‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 3 sur 63 · DE LA\GLETERRE A BEIRA PAR CAPE-TOWN · texte numérisé non relu

DE LA\GLETERRE A BEIRA PAR CAPE-TOWN

Johannesburg; et nous aurons môme des bals et des bals costumés. Il faut déballer tous ses bagages; les dames du bord s'entendent fort bien avec les actrices, et les messieurs aussi; d'ailleurs, plusieurs sont fort jolies et parlent couramment le français. Le chef de la troupe, M.. Marins, est un ancien acteur français, mais il a pris tout à fait l'accent anglais.

En approchant de Madère, nous passons au milieu de dauphins en troupe serrée, les jeunes sautant audessus de l'eau, les plus gros lançant en l'air des jets d'eau les uns sur les autres. IVous ne rencontrons aucun bateau, à peine une fumée à l'extrême horizon; nous faisons près de quatre cents milles marins en vingt-quatre heures.

A Madère, nous faisons une relâche de trois heures. Nous en profllous pour aller rendre visite à la Jllelponiènâj vaisseau-école des gabiers français arrivé la veille à Madère, venant des Canaries. Le commandant nous fait reconduire au Norman dans son canot à douze rameurs qui fait l'objet de la curiosité des passagers : nous nous éloignons des belles montagnes verles de Madère à midi, salués par l'équipage de la Mcijiomène.

Le soir même, grand concert sur le pont : ouverture pour piano par un Français, obligé de se rendre à la gracieuse invitation du capitaine Bainbridge.

Le beau temps continue, nous doublons Ténérifle

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dans la matinée : nous allons maintenant passer douze jours entre le ciel et l'eau sans voir la terre jusqu'au Cap, aussi les passagers ont tout le temps de faire plus ample connaissance. C'est une occasion pour moi de me lier avec mon compagnon de cabine, qui est employé aux mines de diamants de Kimbcrley. Il a fait déjà de nombreux voyages en Afrique, où il Jiabilc depuis une dizaine d'années, quoiqu'il n'ait guère que trente-cinq ans.

Ce malin, en causant avec lui, j'ai découvert qu'il est très au courant non seulement des affaires du Matabeleland, mais que lui et deux de ses amis de Kimberley ont fait partie de l'expédition des pionniers à Fort Salisbury, dans le Mashonaland. C'est celte expédition qui a assuré l'acquisition du territoire de la Rhodesia par la Brilish South Africa Company ou Cliartered Company.

Comme je vais justement parcourir ces pays-là, on peut comprendre que le récit de celte marche en avant dans des pays inexplorés m'a fort intéressé, et je crois qu'on lira avec plaisir les détails que je vais transcrire : l'on aura déjà une idée de ces pays et de la manière dont ils ont été conquis avant de les parcourir.

L'Expédition des pionniers nu Mashonaland. — Celte expédition commença en juin 1800 : elle avait été conçue par Cecil lîhodes et par son fidèle ami le

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trop fameux docteur Jaineson; mais le succès en est (lu pi'incipalemcnt à trois hommes éacrgiques : le major Pemiefather, sir Jolm Willougliby et Selous.

Le colonel de drag;ous Pennefatlier, qui commandait Texpéditiou et qui avait acquis l'expérience des indi- ;;('ues dans la guerre des Zoulous, fut d'ailleurs très hien secondé par le major Johnson, qui commandait l'avant-gartle. Les approvisionnements étaient assurés par sir John Willougliby, bien connu par ses charges de cavalerie de Kassassin et de Tel-el-Kebir et par ses exploits de sportsman. Enfin on ne pouvait mieux confier la direction do la marche et le tracé de la route dans CCS régions nouvelles qu'au fameux chasseur Selous, qui partit pour l'Afrique en 1871, à l'âge de dix-neuf ans, et depuis cette époque passa sa vie ù chasser chez les Matabélès et sur les bords du Zambèze : il avait tué un nombre incalculable d'animaux qui font l'ornement des musées de l'Afrique, et même de ceux de l'Europe et de l'Amérique.

Selous descend, par son père, d'émigrés français huguenots : les Anglais disent de lui qu'il est un sportsman of the Jirst water (de la plus belle eau), un verij excellent shot (fusil de tout premier ordre) et le prince ofgoodfellows (roi des bons garçons).

