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CHAPITRE XIII

C'est extraordinaire de voir, en parcourant lof environs de Johannesburg, combien ils ont été fouillés dans Tespoir d*y découvrir de nouveaux filons semblables à ceux du Rand et aussi riches. Des filons semblables, des bankets, comme on les appelle, on en a trouvé par séries sur des centaines de kilomètres, mais non plus aussi riches. L'on avait bien vu qu'à la surface ils étaient pauvres, mais on a eu longtemps Tillusion qu'ils s'enrichissaient en profondeur. Il s'est formé ainsi deux nouveaux districts aurifères, celui de Heidelberg et celui de Klerksdorp-Polchefstrœm, le premier sur la route de Natal, le second sur celle de Kimberley.

Nous avons fait bien des courses dans le district de Heidelberg, dont la mine Nigei, du nom d'un beau jeune Écossais de Walter Scott, a fait quelque temps parler d'elle. Nous y avons même essuyé des pluies

battantes. On couche dans des fermes boers, on voyage à cheval, en cart, sous le soleil et la pluie, en conir pagnie de jeunes prospecteurs souvent intéressants. C'est dans la petite ville de Heidelberg même qu'on est encore le plus mal logé. Mais il y a là une jolie place couverte de gazon, avec une église au centre et de beaux arbres alentour, et cela fait plaisir à voir quand on a parcouru le veldt sans arbres, et qu'on est brûlé de soleil.

Ce veldt vraiment n'en finit jamais, avec ses rares ruisseaux souvent stagnants, ses collines arrondies d'où le rocher saillit à travers les herbes et fait l'objet de l'étude des prospecteurs. Que de sondages on a foré de tous les côtés, et que de déceptions les ont suivis! Mais ces hommes ne se découragent pas, ils couchent là sous quelques mètres de tôle, en plein feld, pendant des semaines et des mois, pour surveiller leur sondage, et ils vont recommencer ailleurs. Le climat du Transvaal se prête merveilleusement à ce genre de sport; les nuits y sont splendides ; à Molyneux, à Greylingstadt, aux bords du Vaal, partout dans le feld c'est l'immense nuit étoilée que l'on contemple sans que rien vienne en distraire ; la terre autour de vous dessine son horizon plus calme que celui de la mer, sans un arbre projetant la moindre ombre, comme un miroir d'argent dépoli, vaguement éclairé seulement •>ar l'obscure clarté des constellations. C'est un curieux

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aspect : certaine nuit, il fiiisait un clair de lune comme nous n'en avons pas en France d'aussi intenses; la campagne entière était d'un blanc de neige tranchant avec Tomhre des ondulations des collines. Quelques toits de tôle rayonnaient d'un blanc argenté semblable à de la glace, les feuilles des eucalyptus près des fermes étaient blanches comme sous le givre, c'était un vrai paysage d'hiver, on était étonné de n'avoir pas plus froid. Et c'était un calme à perte de vue, un vrai pays mort, un paysage lunaire avec toute la crudité de ses ombres.

Le jour môme, en plein soleil, cette campagne ondulée et sans arbres fait l'effet morne d'un paysage lunaire. Si les habitants de la lune regardent dans leurs télescopes ce côté-ci de la terre, le Transvaal, il doit leur faire aussi l'effet d'appartenir à un corps mort et d'être inhabitable. Et c'est justement une des rares régions de la terre qu'ils peuvent voir à peu près constamment, il n'y a jamais de nuages, le soleil y verse impitoyablement ses torrents de lumière : on en est à regretter les neiges d'hiver et les longues pluies qui rafraîchissent. Quand on entend parler des quarante jours de pluie de Saint-Alédard en France, on voudrait bien voir ce saint-là voyager un peu et venir visiter les champs d'or et les champs de diamants du Transvaal. Si cela pouvait l'intéresser, il serait certainement bien venu, alors qu'il est si mal accueilli en

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France. Mais voilà, les saints ne se soucient guère de Tor et des diamants.

La route de Kimberley jusqu'à Potchefstrœm parcourt un pays absolument semblable à celui de Heidelberg. Nous Tavons faite à plusieurs reprises dans les american coaches du Transvaal. C'est peu récréatif : on part à quatre heures du matin pour être à trois heures du soir à Potchefstrœm, ayant subi les cahots et avalé les poussières de la route.

