‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 53 sur 63 · DE JOHANNESBURG A KIMBERLEY · texte numérisé non relu

DE JOHANNESBURG A KIMBERLEY

aspect : certaine nuit, il faisait un clair de lune comme nous n'en avons pas en France d'aussi inteuses; la campagne entière était d'un blanc de neige tranchant avec l'ombre des ondulations des collines. Quelques toits de tùle rayonnaient d'un blanc argenté semblable à de la glace, les feuilles des eucalyptus près des fermes étaient blanches comme sous le givre, c'était un vrai paysage d'hiver, on était étonné de n'avoir pas plus froid. Et c'était un calme à {)erle de vue, un vrai pays mort, un paysage lunaire avec toute la crudité de ses ombres.

Le jour même, en plein soleil, celte campagne ondulée et sans arbres fait l'effet morne d'un paysage lunaire. Si les habitants de la lune regardent dans leurs télescopes ce cùté-ci de la terre, le Transvaal, il doit leur faire aussi l'ellet d'appartenir à un corps mort et d'être iuhabitablo. p]t c'est justement une des rares régions de la terre qu'ils peuvent voir à peu près constamment, il n'y a jamais de nuages, le soleil y verse impitoyablement ses torrents de lumière : on en est à regretter les neiges d'hiver et les longues pluies qui rafraîchissent. Quand on entend parler des quarante jours de pluie de Saiut-Médard en France, on voudrait bien voir ce saint-là voyager un peu et venir visiter les champs d'or et les champs de diamants du Transvaal. Si cela pouvait l'intéresser, il serait certainement bien venu, alors qu'il est si mal accueilli en

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France. Mais voila, les saints ne se soucient guère de l'or et des diamants.

La route de Kimberley jusqu'à Potchefstrœm parcourt un pays absolument semblable à celui do Heidelberg. Nous l'avons faite à plusieurs reprises dans les american coaches du Transvaal. C'est peu récréatif : on part à quatre beures du matin pour être à trois licures du soir à Potcbefstrœm, ayant subi les cabots et avalé les poussières de la route.

Le seul incident consistait à traverser une rivière encaissée daus des berges élevées, de sorte qu'il fallait que tous les voyageurs descendissent du coacb pour passer l'eau en sautant sur des cailloux. Au delà, il y avait une ferme avec de grands saules pleureurs, et puis le veldt recommençait.

Mais Potchefstroem était une compensation à cette triste route. C'est une oasis de verdure et de grands arbres, signalée au loin par la présence des eaux courantes sous des ombrages, mais cette fois il y a un pont, et l'on n'est pas oblige de descendre du coacb. Les arbres continuent et font des avenues jusqu'à l'hôtel, où l'on obtient enfin, à trois heures du soir, la permission de manger quelque chose. Il y eut bien, vers sept heures du matiu, un relais de mules où l'on put dévorer à la bâte un breakfast désagréable, mais il y a si longtemps de cela ! et les cahots et la poussière ont creusé les appétits.

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Généralement on repart à quatre heures pour être à neuf heures du soir à Klerksdorp, qui est le centre du district aurifère, mais il m'a pris la fantaisie de passer aussi une nuit à Potchefstroem, et je ne l'ai point regretté, car c'était le seul moyen de faire connaissance avec celte charmante oasis.

Potchefstrœm a été, comme Lydenburg, capitale (l'une république boer; c'était au temps où les Boers,. peuple encore trop jeune pour former une union puissante, étaient plus satisfaits de vivre en tribus séparées. Ils étaient plus isolés et plus tranquilles, et vivaient comme des patriarches avec leurs troupeaux et leurs nombreuses familles. Leurs maisons étaient isolées dans des jardins, et ils avaient planté partout ces majestueux saules pleureurs qui leur étaient sans doute un souvenir de l'ancienne patrie. Et Potchefs- Irœm, quoique encore si jeune, a bien gardé cet aspect ancien. C'est ravissant et biblique. Les rues sont de rherbe où serpentent des sentiers, sous des saules pleureurs inclinés jusqu'à terre, bordées de ruissclets, et parcourues par des troupeaux de bœufs et de moulons. Une vieille chapelle, à fenêtres ogivales, couverte lie chaume, est enfouie sous les herbes, les saules et îos fleurs. Et la nuit est pleine sous ces ombrages, elle st opaque, et l'on n'y sent que l'arôme des fleurs. Les l'oers semblent dire aux peuples qui prétendent leur iipporter la civilisation : « Qu'en avons-nous besoin,

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et qu'avons-uous besoin de voire or? Nous u'avour, pas de soucis, et nous sommes licureux. Prenez l'or si vous le voulez, et laissez-nous dans notre tranquillité. »

J'aurais volontiers prolongé ce séjour à Polcliefslrœm, mais dans ce pays et dans nos métiers de voya- (jeurs il faut courir, et l'on n'a pas le temps de se reposer.

