DE L'ANGLETERRE A BEIRA PAR CAPE-TOWW
pas aux portraits bien connus qu'on a donnes de lui; sa chevelure devient grise, et il a le front haut et large, très symétrique, le front d'un homme admirablement équilibré et capable d'une immense puissance de travail. J'ai remarqué chez lui une sorte de grâce dans sa pose et son attitude pour écrire une lettre : ce n'est pas seulement une intelligence supérieure et très active, ce doit être un homme séduisant, un charmeur. Il est très jeune, quarante-deux ans environ, et, comme il le dit plus tard, sa carrière ne fait que commencer. Un homme comme lui est une force dont on doit se servir, et d'ailleurs il sait en même temps si bien attirer et retenir la sympathie qu'il devient irrésistible. Jameson lui a été dévoué jusqu'au fanatisme, et il est juste de reconnaître que Rhodes, après la fameuse équipée du docteur dans le Transvaal, n'a pas dit un seul mot pour désavouer Jamesou et a pris toute la responsabilité de l'affaire. C'est peut-être un exemple de ce qu'était l'amitié antique, plus forte et plus durable que toutes les circonstances, et dont on peut dire comme Shakespeare :
So that eternal love in love's fresti case Wciglis not tlie dust and injury of âge Nor gives to necessary wrinkles place But niakcs anli([uily for ayc his page(l).
(1) Ainsi l'éternel amour, dans cette nouvelle circonstance, ne se soucie pas de la poussière et des injures de l'âge, non plus que
22 RHODCSIE ET TRA\S\"AAL.
J'ai vu aussi le docteur Jamesou, avec son air sérieux, mais simple et bon enfant. Il nous a reçus assis sur une table dans le salon d'attente de la Cliartered Company; n'ayant jamais encore entendu parler de lui, jo n'ai connu sa qualité qu'en sortant des bureaux ; c'est la simplicité anglaise, souvent si charmante. Il est très bon, et tous ceux qui ont eu des rapports avec lui lui gardent de l'amitié et de la reconnaissance, comme je l'ai vu plus tard en Rhodesia.
Avec nos lettres de recommandation de Rhodes et de Jameson, nous sommes sûrs du meilleur accueil partout en Rhodesia, et il est temps maintenant de mettre à la voile pour Reïra, après avoir goûté, mais si peu, les délices du Cap.
De Cape-Town à Beïra. — Nous partons du Cap à quatre heures du soir. Le vent est frais et assez fort, la mer semblodevcuir houleuse, ona de la peine à passera l'avant du bateau et à s'y tenir. Quelques vagues arrivent jusque sur le pont, qui dépasse l'eau cependant de cinq à six mètres; malgré sa longueur, le Afornian est fortement balancé. C'est bien là la mer qui devait être d'un passage difficile pour les bâtiments à voiles; clic semble s'opposer à ce qu'on la franchisse.
A l'arrière, le vent souffle et bruisse dans les cordages, le long des couloirs et des bastingages; la mer
des rides inévitables, mais il asservit à jamais le temps pour être son page.