‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 32 sur 63 · BULIWAYO ET LE M AT ABE LE L AND · texte numérisé non relu

BULIWAYO ET LE M AT ABE LE L AND

ont une tradition qui en rapporterait la fondation à une race jaune. S'agit-il des Malais, qui ont des descendants en Afrique et à Madagascar? Ou les attribue aussi aux Arabes. J. T. Beut, (jui est venu en mission à Zimbabyc et a consacré un ouvrage à ces ruines, semble vouloir en faire l'œuvre des Pbéniciens.

Revenant à notre arrêt d'Iron IMine, nous partons pour Gwelo. La plaine s'ouvre très large aux sources du n.hwc-Rhwe, mais l'herbe est maigre. A la nuit tombante, nous voilà assaillis par des nuages de sauterelles; elles se précipitent dans l'iutérieur du coacli, d'où on a [cine à les chasser. 11 y en a d'aussi grosses que des moineaux, et comme on les voit h peine, qu'elles n'y voient pas non plus, elles vous pénètrent dans le col et dans les vêtements, et ces nuages recommencent plusieurs fois.

Avant de s'endormir, mon jeune camarade me raconte l'accident qui a causé sa fracture, une chute de cheval sur la route de Mazoé; il y a quatre mois qu'il est cà l'hôpital de Salisbury, et il va à celui de Buluuayo achever de se remettre et se distraire un peu. Il me parle de la Suisse, où il a fait un voyage avec sa famille; il a vu plusieurs des sites magnifiques que je connais dans les Alpes, et il a du plaisir h eu parler à quelqu'un que cela intéresse. Il est encore bien faible ; aussi je lui promets de le recommander à un Père Jésuite que je connais à liuluuayo, (\\i\ soc-

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cupe de riiùpital et qui lui témoignera beaucoup de bienveillance.

Mais que vient-on faire seul, à cet âge, dans ces nouveaux pays? Ces Auglais ne se comptent pas pour quelque chose ; ils ont en cela un peu de rimpassibililé admirable des animaux devant la douleur ou devant la mort. Ainsi sont nos mules, qui galopent pendant des milles et des milles, ne sentant ni la fatigue, ni les coups de fouet, qui mourront à la peine et sur la route, comme le marquent les nombreux cadavres qui jouclient le sol de temps à autre. Les relais sont pourtant fréquents; leur intervalle ne dépasse pas deux ou trois heures. Chaque arrêt pour atteler et dételer les dix mules ne demande que cinq à six minutes. On peut se faire une idée des frais d'un pareil service par le nombre des mules et des relais, et parla fréquence des accidents.

Gwelo. — Guelo, où nous arrivons tard le soir du jour suivant, est au bout d'une longue plaine dépourvue de bois; la rivière Gv.olo est à sec, sauf des flaques d'eau stagnantes, des marais. La ville, ou plutôt la station, n'est (ju'une large rue avec un hôtel en bois où il fait encore chaud ce soir. Au delà, les bois maigres reparaissent, bordant des collines toutes noires sur l'horizon au clair de lune. Mon compagnon est un peu fatigué; il va se reposer (juelques jours à Guelo, et prendra un autre coach [)our Buluwayo. Je lui dis adieu à Thùtel dii nous dinons ensemble; sa

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résignation est loucliaulo, il semble ne pas sentir son mal, ni faire attention h ses béquilles, il est jeune et sans souci. Dieu sait ce qu'il adviendra et si jamais je le reverrai. Je suis pourtant tranquille sur son avenir, il saura se tirer d'affaire.

Dans les collines de l'ouest et au sud de Gwelo, il y a des kraals, et dans cette direction on a trouvé des quartz aurifères. Bientôt commence la forêt de Somabula, une épaisse bande noire qui s'étend vers le nord à perte de vue ; elle est très dense, et on dit qu'elle ne discontinue pas jusqu'au Zambèze. Les environs de Gwelo sont intéressanis, mais la localité elle-même ne passe pas pour être très salubre, à cause de la présence des marais.