De rotclicfstrœm à Klerksdorp, on passe par la trop fameuse mine qui s'appelle Biilfclsdoru. De fort loin, au-dessus des ondulations des terrains, on voit un sommet de cheminée se dresser vers le ciel. Il y a des url)usles en al)()nilancc dans celle région; cela ressemble moins au veldt et me rappelait une course que j'ai faite dans une autre partie de cette même région, mais plus au nord, à Liliefontein, la source des lys. J'avais fait plus de deux cents kilomètres, en cart à deux roues, pendant une semaine, et nous nous étions même égarés dans des marais après avoir traversé des bois taillis comme ceux-ci. Le lîoer qui me servait de cocher traversait les eaux en conduisant les chevaux plongeant presque jusqu'aux épaules, et la voiture, quoi{|ue haute, était inondée. Il avait quitté en partie ses vêlements avec précaution, et je lui enviai son bain rafraîchissant, tout en me demandant où il me conduisait. Mais il est presque impossible de se perdre dans ce veldt; l'horizon est si vasle, et il y a toujours des étoiles.

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Pour aller à Buffelsdorn, cette cheminée vous empcclie totalement de vous égarer, et lorsqu'on arrive, c'est un véritable étonnemont que ces batteries assourdissantes et ces machines ronflantes eu plein désert, brusquemeut. La mine est curieuse; dans les vides exploités, les piliers de roche abandonnée qui vont en s'épanouissant au toit, sur votre tête, et qui sont fort nombreux, car la roche est peu solide, se perdent dans les profondeurs en laissant l'impression des troncs dénudésd'une immense forêt pétrifiée; leurs sommets se rejoignent eu arcades, et l'irrégularité avec laquelle ils sout taillés faitdes figures d'écorcect de feuillages plutôt que de colonnes. Les lumières des mineurs piquent l'obscurité de points brillants dans le lointain. Curieux contraste que cetle civilisation, si c'en est une, avec ce désert.

Klerksdorp,àdeux heures pi us loin, est trop neuf pour avoir le charme de Potciiefstrœm. Les arbres y sont rares, tout à fait au bord du Vaal seulement trouve-t-on quelques bosquets : cetic rivière est large, et sa vitesse est très lente. Elle sépare le Transvaal de l'Etat d'Orange, mais l'aspect dos deux pays est exactemeut le même. Ce que j'ai vu de plus curieuxà Klerksdorp, c'est un orage, des éclairs arborescents, avec tous leurs rameaux, ou bien en forme d'ellipses, et tous les zigzags imaginables. Mais il y manquait les profondes répercussions des coups de tonnerre dans nos gorges des Alpes,

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Une curiosité (les miues de ce dislrict, c'est qu'on a trouvé quelques dinmanls dans les IHous aurifères, mais seulement près de la surface. A mesure que nous approcherons de Kimberlcy, nous verrons la présence des diamants se manifester de plus en plus.

Pour aller de Klerksdorp à Kimberley, il faut aller rejoindre à Fourleen Streums la voie ferrée de Kimberley à Mafekinjj. Il y a trente-deux heures de voiture, et ensuite deux à trois heures de chemin do fer.

Je partis de Klerksdorp à trois heures du matin, dans un cart à deux roues attelé de quatre mules. Pendant plus de trois heures, je fus ainsi secoué dans la nuit noire. Et l'on ne se fait pas une idée de ce que sont les chocs dans ces voitures à deux roues : les coachs sont un délice en comparaison; l'on est renvoyé d'un côté à l'autre, les fers et les bois vous entrent dans les côtes, la capote vient vous frapper la tète, bref on est heureux de voir le jour pour voir venir les coups et tàciier de les éviîer. Quant au pays, c'est toujours la même plaine monotone et ondulée, à peu pies dépourvue d'arbres.

Vers une heure après-midi, nous déjeunons à un village dont j'ai oublié le nom, avec des Boers, car désormais nous ne rencontrerons plus d'Anglais jusqu'à la frontière du Transvaal. Tout l'après-midi nous courons encore le veldt; nous faisons cependant une halte agréable auprès d'une ferme boer où il y a

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uu bel étang, un jardin, quelques arbres et de jolis enfants, et vers sept heures du soir, en pleine nuit, nous entrons dans une avenue d'eucalyptus : c'est Blœmhof. Seul dans la salle de l'auberge, un vieux Boer m'apporte de la viande froide et du pain qui sent le moisi. A huit heures, je reprends mon siège dans le cart, et au trot des quatre mules, qu'on a déjà changées une dizaine de fois depuis ce matin, nous roulons dans la nuit noire jusqu'à minuit. J'en étais à me demander si toute la nuit allait se passer ainsi, et je sommeillais vaguement sous ma couverture, car il faisait frais, quand le cocher me dit que nous allons dormir quelques heures.

En vain je cherche l'habitation où je pourrai dormir : il n'y a devant moi qu'une étable de mules et des huttes de nègres. Ce brave garçon de cocher avec qui j'ai eu quelques mots de conversation en boer, et qui s'intéresse à moi, me prend par le bras et me conduit dans l'étable. Là il me prépare une coucIr^ avec des sacs de mais et de foin étendus à terre. Lui, va se mettre dans un autre coin de l'étable. Je me couvre avec mon manteau et ma couverture et je m'endors profondément à côté d'une douzaine de mules et malgré les coups de sabot qu'elles donnent par instants : elles ne sont pas attachées. Devant moi s'ouvre la porte de l'étable toute grande. Vers deux heures du matin, je suis réveillé par une sorte de piétinement

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dans les jambes. Celaient deux mules qui, non attacliêes et se déplaçant peu à peu, étaient venues jusque sur moi. Je me retirai précipitamment en arrière et m'installai plus haut pour être, cette fois, à l'abri des coups de pied.

