé la recherche et bravé la puissance ?
Irai-je en suppliant, à la honte des miens , Implorer* |a,^itié des superbes Troyens ?
Trop aveugle Didon ! puis-je aprcs cette injure Ne pas connaître enfin cette race parjure ?
Et comment mes soupirs pourraieut-ils retenir Ceux de qui mes bienfaits n^ont pu rien obtenir ? Ou bien iifai-je ^ofin jusqu'au bout de la terre, Avec tous mes sujets leur déclarer ]a guerre ? Mais conunent voudraient -il» :, à ti*Aver9les dangers, Poursuivre ma vengeance en des bords étrangers 9
FBAnÇAlSE. ^ll4S
Eux que leur intérêt et que leur propre vie Ont à peine arrachés du sein de leur patrie!
Biotirons donc, puisqu^enâo ésmn l'état où ^e suis , lift mort eit respoir.^eq) q«i retite à me» eoiiuist
Ulnierrûgation est une %ure pur interrogation. laquelle on parle çn focme dé quesiio^.
Elle est très -propre au pathétique» et donne une grande énergip au di&cours , cooiiœ U est aisé de le voir dans cet endroit de V Oraison funèbre Ae Henriette- Anne d' Anglettc;i;re « (i{uc/Le«^ d'Orléans s par Bossuet ; . ^
ce Avec tant de grandes et tant d'ai- » xpables qualités , qui eut pu lui refuser » son admiration? Mais avec son Crédit »
» ayec sa puissancB^.qui n'eût pas'TouIu » s'attacher à elle? N'allalt-elfe pas^a- » gner tous les cœurs, c'est-à-dire ,/ la 3» seule chose qu'ont à gagner ceux à qui » la naissance et la fortune semblent » tout donner ; et , si cette haute éleva* » tîon est un précipice affreux pour les » Chrétiens , ne puis-je pas dire , pour » me servir des paroles fortes du plus » grave des historiens, qu'elle allait être w précipitée dans la gloire? Cav quelle » créature fut jamais plus propre h être » l'idole du monde ? Mais ces idoles que ^ » le monde adore , à combien de tenta- » tions délicates ne sont-elles pas expo- » sées? La gloire, il est vrai , les défend » de quelques faiblesses : mais la gloire » les défend-elle de la gloire même?
Il4 RHiTORIQVB
» Ne s'adorent-elles pas secrètement ?
» Ne yeulent-elles pas être adorées ? Que » n'ont-elles pas à craindre de leur » amour propre ? et que peut se refuser » la faiblesse humaine , pendant qu'on.
» lui accorde tout ? N'est-ce pas qu^on » apprend à faire serrir à l'ambition , » à la grandeur , à la politique , et la ». vertu, et la religion, et le nom de » Dieu »?
On se sert encore très-avantageusement de cette» figure , pour exprimer toutes les passions vives. C'est ce qu'a fait Racine dans cet endroit de sa tragédie A*Athali&, où Joad, à la vue de Mathan , parle ainsi à Josabet :
Où suis- je ? de Baal ne vois-je pas le prêtre ? Quoi! fille de David, vous parlez à ce traître! ycms souffrez quUl TOUS parle, et vous ne craignez pas Que, du fond de Tabime entr^ouvert sous ses pas , Il ne sorte à Tinstant des feux qui vous embrasent , Ou qu'en tombant sur lui ces murs ne vous écrasent? Que veut-il? de quel front cet ennemi de Dieu Vient-il infecter Tair qu^on respire eu ce lieu ?
iroprécaiion. TJ Imprécation est une figure par laquelle on souhaite du mal à quelqu'un.
Elle est quelquefois dictée par l'horreur du crime et des scélérats. Bacine en fournît un exemple de cette espèce dans la même tragédie. C'est encore Joad qui parle :
Grand Dieu ! si tu prévois, «fh^indigne de sa race, S doive de David abandonner la trace ,
FRANÇAISE. Il5
Qu'il soit comme le fruit eu naissant arraché, Ou qu'an souffle ennemi dans sa tige a sécbë; Mais si ce même enfant , à tes ordres docile , Doit être à tes desseins un instrument utile , Fais qu'au juste* héritier le sceptre soit remis : Livre en mes faibles mains ses puissans ennemis ^ Confonds dans ses conseils une reine cruelle; Daigne, daigne, mon Dieu , sur Malhan et sur elle Répandre cet esppit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avant-coureur.
Cette figure est le plus souvent l'expression de la colère et du désespoir.
Les deux plus beaux exemples que je connaisse en ce genre d'imprécation , se trouvent dans Corneille, Le premier est tiré de la tragédie Je Bodogune , princesse des Parthes , où Gléopâtre , reine de Syrie , étant près d'expirer , dit à son fils Athiochus et à la princesse son épouse :
Fuisse le Ciel tous deux vous prendre pour victimesi £t laisser choir sur vous les peines de mes crimes ! Puissiez-vous ne trouver dedans votre union Qu'honneur, que jalousie et que confusion !
£t, pour vous souhaiter tous les malheurs ensemble, Puisse naître de vous un fils qui me ressemble!
Celui-ci est pris de la tragédie A^ Horace. C'est Camille qui parle à Horace son frère :
Rome, l'unique objet démon ressentiment, Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant , Rome, qui t'a vu naître et que ton cœur adore , Rome, enfin, que je hais, parce qu'elle t'honore , Puissent tous ses voisins ensemble conjurés , Saper ses fondemens encor mal assurés !
Et si ce n'est assez de tonte l'Italie, Que rOrient contre elle à l'Occident s'allie :
ii6
/ Que cent peuples uuis des bouts de l'Univers
Passent pour U détruire et les monts et les mers! Qu^'elle-niénie sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres maÎDS déchire ses entrailles 1 Que le courroux du ciel, allumé par mes vouux, Fasse pleuvoif sur elle un déluge de feux !
Puisse- je de nies yeux y voir tomber la fou ire , \'oir ses maisons eu cendre et tesiauriers en poudre I Yoir le di*rnier fiomaîn à son dernier soupir, Mbi seule en éiie cause, el mourir de plaisir.
Déprfcation. La Déprécatton est une figure .par lac^uf'lle on a recours aux prières, aux larmes , pour demander quelque chose.
Tel est , dans la tragédie de la Mort de César, par f'oUaire, ce discours de Brutus à César :
Sais-tu que le sénat n'a point de vrai Ropaaio y Qui n^aspire en secret à te petcer le sein ?
Que le Sid l de Ituiue et que le tieu le louchpî. Ton ;;enie alarmé le parle par ma boucbe :
Il me potisse , il n:e presse^ il me jette à tes pieds. César^ au nom des dieux dans ton cœuroubK-^s, Au noru de tes vertus, de Rome et de toi-même , Dirai je au nom d'un fils qui fr« mit et aui t'aime, Qui te préfère au monde, et Rome seule à toi , fi^e me rebute pfis
La Réticence est une figure par laquelle on interrompt son discours pour passer à un autre objet , en sorte néanmoins que ce qu'on a dit laisse suffisamment entendre ce qu'on aflecte de supprimer. Telles sont ces paroles que Virgile met dans la bouche de Neptune : •
« Race téméraire , qui vous inspire » tant d'audace ? Vents , vous osez , sans » mon aveu, troiibler le ciel et la terr*
Réticence.