Le seul incident consistait à traverser une rivière encaissée dans des berges élevées, de sorte qu'il fallait que tous les voyageurs descendissent du coach pour passer Teau en sautant sur des cailloux. An delà, il y avait une ferme avec de grands saules pleureurs, et puis le veldt recommençait.

Mais Potchefstroem était une compensation à cette triste route. C'est une oasis de verdure et de grands arbres, signalée au loin par la présence des eaux courantes sous des ombrages, mais cette fois il y a un pont, et Ton n'est pas obligé de descendre du coach. Les arbres continuent et font des avenues jusqu'à rhôtel, où l'on obtient enfin, à trois heures du soir, la permission de manger quelque chose. Il y eut bien, vers sept heures du matin, un relais de mules où l'on put dévorer à la hâte un breakfast désagréable, mais il y a si longtemps de celai et les cahots et la poussière ont creusé les appétits.

GénéralemeDt on repart à quatre heures pour être à neuf heures du soir à Klerksdorp, qui est le centre du district aurifère, mais il m'a pris la fantaisie de passer aussi une nuit à Potchefstroem, et je ne Tai point regretté, car c'était le seul moyen de faire connaissance avec cette charmante oasis.

Potchefstrœm a été, comme Lydenburg, capitale d'une république boer; c'était au temps où les Boers, peuple encore trop jeune pour former une union puissante, étaient plus satisfaits de vivre en tribus séparées. Ils étaient plus isolés et plus tranquilles, et vivaient comme des patriarches avec leurs troupeaux et leurs nombreuses familles. Leurs maisons étaient isolées dans des jardins, et ils avaient planté partout ces majestueux saules pleureurs qui leur étaient sans doute un souvenir de l'ancieune patrie. Et Potchefstrœm, quoique encore si jeune, a bien gardé cet aspect ancien. C'est ravissant et biblique. Les rues sont de rherbe où serpentent des sentiers, sous des saules pleureurs inclinés jusqu'à terre, bordées de ruisselets, et parcourues par des troupeaux de bœufs et de moutons. Une vieille chapelle, à fenêtres ogivales, couverte de chaume, est enfouie sous les herbes, les saules et les fleurs. Et la nuit est pleine sous ces ombrages, elle ost opaque, et l'on n'y sent que Tarome des fleurs. Les Boers semblent dire aux peuples qui prétendent leur apporter la civilisation : » Qu'en avons-nous besoin,

et qu'avoDS-nous besoin de votre or? Nous n*avons pas de soucis, et nous sommes heureux. Preuez Tor si vous le Touiczy et laissez-nous dans notre trauquillitc. »

J'aurais volontiers prolongé ce séjour à Potchefslrœm, mais dans ce pays et dans nos métiers de voyageurs il faut courir, et Ton n'a pas le temps de se reposer.

De Potcliefstrœm à Klerksdorp, on passe par la trop fameuse mine qui s'appelle Buflelsdorn. De fort loin, au-dessus des ondulations des terrains, on voit un sommet de cheminée se dresser vers le ciel. Il y a des arbustes en abondance daus cette région; cela ressemble moius au vcldt et me rappelait une course que j'ai faite dans une autre partie de cette môme région, mais plus au nord, à Liliefontein, la source des lys. J'avais fait plus de deux cents kilomètres, en cart à deux roues, pendant une semaine, et nous nous étions même égarés danis des marais après avoir traversé des bois taillis comme ceux-ci. Le Boer qui me servait de cocher traversait les eaux en conduisant les chevaux plongeant presque jusqu'aux épaules, et la voiture, quoique haute, était inondée. Il avait quitté en partie ses vêtements avec précaution, et je lui enviai son bain rafraîchissant, tout en me demandant ou il me conduisait. Mais il est presque impossible de se perdre dans ce veldt; l'horizon est si vaste, et il y a toujours des étoiles.

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Pour aller à Buflclstlorn, celte cheminée vous empêche lotalement de vous égarer, et lorsqu'on arrive, c'est un véritable étonnemeut que ces batteries assourdissantes et ces machines ronflantes en plein désert, brusquement. La mine est curieuse; dans les vides exploités, les piliers de roche abandonnée qui vont en. s'épanouissant au toit, sur votre tête, et qui sont fort nombreux, car la roche est peu solide, se perdent dans les profondeurs en laissant Timpression des troncs dénudés d'une immense forêt pétrifiée; leurs sommets se rejoignent en arcades, et Tirrégularilé avec laquelle ils sont taillés fait des figures d'écorceet de feuillages plutôt que de colounes. Les lumières des mineurs piquent Tobscurité de points brillants dans le lointain. Curieux contraste que cetle civilisation, si c*en est une, avec ce désert.