Ce réveil nocturne m'avait du moins procuré une autre sensation moins désagréable : la vue était si belle par cette porte grande ouverte sur le ciel criblé i'étoiles : je pensais à cette autre belle nuit, la première de toutes les nuits de Noël, vue ainsi d'une pauvre étable de Bethléem. Ces épisodes de voyage ont le don d'éveiller des souvenirs pittoresques.

A quatre heures du matin nous repartons pour être à midi seulement au chemin de fer. Nous déjeunons vers sept heures àChristiana, un joli village boer, toujours dans une plaine ondulée, immense et presque sans arbres. Mais au village même il y a des arbres. et des eaux courantes.

Peu à peu la végétation s'accentue à mesure que nous approchons du Vaal et de la frontière du Transvaal et du Bechuanaland. Et dans ces arbustes et ces végétaux il y a des alluvions diamantifères çà et là remuées par des mineurs. La voiture roule au milieu des arbustes et des grands buissons ; çà et là quelques pauvres maisons de paysans boers émergent à peine au-dessus d'eux. A l'une d'elles, un gamin nous apporte une lettre, et je lui donne uue boite de chocolat que

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j'avais prise pour suppléer aux besoins de la roule si mal satisfaits. Il me remercie par le plus gracieux des sourires, mais sans dire un mot; il semble distinguer que je n'ai pas l'aspect boer.

La frontière est de ce côté du Vaal. Rien ne l'indique, sauf une borne en pierre comme serait celle d'une propriété. De part et d'autre, c'est la même plaine d'arbustes et de buissons espacés. Mais il se passe une cérémonie qui lui doune sa signification. Un autre cart vient à notre rencontre et s'arrête à trois cents mètres de nous environ. Les cochers des deux voitures font de l'une à l'autre le transport des bagages. Je me transporte moi-même sur le sol du lîechuanaland et j'adresse un adieu k la terre du Transvaal, que je vais d'ailleurs revoir dans une semaine ou deux, mais par une autre voie,

A moins d'une demi-heure, voici les toits de tôle ondulée de la station de Fourteen Streams (quatorze rivières), dont le nom vient sans doute des nombreux affluents du Vaal en ce point, et à midi précis voici s'avancer la locomotive majestueuse et le train de Kimberley. L'on est mieux dans un compartiment de première que daus un cart, mais il fait chaud au Bechuanaland, plus qu'au Transvaal. Le train s'avance lentement sur cette voie qui va de Kimberley à Mafeking, car les rails et les traverses ne sont guère que posés sur le sol; il n'y a pas, ou presque pas de

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ballast, mais le sol absolument plat et uniforme se prête particulièrement bien à l'établissement d'une voie ferrée, et il en est ainsi jusqu'à Buluwayo.

Nous passons un beau pont en fer sur le Vaal,et enfin, vers deux heures et demie, nous voici en gare de Kimberley, une belle gare en fer et en tùlc qui contraste avec celle de Johannesburg. Mais celle-ci est en reconstruction.

Kimberley, la ville des diamants, est loin d'avoir l'ampleur et la régularité des artères de Johannesburg, la ville de l'or. Les rues y sont étroites et tortueuses, les maisons beaucoup plus souvent en tôle qu'à Johannesburg. Par contre, il y a quelques beaux arbres, comme des saules pleureurs, dans les rues, au Club, par exemple, qui a été incendié récemment et qu'on est en train de reconstruire. Par contre aussi, il y a des jardins publics beaucoup plus avancés qu'à Johannesburg, parce que Kimberley date de quinze ans plus tût, et enfin la campague est plus pittoresque. C'est toujours la plaine ondulée à perte de vue, mais avec des arbustes et de grands buissons, et ce vert égayé la vue davantage que l'éternelle prairie sans limites du k high veldt v .

Il fait plus chaud qu'à Johannesburg; l'on est à une altitude inférieure de cinq cents mètres au moins, et cela se fait sentir sur les gens et sur la végétation, qui est beaucoup plus tropicale.

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Mais on ne va pas à Kiml)erley pour y voir la végùtation, ou les rues et les maisons d'une ville de mineurs; il y a autre chose qui frappe immédiatement la vue, fascine et attire, et cela bien autrement <jue li s cheminées et les (as de tailings de Johannesburg. Cîî (|ui retient, c'est ceci. Quand on est au marché de diamants, une petite place correspondant à ce qu'o:i appelle ;■ les chaînes « à Johannesburg, on n'a qu'a jeter les yeux dans la direction d'une rue très courte, et l'on voit au loin quelques chevalements de puits ; dans l'intervalle on ne voit rien; on approche du bout de la rue, et l'on se trouve brusquement devant un vide béant, mais un vide tellement grand qu'il a l'air d'une convulsion de la nature et qu'il semble impossible qu'il soit l'ouvrage des bommes. Ce vide, c'est le pit de Kimberley, la mine de Kimberley, et il y eu a trois autres pareils, même plus grands, que nous verrons plus tard et qui s'appellent de Beers, Dutoilspan et Bult-fontein.