PRANÇAISB. 117
» et ravager xrion éinpife! Si je... Mais »> îl s'agît de cateer les flots : un pareil » attentat âe demeiirera pa« uae autre » fois inipuni ». ^
On voit un autre etetnple de celte figure dans la tragédie d'Atliatie ^ lorsque cette princesse , demandant ii Jotid le jeune Éliacin et les trésors qu'elle croit cachés dans le temple , lui dit :
Je devrais Siir rautel où ta main sacrifie,
Te mais du prix qifVfi m^offre il tant më contester.
Et dans cet endroit de la tragédie de Phèdre , où Aricie dit à Thésée :
Pienez^aVclé, S^iiéiir, TOSÎnri'nciMës litajnf Onf de tnondtrés sans trandbre affranchi les hurà^ios ^ Mait tout n^est pas détruit^ et vous en laissez vivre tJn.... Votre filsf Seigneur, me défend ^e poursuivre,
Là 'Stt^eirwi(tw« est trne fignre parla- suspension quelle , pour piquer la cwriosité du lec- •tear , on tient quelque temps mn esprit êm sèâpeâs , et d«ns l'ititertitÈrtle de ce"" [ù'on va lî^e. En voîei un exemple tifré Pdiiégyriqûé' de St.'Thûmas de CétTt-^ iorbé'hv^ ^ar Fléùhier :
« Ils partéYit de la Cour; ils passent les » ihers , ils entrent* dans l'église , où le » Saiùt ëélébf ait l'office; ils s'avaÉceht » vers Itii , la fnreur dans le cœur et le » feu tfaiis les yeux; le fer à la main , » sans respect des autels ni du sanc- » fiiâïi^e de Jésus-Chrîêt. . ^ . . Vous ehten- » ééif pte<^e léWi^er^ste /'àiessiéurs. Je
Il8 RHÉTOBIQVE
)) voudrais pouvoir me dispenser de rc- » présenter un ' spectacle jsi pitoyable.
» Mais , pour épargner votre piété , j'of- » fenserais votre religion , et je vous ca- » cherais la gloire du martyre , en vous » cachant la cruauté des bourreaux. Ils » approchent donc , portant sur leur » visage les marques de leur barbare » résolution : le clergé tremblant se dis- » perse ; on se ramasse confusément ; » les assassins ont eux - mçmes ^ horreur » du crime qu'ils vont commettre; et, » saisis d'une frayeur respectueuse à la » vue de l'archevêque qui se présente, » ils demeurent quelque temps interdits.
» Mais la foreur ayant étouffé tout sen- » timent de respect et d'humanité , cha- » cun le frappe comme à l'envi , et veut » avoir part au crime » espérapt avoir part » à la récompense ».
Les poètes dramatiques font un fré-
Juent usage de cette figure. On en trouve e beaux exemples dans la troisième scène du premier acte de la tragédie de Phèdre, où cette princesse , cédant aux vives instances , aux prières , aux larmes d'OEnone , sa nourrice et sa confidente , lui découvre la cause de ses mortels chagrins; dans la troisième scène du quatrième acte de Rhadamisthcy où 2énobie déclare à Arsame qu'elle est mariée , et que son époux est le frère de ce même Arsame; dans la troisième
^ène flu cinquième acte de VŒdipe de Voltaire , où ce malheureux prince ap-
{rend du vieillard Phorbas que le roi .aïus , qu'il avait tué sans le connaître , était son père , et que la reine Jocaste , dont il était devenu l'époux , est sa mère. .
Quoique cette iîgure soit particulièrement propre au style sublime , il ne faut pas croire qu'elle ne puisse , ainsi que bien d'autres , convenir pu style simple.
Elle peut même trouver place dans le genre épistolaire ^ suivant la manière dont elle y est emplovée , et suivant la nature des choses qu on y dit. Voyez l'effet agréable qu'elle produit dans cetjte lettre de madame de Sévigné à M. de Goulanges:
a Je vais vous marquer la chose du » monde la plus étonnante » la plus sur- » prenante , la plus merveilleuse , la plus » miraculeuse , la plus triomphante , la » plus étourdissante , la plus inouie , la » plus singulière , la plus extraordinaire , » la plus mcroyable , la plus imprévue , » la plus grande , la plus petite , la plus » rare , la plus commune , la plus écla- » tante, la plus secrète jusqu'aujour- » d'hui y la plus brillante , la plus digne » d'envie ; enfin , une chose dont on ne » trouve qu'un exemple dans les siècles » passés 9 encore cet exemple n'est-il pas ;» juste; une chose que nous ne saurions
» croire k Purîs , comiâeiit là poiiwait-
» cta cfoîre à Lyon ? une etiose qui fait
» crier miséticorde atout le monde ; une
» cbohC qui comble de joie madame dô
» Bohan et madame (U Hautevtlle; une
» chose enim qui $e fera dimanche , où
9 ceux qui la verront croiront avoir la
» behte'; une chose qui s6 fera dîman-
» che , «t qui ne sera peut-être pas faite
» lunfdi. Je ne puis me résoudre à la
p dire; devinez-là ; je vous le donne enr
Il trois. JetfZ'Vous votre langue aux
» chiens ? Eh bien ! if faut donc vous la
» dire. M. de IxtiuunJsvions^ dimanche
> au Louvre; devinez qui i je. vous le donne
» en dix , je vûws le donne en cent^ Ma-
» dame de Coulanges dit : voilà qui est
» bien difficile à deviner ! c*est mude-
» moiselle de ta ValUère? Point du tout,
» madame. C4'est dono mademoiselle de
» Retz? Poînt du tout : vous êtes bien
» provinciales. Vraiment nous sommes
» bien bêtes , dites-vous. C'est mademoi-
» selle Cdtbert ? encore moins. C'est as-
» sûrement mademoiselle de Créqui :
» vous n'y êtes pas. Il faut donc à la
» fin vous le dire. 11 épouse' dimanche au
» Louvre , avec la permission du roi ,
» tnademoiselle , mademoiselle de* ....
ut mademoiselle; devinez le nom. Il
» épouse Mademoiselle ; ma foi , par ma
» foi , ma foi jurée; Mademoiselle , la
P graûde Madettiâiselle , Mademoiselle g
» SOe de feu Élàmieurs Mademoiselle, 9 petite-mie^ de Henri IF, mademeiselle » à^Eu, mtf<feiiy6iselle dé- B&mbea, ma- » demoiselle de Màntpèfisier , mademoi- » selle èi Orléans ,f Ma:defnoi9el(&:, cou- » sine germaifie du rdi , MadenwiéeUe , » destinée au trâne » Mad^wunseUe , le » seul parti dfe France qui fi^t digne de » Monsieur »•
n y a une espèce de suspension qui badine, et ^ui se loue de f attention du lecteur. Oa dtébute sur nù ton npble et pompeux; on a Tair d'annoncer quelque citose de gran^;; et Ton finit par un traii d^ésprif agréabfe\ plaisant ou épigramma tique.
