LE CE\TRE DU M A SIIOX A LA\'D ET SALISBURY. T
d'Afrique, il est venu en 1890 avec les pionniers. La région qu'il habite est insalubre, à cause des marais de rUmfuli. Mais aussi quelle maigre chère on fait avec des boites de conserves qu'il faut payer très cher et dont on ne peut abuser avec de modestes traitements! Pour comble, il y a un har dans le store ou magasin d'Hartley, et les Anglais sont faibles devant le whisky et l'alcool; c'est là qu'ils dépensent le plus. Une demibouteille de bière vaut ici 6 francs, et ce n'est pas trop cher à de pareilles distances.
De Hartley Hills nous partons à pied ; il est impossible d'aller plus loin avec nos bœufs, car nous entrons dans le pays de la mouche tsctsé^ \ajlfj conntr}/; nous les laissons donc à la garde de nos deux nègres, et nous partons avec notre guide et quaire porteurs nègres que nous a procurés le commissaire des mines. Ce sont de beaux garçons bien découplés; deux surtout sont solides, les deux autres sont plus paresseux; comme notre pas est rapide, ils vont en trottinant au lieu de marcher.
La région de la mouche tsétsc. — Cette région est pleine de gibier : les antilopes, les élans, les coodous, cette belle bête spéciale à l'Afrique australe, de la taille d'un bœuf et aux cornes recourbées en hélice, tout cela est en abondance autour de nous, avec les panthères, les sangliers, les lions, les hyènes, etc. ; mais nous n'entendons tous ces animaux que la nuit. Les
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oiseaux voltigent partout et ne sont pas du tout silencieux, comme on le prétend en Europe, quand ou parle de l'Afrique aux oiseaux sans chansons.
Au bout de vingt-cinq milles, nous tombons sur dos travaux de prospection de mines : ce sont tout à coup, dans un vaste plateau et en pleine forêt, quelques huttes et des puits : on se demande comment on s'est douté de la présence de filons aurifères en un pareil endroit. Il y a bien des traces de vieilles fouilles, mais à peine visibles. Ce sont les noirs qui ont infli(jué la place, et ils la connaissent par tradition sans doute.
Dans une plaine en clairière entourée de forêts, ce sont des centaines de cornes et d'ossements d'antilopes et de toutes sortes de bôtcs : c'est un lieu de carnage pour les lions, qui y sont plus à l'aise qu'en forêt pour leurs chasses.
Les oiseaux destructeurs dos serpents, los secrétaires, se montrent deux par deux, avec leur col blanc ouvert sur leur plumage noir, leur longue plume de l'arrière-train, et leur démarche majestueuse : les noirs les respectent, et ils ne sont pas craintifs.
Certain prospecteur est Français; il a tué, la veille, un élan et un sanglier dont il a les dépouilles encore fraîches : il aime mieux sans doute la chasse que le travail, car ses voisins (de plusieurs milles) l'appollent tcndcrfoot (pied tondre, novice), et pourtant c'est un bon ouvrier, son puits est le mieux boisé que nous
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ayons encore v\i. Il a eu des mines de diamants à Kimhcrîey, d'or à Johannesburg, et le voilà sans ressources à cinquanlc-deux ans; c'est bien un ty[)e d'aventurier a'ricain!
La rivière Mombi, dans la saison d'hiver où nous y arrivons, est absolument à sec dans un lit de vase et de cailloux roulés. C'est toujours la forêt maigre et !ps hautes herbes jaunes. A la mine Inès, la monotonie des bois est rompue par une machinerie à vapeur : dans ce pays infesté par la mouche tsétsé, le transport d'une pareille machine, par des bœufs sacrifiés d'avance, a été une dépense qu'on peut imaginer.
Lu maître mineur de cette mine, qui dîne avec nous sous le toit de chaume de la hutte qui sert de salle à manger, a récemment échappé de près à un lion. Se trouvant du C(Mé de LoMogundis, il dormait la nuit au pied d'un arbre avec un camaïade et deux noirs. Il attendait pour continuer sa route le lever de la lune, qui devait avoir lieu vers une heure du matin. Brusquement il fut réveillé par un lion qui lui plantait ses griffes dans les bras et les cuisses, où leur marque se cicatrise à peine maintenant. Heureusement son camarade et ses noirs réveillés firent du bruit et poussèrent des cris qui effrayèrent le lion, et celui-ci se retira. Ce pauvre jeune homme en garde encore une frayeur nerveuse au moindre bruissement des feuilles, la nuit ou même le soir.
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Le liou de ce pays est fauve, et sa crinière est tantôt fauve et tantôt brune; cependant il n'y a pas deux races, on trouve les deux variétés dans la même portée d'une lionne. Si la crinière du lion de l'Afrique australe n'est pas tout à fait aussi fournie que celle du lion du désert, c'est qu'il se la déchire aux ronces et aux buissons.
Certaine nuit, dans une plaine surlalisière des bois, le vent fait le même bruit que ferait une forte rivière. La hutte du prospecteur où nous dormons, et qui est un ancien marin, est en face de cette vaste plaine sans arbres qui ressemble à une mer, et le soleil s'y lève sur un véritable horizon marilinie. Avec lui, le vieux marin a pour camarade un Ecossais qui est un vrai gentleman, de ceux qui quittent un milieu de luxe pour les aventures et les travaux pénibles de la vie africaine.
La végétation est plus belle dans le bas pays, sur rUmfuli, mais c'est la végétation tropicale, que je n'aime guère,et d'ailleurs ce pays est fiévreux. Ailleurs, sur un sol de schistes et de diorite, la forêt devient beaucoup plus belle, le sol rouge est fertile, et les fleurs apparaissent partout; les herbes brûlées par les noirs repoussent déjà vertes. Nous faisons lever des lièvres d'une manière si inattendue qu'ils nous échappent.
Dans les pentes qui descendent du plateau central.