‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 54 sur 63 · DE KAA1> ET BARBERTOX · texte numérisé non relu

DE KAA1> ET BARBERTOX

derai, moi aussi, qui n'y ai passé que quelques jours, un doux et profond souvenir de cette famille et de l'accueil que j'y ai reçu. Cela ne peut s'oublier, un intérieur si vivant et si subitement anéanti pour toujours. Barberlou avait si peu d'attraits pour moi que, lorsque j'ai voulu visiter les mines de la Sheba, j'ai préféré louer un cheval et passer huit jours au sommet lies montajjnes. J'étais logé chez un Ecossais, et je jouissais vraiment là, commeàMoodie's, de ces aurores et de ces soirées magnifiques sous le ciel d'Afrique; à ces hauteurs on est comme au-dessus du monde, que l'on ne distingue que vaguement dans les profondeurs. Et puis ce chemin qui mène de Barberton à la Sheba est très pittoresque, mais bien long à faire matin et soir : il y a trois heures à cheval en allant vile. On gravit la montagne dans des gorges où croissent des bouquets d'arbres, des euphorbes et des cactus, jusqu'à une ccrtaiue hauteur, puis on émerge de ces fonds obscurs pour s'élever bientôt en pleine lumière en contournant des coteaux arrondis, couverts d'herbe, en forte pente. Alors c'est un délice de sentir la brise qui souffle constamment, de voir de plus en plus loin les alignements de montagnes, dans tous les sens, former un véritable chaos, et, d'un autre côté, la vallée de de Kaap s'enfoncer dans la lumière dorée, et ses rivières serpenter comme des bandes d'argent. On ne sent plus la chaleur, et l'on sent seulement venir l'appétit lors-

qu'on arrive devant un bois d'eucalyptus et une auberge qui s'appelle Fairview (belle vue), et où l'on trouve une hospitalité, sinon confortable, du moins suffisante.

Bientôt GO distingue les ouvrages de la civilisation, et des mines d'or. Ce sont des câbles aériens, supportés par de hauts échafaudages en fer, escaladant les pentes et alignant leurs formes grêles, tandis que sur le vide se balancent quelques bennes encore pleines de minerai. Il y a longtemps que ces engins sont abandonnés, après avoir coûté des sommes fantastiques.

Ces câbles à eux seuls vous indiquent où doit se trouver la fameuse Sheba, la reine des mines d'or. Il y a deux câbles, en effet, qui vont s'y croiser, tous deux abandonnés.

On redescend un ravin pendant quelques instants, et brusquement on voit à ses pieds une accumulation de maisons en tôle de toute sorte, des chevalements de puits, des cheminées d'usines, des carrières à ciel ouvert, des tramways; le bruit d'une batterie de pilons vient frapper votre oreille, des êtres par centaines se meuvent en tous sens dans le ravin. C'est la vie intense de la mine d'or véritablement riche, mais dans un paysage qui n'est plus si riant que celui que nous contemplions tout à l'heure. La roche affleure en maints endroits; il n'y a pas un arbre, et de rares buissons dans le creux où passe le torrent. Mais on réfléchit

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([n'en quelques années plus de trente millions d'or sont sortis de cette roche, à cette place où il y a maintenant lin trou béant, dans ces souterrains oii il y a des vides iîiunonses do trente iiiillo niMres cubes, éclairés à la liiniière électrique, et cela donne un autre sens à ce pnysage. Il a d'ailleurs une sauvage grandeur qui plaît bien davantage que la plaine de Johannesburg, et puis il n'y a qu'à faire quelques pas sur les sommets pour jouir d'une vue incomparable dans un climat magnifique.

J'en ai profilé, de ces huit jours, pour voir toute une série d'autres mines qui sont comme les rayons de l'étoile de la Siieba. Chaque soir et chaque matin, je venais m'asseoir sur le versant d'une de ces croupes de montagnes, et je regardais leurs ombres immenses s'enfoncer dans la plaine; chaque fois l'on découvre une nouvelle beauté à ces horizons rouges, roses et bleus, à ces teintes adoucies que prennent, le matin, les contours des montagnes et les pentes vertes couvertes de rosée. Et là-bas, à l'horizon, c'était Moodie's, où, au grand soleil de midi, je pouvais encore distinguer la petite maison blanche, un tout petit point blanc, mais (|ui avait vu tant de sourires enfantins, et qui n'était plus maintenant qu'un foyer déserté.

Le moment do mon départ du Transvaal approchait aussi. A l'origir.L'. mon intention était de repartir pour le Charterland, une fois la saison des pluies écoulée;

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mais voilà qu'il n'y faut plus songer maintenant : les noirs se sont révoltés à Buluwayo, à Salisbury et dans lout le pays, ils ont massacré des blancs par centaines, ceux qui vivaient isolés et confiants dans les districts éloignés, et parmi eux plusieurs que j'ai connus. i\otre guide dans nos courses en char à bœufs, un brave garçon du Cap, dévoué et adroit, avait fait le coup de feu contre les Mashonas, et je devais le retrouver à mon départ avec un bras amputé, et l'autre dont il pouvait à peine se servir. Il est difficile de savoir quand cette guerre finira. Les Anglais ont, eux aussi, leurs tribulations en Afrique, mais nous en souffrons également, puisqu'il faut renoncer pour cette année à retourner aux mines d'or du Cliarterland.

A Johannesburg, où je retournai depuis Barberton, je passai encore quebjue temps de juillet à août. Croirait-on qu'il y fait (|uatrc et cinc] degrés au-dessous de zéro la nuit, et même le soir dès le coucher du soleil, entre cincj et six heures? îl y a de la glace en Afrique. Mais on se sent revivre par un temps pareil. On fait des promenades de plusieurs heures à pied, par une forte bise qui vous glacerait sans la marche, et ces promenades sont impossibles durant tout le reste de Tannée. C'est vraiment un bon climat (|ue Johannesburg, et lorsque je me décidai à le quitter, ce ne fut pas sans espoir de retour

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