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Le plus curieux speclacle fut cependant celui que présenta le balcon du Stock Exchange pendant cette journée. Les leaders du Reform comiltee n'avaient pas effrayé leurs femmes au point de les faire partir pour le Cap ou pour Durban; il suflisait du départ des centaines d'autres pour faire croire à la terreur qu'inspiraient les Boers et aux menaces que leur attribuaient les réformistes. Dès le malin du ["janvier, il y eut donc à la Bourse, sur le large balcon de briques supporté par des colonnes, un étalage de dames en grande toilette, abritées de larges ombrelles blanches, venues là pour attendre l'arrivée du docteur Jameson et le saluer à sou entrée dans sa bonne ville de Johannesburg. Elles portaient des bouquets et des gerbes de fleurs, et le soir il devait y avoir illumination.
La matinée se passa tranquillement, bien qu'avec un peu d'impatience : le docteur était à Ivriigersdorp, il était à Randfoutein, à Roodeport, etc. A une heure on partit j)Our aller Inncher, et les dames <|uiltèrent le balcon, mais elles y reparurent à trois heures pour ne partir dé(initivement qu'à six heures du soir. C'était le désappointement qui commençait, mais on ne savait rien encore, njalgré les nombreuses estafettes à cheval et en bicyclclte qu'on voyait courir les rues.
Ce n'est qu'à huit heures du soir que le Comité réformiste osa afficher la lugubre nouvelle de ce qui s'était passé dans la matinée et qu'il connaissait de-
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puis midi. Ce fui le dénouement de cette révolution d'hommes d'affaires, le plus pileux des échecs.
Tandis que le pauvre Jameson se battait bravement avec des hommes éreintés de fatigue, contre des troupes de Boers de plus en plus nombreuses, et perd..it une centaine de ses cavaliers, on ne se préparait pas un instant à Johannesburg à lui envoyer des secours. Puisque la partie était engagée, il fallait aller jusqu'au bout. Il y avait là beaucoup de ces cavaliers brillants aux grands cols blancs qui ne demandaient qu'à partir. Aussi, le soir, quand on sut que tout était fini, que Jameson et ses soldais étaient prisonniers à Pretoria, ce fut un cri de colère de la foule massée sous les fenêtres de l'hôtel des Goldfields, où se tenaient les chefs du Comité de réformes, le gouvernement provisoire, comme on l'avait appelé prématurément. Celle foule était cependant plutôt calme dans sou mécontentement; il n'y a pas à Johannesburg ce ("u'on appelle la populace dans nos grandes villes, et dont les colères sont terribles, parce que la misère n'existe pas encore dans la ville de l'or; chacun travaille et chacun fait son profil, de sorte que personne n'est au fond très mécontent de l'état des choses.
Et puis, il m'a semblé que les gens se rendaient un peu compte qu'ils étaient dupes d'un petit groupe de ( .îpitalistes, qui ne songeaient qu'à poursuivre un but personnel et ne songeaient pas le moins du monde à
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faire une œuvre populaire; et, dans des cas pareils, quand il n'y a pas une grande idée au fond d'un mouvement que l'on prépare, ce mouvement ne saurait être populaire. On ne se bat pas, on ne risque pas sérieusement sa vie pour de l'argent, et ici ce n'était même pas pour de l'argent, c'était poiir les inlerèls financiers de quelques personnages.
S'il y avait eu véritablement un mouvement afrikauder en vue de l'union libre de tous les Etats sudafricains, c'aurait été autre cbose; mais ce mouvcmcnt-là n'est pas près de venir, puisque celui (ju'on en croyait le chef a laissé croire, dans cette circonslance, qu'il n'était qu'un administrateur et un financier. Aussi l'excitation n'a été que superficielle, et il n'y eut plus le soir du 1" janvier, dans la foule massée sous les Goldûeds, qu'un seul sentiment, celui du mépris pour les hommes qui avaient fait pénétrer dans le Trausvaal une troupe de braves gens, dont une centaine avaient péri pour une cause égoïste dont ils étaient les défenseurs inconscients.