Klerksdorp, àdeux heuresplusioin, est tropneufpour

avoir le charme de Potcliefstrœm. Les arbres y sont

rares, tout à fait au bord du Vaal seulement trouve-t-on

quelques bosquets : cetle rivière est large, et sa vitesse

est très lente. Elle sépare le Transvaal de TÉtat

d'Orange, mais Taspect des deux pays est exactement

le même. Ce que j'ai vu de plus curieux à Klerksdorp,

c'est un orage, des éclairs arborescents, avec tous leurs

rameaux, ou bien en forme d'ellipses, et tous les zigzags

imaginables. Mais il y manquait les profondes répercus-

sious des coups de tonnerre dans nos gorges des Alpes.

Une curiosité des mines de ce district, c'est qu'on a trouvé quelques diamants dans les filons aurifères, mais seulement près de la surface. A mesure que nous approcherons de Kimberley, nous verrons la présence des diamants se manifester de plus en plus.

Pour aller de Klerksdorp à Kimberley, il faut aller rejoindre à Fourteen Streams la voie ferrée de Kimberley à Mafeking. Il y a trente-deux heures de voiture, et ensuite deux à trois heures de chemin de fer.

Je partis de Klerksdorp à trois heures du matin» dans un cart à deux roues attelé de quatre mules. Pendant plus de trois heures, je fus ainsi secoué dans la nuit noire. Et Ton ne se fait pas une idée de ce que sont les chocs dans ces voitures à deux roues : les coachs sont un délice en comparaison; Ton est renvoyé d'un côté à Tautre, les fers et les bois vous entrent dans les côtes, la capote vient vous frapper la tête, bref on est heureux de voir le jour pour voir venir les coups et tâcher de les éviter. Quant au pays, c'est toujours la même plaine monotone et ondulée, à peu près dépourvue d'arbres.

Vers une heure après-midi, nous déjeunons à un village dont j'ai oublié le nom, avec des Boers, car désormais nous ne rencontrerons plus d'Anglais jusqu'à la frontière du Transvaal. Tout l'après-midi nous courons encore le veldt; nous faisons cependant une halte agi'éable auprès d'une ferme boer où il y a

DE JOHANNESBURG A KlMBËRLËY. 211

un bel étang» un jardin, quelques arbres et de jolis enfants, et vers sept heures du soir, en pleine nuit, nous entrons dans une avenue d'eucalyptus : c'est Blœmhof. Seul dans la salle de Tauberge, un vieux Boer m'apporte de la viande froide et du pain qui sent le moisi. A huit heures, je reprends mon siège dans le cart, et au trot des quatre mules, qu'on a déjà changées une dizaine de fois depuis ce matin, nous roulons dans la nuit noire jusqu'à minuit. J'en étais à me demander si toute la nuit allait se passer ainsi, et je sommeillais vaguement sous ma couverture, car il faisait frais, quand le cocher me dit que nous allons dormir quelques heures.

En vain je cherche l'habitation où je pourrai dormir : il n'y a devant moi qu'une étable de mules et des huttes de nègres. Ce brave garçon de cocher avec qui j'ai eu quelques mots de conversation en boer, et qui s'intéresse à moi, me prend par le bras et me conduit dans l'étable. Là il me prépare une couche avec des sacs de maïs et de foin étendus à terre. Lui, va se mettre dans un autre coin de l'étable. Je me couvre avec mon manteau et ma couverture et je m'endors profondément à côté d'une douzaine de mules et malgré les coups de sabot qu'elles donnent par instants : elles ne sont pas attachées. Devant moi s'ouvre la porte de l'étable toute grande. Vers deux heures du matin, je suis réveillé par une sorte de piétinement

dans les jambes. C'étaient deux mules qui, non attachées et se déplaçant peu à peu, étaient venues jusque sur moi. Je me retirai précipitamment en arrière et m'installai plus haut pour être, cette fois, à Tabri des coups de pied.