En attendant, celui-ci, qui est presque en ville, est un sujet d'élonnement et de contemplation pour longtemps. Il est en forme d'ellipse dont le diamètre moyen est de quatre cents mètres et sa profondeur est de près de cent soixante mètres. Les parois en sont d'abord à pic sur une bauteur de cent mètres, puis c'est le fond qui commence en amoncellements de débris de toute sorte pour se terminer par un petit lac

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aii-ilcssus duquel se balance une plate-foinie en bois suspendue par des lrin<]les en fer à deux cliaiues qui traversent l'abime départ en part. Celait Tinslallation d'une pompe deslinêe à épuiser Teau dans ce fond. Cela donne presque le vcrli^c. Et d'un cùfé ou voit déboucher une galerie qui vient du puits situé en face de nous, l'ancien puits de la Compagnie française, le French Shaft; de l'autre côté, c'est nu autre puits foncé à partir de la mi-profondeur sur nn soubassemeni de maçonnerie, tout ])rès des parois à pic, et qui parait s'enfoncer bien au-dessous du fond de la fosse. Du sommet de ce puits parlent deux câbles inclinés qui le rejoignent à la surface, vers un autre puits, et sur ces câbles se meut une plate-forme qui complète la relation du fond du puits avec le jour.

J'ai fait le tour de cette immense fosse qu'ont creusée des milliers de travailleurs pendant des années, et j'ai retrouvé des traces de toute l'ancienne installation, des galeries en bois qui en faisaient le tour et auxquelles on suspendait par des poulies les câbles qui extrayaient la roche diamantifère. Ces câbles étaient si nombreux qu'ils semblaient des traînées de pi nie torrenîiellc sur losanciennes pholographies qui en ont gardé le souvenir. Ils n'ont cessé de fonctionner que du jour où les éboulemcntsdes parois trop droites ont empêché absolument l'extraclion en précipitant plus de déblais qu'on n'en pouvait extraire el rendant la situation dangereuse.

DE JOIIA?:XF.SRURG A KIMBERl.EY. 2n

Actiiellcnicut on exploite la roche (liaiM anlifore par naleries souterraines invisibles au-dessous (Je cet abîme

béant, et l'extraction se fait dans des proportions merveilleuses. L'on arrive à extraire par un seul puits quatre mille tonnes (cinq mille loads) en douze heures. C'est un record d'extraction. JVous n'avons pas l'intention de décrire l'exploitation actuelle des diamants, pas plus que l'histoire de leur découverte et des phases qu'ils ont traversées; il y a longtemps que d'autres que nous se sont cliar^jés de le faire. Plusieurs faits cependant frappent les visiteurs : c'est d'abord l'ordre et la rapidité de l'extraction dans la mine, et la méthode d'exploitation de la roche diamantifère. Cette méthode est la plus simple de toutes, c'est celle qu'on appelle \eJoudroya<je; elle consiste à tracer des galeries boisées en damiers, suivant des étages en gradins, et à abattre la roche en revenant toujours en arrière et laissant ébouler tout ce qui se trouve par-dessus. C'est ainsi que le grand trou va toujours s'approfoudissant mais se remplissant à mesure des débris éboulés provenant des parois. U y a parfois des accidents, il faut le dire, dans cette manière d'opérer. Les noirs sont fort insouciants et ne se retirent qu'au dernier moment.

Au jour, ce sont d'autres détails qui étonnent les visiteurs : la simplicité des procédés de lavage et d'enrichissement de la roche diamantifère, le broyage des lumps, ces sortes de nœuds dans la roche qui résistent

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an lavage et aux allérations par l'exposition au soleil ft aux pluies. Puis ce sont ces immenses et véritables champs de diamants, des champs clos de fil de fer où l'on dépose la roche extraite des puits sur des kilomètres carrés de surface et une épaisseur de vingt à trente centimètres. Des voies ferrées traversent ces champs, et des wagonnets les parcourent sans cesse soit pour y déposer la roche, soit pour la charger et la transporter aux usines de lavage. C'est un va-et-vient continu le long de câbles sans fin, longs d'une dizaine do, kilomètres. La roche est exposée de six à douze mois au soleil, à l'air et aux pluies, pour se désagréger, et elle est prête alors pour le lavage, sauf les linnps f{ui vont au broyage. L'on évite ainsi le broyage et le ris(]ue de casser les diamants.

La mine de Beers est absolument dans les mêmes conditions que celle de Kimberley : chacune d'elles est à une extrémité opposée de la ville, et elles se servent des mêmes usines. A Dutoits-pan et à Bultfontein on travaille encore à ciel ouvert au fond d'abîmes plus grands encore que ceux de Kimberley et de de Beers.

A Bultfontein, immenses rochers plongeant dans un lac véritable étincelant au soleil, tableau tout à fait alpestre, quoi(|ue dû à la main de l'homme, j'ai été témoin d'un spectacle extraordinaire, celui de la décharge générale de tous les coups de mine préparés

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depuis vingl-quatre heures de fontes parts pour briser la roche. II n'est pas de canonnade comparable à ces rclats nets et rapides de la dynamite répercutés dans CCS abîmes : et il s'en dégage des torrents de poussière, dos masses de roches lancées dans l'espace, des éboulementsqui se précipitent et ajoutent leur crépitement au bruit grandiose de la basse dominante de la dynamite. Tout tremble à la fois, et il ne serait pas prudent de se tenir trop près des bords de ce cratère.

Dutoits-pan est la plus grande de ces excavations. Elle a la forme d'un haricot, et sa longueur dépasse un kilomètre. On y travaille comme à Bultfontein. Enfin, a U'esselton, un peu plus loin, se trouve la dernière mine de diamants, la plus récemment découverte et la seule dont l'affleurement fût en creux, alors que celui des autres formait un dôme snigissant légèrement de la plaine uniforme de Kimberley.