Cependant la situation était critique pour Johannesburg. Les Boers étaient à bon droit furieux de l'injustifiable agression anglaise, et exigeaient la reddition immédiate de toutes les armes qui se trouvaient Johannesburg. Des avis officiels reçus de Pretoria étaient môme très graves; on nous disait qu'il n'y aurait rien à faire de longtemps à Johannesburg pour
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des ingénieurs français. Aussi nous décidâmes, le petit groupe que nous étions, de partir pour le Cap, où nous attendrions les événements. Le 5 janvier au soir, nous prenions le train, mais dès notre arrivée au Cap nous apprenions que tout était fini, que Johannesburg rendait toutes les armes, et que les membres du Comité de réformes se rendaient en prison à Pretoria. Il était bien certain cependant que les affaires n'allaient pas reprendre du jour au lendemain ; aussi je pris une courte semaine de repos à Cape Town, repos dont j'avais grandement besoin d'ailleurs, après le fatigant séjour que j'avais fait au Chartorland , le voyage de Buluvi'ayo à Pretoria, et ce voyage de Johannesburg au Cap qui m'avait pris quatre jours, car deux fois, en compagnie d'un charmant homme, un noble vieillard qui rentrait en France écœuré des Anglais, nous manquâmes le train par la faute des employés; il me disait de son ton calme et légèrement sarcastiquc, à chaque nouveau désagrément : « J'en rirai longtemps, mais plus tard, n
Cette semaine au Cap m'est restée comme un charmant souvenir et un repos d'esprit et de corps : le calme de cette ville offrait le plus piquant contraste avec l'agitation frondeuse de Johannesburg. Les promenades au bord de la mer, les bains de mer, les courses à Wynborg, à Constantia, sur les pentes de la Table, me firent bien vite oublier les malheureux évé-
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nements du Transvaal, et qiiaucl j'y retournai, le 17 janvier, je pus reprendre mes travaux comme s'il ne s'était rien passé; tout le monde avait fait comme moi et avait déjci oublié, les mines avaient repris toute leur activité.
CHAPITUl': A
rRÉTOllIA ET LES BOERS.
Pretoria est à G5 kilomètres environ de Johannesburg, à trois heures de cliCmin de fer environ, car il y a toujours un arrêt forcé à Elandsfontein, d'où part rembrauchenicnt de Johannesburg. Les Boers ont eu grand soin de ne pas relier directement cette ville au Cap, de façon à pouvoir l'isoler plus facilement, mais eu outre sa siluiilion très élevée ne permettait pas d'y arriver directement.
Le situation de Pretoria est inférieure de quatre cents mètres environ à celle de Johannesburg; aussi y fait-il beaucoup plus chaud, d'autant plus que le site est entouré de collines et à l'abri des vents trop violents. Mais il y a de belles eaux courantes, ce qui manque totalement à Johannesburg.
Pour y arriver on traverse le veMt, la pr.iii'ie sans fin, jusqu'à la station d'Irène, où Ton a installé une ferme modèle qui réussit admirablement. De là on traverse
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une gorge resserrée et rocailleuse, et l'on débouche dans le vaste amphithéâtre de Pretoria, d'où surgissent de tous côtés les bois d'eucalyptus et de saules pleureurs.
Il y a un beau monument à Pretoria : c'est le Parlement. Le reste fait l'effet d'une ville de province, sauf que les artères sont beaucoup plus larges et les maisons moins hautes, bâties en briques et couvertes en tôle ondulée, comme à Johanuesburg.
Je suis allé à plusieurs reprises à Pretoria. Il s'y est passé cette année un événement très intéressant : c'est le procès des membres du Comité de réformes de Johannesburg, du gouveruement provisoire. On sait ce qui arriva : les soixante-deux accusés reconnurent être coupables des faits qu'on leur reprochait, c'est-àdire de haute trahison et de lèse-majesté. Cette attitude leur avait été conseillée pour éviter la publication do documents trop compromettants. Ils n'en furent pas moins condamués, les quatre leaders à la peine de mort, et les autres à des peines variant de trois mois à plusieurs années de prison. La séance des condamnations fut vraiment sérieuse. On voyait circuler des gens chamarrés de chaînes de montre et de toutes sortes de bijoux et les poches toutes gonflées do portefeuilles. C'étaient les amis intimes des condamnés, à qui ceux-ci avaient confié ce qu'ils avaient de plus précieux, parce qu'on les avait prévenus qu'ils en seraient dépouillés en prison. Jusque-là ils avaient
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joui d'une grande liberté; ils pouvaient venir même à Johannesburg de temps à autre. Des condamnés de confiance, pourrait-on dire.
Pour prononcer la sentence de mort, le juge s'approcha successivement des quatre leaders : L. Philips, colonel Khodes, J. Hammond et G. Farrar, et leur dit à chacun celte phrase : « Vous, un tel, pour iel et tel motif, vous êtes condamné à être pendu par le cou jusqu'à ce que vous soyez mort. Que Dieu ait pitié de votre àme ! w
Pour des gens qui jusque-là circulaient presque librement et se doutaient à peine qu'ils étaient des prisonniers, la surprise était rude; aussi tout le monde le prit au sérieux; dans l'immense salle des ventes utilisée pour la circonstance à cause de la foule des soixante-deux accusés et de leurs nombreux amis, il y eut des dames qui pleurèrent et des hommes qui devinrent furieux. B. Barnato jura qu'il allait vendre toutes ses mines, et télégraphia de renvoyer tous ses employés. On l'arrêta à temps : les mines du Transvaal ne coururent jamais de plus grand danger; la valeur de celles de Barnato n'en fut cependant pas augmentée pour y avoir échappé.
Quelques jours après arrivait la commutation des peines. La peine de mort était supprimée. Pour des condamnés à mort, le changement était brusque : Cl Pourvu, disions-nous, qu'ils n'en meurent pas de