Ce fameux sonnet ^e Scarron en est un exempte :
^pirbeir tâo^uttiénii d^lWgiMÎl dei lîâmmiftf ,• Pyrionide», tènibeaux, doét la vaine structure A témoigné queVart, par Tadresse des mains £t^ l^àftstda trài^ail , ^^uc i^aiàcre la nature :
Vieux palais ruinés , che&-d'œuyre des Romains , £t les derniers efforts de leur arcBitecture'; Cotisa) , où SôïiTent l'es péu|>1bs ifihnmatntr Dc^ ^«mf^flssaAlner se donnaient ubèature*:
Par' I^ibjiire dés tetfl^s v<mh étés' abolie,
Ou d»4kiofos îa plupart yioxtà hmi déinoKs i
n n'est point de ciment q^ue le timips ne dissoude.
Si TOff marl>res si durront genti soi» pouvoir , BoiB<>)e trooVer mauTaisqu^un méchamt pourpoint noir Qui m'a duré deux aiis , soit percé par le coude.
Voici éifcore un joli exemple dé cette espèce de suspension :
l%% RHÉTOBIQUE
Après le malheur effroyable ^ , .
Qui vient d^arrÎTer à mes' } ea± ,
Je'croiralddftormais^ grands'dteixl!
Qu'il n^est rieq^d^incroyable.
J^ai vu, saus mourir de douleur,' JVai vu... siidés futurs Vy'ous ne potirrèz^e croire ; Ah ! fen frémis ëncçr dé dépit et d'horreur; J'ai vumon verrep1eiD,'et]e i^^ai pu le boire.
ARTICLE IV.'
DÛ Sublime. •
J'ai dît aillei;irs qu'iï ne tkni pas confondre ce qu'on appelle propreirient le sublime, avec le style éublime. Voici en quoi ¥\^n et l'autre diffèrent. Le style sublin^é consiste à exprimei" Àoblèment une suite d'idéefe grandes , dé sentîiïiiéns élevés', tnais qui ne sont pas sublimes , et à leur donner un certain caractèifé de sublimité. C'est ce qu'on a pu voir dans les différons exemples que j'ai cités. Le sublimée, soit dans les pensées., soit dans les sentimens, est un trait merveilleux , extraordinaire, qui ravît /traiisporte ,; élève l'âme au-dessus d'elje-jçûême ^ ejt qui lui fait sentir en-même^temps cette' élévation. Le sPyle sublimée, ,ne peu^ se montrer; que sous le pomp€)Ui3i.< appareil des figures les plus brillantes '^^}es ^lus magnifiques. Lq ^ct6/tme. peut s© .trou^ ver., et se trouve bien souvent dans ùneiT expression; dans un seul mot. Qtioi dt^ plus simple que cesrpâroles de ^'écritur« î Dieu dit: que la tum^ière se fasse . et la
lumière fut faite* — Il jette ses regards, ft les nations sont dissipées. Aussi ces paroles ne sont-elles pas du style sublime.
Mais ridée qu'elles renferment est sublimé.
Elle est en effet la plus^ haute , la plus relevée qu'il soit possible de concevoir •de la toute-puissance de Dieu, et de l'obéissance de la créatQDe aux ordres du créateur* ? ,
Racine nous four^nit ; dans sa tragédie à^Esther , un exemple bien propre à &ire saisir la dîflference qu'il y a entre le style sublimée et le sublime. Le voici.: .
J'ai vu Fimpie adoré sur la terre :
Pareil au cèdre, il cachait danst les çieux • Son froAt audacie^Ii.î'» ' >• )" n sembUit à son gré- gouTernev 1q 'tOQii^rt^s , - -y . ' - Foulaijt aux pied.s ses eQpeipis^va^ncuSv . < ,
Je u'ai fait que passer, il n^élait dé]n pi,us. ' ' ' '
Les cinq prôniiers vers offrent des idées vraiment grandes , mais qui ne sont pas ' sublimes , parce qu'elles n'ont •point ce merveilleux , cet' extraordinaire qui enlève et qui 'ravit. Elles sont rendues d'une manière sublime^, et sont, par conséquent^ dli style subliine sans être sublimes. Le'd^rnfer vers présenté une idée sublime ' par elle-riaiême:' c'est Jà que se frouve kje merveilleux , cet extraordinaire • qui* caractérise proprement le sublima.' L'impie était le Dieu de la terre , te poèle^ne fait vgftèe passer /e\ ce Dieu est dipatUy anéanti*: il n'est plus.
«94 AfiâTOAIQUB
Ittaîs cette idée est rendue ^r les mots le»
plus aimples. Ce det Mer YeKS e»! ^ par eootsé^jneat, sfeblimô^ tans élàre du «lyfe^ffr- 6^MBBe% Le TraÎMiH^ma peut doue lie passer do secours de reKpresâioii. If S''en. patise 6» effist asse« souTeiti , qii/okiu'ea diûveeonvenil* cpie réckt esr est reMiiseé par < le suMime des patoletfi
Le sublime peut nattre de troia diffirente» dovroea; des penséêé^. des a«9ilcffcenr^. dea CTiM^giiM;
L Du SubCime des Pensées.
Ce que je viens de dire peut faire assez comprendre en fpmi constste le suhlkne d'une pensée. Cependant» pour en* (k>nner une idée encore plus claire et plus caste , )e ^aia sappetter la traduction nttévate dut texte saené ^ tf feum» k Racine \^ matière» de» Watij^ vers jcgie j ai citéa* «. cTai vu » dii fe piK^hète« Bar » vîd , Fimpie éleirà auw haui que les )i cèdrea du Liban: je n^ai fiiU' que pa^ » ser y y tt'étàit pluk Je» Tai eBercM »
» et je n'ai pas même, trouvé la. place » eu. il était ». On .veà% sans^ peine que Raeme a paraphrsfsé^ le- texte; BMiis qufil n'a pae rendu eelte pensée si fopte et ni snhline : J&TaifCherehè, etjè n^inas fnétne Pi^w>d ta^pîtèùe &w il éUkk. Tout ^ <{ue les poète» ^ renarqua le P. Bau-^
kours (i) «oi^dil de ]»}iifi|()rt«ur k ruine àe Troia, fie l^oim e^ de Carthage» c'eM qa'îl se reliait; ^qe le Ueu ^ a^aie^at été^ ces yilles famen^ai. MaÀ» ici la Jieu même où étaitrijopîe daais «a plu«^ bauie forlane^ ne peste pafr.
Peni-aQ donner de la grandeur , 4e rmdépeBdànce, i»Vél^wAédeDieup me idée auMi iieMe ,. wim aiagaifique , aa$isi ▼nde , que ee qu'en dûnoent les livre»
saints? Je suis celui qui 41^,,,,, Le S^ gneur régnera dans toute l'éternité et au-delà.