Deux choses enfin sont très intéressantes à Kimberley : le triage des diamants de la roclie lorsqu'elle a atteint son maximum d'enrichissement, et ensuite le classement des diamants par catégories. Après le triage, les diamants sont envoyés chaque jour au classement par une escorte armée. Cette dernière opération se fait dans les bureaux mêmes de la Compagnie de Beers, dans des locaux spéciaux : j'ai vu là des diamants pour des millions, mais cela n'a vraiment rien de bien séduisant à contempler, ces milliers de pierres

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jaunes ressoiiant sut- du papier blanc. Car la plupart sont jaunes; les blaucs, les bleuâtres, verts ou rosés, sont très rares. Il n'y a presque pas de diamanU noirs. Beaucoup ont toules leurs faces crisiallines, mais en surfaces recourbées et non planes, el cela f;iit un effet singulier. Quelques personnes en ont une telle babitude que dans des lots de diamauts mélangés des quatre mines, elles feront sans bésiter le groupement par mine; on a de la peine à le croire, tellement ces pierres paraissent semblables les unes aux autres.

Un autre speclacle c'est celui de la fouille des ouvriers noirs, qui réussissent malgré tout à receler quelques diamauts ; ils ont employé toules les ruses. Le meilleur moyen a été de les parquer dans des logements ou compounds dont ils ne peuvent sortir que pour leur travail.

Une fois assortis par dimension, couleur et pureté, les diamants sont vendus par lois à un syudicat qui représente les principaux marchands de diamants du monde entier. Ils sont vendus à un prix fixe moyen, el la production est toujours calculée de façon à être en rapport un an à l'avance avec la demande prévue. Les lots varient depuis dix mille jusqu'à deux à trois ceul mille carats. Le plus gros diamant que nous ayons vu pesait cinq cent quatre carats, il était de la dimension d'un petit œuf de poule, mais de couleur jaune, avec une cassure et une tache vers le centre : il a dû être

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divisé eu plusieurs autres pour pouvoir être laillé.

L'administration de Beers a construit pour ses employés blancs un village à quelques milles de Kimberley, qui s'appelle Kenilworth. C'est un vrai parc avec des bois d'eucalyptus et de pins, de larges avc- Dues, des pelouses de tennis, et de jolis cottages avec des jardins. A l'extrémité se trouve en ce moment une usine de lavage, car ces usines voyagent à mesure qu'elles ont épuisé un de leurs champs de diamants, pour se porter vers un autre champ, et, à chaque station, elles font une nouvelle accumulation de résidus de lavage, de vrais tas de tailings, comme ceux de Johannesburg.

Je suis revenu en chemin de fer de Kimberley à Johannesburg. C'est un long voyage; l'on part à trois heures du soir pour n'arriver que le surlendemain à neuf lieures du matin, mais il y a au moins cette différence avec le voyage du Cap, que l'on a à peu près évité la traversée du Karroo. Avant le Karroo, il y a pourtant un fort joli paysage à traverser lorsqu'on vient du Cap ; c'est celui d'Hex River, une belle vallée verte arrosée d'une large rivière, entre de hautes montagnes vertes, mais malheureusement toujours dépourvues d'arl)rcs. La voie ferrée s'élève le long de ces pentes, traverse plusieurs tunnels, et les profils des montagnes se dressent toujours plus pittoresques avec leurs étages de contreforts

Le Karroo est une traversée pénible. Il y fait chaud, et la vue de celte terre rouge semée de touffes d'herbe espacées, de ce sol tourmenté, mais ne figurant que de basses et mesquines collines, n'est pas faite pour reposer la vue. Cela n'a pas la grandeur du désert, et ce n'est pas un désert puisque la terre est fertile et que, sans irrigation même, elle entretient des troupeaux de moutons et surtout d'autruches, qui font, depuis des années, la richesse de la colonie du Cap : on rencontre ces animaux tout près du train, qui ne les effarouche plus. Quelques villes animent un peu ces paysages : Naauwport, Bcaufort West, avec leurs cottages blancs, leurs jardins et leurs parcs, près des rivières, puisl'infiui désert du Karroo recommence pendant des heures.

C'est vraiment un soulagement pour l'œil et un repos pour l'être tout entier que de voir peu à peu venir la prairie verle de l'Etat d'Oi'auge, et lorsqu'on a enfin franchi le pont en fer de l'Orange River avec ses travées de près de trois cents mètres, on se trouve alors eu pleine prairie, baigné dans un vert d'une douceur et d'une richesse infinies qui ne laisse pas surgir une pierre. Toujours les arbres manquent, mais l'air est plus vif, et ces verts tempèrent la chaleur. Le gibier abonde encore, depuis les oiseaux de toute sorte jusqu'aux antilopes. Il y a siuiout des oiseaux à longue queue que l'on voit voler à ras des herbes presque à cha(|uc instant.

DE JOHANNESBURG A KIMBEULEY. 2:i3

Quand ou a franchi tout l'Etat d'Oranjje, après les arrêts de Blomfontein et de Kronstadt, oii Ton goùlc des repas réconfortants, on traverse le laal, et voici la douane de Vereeniging. C'est le Transvaal que nous connaissons bien, toujours la prairie, mais cette fois ondulée avec des collines à l'horizon, et peu à peu les cheminées et les usines en tùle viennent l'appeler qu'on arrive dans la capitale de l'or, Johannesburg.

ciiAPirii!: MV

DE KAAP ET BARBERTON.