Au matin, nous traversons la rivière Shangani ; au sud s'élèvent des collines boisées et des kopjès; à leurs pieds s'étendent des bois, des fourrés de mimosas. C'est là-bas, au nord, au delà d'une gorge que nous distinguons au loin et que traverse la Shangani, que le major Wilson a péri eu 1893 avec une trentaine de volontaires, cernés par les Matabélés. Le major Forbcs, qui conduisait avec le D"" Jameson les opérations de la guerre, ne put arriver à son secours, et de la petite avant-garde, pas un homme ne revint pour raconter la dernière lutte désespérée. Ils furent tous trouvés morts côte à côte, et cette belle défense demeure le fait le plus illustre de la guerre faite par la Chartered

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Company au roi nô^rc Lohengiila. Celui-ci fut complè tement battu et obligé de s'éloigner au delà du Zambôze, 011 il mourut. Le major Forbes, qui a raconté cette campagne en détail, a noté des remarques curieuses. Quand un obus faisait explosion, lous les Matabêlés déchargeaient sur lui leurs armes. Forbes eut l'explication de ce fait par un prisonnier : les noirs s'imaginaient que l'obus est plein de petits liommes blancs qui s'en échappent à l'explosiou et l'ont tuer tout ce qui est à côté d'eux.

Plus loin, à la rivière Bembezi, eut lieu un autre des engagements de Forbes avec les Matabélés. Le major était d'une rare ténacité; il allai-t tète baissée devant lui, mais il ne parait pas avoir été capable de combinaisons, il fallait qu'il fût dirigé.

Le pays redevient accidenté et boisé, puis c'est de nouveau la plaine du liigli vcldt ; à gauche à l'horizon, ce sont les monts Matoppo.

liais enfin, en face de nous, où la plaine ouverte est entièrement dégagée de bois, se dessine une longue colline à sommet aplati. Ce sont les Tliabas Indunas, i\n\ ne sont qu'à huit ou dix milles de Buluwayo, et où sont situés de nombreux kraals matabélés. IVons traversons une rivière assez profonde, quoique presque sans eau, encaissée dans des rocIicM-s schisteux. Puis le sol devient rouge, plus fertile, il se couvre de bois; nous approchons de lîuluuayo.

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Un dernier accident est heureusement êiiié : uuo des roues d'avant de la diligence sortait de son essieu, et une de celles d'arrière perdait sa jante eu fer. La forêt ne cesse pas encore que les baraques de tôle ondulée commencent d'apparaître ; bientôt elles forment des rues. Xous traversons le marché, encombré de bœufs et de chariots boers, et nous stoppons enfin devant le Ciiarter Hôtel. Nous sommes dans la capitale du îllatabeleland, le Buluuayo moderne.

Buluwayo. — Cette ville, où j'ai passé une semaine, ne me laisse point une impression aussi agréable que Salisbury : elle est plus jeune, on le voit à ce que la tôle ondulée domine de beaucoup sur la brique; cela est si neuf au milieu de la plaine indéfinie couverte de petits bois, qu'il reste encore çàetlà, dans les grandes avenues à peine tracées, un arbre isolé qu'on a oublié d'abattre, seul reste de la forêt de jadis. Il y a bien une mince rivière sur l'un des côtés de la ville; on se demande cependant pourquoi Buluwayo est là plutôt qu'ailleurs. La ville ne date que de seize à dix-huit mois, depuis la guerre de 1893, et, telle qu'elle est, elle cause déjcà un véritable étonnement.

Buluwayo est en effet beaucoup plus affairé que Salisbury; c'est le centre de nombreux districts miniers : Insiza, Gwanda, Bembezi, Shangani, Belingwe, Selukwe, etc. Il se monte à chaque instant de nouvelles compagnies, et la plupart des propriétés sont déjà

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prospectées et accaparées par des syndicats. L'argent qui se dépense est considérable. On sent qu'il y a une force qui pousse en avant ce pays beaucoup plus (jue le Mashoualand ; on veut développer d'aliord Buluwayo, et dans ce but on pousse activement la voie ferrée destinée à relier cette ville au Cap par Alafokiug et Kiuiberley, uui(|ueinent en pays anglais, évitant le Trausvaal. El la force (|ui pousse ainsi en avant est puissante en influeuce et en capitaux.