E«t-il possible de dire , sur Tidolâtrie , quelque chose de plu»fariet de phi« frappant^ que ce qu'en dit Bossuet dans son Discours sur l* Histoire universelle : Tout était DieUj excepté Dieu lui-même.
IL Du Sublime des Sentim,ens.,
Les5€ntimens sont snblimes ,dit l'ajbbé Batteua (2) 9 quand /fondés sui* une yrate vertu , ils paraissent être prcsqu'au^dcBsus de la condition humaine, et qu'ils font Toir , comme Ta dit Sénèque , dans la faiblesse do l'humanité , la constance d'un Dieu. L'Unirers tomberait sur la tête du juste , son âme serait tranquille^ dans le temps mê[nQ de i^a chute. L'idée
(l) Manière de bien penser, II.* Dial.
(^) Principe» de liuératutv, iomtlIL
126 RHÉTORIQUB
de cette tranquillité , comparée avec le fracas du monde entier qui se brise , est uiie iïnage sublime , et la tranquillité du Juste un sentiment sublime.
Coràèille est , de tous nos poètes , celui dans lequel on trouve le plus de sentimens sublimes ; et ces sentimens sont toujours rendus par l'expression la plus simple.
Médée , dans la tragédie de ce nom , veut se venger de ses ennemis. Nérine , sa con- :fidente , lui dit :
Votre pays tous hait , votre ëpoux est sans foi, Contre tant d'ennemis que tous reste» t-il ?
Médée lui répond :
Moi»
Qui ne sent que ce moi est le sublime du courage?
Dans la tragédie à^ Horace , le héros de la pièce ayant été nommé avec ses deux frères pour combattre contre les trois guerriers qu'Albe doit choisir , Curiace , Albain, beau-frère d'Horace, dont il doit même épouser la sœur , lui dit: >
Quels voeux puis-je former, et quel boiiheur attendre? De toiJs les deux côtés j^ai des pleurs à répandre : De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.,
Horace lui répond :
Quoi! i^ous me pleureriez mourant pour mon pays?
Cette réponse si fière^où éclatent tout-
iPRANÇAfSE. 127
à-Ia-fois la surprise et l^ndignfttion > est
le sublime Se 4'amour éë la paftîe^^
. Dans la même tragédie , une femme
qui avait été .téffioin qui^p^bat des trois
Horaces contre les t^oîs iCuriaces , mais
^ qui n'en avait pas vu la fin , annonce au
vieil Horace que deux de ses fils ont été
tués, et que le troisième a pris la fuite.
Légère est, outré de la lâcheté de son fils.
Cette femine lui dît alors :
-Qae vonliez-yous qu'il ^iflt contre trois?
Le vieil Horace lui répond: . ^
• ' - ' " ^ - i - . Qu'il' mourût.
. ! • V ;( j Voilà , dit Voltaire (*) , voilà ce trait
du plus grand, sublime ;» ce mot auquel il n'en.est aucun de comparable dans toute l'antiquité.
Ginna^ dans la tragédie de ce nom , forme ùiie conjuration contre Auguste.
- L'empereur romain la découvre ,' et dans l'instant même où il pourrait faire mourir ce chef . des ' çoh j urés ,^ non-seulement il lui pajpdonne ,' mais ' encore il dit: ■. - r '}'■ •; •
Soyons amis, Cinqa : c'e^ I9px qui tVu çôiiyi«.
if , - j
: N'est-ce pas là le s\ibj[ime de la clé*-
. . (*) Cbcfs-q'œuvj e cl ^.Corneille, avec les ConHuentftires de ^oftaire'!, kome I. ' • . " '
1^1 'trâbis mes bienfaits , je veoz les reâcAlMer :
J^ bpri^e à qes qufitre traits m^ piUtipii^ de Corneille : elles ^er^ient t^op multipliées f ^i le rappQ,rl,ai^ tçus Ie$ sentimens vraiment si^bli^esau'il à répapdpt dans ses tragédies.
Dans YAmaiie de Racine^ Abiier i^moisne au ^rand-prêtre Joa^ Ite^s .crai|ites qu'il a qù'Atfaalie ne le fasse arracher de lautel^^ et n'exercesurlui ses vengeances.
Joad lui répond :
Cdiiï (^ ro^l vp frein f la ftreup àes ^ots , Sait ^ussi àfi% ^^chans 'arrêter les complots : Soumis avec respect à sa volonté sainte , Je crainsDieu, cberAbner, eln'aipoint ^'g^^^^irtiffiU^
.^t»U* estljeau, tout est grand dans ç«s j|^f trg vçr§, Maifi Iq vrai sublime de seniVPfx^ji\ iij^ $e trouve que dans le se^çpnd Wwistiçbe du dermer. Rjen d'^xtraordi- *^r^ m effet q«*»/J mortel spîJ #oiiini^s à Dieu. Mais qu*il n'ait potn^ œautre cràînff^
![u'il ne craigne point la puissance et la tireur d^unê reine impie , aa]<bitîett«e et vijadicative , c'^s); un cpurfige dont les^gies les plus fortes et les plus élevées sont seules capiibl^s.
Q][>; ^rppye eflpore ^e sublîp^e tfe «entiment dans ces vers 4(» 1^ trdgé4i^ df-
FEAMÇAISB. lâg
Bhadamiête ^ par CrébiU&n. C'est Zénobie qui parle à Rhadaimste.
Je connais la fureur de les soupçons jalons ; *
Mais J'ai trop de vertu pour craindre mon ipoux.
Son âme inaccessible à la orainte, parce qu'elle est vertueuse , e^t dans une séeu> pîté parfaite , let cette sécurité est un sentiment sublinsie.
m. Du Sublime des Images.
Le sublime des images ccHasisie à repré- «etiter un grand objeta?ecles couleurs les plus vires , les plus fortes et les plus vraiesv Les livres saints offrent presque à chaque page des exemples de ce genre de sublime. Voici comment s'exprime Moïse dans son beau cantique sur le pt^ssage de la mer Rouge : ^
«votre droite , Seigneur, a fait écla- » ter sa grandeur par sa force : votre » droite , Seigneur , a brisé Tennemi.
» Dans la magnificence de votre gloire»
3> V6«s avez terrassé ceux qui s'élevaient » contre vous. Vous avez envoyé votre » col^e; elle les a dévorés comme une » paille. Au souffle de voire fureur , les » eaux se sont entassées , les eaux se » sont tenues élevées comme en un mon- » ceau ; les flots de l'abîme se sont con- » denses et durcis au milieu de la mer.
» L'ennemi disait : Je les poursuivrai ^.
3» )e les atteindrai » je partagerai leurs
•l30 BUÉTORIQVE
» dépouilles ; j'assouvirai mes désirs ; ja » tirerai mon épée; ma n^ain mêles assu* ,» jétira. Vous avez soufllé , et la mer les » a en&iloutis. Ils sont tombés au fond des » eaux violentes comme une masse de ); plomb.... Vous avez étendu votre main; » la terre les a dévorés ».
