‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 41 sur 63 · LES RUINES DE ZIMBABWE · texte numérisé non relu

LES RUINES DE ZIMBABWE

neuvième et dixième siècles, et nomment trois villes du nom de Sabae, celui que porte encore la rivière Sabi. En 1500, lorsque Vasco de Gama fit le lour de l'Afrique, il trouva sur toute cette côte des marchands arabes faisant le commerce de la poudre d'or, et à Sofala, le port naturel de Zimbabwe, il trouva en 1505 deux bateaux arabes chargés d'or.

Les Portugais n'ont pas dû connaître les ruines de Zimbabwe; les récits de leurs auteurs sont trop inexacts, plusieurs avouent même tenir des Arabes ce qu'ils en savent.

Cette partie de l'intérieur de l'Afrique était le fameux Monomotapa, dout la revue anglaise African Review a publié récemment une carte française du dix-septième siècle, sur laquelle sont marqués de nombreux gisements aurifères correspondant tout à fait à ceux qu'on a découverts ces dernières années à Mazoé, Lo Mogundis, Gwelo et Umtali : cette coïncidence est au moins curieuse.

Au siècle dernier, cependant, on n'avait encore entendu venir qu'une vague rumeur de ces ruines, et ce n'est qu'en 1871 que le voyageur allemand Cari Mauch les découvrit, et les fit connaître en en donnant une exacte description, les attribuant aux Juifs du temps de Salomon et de la reine de Saba.

Les plus grandes probabilités sont donc en faveur d'une origine arabo-phénicienne des ruines de Zim-

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babue. Il faut écarter l'hypothèse d'une immigration malaise qui est venue à Madagascar, et aurait pu venir en Afrique, mais on n'en trouve aucune trace sur le continent africain, alors que les Hovas de Madagascar paraissent être les directs descendants des Malais.

Quels que soient ces anciens peuples, ils ont laissé là un souvenir durable de leur passage, et il a fallu des colons aussi audacieux qu'eux-mêmes pour venir fonder à leur place un nouvel empire africain.

La nouvelle ère qui va s'ouvrir, pour l'intérieur du continent noir, sera évidemment bien supérieure à ce qu'a pu être l'ère de Zimbabwe, mais maintenant comme alors, le principal mobile en est l'exploitation de l'or; si déjà l'on a enlevé des monceaux d'or à ces mines, il en reste davantage encore à enlever avec les nouveaux moyens dont on dispose. Déjà il est question d'utiliser les fameuses chutes du Zambèze, les Victoria Falls, plus grandioses encore et peut-être plus puissantes que les chutes du Niagara. C'est l'électricité, à défaut du charbon, relégué aussi sur les rives du Zambèze, trop loin des centres miniers, qui est probablement destinée à porter la civilisation et la lumière dans les ténèbres de l'Afrique. A côté de la merveille antique de Zimbabwe et des autres ruines qui l'entourent, les V'ictoria Falls uniront les merveilles naturelles à celles de l'industrie.

Il ne manquera plus qu'une condition pour faire

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désormais de l'intérieur du coutinent africain un pays immense ouvert à toute une population blanche, qui y trouverait un sol et un climat adaptés à sa nature et à ses habitudes, c'est une véritable agriculture. L'Afrique n'a pas encore de colons paysans, comme nos paysans français qui enrichissent la terre de leurs travaux et souvent de leurs sacrifices, sans avoir avant tout un but pécuniaire à atteindre, comme les hommes d'affaires et les spéculateurs d'Angleterre et d'Amérique. Le Français est plus vraiment colon que tout autre, dans le vrai sens de ce mot, par son abnégation, son sentiment d'économie et son amour de la famille. Il a travaillé au Canada et dans l'Inde avant l'Anglais, il est resté le paysan canadien, et si l'Australie n'a pas encore atteint le développement auquel elle doit arriver, c'est qu'elle manque d'agriculteurs. Max O'Rell, dans ses voyages autour du monde, nous apprend que ce sont les vilicultcursfrançaisqui ont fait la valeur des vignes australiennes, et il ajoute : " .Jacques Bonhomme prospère parce qu'il est à la fois propriétaire landlord, fermier et laboureur, sa femme ne suit pas la mode et ne court pas les voisins. Elle se lève à quatre heures, travaille jusqu'au soir, et sa fortune c'est sa santé. « John Bull et Jonathan ne travaillent pas avec cette ardeur et ce désintéressement; ils sont joueurs et spéculateurs avant d'être travailleurs.

Cela nous mène loin de Zimbabwe, mais il est bon

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que ces ruines du passé nous apprennent ù réfléchir sur notre propre compte; c'est le plus grand service qu'elles peuvent nous rendre encore. La science archéologique n'est l'apanage que d'un petit nombre, tandis que les paysans français ont peut-être besoin qu'on leur montre où ils peuvent trouver à employer leur énergie et leur travail. Ce n'est pas tout d'avoir des colonies, il faut que les colons y puissent trouver la vie et le climat qui leur conviennent, et il reste en Asie, eu Amérique, en Afrique, d'immenses espaces qui ne demandent que des bras de laboureurs intelligents et robustes.

27 juillet 1807.

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