Le Cliarter Hotcl, où je suis descendu, est un peu moins confortable que l'Avenue Hôtel de Salisbury, mais il y a bien autrement de monde. Je compte près de deux cents personnes à table dans la salle cà manger. Ou fait facilement connaissance sous ces lambris de tôle où les tables sont rapidement servies par des garçons alertes, en vêtements blancs, presque tous des Anglais. Les gros ouvrages sont faits par des noirs. Mais les cbambres sont des plus sommaires et d'une rare exiguïté. Il n'y en a pas à un seul lit; l'on couche à deux au moins dans une cellule encombrée de bagages : on a l'avantage de faire de plus près la connaissance des prospecteurs, ils sont souvent intéressants.

On me montre des minerais d'or fort beaux provenant des différents districts; à chaque instant des prospecteurs partent, d'autres arrivent. C'est un va-et-vient constant de beaux chevaux anglais bien sellés qui se succèdent devant l'hùtcl, où leur bride est Cxée à des

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barres de bois destinées à cet usage unique. L'activité est partout, et tojs ces gens ont l'air heureux et bien portant, le teint coloré; ils font plaisir à voir. Je les trouve admirables de s'installer ainsi sans arrièrepensée de retour, du moins prochain. Il y a douze cents habitants à Buiuwayo contre huit cents à Salisbury; ce sont surtout des marchands de toutes sortes et des mineurs.

Ce qui m'étonne aussi, c'est la confiance et la franchise avec laquelle ces Anglais, ceux qui sont dans les affaires, vous exposent leurs découvertes et leurs projets. Ils jouent cartes sur table, c'est à vous de vous décider; ils vous montrent les lisques, mais pour eux h; risque est même un appât de plus. Il leur faut l'émotion du jeu, Vexcileinent, comme ils disent, ils ont une passion pour ce qui demande de l'audace. Buiuwayo est une Busu towii.

Il y a déjà des monuments à Buiuwayo, à peine achevés d'ailleurs. La poste est luxueuse, beaucoup plus belle que celle de Salisbury; l'iiùpital est aussi plus grand etplusconfortahle. Le club est bien installé, et pourtant on va en construire un nouveau : j'y suis admis avec cordialité, et le soir ce sont de très intéressantes conversations sous la véranda, qui regarde la rue en construction, et au delà le vaste espace des bois.

Un financier influent m'invite à sa maison de campagne, une villa à un quart d'heure du club, dans la

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brousse et les arbustes. C'est un dédale pour y arriver : la villa est en briques, à un étage, il y a le piano usuel ; un bon dîner, avec des conserves pourtant, mais aussi des vins fins, nous attend dans la salle à manger.

Les Pères Jésuites me reçoivent eu ami ; ils ont une chapelle, et j'ai l'occasion de constater qu'il y a beaucoup de monde ledimancbe sous sou toit de lùle, entre murs de bois. On ne saurait comprendre, sans l'avoir éprouvé, le plaisir de rencontrer des religieux français en Afrique.

C'est dommage que la saison soit avancée : il y a des orages, et il tombe des averses; eu outre, le temps est lourd; je fais cependant quelques courses dans les environs.

L'ancien kraal militaire de Lobcnguîa à Buluwayo occupe un espace circulaire d'un diamètre de quinze cents mètres: sauf des restes de palissades, il est en ruine, ainsi que les deux baraques en briques qu'habitait le roi. Les murailles intérieures étaient décorées de fresques à l'huile, dont un portrait de la reine d'Angleterre, la Grande Femme Blanche.

Lobengula était un homme intelligent, et les Matabélés, qui sont Zoulous d'origine, sont une peuplade guerrière redoutable. C'est un miracle que Forbes et Jameson aieut réussi si rnpidement à conquérir leur pays : ils le doivent surtout, dit-ou, à la maladresse

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