Davidj décrivant, dans lepseaume i o3, les merveilles de la création , s'écrie :
c< Que votre grandeur a d'éclat., ô mon » Dieu ! Quelle gloire , quelle majesté » vous environnent ! vous êtes entouré de » lumière comme d'un vêtement. C'est » vous qui avez tendu le ciel comme un » pavillon , dont les eaux' supérieures, « sont le toît* Vous montez sur les nuées:
» vous marchez sur les ailes des ventSi » Les vents orageux sont vos' ministres , »'et le feu brûlant exécute vos ordres...
j< La gloire jdu Seigneur sera célébrée » dans tous les siècles : il se réjouira dans ». «es. ouvragés. Le Seigneur regarde la yy terre > ellç frémit de, crainte : il touche »! les montagnes ; elles s'exhalent en fu- » méé î).
Le marquis de Pompignan , dans sa belle Ode, tirée de ce pseaume, a ainsi paraphrasé fce. morceau :
' L^cckt pompeux. de ses ouvrages,
riepuia la naissance de«i âges , *■
Fait l'etonneraent des mortels.
' Les feux célestes le couronnent , Et les flammes qui l'environnent . .5 . Sont ses vétemeos éternels.
VRANÇAIS^. l5l
Ainsi qu^UD pavillon tissu d'or et^despie^ Le vaste azur des cieux suus sa inain ^se déploie Il peuple leurs déserts d'astres étincelans.
Ives eaux autour de lui demeurent suspendues : Il foule aux pieds les nues , ,.'• Et iparche.sur les yents.
f aitril entendre sa parole :
Les cieux croulent, la nier gémit ,
La foudre part , Faquilon Tole , : JLa jterre ieu silence frémit.
.Du seuil dçs portes (éternelles, . Des iégious 4'^sprits fidèles /
, A sa voix s'élancent dans l'air.
Un zèle dévorant les guide ,
£^ leci^ essor est plus rapide
Qu€ lefeu brûlant de.Téclair
Dieu des jours, Dieu des temps, triompbe d'âge en âge^ Jouis de ta grandeur, jouis de ton ouvrage \ Tu regardes la terre, elle tremble d'efiroi : Tu frappes la montagne , et sa cime enflammée , !; Dans des flots de fumée , S'abîme devant toi.
Le prophète Isalt n'est pas moins sublime queDat^fiL Voyez sous-quelles images il peint , dans le chapitre 4o , la grandeur -et \à puissance de Oieu : -
« Quel estxelùi qui a mesuré les eaux » dans le crduxde sa ihaih^ et qui , 1^ » tenant étendue, a pesé les cieux; qui » soutient de trois doigts toute la ipasse '*' de la terre ,. etqui mpt lés collines dans »,ia balance ?... Toutes les nations ne ^3 «ont devant lui que comme une goutte » d'eau, et comme ce petit grain qui » donne, à peine la moindre inclination » à la balance. Toutes les îles sont comme ^> <un petit grain de poussière..... Toui^
f> les peuples du inonde soi^t devant kii » comme $'ils ^*é](aie]|t pa^ ; et il les re- » garde comme un vidle elr comme un » niéant » .
Voici l'beurevise imitation que Racine a faite de ce p^^sagç ^ danç sa tragédie àEsther :
Qae peuvent contre lui tous les rois de la terre ? Eo yain ils s^iniraient: pour lui Ûiire la guerre ; Pour dissiper leur liguç , il n^a qu^à se montrer : n parle, et dans la poudre il les fait tons rentrer. Au seul son de sa yoix la paer ftiit, le ciel tremble : )1 voit comme un néant tout rouivers ensef$d>le ^ £t les faibles mortels , vains jouets du trépatp, SiÇBk tous denaat i^^s ^»^^^^ çpf^^ s'ils fi'étajep,^ pas.
Si ces 4i^reii$ xpogrce^m traduits en notre tangue éelaleat pur tant de beautés sublimes, combien plus admirables encore doivent-ils être dans la langue hé* braî^ue ï O» sait cpie la meilksliire Ifraductien d'un puvrage n'en eai qii'ui|e eopie imparfaite.
Passons aux.exemplea que nous feur- Btssent les auteurs pirofanes* Ob j trouvera Iq vrai subMine de& images » jquoiqti*oB ne peîsse p^s y adnaîirer oea traits énergiques » ce céleris vigeorëus , eette élévation majestueuse qui caracliériaei]^ les prepliètes. Celui qui en a le plus approché est , sans contredit , Homère, peintre subKme dans toutes ses dtescriptions. Une armée en marche est, snua ses^^ pinceaux , un pu déveraut qui y poussé par les vents y e^msums la terte devant
fut. Un Dieu qui se transporte d'un lieu è un autrf » fitit trois pas, et au quatrième^ il arriva au b^ut flfc la p^rrCf Les yeux d'Agamemnon irrité contre Achille , re*sernbUnt à une flamme étincelante. Mais la description du combat des Dieux est une desplu^ yivea.et àe^ plus oiagqifiques qui se trouvefit dans ce poète. Jupiter leur ayait permis de descendre du cfel , et de se mêler dans le combat des Grecs et des Troyens , en prepant chacun le parti de ceu]( qu'ils voudraient favoriser, Jçn*en cîteraiquece morceau, dont la plus grande partie a été traduite en vers par Boileau^ m Le SQ^yerain Maître de;» dieux et » des hopuQpies tonne du haut du eiel ; et » Neptune , éleyant se^ fio.l$ » éhratile la » tofpe et le sommet des montagnes, Les >» ciii^e« du mojpt Id^ tremblent jusque » dans biiirs fond(smens« Troie » le champ 31 4^ bats^llç,, et les yaisse^ux^ iopt agités » p^r d!((s s^cpiM^ yioieuAes »>.
i4V»9feir^'ep9eut.ai|.)>|:bit de N^ftpB* «n furi». PIl^VW jVKt 4e soxi treQe^ il f^\t , il s'écrie ; A a peur que ce dieu, dans cet afl^etix séjour, D^un coup de son trident oe Casse* es^er U jour, Wm par Iç centre »«T«fft #e. U t^rre ^rMil^ , ll^e fasse voir du Styx U rire désolée y Ne découvre aux viv^qs cet empire odieu\, Abhorré des mortels , et cfsint ménie de» dieux.
. TomWs ç^ imases. soQt yraiment subliv^^ , «ioai que ceU^ <>ii U poète grec peint b Discorde » ayai^t
{a» lit^ 4js.Qt les €i#iix, et Uftpiedf sur U Un'«*
loA RHéTORIQtJB
Nôtre J. -B.' Rousseau l'a fort bîea imitée dans ces beaux vers de VOdeàà, Prmce Eugène, en paitlant de la Renommée :
Quelle e»t celte déesse énorme, Ou plutôt ce monstre difforaie , Tout couvert d'oreilles et d'yeux, Dont' la voix ressemhliB, au tonnerre. Et qui, des £i^ds tpuchantja^eipe, Cache sa t^tcdans les deux?
Dans le même Homère, Jupiter , après avoir parlé , fait un signe 'de> 'ses rwirs sourcils; les cheveux sacrés dki roi des dieux se dressent ep se relèvent sw* sa tê{e immbf telle, èi tout tOfympeest ébranlé par ce signe redoutable.
