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Umgezi et Sabi, fut construit le fort Charter et, à 68 milles plus au nord, le fort Salisbury, à 8 milles (lu mont Hampden, l'objectif de rexpédition. Salisbury ne fut pas placé au pied du mont Hampden, à cause du manque d'eau en cet endroit. Ce ne fut pas sans une joie bauteraent manifestée que l'on vit de loin les croupes du mont Hampden se profiler sur le ciel. On arriva à Fort Salisbury le 12 septembre ; c'était sur des collines à la lisière de grands bois, près d'une peiite rivière. Un cbevreuil égaré avait traversé de bout en bout la ligne de marche de la colonne. Le grand plateau de Salisbury est à 1,700 mètres d'altitude et toujours rafraîchi par la brise.
Pendant cette marche de 400 milles, pas un coup de feu n'avait été tiré par les pionniers ; il n'y avait pas un pour cent de malades, les autres étaient en parfaite santé, à peine fatigués. Depuis Mafeking, ils avaient fait 800 milles environ, à raison de 10 à 11 milles par jour avec 65 chars à bœufs pesamment chargés.
Le colonel Pennyfather passa la revue de la colonne, le drapeau anglais fut arboré sur un mât, le révérend Balfour récita une prière d'action de grâces, trois ':: rrahs furent poussés pour la reine Victoria, et vingt et un coups de canon furent tirés.
Tel est le récit de la marche des pionniers qui a décidé de l'occupation, par l'Angleterre, du Mashonaland et plus tard du Matabcleland. Le récit de la guerre du Mata-
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l)tlelaudcu 1893 contre le roi Lobeugula, guerre dans laquelle les volontaires anglais furent conduits par le docteur Jamesou et le major Forbes, est le second chapitre do l'occupation, le troisième étant rempli par la révolte des noirs en ]895. Mais il serait trop long de décrire ici ces événements, et, après cette digression déjà longue, mais que l'on n'aura pas, je l'espère, jugée fastidieuse, nous reprenons notre journal (1).
V Equateur. — AS degrés avant l'Equateur, la chaleur devient assez forte, bien que le ciel soit couvert ; le soir, pendant un concert organisé sur le pont, qui a été tendu de drapeaux, un orage s'élève, mais reste éloigné et ne dure que deux heures.
Nous avons passé l'Equateur par un ciel couvert et un vent tellement frais qu'il fallait plutôt se couvrir. Le lendemain, cependant, le soleil se lève superbe dans un ciel sans nuage, et il fait une chaude journée. Les vieilles plaisanteries de la ligne sont épuisées, mais nous en trouvons de nouvelles : comme notre marche s'était ralentie, nous avons convaincu un brave garçon un peu simple que c'est à cause de la difficulté de monter le renflement de la terre à l'Equateur, et que, passé la ligne, la desceute se fera beaucoup plus vite. L'événement nous donne raison, et c'est tout juste si nous ne nous convainquons pas nous-mêmes.
(1) Pour compléter ce récit, nous avons emprunté plusieurs détails à l'ouvrape de Mathers : Zambezia.
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La mer est toujours d'ua calme extraordiuaire, el, sans la houle de foud, le bateau semblerait immobile : d'ailleurs il faut y prêter altciitiou pour sentir cette houle, et presque pas une des dames du bord n'a le mal de mer.
Le menu du bord se raréfie et l'on vit de conserves ; il n'y a pas de viande fraîche, et l'on nous sert même des choses qui sont près de nous donner le mal de mer, des blancs-mangers et des gélatines de toutes couleurs. Et puis ce sont les sauces impossibles, mélanges de toutes sortes de produits pimentés, toujours les mêmes d'ailleurs. On se rappelle involontairement le mot de Veuillot : « Les Anglais ont une infinité de religions, mais une seule sauce. « Vraiment, ils en sont restés à la cuisine du moyen âge, à celle que Guillaume le Conquérant leur a importée de France, et si, comme le prétend un de nos passagers, la cuisine est l'indice de la civilisation, ils sont bien eu retard.