C'est lorsque les champs d'or de Pilgrim's Rcsl furent fermés aux mineurs que ceux-ci découvrirent les mines d'or de Barbertoii et de la vallée de de Kaap (le Cap), parmi lesquelles se trouvait la fameuse Slieba. Celte uouvellc région est tout à fait dans le sud de Lydenburg, au delà des montagnes qui forment la rive droite du Crocodile River, par suite, au sud de la voie ferrée de Delagoa-Bay.

L'accès en a été rendu très facile maintenant par cette voie ferrée et par son embranchement qui part de Kaapmuiden et va jusqu'à Barberton. Le dernier tronçon de l'embranchement n'était pas encore tout à fait achevé lorsque je suis allé pour la première fois à Barberton. On se rendait en coachde la station d'Avoca à cette ville.

Il m'a fallu vingt-quatre heures depuis Johannesburg : partir à sept heures du soir pour arriver à la

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même heure le lendemain. J'avais déjà fait une parlio de ce trajet en allant à Lydenburg, jusqu'à la station de Machadodorp, où l'oii arrive à six heures du maliu ; mais c'est la partie la plus monotone. A partir de \h seulement, on commence à descendre des hauts plateaux. Entre les deux stations suivantes, qui s'appellent Waterval-Boven (cascade d'en haut) et Waterval-Under (cascade d'en bas), on fait une descente de deux à trois cents môtres, et dans un paysage bien curieux.

La descente est si rapide qu'il a fallu installer une voie à crémaillère, et une seconde locomotive vient s'ajouter à la queue du train. C'est une gène considérable pour les transports et que l'on aurait pu éviter en faisant un détour, mais pour les voyageurs cela rend, du moins, le trajet beaucoup plus intéressant.

.'iprès avoir traversé un tunnel déjà en forte pente, long de plusieurs centaines de mètres, et en courbe, l'on débouche brusquement en face d'un vaste cirque de montagnes dans la profondeur duquel se précipite un torrent en une suite de cascades qui lui font un lit blanc d'écume. Les pentes sont couvertes de végétation forestière au voisinage du torrent. Peu à peu, ce sont des arbustes, puis des buissons jusqu'à la hauteur de la voie ferrée ; au-dessus commencent les herbages, et c'est alors une paroi à pic de rochers très hauts, ceux que nous avons dû traverser en souterrain.

Cette haute paroi de rochers, qui enferme tout le

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cirque, se termine par un sommet presque uniforme el aplani. Au lever du soleil, elle a une teinte rose; en plein jour, elle est rouge; ce sont les mêmes rochers qu'à Lydenbiirg, et ils tranchent surle vert des herbes et des bois qui escaladent les pentes et viennent mourir àleurs pieds. L'aspect en est sauvage, avec quelque chose de fier et de dominateur. On diraitla muraille d'une citadelle immense fermée de toutes parts et infranchissable. C'est comme la porte du Trausvaal, et l'on sent les Boers à l'abri derrière celte ceinture de rocliers; leurs pâturages sont là-haut sur ces crêtes, où souffle un air plus pur, sur ces plateaux balayés par les vents, tandis qu'en bas c'est la chaleur qui commence. Il y a quelque chose de la Suisse, sauf que les barrières de montagnes qui défendent les pâturages suisses sont beaucoup plus hautes : les montagnes dominent les plaines, tandis qu'ici c'est la plaine qui domine les montagnes.

Jusqu'à Waterval-Under, c'est une suite de cascades; la voie feri'ée finit par descendre presque au niveau de la rivière lorsqu'on arrive à la station. Là on a la bonue fortune de trouver, vers sept heures, et grâce à un Français, M. Mathis, des rafraîchissements et un déjeuner servi très convenablement. Les Boers ne sont pas du tout portés vers le confort. Sur toute la longueur des lignes transvaaiiennes, on ne trouve pas un endroit où se restaurer, et il faut emporter des provi-

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sions, pour aller à Natal, par exemple. La seule exception est celle de Waterval-Uiidcr, et elle est d'autant plus agréable.

Le paysage est joli : il y a des bois, de la brise, ce n'est pas encore la chaleur des bas pays; les chasseurs s'y donnent rendez-vous, car il y a des antilopes, c'est un des endroits les plus sains du Transvaal.

A mesure que nous descendons maintenant le long du Crocodile River, la chaleur augmente, et la végétation devient tropicale. De grands arbres ombragent la rivière, et les pentes sont couvertes de cactus, de plantes grasses, de buissons épineux. C'est surtout sur les bords du Crocodile (ju'il est intéressant de voir les lianes entrelaçant les arbres et formant des fourrés impénétrables. La vaUée devient bieutùt très étroite; c'est un vrai ravin profondément encaissé. Il s'ouvre de nouveau pour former une petite plaine entre des montagnes, et l'on arrive vers une heure à Kaapmuiden, où se trouve l'embranchement de Barberton, et où M, Mathis tient à notre disposition un nouveau déjeuner non moins confortable que le premier.