Virgile, dans son Enéide, fait assembler les divinités de la coiir céleste.
Jupiter parle; tous tes dieux se taisent; la terre tremble; un profond silence règneuu Haut cfes airs; tes vents Retiennent leur haleine; ta mér câline se$ flots, . I . '. . Après avoîi* 'bàrlé', tt' Maître du m^owde incline sa t4U; et ce signe fait trembler tout l'Olympe» . <:) j: . ,
On voit que cette dernière image a été imitée d'Homère. On lia rèttouvè aussi dans Horçtce ''X dans Ovide. Le premier dit que Jupiter , qui signala sa puissance par ta ^ défaite des géans', ébranle,* du m,ouveKtierit'deses sourcils , toute la nAture. Le second , que ce père des dieux, jeM secouant sa terrihU chevelur^^ ébtmiU
FRANÇAISE. l35
iôeiel, la ter^e et les mer s^ Ces trois poète , dît jRollin, semblent amoîr partagé entre eux les trois vers d'Homère , et les trois circonstances qui y sont employées, ffirgilè s'en est tenu au signe de tête; Ovtcfe à l'agitation des eheveux, et Horace au mouvement des sourcils.
Bossuet présente une image sublime , lorsqu'à la suite de cette pensée que J'ai déjà citée , tout était Dieu^ excepté Dieu lui-même , il ajoute : Et le monde que Dieu avait fait pour m.anifester sa puissatnee^ sem,blait être devenu un tem^ple d'idoles, i
En Toici une autre du grand Corneille; c'est de Pompée qu'il parle : ,
Il reçoit les adieux des siens et de sa femme , Leur défend de le suivre, et s'avance au trépas ^ Avec le raéme front qu'il donnait des Etats.
Voltaire , dans le chant FV de sa Henriade^ a imité cette belle image ^ en disant du président de Harlay ^ que Bussy {Ijcclerc) menace de faire conduire à la Bastille avec tout le parlement :
n 'se présente aux Seize, et demande des fers, Dn front dont il aurait condamné ces pervers.
On trouve encore le «vrai sublime des images d^ns les deux morceaux, suivans^ Le premier est tiré d'un sermon de Massillon ^ qui peint ainsi le néant des chose« humaines.
lS6 RHÉTOBIQVE 1
ic Une ùAal» révolutiaQ , une rapidité » que rien n'arrête , entraine tout dan^ 9 k» abîmes de réternité. Le6 siècles» le$ » générationa ^ les empires , tout ?» ae » p^dre dans ce gouffire. Tout y entre , » et rien n'en sort. Nos ancêtres nous ont » frayé le chemin» et nous alions le frayiNr » dans un moment à ceux qui viennent » après nous. Ainsi les âges se renouvel- » lent; ainsi la figure du monde change » sans cesse; ainsi les morts et lea vi- » vans se snccèdent et se remplacent eon- » tinuellement : rien ne demeure; tout » s'use , tout s'éteint. Dieu seul est tou- » }ours le même , et ses années ne finis- » sent point. Le torrent des âges et des » siècles coule devant ses yeux, et il voit » avec un air de vengeance et de fureur » de faibles mortels , dans le temps même » qu'ils sont emportés dans le cours fa- M tal» l'insulter en passant» profiter de » ce seul moment pour déshonorer son « nom , et tomber au sortir de là entre » les mains éternelles de sa colère et de sa )} justice » •
Celui-ci est la description du jugement dernier» dans le poëme de la Religion, par Baeine le fils. Il est plein de grandes idées et d'images sublimes: c'est un morceau de poésie fini :
Déjà j^entends des mer« mugir leç flots troubla ^
Déjà ]« vois pâlir les- Mtre» éhr%M».
Le fe u TCDgeur s'allume , et le son éea trompettes-
FRANÇAISE. iSj
Va réreiller les morts dan» leurs sombses retraites.
Ce jour est le dernier des joors de l'Univers.
^iem, ci%e idefastiiii îô%ifiiê§ ]^eu{]iUs xlWees^
^t p9ur «en ^^furfr le^ s^n^ , so^ Mriuge ,
Ôe fa f eliffiu/i vi^nt consommer TauTrage.
I^a terre, le soleil ^ le temps, tout Ta périr,
£t de Pétenûté léB portes Tout s'ouvrir :
Xllff fi^o^Yfusnf,. Ijfi Di<eu si }oB|;-tenips ipT^Ude
$V9l^e, pricédç «ie fa g^lj^ire terrji£|e.
Entouré du tonoerre , au milieu des éclairs,
Son trône étincelant s'élève dans les airs.
lie grand rideau se tire , et c.e Dieu vient en maitr<^.
Ifalheureux! qui pour Iofs commcace à le connaître T
Ses anges ont partout fait entendre leur voix ^
£t, sortant de la potidr« unesccomde fois,
Le genre humain tremblant, sans appui , sans refuge^
Ne Toit plus de grandeur <|ue celle ^e son juge :
fytfi^ fk» '«yiofl» dpJ8.t il s^ sent 9c«e#r,
X^'impÂe ^yeç borreur voudrait les reppusser.
Il n'e^t p^ua temps: il voit la gloire qui l'opprime;
Il4oiiii»e ensevefi'4ans l'éternel abin^..... ;
^4 loin «kff T^upt^ p^ f»i V^yré son foi^iiry
Ne .tropv.e êfijfk^t lui que la t^s;^ fi% Phorr^r.^
lap vrai cbfétien lui seul ne voit rien qui l'étonné ,
Kt , sur ce tribunal que la /endrè environne ,
D voift It mttw Pie» cpi'il 9 cru f fi»f h vpîtj
JL'çJ^l^jt 4e fon ammir, U fin de son ^o^r* Iftnis il n'a plus bef qin de foi ni d'espérance : ?n étemel amour en est la récompense.
Tout ee qu^on pourrait dire siiv l'a«age de chacun des trois style» donf; j'ai pâvlé, et du aubtime des pe&aée»» des sefitimens^ des images', est renfermé dans le peu que j'ai dît d^ la convenance du style en géfiéral. L'écriTain qui , non-^ seuleseient connaît les principes de sa langue et qqi les observe , qui enchaîne bien ses idées, et qui les présente sous un jour lumineux , maif ^ucof:^ qui n'est
i4o ]rh£tobiqij£ j
4M empêché qu'elle n'eûl des eflets Mem sibles et durajbleft. j
L'éloquence véritable et propremeâl dite , e9% c^jaawe le pathétique et Jie ^raij sublime ; et peut- être ne sont-ils tous les trois au 'une seule et même cho&e : c^es^ ce qu il est inutile de. discuter ici* Bornons ^noos à dire que l'extraordinaîre Jes caractérise également. Le pathétique , emeJBTet , est un trait d'une énergie et d'uDd; . véhémence extraordinaires , qui émeut fL agite l'âme; le sublima ^ un trait d'un^^ noblesae etd'une grandeur extraordicuûres^i . qui la transporte et l'élève; rél^Queace»r^i un trait d'une vivacité et d'une rapidité $aL-|i traordinaires qui la pénètre j la Bubjugiiefit^i la maîtrise. MaisceUen:;! ne peut arrivi^ it^\ sa fin que par le seeoun» d^s deui^ autres »
Farce que , pour subjuguer et mattrisâr âme, il. faut nécessairement l'agiter avec violence, et Félev^r auniessus d'ellemême.