Ce réveil nocturne m'avait du moins procuré une autre sensation moius désagréable : la vue était si belle par cette porte grande ouverte sur le ciel criblé d'étoiles : je pensais à cette autre belle nuit, la première de toutes les nuits de Noël, vue ainsi d'une pauvre étabic de Velhléem. Ces épisodes de voyage ont le don d'éveiller des souvenirs pittoresques.

A quatre heures du matin nous repartons pour être à midi seulement au chemin de fer. Nous déjeunons vers sept heures àChristiana, un joli village boer, toujours dans une plaine ondulée, immense et presque sans arbres. Mais au village même il y a des arbres et des eaux courantes.

Peu à peu la végétation s'accentue à mesure que nous approchons du Vaal et de la frontière du Transvaal et du Bechuanaland. Et dans ces arbustes et ces végétaux il y a des alluvions diamantifères çà et là remuées par des mineurs. La voiture roule au milieu des arbustes et des grands buissons ; çà et là quelques pauvres maisons de paysans boers émergent à peine au-dessuâ d'eux. A l'une d'elles, un gamin nous apporte une lettre, et je lui donne une boite de chocolat que

j'avais prise pour suppléer aux besolus de la route si mal satisfaits. Il me remercie par le plus gracieux des sourires, mais sans dire un mot; il semble distinguer que je n'ai pas l'aspect boer.

La frontière est de ce côté du Vaal. Rien ne l'indique, sauf une borne en pierre comme serait celle d'une propriété. De part et d'autre, c'est la même plaine d'arbustes et de buissons espacés. Mais il se passe une cérémonie qui lui donne sa signification. Un autre cart vient à notre rencontre et s'arrête à trois cents mètres de nous environ. Les cochers des deux voitures font de l'une à l'autre le transport des bagages. Je me transporte moi-même sur le sol du Bechuanaland et j'adresse un adieu à la terre du Transvaal, que je vais d'ailleurs revoir dans une semaine ou deux, mais par une autre voie,

A moins d'une demi-heure, voici les toits de tôle ondulée de la station de Fourteen Streams (quatorze rivières), dont le nom vient sans doute des nombreux affluents du Vaal en ce point, et à midi précis voici s*avancer la locomotive majestueuse et le train de Kimberley. L'on est mieux dans un compartiment de première que dans un cart, mais il fait chaud au Bechuanaland, plus qu'au Transvaal. Le train s'avance lentement sur cette voie qui va de Kimberley à Mafeking, car les rails et les traverses ne sont guère que posés sur le sol; il n'y a pas, ou presque pas de

ballast, mais le sol absolument plat et uniforme se prête particulièrement bien à rétablissement d'une voie ferrée, et il en est ainsi jusqu'à Buluwayo.

Nous passons un beau pont en fer sur le Vaal, et enfin, vers deux heures et demie, nous voici en gare de Kimberley, une belle gare en fer et en tôle qui contraste avec celle de Johannesburg. Mais celle-ci est en reconstruction.

Kimberley, la ville des diamants, est loin d'avoir Tampleur et la régularité des artères de Johannesburg, la ville de Tor. Les rues y sont étroites et tortueuses, les maisons beaucoup plus souvent en tôle qu'à Johannesburg. Par contre, il y a quelques beaux arbres, comme des saules pleureurs, dans les rues, au Club, par exemple, qui a été incendié récemment et qu'on est en train de reconstruire. Par contre aussi, il y a des jardins publics beaucoup plus avancés qu'à Johannesburg, parce que Kimberley date de quinze ans plus tôt, et enfin la campagne est plus pittoresque. C'est toujours la plaine ondulée à perte de vue, mais avec des arbustes et de grands buissons, et ce vert égayé la vue davantage que l'éternelle prairie sans limites du a high veldt » .

Il fait plus chaud qu'à Johannesburg; l'on est à une altitude inférieure de cinq cents mètres au moins, et cela se fait sentir sur les gens et sur la végétation, qui est beaucoup plus tropicale.