Le bal masqué était assez réussi : les dames avaient de brillantscostumes. Parmi les hommes, il y avait un costume assez curieux, mais évidemment incommode, c'était un phare électrique. Le bateau est si long qu'on ne sait pas ce qui se passe à 60 ou 80 mètres de distance, dans les salons, le bar, les fumoirs, sur les divers points du pont. C'est une ville flottante.
Je regarde, le soir, la Croix du Sud; lorsqu'elle commence d'apparaître, elle me semble bien peu bril-
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lante, comparée à uos constellations du Koid : mais à mesure que nous allons au Sud, elle monte dans le ciel, et son éclat augmente. Cependant le ciel austral me paraît inférieur au ciel boréal, sauf la Voie lactée, qui a des zones semblables à une poussière éblouissante avec des vides absolument noirs
Le vent se levé, ii a soufile assez fort les derniers jours avant d'arriver au Cap; c'est le cas général, à l'extrémité de l'Afrique, la mer est plus agitée. Les jours baissent incroyablement ; c'est le brusque passage de rélé do France à l'hiver du Cap, et il fait froid, il faut se couvrir. La nuit tombe très vite, vers cinq heures, et la lune montre, nous affirme- t-on, une face un peu différente de celle à laquelle nous sommes accoutumes, peut-être voit-on un peu plus le bord du sud, un peu moins celui du nord : la figure qu'on y distingue rappelle celle des deux Amériques, et non plus la tète de bonhomme qu'y voient nos paysans ; c'est sans doute afï\ure d'imaginations différentes.
Ce dernier soir, il y a soirée et bal d'adieu sur le pont : voilà dix-sept jours que nous sommes sur ce bateau avec les mêmes personnes, et l'on finit par s'y attacher; demain nous nous quitterons, et Dieu sait si nous nous reverrous : il y a des figures plus sympathiqucsqu'on adcla peineàquilter. Nousvoicienfincn vue des montagnes du Cap, qui font une longue ligne très accidentée dont les sommets dépassent 1,300 mètres;
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avcc los nuajjos qui pendeut de la Table, on croirait arriver sur les côtes d'Ecosse. Le temps a été si beau, et uous avons été si seuls sur le grand cercle si borné de l'horizon de la mer, qu'il ne nous semble pas que nous nous soyons déplacés depuis les côtes de la Alanclic : depuis hier pourtant, le temps est couvert, et il vente; la boule est assez forte, mais le bateau est si long qu'on ne sent qu'un fort roulis. \'ous avons fait 5,9713 milles marins en 397 heures, soit une moyenne de 15 milles à l'heure.
Le Cap. — Tons nos projets sont changés. Xous comptions aller en Rhodesia par Kimberlcy et Mafeking et en sortir par Bcira, et l'on nous fait entendre qu'il vaut mieux y aller par Beïra et la colonie de Mozambique, parce que ce dernier pays serait en pleine saison des pluies et difficile à traverser en décembre prochain. Nous nous laissons convaincre et nous retenons nos anciennes cabines sur le Norman, qui nous conduira jusqu'à Durban (Xalal), d'où le bateau allemand qui fait le service sur la côte est d'Afrique nous transportera à Beïra.
En attendant, nous profitons d'une relâche de trois jours pour visiter Cape-Town. C'est une ville en amphithéâtre devant une haïe assez large, enfermée dans une sorte de cirque naturel formé par la montagne de la Table et ses deux contreforts de droite et de gauche, ce dernier appelé Liorî's head, la tète du
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liou, (lout il évotjue la forme. La ville a pou de véritables iiionumeuts. Il y a des façades très ornées et de grand effet, comme celle du Parlement, de la gare du chemin de fer, et quelques autres. Les artères principales sont larges, et elles sont animées. Les cabs circulent comme à Londres, mais ils sont peints eu blanc, et les cochers sont des nègres ou des Hottentots.
