‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 39 sur 63 · LES RUI\'ES DE ZIMBABWE · texte numérisé non relu

LES RUI\'ES DE ZIMBABWE

été impossible de découvrir trace d'uu cimetière autour (le ces ruines; les ancieus habitants devaient avoir l'habitude d'emporter leurs morts à de grandes dislances, comme cela se pratique encore chez les mahométans de Perse. C'est du côté de la colline où il y a le plus d'ombre que se trouvent les mieux construites (!e ces anciennes demeures, et les plus anciennes par conséquent.

Enfin le troisième groupe de ruines, c'est celui de la forteresse au sommet de la colline. Cette colline est un vérilable kopjè comme ceux que nous avons décrits t:u Uashonalaud. Il est à pic du côlé sud, formant un précipice de trente mètres de hauteur. Au nord et à l'est, ce sont d'énormes et inaccessibles blocs ou boulders de granit superposés. L'ouest, le seul côté aborda!)le, est fermé par une puissante muraille.

Cette muraille a quatre mètres d'épaisseur à son sommet, qui est orné extérieurement de petites tours rondes alternant avec de longs monolithes; il reste encore sept de ces tours d'un mètre de diamètre, et l'effet de l'ensemble est tout à fait particulier.

L'approche de la forteresse est protégée d'abord par divers obstacles et travaux de défense que M. Bent eut de la peine à franchir. Puis vient un passage très étroit dans une fente du granit de la colline, et où sont taillés des degrés. Au sommet, ce passage se bifurque; d'un côté on aboutit sur le rebord même du précipice

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delà forteresse, qui se trouve encore défendue par une muraille. De l'autre côté on arrive à une petite terrasse, au pied d'énormes blocs de granit de quinze mètres de hauteur; cette terrasse est ornée de monolithes et de piliers hauts de trois mètres et plus. Au pied de la plate-forme se trouve un assez large espace semi-circulaire, dallé en ciment, avec un autel en granit recouvert de ciment au centre; c'est le plus vaste espace libre de la forteresse, et Tony jouit d'une vue magnifique sur la vallée et les montagnes.

Tout le sommet de la colline est un dédale inextricable de murailles et de passages étroits et tortueux, entre les blocs de granit, défendus par des contreforts. Puis ce sont des salles arrondies dont les entrées sont déjetées comme dans le grand temple circulaire. Une partie de la muraille extérieure est ornée des mêmes dessins en forme de chevrons.

Au sud du temple de la forteresse, un escalier conduit à des cavernes dans le rocher, où l'on a découvert des fours de fusion pour l'or et divers objets que nous décrirons.

Ce qui est le plus extraordinaire dans cette forteresse, ce sont ces murailles crénelées de monolithes et de tours et ces étroits, profonds, et tortueux passages entre d'énormes blocs de granit, défendus encore de tous côtés par des contreforts et des arc-boutants et aboutissant parfois à des points sans issue.

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On se demande quels pouvaient être vraiment les constructeurs et les habitants de ces étranges ruines. M. Bent raconte qu'il eut, à les contempler, la même impression qu'il éprouva devant les champs de menhirs de Carnac en Bretagne, impression à la fois de fascination intense et de dépit de sentir la vanité de toute recherche. Il n'y a à Zimbabwe aucun art architectural proprement dit, car ces dentelles de pierre posées en chevrons ne soiil que l'enfance de l'art, et pourtant il y a une habileté merveilleuse dans la régularité de la taille et de la pose de toutes ces pierres de granit, et il y a une véritable intelligence dans la défense des abords de cette forteresse et dans le choix de sa situation.

Les principales autres ruines de la région sont celles du petit Zimbabwe, à douze kilomètres des précédentes, et situées dans une fertile vallée. Les murailles y sont moins régulièrement construites, mais également tortueuses.

Près de la rivière Lundi, à cinquante kilomètres environ au sud-est de Victoria, on trouve les ruines d'une tour circulaire bâtie sur une légère éminence de granit; elle a à peine viogt mètres de diamètre. Les murailles, d'un mètre et demi d'épaisseur, sont construites en pierres régulièrement taillées, sans ciment ; au nord, plusieurs rangées de pierres sont disposées de manière à former des dessins disposés comme des

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arêtes de poisson. Il est probable, comme nous le verrons, que ces dessins qu'on retrouve dans toutes r^ruines ont un rapport avec Tadoralion du soleil. L( s iuinos de Lundi devaient à la fois servir de temple li de forteresse.

A .\Iatindela, sur la rivière Sabi, à peu près au tiers de la distance entre Zimbabwe et Sofala, sur l'océan Indien, mais plus au nord, se trouve tout un groupe de ruines, à Matindela, Meteno, Chilunga et Cbiburwe. Les premières sont les plus importantes, sans valoir en dimensions Zimbabwe, mais les deux constructions j>r(''scntent de nombreux points de ressemblance et ne peuvent être attribuées qu'aux mêmes habitants.