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Mais on ne va pas à Kimberley pour y voir la végétation, ou les rues et les maisons d'une ville de mineurs; il y a autre chose qui frappe immédiatement la vue, fascine et attire, et cela bien autrement que 1rs chemioées et les tas de tailings de Johannesburg. C(3 qui retient, c'est ceci. Quand on est au marché de diamants, une petite place correspondant à ce qu'on appelle ^^ les chaînes» à Johannesburg, on n*a qu'à jeter les yeux dans la direction d'une rue très courte, et Ton voit au loin quelques chevalements de puits ; dans l'intervalle on ne voit rien; on approche du bout de la rue, et Ton se trouve brusquement devant uu vide béant, mais un vide tellement grand qu'il a l'air d'une convulsion de la nature et qu'il semble impossible qu'il soit l'ouvrage des hommes. Ce vide, c'est le pit de Kin^berley, la mine de Kimberley, et il y eu a trois autres pareils, même plus grands,que nous verrons plus tard et qui s'appellent de Beers, Dutoitspan et Bult-fontein.

En attendant, celui-ci, qui est presque en ville, est un sujet d'étonnement et de contemplation pour longtemps. Il est en forme d'ellipse dont le diamètre moyen est de quatre cents mètres et sa profondeur est de près de cent soixante mètres. Les parois en sont d'abord à pic sur une hauteur de cent mètres, puis c'est le fond qui commence en amoncellements de débris de toute sorte pour 3e terminer par un petit lac

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au-dessus duquel se balance une plate-forme en bois suspendue par des tringles en fer à deux chaînes qui traversent rabîmc de part en part. C'était rinstallation d*une pompe destinée à épuiser Feau dans ce fond. Cela donne presque le vertige. Et d'un côté on voit déboucher une galerie qui vient du puits situé en face de nous, l'ancien puits de la Compagnie française, le Freuch Shaft; de Tautre côté, c'est un autre puits foncé à partir de la mi-profondeur sur un soubassement de maçonnerie, tout près des parois à pic, et qui paraît s'enfoncer bien au-dessous du fond de la fosse. Du sommet de ce puits partent deux cables inclinés qui le rejoignent à la surface, vers un autre puits, et sur ces câbles se meut une plate-forme qui complète la relation du fond du puits avec le jour.

J'ai fait le tour de cette immense fosse qu'ont creusée des milliers de travailleurs pendant des années, et j'ai retrouvé des traces de toute l'ancienne installatiou, des galeries en bois qui en faisaient le tour et auxquelles on suspendait par des poulies les câbles qui extrayaient la roche diamantifère. Ces câbles étaient si nombreux qu'ils semblaient des traînées de pluie torrentielle sur les anciennes photographies qui en ont gardé le souvenir. Ils n'ont cessé de fonctionner que du jour où les éboulements des parois trop droites ont empêché absolument l'extraction en précipitant plus de déblais qu'on n'en pouvait extraire et rendant la situation dangereuse,

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Actuellement on exploite la roche (liant anlifêre par (jaleries souterraines invisibles au-dessous de cet abîme béant, et l'extraction se fait dans des proportions merveilleuses. L'on arrive à extraire par un seul puits quatre mille tonnes (cinq mille loads) en douze heures^. Cest un record d'extraction. Nous n'avons pas l'intention de décrire l'exploitation actuelle des diamants, pas plus que l'histoire de leur découverte et des phases qu'ils ont traversées; il y a longtemps que d'autres que nous se sont char^jcs de le faire. Plusieurs faits cependant frappent les visiteurs : c'est d'abord l'ordre et la rapidité de l'extraction dans la mine, et la méthode d'exploitation de la roche diamantifère. Cette méthode est la plus simple de toutes, c'est celle qu'on appelle \Qjoudroyage ; elle consiste à tracer des galeries boisées en damiers, suivant des étages en gradins, et à abattre la roche en revenant toujours en arrière et laissant ébouler tout ce qui se trouve par-dessus. C'est ainsi que le grand trou va toujours s'approfondissant mais se remplissant à mesure des débris éboulés provenant des parois. Il y a parfois des accidents, il faut le dire, dans cette manière d'opérer. Les noirs sont fort insouciants et ne se refirent qu'au dernier moment.

Au jour, ce sont d'autres détails qui étonnent les visiteurs : la simplicité des procédés de lavage et d'enrichissement de la roche diamantifère, le broyage des lumps f ces sortes de nœuds dans la roche qui résistent

au lavage et aux allérations par Texposition au soleil et aux pluies. Puis ce sont ces immenses et véritables champs de diamants, des champs clos de fil de fer où Ton dépose la roche extraite des puits sur des kilomètres carrés de surface et une épaisseur de vingt à trente centimètres. Des voies ferrées traversent ces champs, et des wagonnets les parcourent sans cesse soit pour y déposer la roche, soit pour la charger et la Iransporler aux usines de lavage. C'est un va-et-vient continu le long de câbles sans fin, longs d'une dizaine de kilomètres. La roche est exposée de six à douze mois an soleil, à Tair et aux pluies, pour se désagréger, et elle est prête alors pour le lavage, sauf les lumj)S qui vont au broyage. L'on évite ainsi le broyage et le risque de casser les diamants.

