CHAPITRE IIIÎ
DU MATABELELAN'D A PRETORIA
C'est par le nord que j'ai fait la connaissance du Transtaal, après avoir parcouru le Charlerland. Aussi la première impression qu'il m'a faite a-t-elle été un vrai charme, bien en rapport avec les souvenirs des descriptions lues autrefois dans les fameux récits des jeunes Boërs. Cette région du Nord est en effet l'une des plus pittoresque duTransvaal, et elle est encore telle qu'elle était aux premiers voyages des trekhei^s (1) boërs : il n'y a ni chemins de fer, ni industries, à peine des chemins tracés; c'est le domaine sans limites de l'agriculture et de l'élevage. Avec quel plaisir j'ai contemplé ces immenses étendues vertes, et à l'horizon ces beaux proHls de monlagues aux larges croupes ondulées sur un ciel clair d'une pureté infinie! C'étaient l'espace et la vie, épanouis comme aux premiers jours du monde,
(1( De treh (marche).
138 RHODESIE ET TRAXSVAAL.
î!ii temps si lointain des patriarches bibliques; des mondes de souvenirs venaient s'évoquer en pleine lumière. Après les immenses solitudes boisées du Charterland, il y avait un véritable charme à reposer sa vue sur des plaines vertes où rien ne voilait les horizons magnifiques ; on en ressentait une impression profonde et telle que pour la retrouver il faudrait presque reprendre une période de sa vie : impression semblable à celle que produit la découverte d'une œuvre véritablement belle et originale, dans laquelle apparaît tout un monde inconnu auparavant. La manifestation d'une nouvelle beauté de la nature est exactement semblable à toute nouvelle manifestation du génie de l'homme : et ce nouveau monde une fois découvert et pénétré, rien n'en rendra désormais la fraîcheur de l'irapression toute première.
Lorsqu'on a passé le fort Tuli, le premier poste anglais au Matabeleland, on se dirige vers un des gués du Limpopo ou rivière des Crocodiles, à travers un pays où la végétation est celle des tropiques ; mais je n'ai pu voir les feuilles découpées des palmiers qu'à la faible lumière d'une nuit sans lune. Au matin seulement nous traversons la rivière ; le coach traîné par dix mules et qui nous transporte depuis Buluuayo n'immerge guère de plus de 0"',50 ou 0"',60 dans les eaux du Limpopo, qui sont très basses dans cette saison de novembre. Le lit est très large, et les pentes sontescar
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pées et surtout licrissées d'une végétation touffue; on y a creusé des tranchées pour le passage de la route. Dès que l'on a traversé le gué, le coach roule sur un sable fin à l'ombre de grands arbres d'un vert sombre, comme dans une avenue de parc; il y a vraiment de l'ombro, et cela me repose des arbres au feuillage rare que nous avons connus au Cliarterland dans maintes régions.
Bientôt une maison se dessine sous ces ombrages; c'est la douane de la République boër du Transvaal. On y fait halte pour la visite du coach et des bagages, une halte reposante, et l'on nn paraît pas bien sévère, les armes accompagnées d'un permis ou port d'armes sont rendues aux voyageurs moyennant le règlement des droits, bien entendu.
La route monte, et l'on arrive enfin à une auberge que nous souhaitons depuis longtemps, celle où nous devions déjeuner. C'est une maison de ferme, tout à fait primitive, au-dessus d'une élévation de terrain où commencent des plaines d'herbe; on y monte à travers des blocs de granit, des broussailles et quelques arbres épineux. L'on nous sert du lait et des œufs : le lait frais nous faisait défaut depuis bien longtemps, et les œufs étaient fort rares. C'est déjà d'un bon augure en faveur du Transvaal que l'abondance de ces biens primitifs; on sent qu'on pénètre chez un peuple de pasteurs et que, pour les choses simples de la vie, au
moins, l'on n'aura plus à découpor les boîtes d'ctain des conserves et du lait concentré. C'est un soula<jemcnt.
Nous repartons à travers les bois, les mêmes que nous avons vus au Charterland au nord de Tuli, mais les baobabs y deviennent de plus en plus nombreux et plus grands. Ils sont vraiment superbes maintenant, mais avec ce caractère bizarre que le tronc seul est énorme, sans que le dôme des feuillages s'étende largement autour. Ce tronc est disproportionné avec les branches, qui le sont à leur tour avec les petits rameaux et les feuilles. L'ensemble est lourd et fait la même impression de masse que rélépiiant; et pour compléter la ressemblance, l'écoi'ce est d'une couleur grise rappelant celle de la peau de cet animal. On ferait des maisons dans ces troncs d'arbres; on se meta leur ombre, et non à celle du feuillage, et celte ombre suffit même ;ï midi pour abriter complètement notre groupe do voyageurs; car nous avons passé au Limpopo le tropique du Capricorne, et le soleil reste maintenant à notre nord. Les baobabs se dressent à quelque distance les uns des autres, séparés par les arbres plus petits, comme de grandes colonnes séparées par des colonnettes, et chacun nous paraît plus grand et plus beau que les précédents; notre coacb est bien petit quand il passe à côté d'un de ces géants.
Et les relais continuent tous semblables dans ce