Enfin, à moitié chemin entre Zimbabwe et la mer, aux monts Gorima, près de Melsetter, on a trouvé un grand monolithe dressé, et comme une indication de frontière. Il semble hors de doute que les constructeurs de toutes ces ruines sont venus par le port de Sofala, aujourd'hui à peu près ensablé, et en suivant les rivières Busi, Sabi et Lundi. Leur objet paraît bien avoir été la colonisation, et surfout le commerce et l'exploitation de l'or. On a trouvé de pareilles murailles jusque bien au nord de Salisbury, sur la rivière Mazoé, dans le Mashoualand, comme nous l'avons dit ailleurs.

Les remarques faites sur les ruines de Zimbabwe et, en général, sur (oulos celles duCharlerland.sontde trois

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ordres, les uues géométriques, relatives aux mesures (les constructions, les autres astronomiques, relatives à Tobservalion du soleil et des astres, les dernières enfin portent sur rarchitecture.

Au point de vue géométrique, ce qui attire d'abord l'attention, c'est la perfection de la grande tour, dont la régularité est un chef-d'œuvre de construction avec un matériel aussi grossier que des moellons de granit; elle est parfaitement circuluire et en tronc de cône, et située au milieu de l'espace entièrement fermé, à égale distance des deux portes opposées, dans ce qui formait certainement l'enceinte réservée du temple de Zimbabwe.

Son diamètre à la base est de 5'", 22, égal à la circonférence à la base de la petite tour. Celte mesure de 5'", 22 vaut 10 coudées, la coudée étant de O"", 522. Comme toutes les constructions et tous les objets trouvés 0!it des. dimensions en rapport exact avec cette longueur, il en résulte que la coudée employée à Zimbabwe avait 0'°,522 de longueur.

La courbe dessinée par la grande muraille extérieure, derrière la grande tour, a pour rayon le triple de la circonférence de la grande tour; au delà et de chaque côté, la muraille n'a plus pour rayon que le double de cette circonférence, mais cette longueur est égale à la distance extrême d'une porte à l'autre de l'enclos où se trouve la grande tour.

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De même, le diamètre de la tour de la rivière Lundi est égal à la circoui'érencc de la graude tour de Zimbabwe.

Au temple de la forteresse, la courbe de la muraille a pour diamètre le demi-rayou de la graude muraille du temple derrière la grande tour.

A la forteresse encore, la grande muraille qui porte des monolithes et des tours a pour diamètre la circonférence de la muraille du temple de cette forteresse, ou la demi-circonférence de la grande muraille du temple derrière la grande tour.

On voit donc que toutes ces dimensions sont calculées avec la coudée de 0"',52 et avec le nombre qui exprime le rapport de la circonférence au diamètre; un diamètre se transforme dans la circonférence d'un autre diamètre, et ainsi de suite.

La hauteur de la grande tour, avant que le sommet en soit dégradé, est égale à une circonférence ayant pour diamètre la hauteur de la petite tour. L'angle au sommet de ces deux tours est le même, et égal à 23 degrés.

Le centre de la grande tour est distant de dix coudées du centre de la petite, à cinq centimètres près.

Notons enfin qu'à une autre ruine, découverte à Lotsani, près du Limpopo, par M. Suan, le rayon des murailles est égal au diamètre du temple de Lundi,

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c'esl-ii-dire à la circonférence de la grande lour de Zimbabwe. Nous pourrions continuer ces observations aux ruines de Matiudela, etc.

Il est donc bien certain ([ue c'est un même peuple qui a construit toutes ces ruines, et que ce peiiple connaissait la géométrie ancienne; ce n'est donc pas un peuple de race nègre, mais un peuple de race sémitique probablement.

Les observations astronomiques faites à Zimbabwe sont encore plus remarquables. La première chose frappante, c'est que l'on a disposé de tous les endroits favorables pour l'observation des constellations de l'iiémisphère boréal, et seulement de celles-là; d'où l'on conclut immédiatement que les constructeurs de Zimbabwe venaient du Nord, peut-être de l'Arabie ou de l'Egypte. En outre, le culte du Soleil a dû partager celui des autres astres, car les parties décorées des murailles font face au soleil levant au moment le plus chaud de l'année, c'est-à-dire au solstice d'été. C'est l'astre de la fécondation, à son lever, qui a réglé Ions les décors des constructions de Zimbabwe; c'est lui qu'on a salué le premier à l'époque de sa plus grande puissance, comme, la nuit, ce sont les astres du Nord qui ont seuls attiré l'attention. Cependant, pour plusieurs autres ruines du Charterland, pour Lundi, pour Matindela, c'est au soleil couchant, soit au solstice d'été, soit au solstice d'hiver, que font face les mu-

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