. Une fime vraiment grande a des idië^ sublimes : un cœur vraiment sensible a des sentimens vifs et profonds. Pour être véritablement éloquent , il faut donc ,.
non^seuleinent penser avec noblesse , mais encore . sentir vivement pt avec chaleur : on n'aura pas de peine à s'exprimer de même. Ces dons heureux ne peuvent être le fruit du travail; ce sont des talens qui ne s'acquièrent point par Tétude: oopis le$ davonsà lasenl^ nature..
\ tty d ietkt {KHnt de règle» que TaH dft m et p«rBse jâmâte iftrentér , pow fioum
ri^ ttffitf rétifé in^fit^abler Mais m KMCf ime a«i^ ^ ne l'est pa« ti^ing.
iè 1er éiré, AàftS' «or trarit ttf el rapjdev
rti ^rl d^lIl «etitifiiéM pofo«Mi^ Mais; em iiiipdsaiblé ((ocr e«B ^rta» do tf ait»
loieBf €» hxtïk grand iKUibye dam im W ff I Jgw r ife B Y paraîsscâit que rarem^at 0f pttr tef^rvabé». Uâ lnôiiMaie pourra bipsn' , sâHtt le 80courc^ de» règles que le» grtMdtt» mirfires eut tracée , en prodiàrar qiifd^Ma^um, et fah^e même \m mereea»
fmii|DMkif éleqtieiit, q^e M cfe^tera fo 9ètà séttiittiefif deiM it sera péliétré. Maia f< ^a» y a^#-it , f^M^ te seocMvr» de ces règles^ eei&pes^r a» dîsdotfi^ qui soit beau dan^ «dn'efisettiUe et dans* titiMites ses parties; tpà ne péebe tH^ pa» fe «la», ai p^r lé ât^?Pibii, 8iaM doul^: it est impessi&ie qti'iV tfe^ défigure <$es n^rceau^ âeqtiena par d'a«itres itfor^enu^ d^feetueusty^ G'esH ^ que' font toiie les joors des Ifomfiies qui (mf F^çu dé la nature les plus heujiÂ^use» dispo^tiotïs » mai»' qu'ils u'oui pas m soin de ealtiver par l'é^^e. Ê'est ce |q«^cFDfr feH Même les plus grand» géitîe» , qtv eut paru avant les Idéaux* siècle» de»
Le Paysan du l)àntfbe, daûë dmé ëëi (Mes de ta Fontaine , est dtt^ éfof|ofeBi
Îue Burrbus dang uùe étés' tra^écfies iSt Racine. On en jugera pÀr le disc6ùt^ de l'un et de l'autre , que je vais tétpp^ctti^, Le premier avait été dé)[^uté dei Vnfes^ de la Germanie vers les Romains , pént se plaindre des' vexations de^ pYéteai's' ({li'ifs avaient envoyés dan» cé paV'S. flf p^tAxt à Rome en plein sénat. Yoici la KÀ^âtfgnr que La Fontaine met dans saf botitl^:
RoMakis , et Tou» S^aC, aMUspoor lu'écouier, • Je supplie avant tout les DieU\ de ni'assister. Veuillent les ioiniortels, côiidaéieiii'é dê'ma'lkngttcr, Que je ne dise riea qui âôivè être* tépèh !- Sanë leur aide', il ne peut enti<er dans les esprila,
Que tout mal et toute injustice.
Faute d^y recourir, on viole leurs lois j Témoins nous , que punit la ro)naiof«-à\^fi<(ié. Rome est, par nos â>r (kits, plus qâe par éeS'expWifcs,
L^nstrumenlf de notre supplice.
Craignez, Romains,- craignez que le Ciel, que]qué|bnr, Ne transporte chez vous les pleurs et* la nAhté\- £t mettant en nos mains ,< par un jfusCi!» retour, LeraJnue» dont se sert sa vengeance séyère,
Il ne vousiiasse, en sa colère.
Nos esclaves à votre t<iui*.
£t pourquoi sommes^nous lés vMstes ? QWonièe die En q^K»i voua valez mieux que cent peuples divers ? Qtieî droit vouif a rendus maîtres de 1 univers ? Pourquoi- venir troubler une intiodente vie ? Nous cûUivioUs eti paix d'heureux çbafmps; etf liot ià £teent proprés aux arts ainsi qu'au li^urage.
Qu'àvez-vous appris aux Germains ?
Ils ont Padresse et le courage ':
S'ils avaient'etfravidité
Commd vous , 6t la v^dlenee* j< - Peut-être en> votre place ils auraient la puissance , Et sauraient eu user sans inhumaniC^.
Celle ^e rm préteurs ont sur nous exercée ,
N^entre qu^à peine en la pensée.
La majesté de vos autel»
Sllo'^iiéine en est offensiée: .
Car ssiehflz que les immortels Oni le» regard» swc rou»^ Grâces à yos exemples , Ils o^oDt ^rant les yeux que des objets d'horreur,
De mépris d*eux et de leurs temple^ , D'anrariôè qai ^a jusque» à la fureur.
Kien ne suffit s^ux geusqui bous Tiennent de Bome:
La terre et le travail, de l'homme Font, pour les assoinrir, de» effierts superflus. ' Rnttrez^let ^ on ne reut plu»
Csl^Ter pour eux les campagnes ; Nous qnttonsles cités , nous fuyons'aux montagnes^
liou» laissons nos chères compagnes ; Kott» ne coBTensoneplus qu'avec des ours affreux, Découraf^ démettre au. jour des malheureux, Et de peuple pour Rome un pays qu'elle opprimes.
Quant à nos enjfons déjà nés, Nous souhaitons de Toir leurs jours hientôt T>omés. Vos préteurs au malheur nous fout joindre le crime:
Re<ûre»»le9 ; ils ne noue apprendront
Que la mollesse et que le vice:
Les Germain» , c^^aorne eux , deriendrcmt
Gens de rapine* et d'ayarioe^ GWst tout ce q«e |ai vu dans Rome à mon abords
ITa-t^OD point de présent à faire ? Point de pourpre à donner? c'est en yain qu'on espère Quelque refuge aux lois : encor leur ministère * A-t-il mWe longueurs. Ce discours un peu fort
D(Mt commencer à rous déplaire.
Je finis. Punisses de mort
Une plainte un peu trop sincère. • A ces mots, i) se couche , et chacun étonné; AdEBiii>e le grand cœur , le bon sens, l'éLoquenoe
Bit' sauvage amsi prosterné.
Dans la tragédie de Britannicus, Néron a conçu 1 horrible dessein de faire empoisonner Britannicus son frère. Burrhus^ ancien gouverneur de cet empereur,
l46 RHiTORIQUB.
veut rem détourner, et lui tient ce discours:
C^est à vous à choisir ; tous êtes encor maître. Vertueux jusquUci , vous pouvez toujours Tétre. Le chemin est tracé ; rien ne vous retient plus : Youên^avez qu^à marcher de vertus en vertus.