Ce qu'il y a de plus désagréable, c'est la poussière, qui devient une boue ronge épaisse lorsqu'il a plu et rend difflciles les courses à pied, surtout dans certaines rues; elle fait des taches inelïaçables. .\ous avons embarqué à la gare plusieurs compagnons de voyage en route pour Johannesburg : l'un d'eux nous avait amusés par ses mésaventures; n'ayant jamais fait grand'chose, il allait sans doute continuer au Trausv.ial, sous le prétexte d'y chercher fortune. Arrivé au dernier moment avec son billet de seconde classe, il s'est rencontré dans son compartiment en face de trois nègres ; passer soixante heures avec cesfaces noires et ces peaux noires qui sentent mauvais, il y avait de quoi le rendre plus fou qu'il n'était; heureusement nous avons réussi à lui trouver une meilleure place.
Nous sommes descendus à l'International Hôtel, une sorte de villa tout en haut de la ville, au pied de la Table, dans des massifs d'arbres et de fleurs. Là nous avons pu nous refaire un peu l'estomac de la nourri-
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turc échauffaule du bord. Figurcz-iousdes fraises, des auanas, toutes sortes de fruits sur une table couverte de fleurs, du poisson excellent, des vins du Cap, et cela avec les bains de mer, des promenades charmantes dans une campague couverte de beaux arbres, et des forêts toutes blanches au soleil du silver trce, l'arbre d'ar<jcut. Ces journées au Cap sont merveilleuses; il ne fait pas très chaud, le vent est frais, ou se refait vraiment dans un pareil climat.
J'ai gravi plus de la moitié de la montagne de la Table; le reste paraît à pic et inaccessible, il faut connaître les sentiers et les passages qui pcrmeltent d'arriver au sommet, et c'est uue ascension dangereuse, car il ne se passe guère de journée sans (|ue les nuages \iennent couvrir la cime et pendre le long des parois comme de la ouate : il y a eu plusieurs accidents, des gens tombés dans le vide sans l'avoir vu, ou bien n'ayant pu retrouver leur sentier de retour, et obligés d'errer des journées et des nuits dans le brouillard. Mais, au grand soleil, la vue est immense sur les mers du Sud, où, dans un lointain infini, se confondent le bleu du ciel et celui des eaux.
Le long des « Tuelve Apostel " , les Douze Apôtres,, ainsi qu'on appelle les montagnes qui prolongent celle de la Table, une route en corniche borde la mer; celte route est taillée dans le roc, au pied duquel les vagues viennent déferler avec ces bruits profonds et sans
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noml)rc dont parlait Homère. C'est ul3 promenado unique; on peut la continuer au delà des montagnes pour aller à Constanlia et de là à Wynberg en faisant le tour de la Table, et parcourant les avenues de chênes et de pins, le long desquelles s'étalent les riches lilîas des habitants de Cape-Town, entourées des vignobles qui produisent les fameux vins du Cap,
Je ne pourrais décrire dignement le jardin botanique de Capc-Toun, qui est uni(jue au monde : les plus grands arbres des pays froids y poussent côte à côte avec les grands palmiers des pays tropicaux, sur des pelouses couvertes de buissons et de fleurs de tous les climats. Le sol est si riche et le climat si égal et si doux qu'il se prête aux plus diverses manifestalions de la vie. C'est pour cela aussi que tant de malades, dont le plus célèbre est Cecil Rhodes, y ont retrouvé une sanié magnifique, après avoir cru leurs forces épuisées.
Cecil Rhodes. -- J'ai vu l'honorable Cecil Rhodes, alors dans toute sa gloire, mais cependant d'une simplicité antique. Il nous a reçus, mon compagnon de voyage et moi, pendant quinze à vingt minutes dans son cabinet. Ce cabinet est dans une maison minuscule eu face du Parlement; il est petit, et un grand bureau en occupe la majeure partie. Rhodes est un fort bel homme, très grand et vigouieux, l'air énergique et cependant très doux. Je trouve qu'il ne ressemble