Mais qu'il fait déjà chaud à Kaapmuiden, sons l'abri en tôle de la gare, et plus encore au soleil! On a hâte de retrouver un wagon où la marche du train procure du moins un peu d'air. Et puis la saison est d'une sécheresse telle qu'on n'eu a pas vu une pareille depuis bien des années. L'herbe est brûlée de soleil, et il y a

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des sauterelles par nuées. Ce sont peut-ôlre celles du Maslîoualand qui, après avoir dévasté ce pays, sont venues an Transv.^al ; mnis non ! i! y en a sans donle au Transvaal tout .'i;itant qu'au Cliartei-land, et c'est une véritable plaie. Leur passage devant le. sol. 'il donne l'illusion de nuages, mais quand on y regarde, on voit scintiller ces milliers d'ailes à travers les rayons brûlants du soleil. Le train en fait voler sous sa marche comme une poussière verte et jaune auparavant invisible, et c'est ainsi jusqu'à la station d'Avoca.

Là nous montons dans un coach ; nous eu avons pour près de quatre heures. Depuis lors, j'ai fait ce trajet en une heure et demie en chemin de fer, et j'ai trouvé une forte difTérence, malgré le pittoresque des diligences. La route était une série de montées et de descentes, et de passages à gué de la rivière, Queen's River, qui est assez large, et qui dessine des méandres sans fin après être sortie des gorges. Au-dessus de nous se dressent les ponts en fer de la voie ferrée, de vrais ouvrages d'art, puis ce sont des usines à or, des batteries de dix pilons, Joe's Luck, Caledonian, Consort, des maisons de mine, IVoodstock, Les batteries sont ici, au bord de la rivière, et les mines sont là-haut, au sommet des montagnes.

Après les gorges, la vallée s'ouvre et forme comme un cirque immense ; les dernières montagnes sont à l'horizon tout à fait. Tlusieurs rivières viennent arroser

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celte vaste plaine, qui est proprement la vallée de de Kaap et parait être très fertile. Les moutagnes de la Sheba s'écartent de leur direction et font un grand contour pour aller rejoindre celles de Moodie's qui étalent là-bas bien loin, en face de nous, leur verdure ondulée. A leurs pieds nous distinguons bientôt la petite ville et les forêts d'eucalyptus de Barbertou Ce n'est plus la nature seule qui a fait pousser là cette végétation; on reconnaît le travail de l'homme. Quand nous y arrivions en coacli, il fais;iit nuit noire. En chemin de fer on arrive vers quatre heures, et l'on a tout le loisir de chercher l'hùtel confortable et de se présenter au Barberton-Cluh.

Mais il fait chaud en été à iîarberton. La première nuit que j'y ai passée en février 189G, j'ai réellement souffert de la chaleur. En hiver, au contraire, eu juin et juillet, la température est charmante, il fait de l'air, les soirées sont fraîches sans être froides, et ce pays, avec ses profils de montagnes, a un aspect bien plus séduisant que les immenses plaines de Johannesburg.

Il y avait plus de maisons en lùle que de maisons en briques avant l'arrivée du chemin de fer. Depuis lors, ou a bâti quelques jolies villas. L'hôpital est très bien entretenu. Et surtout il y a ce qui manque à Johannesburg, de charmantes promenades de chaque côté de la ville. Du côté de la Sheba, au nord-est, la route à flanc de coteau, ombragée d'eucalyptus, domine

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rimmense cirque de de Kaap. Du côté de l'ouest, de Moodie's, c'est pi us joli eucore. On longe en plaine des montagnes découpant leurs profils très doux sur l'admirable ciel d'Afrique, et ces pentes vertes, à la lumière du matin ou du soir, prennent des teintes extrêmement tendres qui rappellent étrangement celles des vallées de la Suisse.

Tout à fait au nord, lorsqu'on a traversé la plaine de de Kaap et ses nombreuses rivières, on se trouve encore dans un autre dédale de montagnes, le Kantoor, où les mineurs de Lydenburg trouvèrent de nouveaux champs d'alluvions : il y a actuellement deux mines •d'or : Barretts et Cœtzestroem, un nom qui me rappelait la Bretagne. Le Kantoor est la plus haute des montagnes de cette région. Vers elle viennent converger, comme des contreforts, des séries d'alignements montagneux dont l'autre extrémité vient mourir daus la plaine. Ce sont de curieux paysages à parcourir. Il y a de petites agglomérations de maisons en tôle à Jamestown, Albion, etc. Ailleurs, Morlh Slieba, ce sont de vraies huttes de nègres où habitent les mineurs, des huttes rondes en bois presque à jour, où ils étendent par terre un lit de couvertures. Mais on dort facilement à la belle étoile sous le beau ciel d'Afrique.

Il y a cependant des serpents : à une mine de quartz où j'ai fait travailler quelque temps, un nègre voulant retirer du miel d'un arbre creux, eu y plongeant

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son bras, fut mordu par un cobra. Il était mort une heure plus tard lorsque ses camarades s'inquiétèrent de lui et allèrent le chercher. Le cobra, le mamba, le puffader sout les trois variétés les plus dangereuses : le mamba seul est d'assez grande taille ; il atteint près de deux mèlres.