Mais , si de yos iUitteurs vous suiv A la maxime , Il vous faudra , Seigneur, cburir*de crime en crime; Soutenir vos rigueurs par dVutres cruautés , Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.
Britannicus mourant excitera le zcle De ses amis tout prêts à prendre sa querelle. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs , Qui même après leur mort auront des successeurs : Vous allumez un feu qui ne pourra s^éteiodre. Craint de tout TUnive^, il vous faudra tout craindre: Toujours punir, toujours trembler dans vos projets. £t pour vos ennemis compter tous vos sujets. Àhl de vos premiers ansTheureuse expérience Vousf^t-elle, Seigneur, haïr votre innocence! Songez^vous au bonheur qui les a signalés ?
Dans quel repos , 6 ciel! les avez-vous coulés l Quel plaisir de penser et de dire en vous-même : «r Partout en ce moment on me bénit, on m^aime ; )) On ne voit point le peuple à mon nom s''alarmer^
3» Le cieldans tousleurspletirsnem^enteodpoint nommer"
» Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage :
» Je vois voler partout les coeurs à mon passage ».
Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, 6 dieux!
Le sang le pl^s abject vous était précieux.
Un jour, il m^en souvient , le sénat équitable
Vous pressait de souscrire à la mort d^un /coupable j
Vous résistiez , Seigneur, à leur sévérité ;
Votre cœus s^accusait de trop de cruauté ;
£t plaignant les malheurs attachés à Tempire y
Je voudrais, disiez-vous, ne pas sacoir écrire •
Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malhejir Ma mort m'épargnera la vue et la douleur.
On ne me verra point survivre à votre gloire , Si vous allez commettre une action si noire .«
( Sejetatît aux piedsde Néronil Me voilà prêt^ Seigneur; avant que ^e partir^ faites percer ce cœur qui n'y peut consentir j
FRANÇAISC. l47
Appelez les cruels qui tous Tont inspirée^ Qii^ils viennent essayer leur main mal assurée. Mais je rois qjie mes pleurs lloucbeot mon empereur: Je rois que sa vertu fréitfit de Leur furedr.
Il n'est aucun homnxe sensible qui , à la lecture de ces deux morceaux , ne conçoive et n'éprouve lui-même les vives impressions qu'ils, durent faire , l'un sur le sénat de Rome, l'autre sur Néron.
On croira sans peine que le Paysan dti Danube fit passer dans l'âme des sénateurs la juste indignation dont il était transporté contre les vexations tyranniques des préteurs romains ; et que Bui^ rhus remplit l'âme de Néron du sentiment d'horreur dont il avait été lui-même saisi à la seule idée de cet empoisonne* ment. Aussi le sénat, rappelant les préteurs qu'il avait envoyés en Germanie, admit dans son sein l'éloquent paysan ; et Néron , persuadé par le discours de Burrhus , révoqua sur-le-champ l'ordre qu'il avait donné pour la consommation de son, crime , disant qu'il voulait se réconcilier avec son frère. Voilà la véritable éloquence et ses heureiu: effets.
Qu'on ne dise point que cet empereur revint , bientôt après , à son premier dessein , et que malheureusement il le fit exécuter. Cela prouyerait-il qu'il n'avait pas été intimement persuadé par l'é* loquence de son ancien gouverneur ?
Non» sans doute; puisque, sans les con*
l4S R«tfÉTORIQUE
seils parricides d'un confident aussi rusé que scélér^iy il aurait étouffé toute sa.
haine dans les bras de s<hi frèr^w Cett« objection n'affaiblirait en rien le pouvoir et la force de l'éloquence, qui, eomme je Tai d^à dit , n'a souvent que de» eflets momentanés, parce qu^elie ne peut pas enchatner ta volonté de l'homme , qui, de sa nature , est toujours libre et maître de ses actioifs.
Au reste , peu importe que lés faits dont il s'agit ici soient imaginés ou réellement vrais. S'ils ont été inTentéis , il ^ffit qu'ils soient aussi vratsemblables qu'ils puissent l'être , et que par consé-
Înent il y ait des raisons de croire que , ans leur réalité , ils se seraient passés de la même manière que nos deux poètes le supposent dans la fiction qu'ib emploient.
ARTICLE VI
Des divers Genres d'Eloquence.
Il y a trois ge?ires ou caractères d'éloquence : le genre simple , qui dit les choses telles qu'elles sont; le genre fleuri , qui les orne et les embellit ; le genre suolime , qui déploie tout ce que les pensées , les sentimens et les expressions ont de plus élevé ; de plus firap* pant et de plus pompeux. Quoiqu'ils ne doiTent pas être confondus avec les trois styles auquels on donne le même nom ,
FAANÇAISB. l49
■I est oependant vrai de être que ée jasto»
notions de ceux-ci aident beaucoup à se former une idée nette de oes troia genres d'éloquence.
L Du Genre simple.
Le genre simple présente les objets sans les revêtir d'aucun ornement recherché. La délicatesse des pepsées ^ l'élégance des expressions s'y font plus sentir qu'elles he paraissent. S'il peint par des images, ces images sont moins fortes que gracieuses^ s'il exprime des sentimens, ces sentimens portent dans l'âme une émotion plus douce que vive.
Agréable et touchâmt , suivant la pensée de Cicéron (*) , sans chercher à le paraître y il dédaigne , comme ces i>eauté$ modestes , toute parure affectée , tout ce qui s'appelle fard et ornement étranger. La propreté seule , jointe aux grâces naturelles , lui suffit. Ce n'est 'pas la nature brute et sauvage qu'il aemande; c*e^ la nature sans pompe , sans ornemens affectés , sans dessein formé de
{claire. On voit par là que ce genre s'éoignepeu de la manière commune de parler. Cependant , qu'on ne s'imagine pas o'il faut peu de talent pour y exceller, a justesse et la précision 'sont les deux principales qualités qui le caractérisent;
.!«■ ii.iii ai I ii 'f «ii««i«.. .1 II I li K iiii.iti
(*) De Orat. , n.» 77.
ïtt BfiiTORIQVB
» pâ» , •comme sa TÎe dépend almdumeni ] » de celle de son fils , dès ipi'il.ne le Terra i » peint al^c nous » il moiarrH , et ^os seiv » viteurs accableront sa vieillesse d'ijoie » douleur qui le mettra au tombeau.
» C'est moi qui ai répondu de ce jeime » bomme à mon père , en disant : Si je « ne TOUS le ramène , }e consens d'dtre 9» coupable à vos jeui^ tous les jours de 1» ma vie. Que oe soit donc moi , je tous » prie , qui deoMBVPe «sdavede mon sei^ » gneur , en la plftoe An jet»e bomme , 9 r0t 'qu'^'îl s'en retounie arec ses fièpes ; D car comment retoumerai-je aana lui, » pour êlre témoin de l'extrême affliction T> qui accablera mon père » ?