DE DEIRA AU C H ARTE U I, A \ D
lYous fiiisous mclhe à l'eau un canot, et nous voilà sur la Pungwe, avec quatre nègres qui rament en chantant eu cadence. Ce sont deux heures sous un soleil lorrido. Ces noirs, sans rien pour les garantir, ni sur la tète ni sur le corps, sont couverts do sueur, mais ils ne cessent pas de chanter. Des oiseaux leur répondent sur les forêts des deux rives. L'un surtout nous poursuit longtemps; c'est un gros oiseau noir et blanc dont le cri rappelle celui d'une girouette rouilléegriuçant sur son axe.
C'est un soulagement que de voir bioutùt quelques cases qui indiquent l'approche de Fontesvilla. Le débarquement se fait sans Irop de peine, sauf un colis qui tombe à l'eau; aussitôt, et dans son remous, un de nos noirs se précipite eu plongeant, sans se soucier du voisinage des crocodiles; il paraît que, si l'on agite l'eau violemment, ils n'osent s'approcher. C'est égal, nous sommes heureux de voir émerger le pauvre diable; la sueur qui l'inondait a fait place à l'eau de la rivière, que le soleil a tôt fait de sécher, bien qu'il approche de son déclin. Les rives sont escarpées, la rivière s'est ouvert son lit dans la terre, les lourds colis ont peine à être hissés, mais nous voici enfin à l'hôtel de Fontesvilla-
De Fontesvilla à Cldnioio. — Cet hôtel en tôle ondulée s'appelle pompeusement le Royal Hôtel, mais il a le mérite d'être propre; il est tenu par un Anglais.
40 RHODESIE ET TRA\Sl'AAL.
Ce sont les Anglais qui ont construit le chemin de fer de Fonlesvillaà Chiraoio, et beaucoup sont morts à la peine dans ce milieu humide et fiévreux : ils ont déjà fait montre de cette énergie et de celte activité, dont nous trouverons tant d'autres preuves au Mashonaland.
Après le dîner sur la terrasse à pilotis, en face de la grande plaine, \ejlat deFontesvilla, où se dessine la gare de chemin de fer à distance, nous dormons tant bien que mal sur des lils sans draps, première étape des nuits nombreuses à peine abritées, ou même au clair des étoiles, que nous allons passer dans cet immense intérieur du continent africain. C'est la poésie de la nature africaine qui commence, et qui est due aussi à ce climat merveilleux dès qu'on est sorti de la zone fiévreuse des côtes, à ce ciel sans nuages qu'on retrouve chaque matin du même bleu infini, sans jamais s'en lasser, et sans jamais avoir à s'inquiéter le soir pour les voyages et les travaux des lendemains, qui suivront toujours les mômes. C'est le ciel d'Afrique qui a rendu seul possibles les immenses voyages des explorateurs, et dont on dit qu'on prend plus tard la nostalgie quand ou en a goûté une fois.
A cin(| heures du malin nous sommes à la gare et bientôt embarqués avec nos bagages, après avoir donné un coup d'oeil aux ateliers eu tôle et à la rivière où va bientôt s'élever le pont en fer sur pieux avis dont on
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nous a parlé à Bcira, et qui doit établir la jonction avec la voie feri'ée deBeïra à Fontosvilla.
En compagnie d'un ingéuieur de la Compagnie de Mozambique et d'un prospecteur écossais qui a un caractère tout à fait méridional, nous allons faire 120 milles en chemin de fer à travers un pays qui auparavant était presque infranchissable, à cause de la présence de la mouche tsétsé, dont la piqûre est mortelle pour les bœufs. C'est ]a Jlj/ c 01117 tî-y^ région abondante en gros gibier, buffles, antilopes, lions, etc. ; on dit que cette mouche accompagne partoutccs animaux sauvages, et que leur destruction entraîne celle de la mouche. La tsétsé n'est pas plus grosse qu'une mouche ordinaire, mais elle est de couleur brune et possède un aiguillon; elle est inoffensive pour l'homme, les noirs ne sentent même pas sa piqûre.
Cette région, du moins la partie en plaine, le flat de Fontesvilla, est en outre très fiévreuse, et les ouvriers qui ont travaillé à la construction de la voie ferrée sont morts en grand nombre. Lorsqu'on ne fait que la traverser, comme Rhodes ou Jameson, elle n'est pas dangereuse, mais ceux-ci ont eu du moins le mérite d'y passer lorsqu'elle était encore à peu près inconnue ; il est môme arrivé à Rhodes de s'y égarer tout à fait en compagnie d'un Bocr nommé de Vaal (Duval).
Le liât de Fontesvilla, qu'on traverse pendant les trenteà quarante premiers milles, medonnaitl'idéedece
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que doit être lajiinjle des ludes. La plaiue est couverli^ d'iiue herbe très haute, atteignant deux ou trois mètres, d'un jaune êclalant, j)arscnicedepalmiers dedifTêrenlr.^ espèces, dattiers, cocotiers, etc., les uns au Ironc cour! entourés de branches et de feuilles ou de broussailles, les autres au tronc droit et élancé, hautes colonnes ombragées d'un bouquet vert agité par le vent avec ce bruit métallique particulier des feuilles rigides, si différent du bruissement de nos délicats feuillages du Nord. La voie court toute droite à travers les herbes el les palmes; de tempsàaulic on distingue des antilopes, des buftles, et on leur envoie, mais sans grand espoir, quelques balles du marlini, le fusil le plus usité en Afrique, à cause de sa sini[)licilé solide et parce qu'on trouve partout ses cartouches. Le soleil devient ardeût, mais la marche du train en tempère l'ardeur par le courant d'air qu'il produit, el d'ailleurs on est fort ii l'aise dans le wagon long et étroit, sur les banquettes cannées qui se font vis-à-vis en face du paysage, ou sur les plates-formes. La voie n'a que deux pieds de large, on traverse la plaine à la vitesse de vingt kilomètres à l'heure, et l'on a tout le temps dejouircommodémont de ce paysage tropical.
Bientôt l'on pénètre dans les premières montagnes à travers un étroit vallon. Le paysage change tout à fait de caractère. Ce pays est magnifique : il est couvert de forêts, des forêts de grands arbres dont je ne sais