Le corps des pionniers était composé de deux cents hommes, cent cinquante chevaux, soixante-cinq voitures comprenant plus de cent-cinquante tètes de bé-

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t.iil; il devait nou seulement atteindre le mont Ilampdeu, au nord du Mashoualand, mais construire une route jusqu'à ce point depuis le camp de llacloutsie river, c'est-à-dire sur une longueur de quatre cents milles.

Ces pionniers étaient tous des hommes choisis avec soin pour le service que l'on attendait d'eux; il y avait ]k des jjrospec/eurs de mines, des mineurs, des fermiers, d'excellents cavaliers; on a même ajouté des baronnets et des membres du « Pélican club -n ; eiifiu c'était la fleur du Sud africain. Dans les soixante-cinq voilures du convoi étaient transportes un outillage de campement, des vivres, une pharmacie, quatre pièces d'artillerie, un moteur électrique pour la lumière, et même des jeux de ciicket, foot-ball, lawn-tenuis, et des accessoires de théâtre.

On attendit, pour commencer l'expédition, la Cn de la saison des pluies, qui est surtout mortelle pour les chevaux : il y a dans ces régions une maladie de la poitrine qui sévit sur eux et qu'on n'a pas encore réussi à guérir. Ceux qui y ont échappé ne la reprennent plus : on les appelle des chevaux salted, et ils se vendent beaucoup plus cher (|ue les autres. Cette maladie a été une cause de grandes pertes pour la Chartered Company.

Dans le camp de Macloutsie, trois semaines furent consacrées à des exercices d'artillerie et d'escar-

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mouches; ce camp, à 750 mètres d'altitude, près d'une eau excellente, est un endroit très sain, parfaitement choisi.

Le départ eut lieu le 25 juin. Les six premiersjours, on poussa la marche avec rapidité, sans prendre d'autre repos que le strict nécessaire. On fit ainsi soixante milles (environ cent kilomètres), soitdix milles par jour, et l'on atteignit l'endroit actuellement désigné sons le nom de Fort Tuli. La route était construite au fur et à mesure de l'avancement, avec des bois abattus et des terrassements; toute la région est très boisée.

A Mallapulla, on rencontra six sœurs de la Mercy qui furent accueillies avec enthousiasme; elles eurent déjà l'occasion de montrer leur dévouement en soignant quelques malades. Celte station fut pourvue d'un poste de quatre hommes; c'est actuellement Fort Matlapulta.

Fort Tuli est défendu naturellement par sa position un peu élevée sur des pentes douces, non loin du Limpopo, qui borde la frontière nord du Transvaal. La rivière Tuli, qui passe au voisinage, y atteint une largeur de 500 mètres; les bords de cette rivière sont couverts (!e roseaux de quatre à cinq mètres de hauteur, et le pays est très boisé. On ycnteud les rugissements des lions et les cris des chacals, des hyènes et des loups; on sait que l'hyène suit toujours le chacal pour trouver

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sa nourriture, car elle est totalement dépourvue d'odorat.

La macliiuc électrique fonctionnait toutes les nui! j, éclairant les alentours du camp et maintenant les animaux à distance.

A Tuli, les visites d'animaux sauvajes furent frc- (|uentes. Les lions abondaient en cet endroit ; depuis lors, on leur a fait une chasse si acharnée qu'ils disparaissent rapidement : dans deux ou troio ans, on n'en rencontrera plus.

Certaine nuit, un des amis de M. X..., qui élait de garde avancée, fut surpris par un lion qui parut à vingt mètres de lui à peine, et semblait l'observer avec attention. Le clair de lune était superbe, et Tony voyait comme en plein jour. Il y avait entre le liou et l'homme un petit arbre dont le tronc avait environ dix centimètres de diamètre, etcettc position de l'arbre, précisément devant la tête du liou, empêchait le garde de tirer do manière à blesser mortellement l'animal, et pourtant cela était d'autant plus nécessaire que le fusil était à un seul coup. Il s'écarta donc de sa position pour tirer, et, visant le lion entre les deux yeux, il fit feu. Mais l'animal, lui aussi, avait bougé, et ne fut que légèrement attciut. A pciue le coup parti, il se précipita sur l'homme en rugissant, la gueule ouverte et les yeux étincclanls. Il élait innlile de songer à recharger une arme en ce moment. Le garde eut cepciidant,

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