C'est dans les montagnes de Moodie's que j'ai passé les plus agréables journées de mes séjours dans ce district de Barbertou. L'on est obligé de faire toutes les courses à cheval : dans ces montagnes, les cliemins sont impraticables aux voitures, et c'est un plaisir bien plus grand de se trouver seul à seul avec la nature; qu'elle soit triste ou gaie, elle est toujours belle. Et il y a de si jolis recoins perdus dans ces gorges où se précipitent les torients qui sont nés près des sommets de Moodie's! Il faut d'abord faire une bonne ciievauchée le long des pentes avant de s'y engager, et, quand on veut y pénétrer, il y a plusieurs chemins, ou plutôt des sentiers plus ou moins larges, parfois imperceptibles. Un seul chemin véritable conduit à la mine de Pioneer, et ce chemiu-là aussi est fort joli.

Plus on monte, plus le pays prend de la ressemblance avec la Suisse par ses ravins et ses montagnes, ses torrents qu'on franchit sous les arbres. Et lorsqu'on arrive à l'auberge du Pioneer, quel repos délicieux Ton goûte sous sa véranda où souffle la brise en face de ce pays vert auquel le soleil d'Afrique

donne une splendeur de plus en le recouvrant de sa^ lumière dorée. C'est comme une poussière transpa-'' lente iulinimeut ténue qui semble ressentir toutes les' vibrations lumineuses.

Les aulres sentiers qui conduisent à Moodie's sont plus sauvages et me plaisent davantage encore. La nature y possède ce charme des choses (|ui déplaisent au premier abord, mais quand on la rendue familière, qu'où a [)ris l'habitude de son soleil, ou subit pleinement la joie de communiquer avec elle, d'en faire partie, de se sentir aussi un fils de celte terre. Alors, peu à peu elle vous rend le sacrifice que vous avez fait pour elle, et vous découvre des beautés dont vous jouissez davantage. A mesure qu'on gravit ces coteaux aljrupts, la vue s'éteud magnifique de plus eu plus loin, la brise vient vous rafraîchir, des sources naissent sous vos pas, les ravins s'ouvrent en pleiu ciel, on marche sans peine sous le ciel d'Afrique devenu clément, et c'est ainsi durant des heures.

Mais il y a là surtout, près des sommets, sur une pente verdoyante, au bord d'un petit vallon ombragé de grands arbres, une petite maison solitaire avec un jardin et des plantes grimpantes, et celle-là je n'y penserai jamais saus regret et sans tristesse. La vie y semblait si heureuse, et le malheur est venu y frapper si cruellement!

Ce lut une xérilable découverte! que celle que je fis,

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. Mooilie's, (l'une famille originaire comme moi de la îavoie, de ce beau Cliablais qui s'étend sur les rives iu Léman, le plus beau des lacs, et je passai là plusieurs jours. On comprend si le Cliablais fut évoqué en face de celte inimeusilé de la vallée de de Kaap, tout en bas sous nos pieds, qui nous donnait les illusions d'une mer. Il y avait quatre jolis enfants de trois à onze ans; l'aîné était un garçon, il parlait anglais, mais s'était mis à étudier le français, qu'il prononçait avec une grâce charmante. Deux petites filles venaient ensuite, l'une plus grave et sérieuse, l'autre déjà gracieuse, et toujours aux bras l'une de l'autre. Le dernier était un joli bébé qui commençait à parler.

X'ous eûmes un jour un orage : ils sout fréquents en éléà .Uuodie's, et la pluie y verse ses torreots avantqu'on ait le temps de la voir venir : les tonnerres y fout retentir les échos des gorges, et les arbres mouillés ont des aspects qu'on avait oubliés dans la sécheresse de Johannesburg. Dans ce milieu paisible, on jouissait vraiment du charme de la vie patriarcale. Je me rappelle, lorsque je partis, les attentions de ce petit Henry, l'aiué des enfants, (|ui me conduisit chercber mon cheval à un (juart d'heure de là dans la montagne et daus les arbres, où l'on avait installé une étable de bestiaux.

A deux reprises, je vins ainsi passer quelques jours à Moodie's, et c'était un charme de penser, lorsque je

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devais aller à Barberlou, que j'y retrouverais ce milieu, que je reverrais autour de moi ces jolis enfants et leur mère, et que nous reparlerions du Chablais en face de ce beau paysage. Hélas! je ne devais jamais les revoir une troisième fois. Ils s'embarquèrent pour la France, sauf le père, qui devait les rejoindre plus tard, et ils avaient pris ce funeste bateau qui s'appelait le Dnunmond Castle. Si du moins ce pauvre père avait gardé avec lui son fils aîné ! On ne devrait jamais confier ainsi à la fois tout ce qu'on a de plus cher à la fortune d'un paquebot.

Quelle affreuse catastrophe, et quelle pénible surprise j'ai eue à Johannesburg, en lisant parmi les victimes les noms de Mme H... et de ses quatre enfants ! Et que je plains ce pauvre père, à qui il ne reste plus personne au moment où la vie commence à s'avancer. Le Driuiunond C«5/Z(? portait plusieurs familles comme celle-là. On envoie les cnfunts en Angleterre pour leur éducation ; ou ferait mieux de les faire élever en Afrique, les parents ne s'en sépareraient pas à de telles distances. Mais pas plus que nous, au fond, les Anglais n'abandonnent l'idée de la patrie, et l'on ne .'^aurait le leur reprocher.

Ce pauvre Modie's.cejoli site, cette jolie petite maison au sommet des montagnes avec ces bouquets d'arbres près du torreut! Quand on a passé là deux ans, qu'on doit avoir de la peine à lequitJerpour toujours! Je gar-

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