La mine de Beers est absolument dans les mêmes conditions que celle de Kimberley : chacune d'elles est à une extrémité opposée de la ville, et elles se servent des mêmes usines. A Dutoits-pan et à Bultfontein on travaille encore à ciel ouvert aii fond d'abimes plus grands encore que ceux de Kimberley et de de Beers.

A Bultfontein, immenses rochers plongeant dans un lac véritable étincelant au soleil, tableau tout à fait alpestre, quoique dû à la main de l'homme, j'ai été témoin d'un spectacle extraordinaire, celui de la décharge générale de tous les coups de mine préparés

depuis vingt-quatre heures de toutes parts pour briser la roche. Il n'est pas de canonnade comparable à ces éclats nets et rapides de la dynamite répercutés dans ces abîmes : et il s'en dégage des torrents de poussière, dos masses de roches lancées dans Tespace, des éboulementsqui se précipitent et ajoutent leur crépitement au bruit grandiose de la basse dominante de la dynamite. Tout tremble à la fois, et il ne serait pas prudent de se tenir trop près des bords de ce cratère.

Dutoits-pan est la plus grande de ces excavations. Elle a la forme d'un haricot, et sa longueur dépasse un kilomètre. On y travaille comme à Bultfontein. Enfin, à Wesselton, un peu plus loin, se trouve la dernière mine de diamants, la plus récemment découverte et la seule dont Taffleurement fût en creux, alors que celui des autres formait un dôme surgissant légèrement de la plaine uniforme de Kimberley.

Deux choses enfin sont très intéressantes à Kimberley : le triage des diamants de la roche lorsqu'elle a atteint son maximum d'enrichissement, et ensuite le classement des diamants par catégories. Après le triage, les diamants sont envoyés chaque jour au classement par une escorte armée. Cette dernière opération se fait dans les bureaux mêmes de la Compagnie de Beers, dans des locaux spéciaux : j'ai vu là des diamants pour des millions, mais cela n'a vraiment rien de bien séduisant à contemplera ces milliers de pierres

jaunes ressortant sur du papier blanc. Car la plupart sont jaunes; les blancs, les bleuâtres, verts ou rosés, sont très rares. Il n*y a presque pas de diamants noirs. Beaucoup ont toutes leurs faces cristallines, mais en surfaces recourbées et non planes, et cela fait un eflet singulier. Quelques personnes en ont une telle habitude que dans des lots de diamauts mélanges des quatre mines, elles feront sans hésiter le groupement par mine; on a de la peine à le croire, tellement ces pierres paraissent semblables les unes aux autres.

Un autre spectacle c'est celui de la fouille des ouvriers noirs, qui réussissent malgré tout à receler quel* ques diamants; ils ont employé toutes les ruses. Le meilleur moyen a été de les parquer dans des logements ou compounds dont ils ne peuvent sortir que pour leur travail.

Une fois assortis par dimension, couleur et pureté, les diamants sont vendus par lots à un syndicat qui représente les principaux marchands de diamants du monde entier. Ils sont vendus à un prix fixe moyen, et la production est toujours calculée de façon à être en rapport un an à l'avance avec la demande prévue. Les lots varient depuis dix mille jusqu'à deux à trois cent mille carats. Le plus gros diamant que nous ayons vu pesait cinq cent quatre carats, il était de la dimension d'un petit œuf de poule, mais de couleur jaune, avec une cassure et une tache vers le centre : il a dû être

divise Cil plusieurs autres pour pouvoir élre taillé.

L'administration de Beers a construit pour ses employés hiancs un village à quelques milles de Kimberley, qui s'appelle Kenilworth. C'est un vrai parc avec des bois d'eucalyptus et de pins, de larges avenues, des pelouses de tennis, et de jolis cottages avec des jardins. A l'extrémité se trouve en ce moment une usine de lavage, car ces usines voyagent à mesure qu'elles ont épuisé un de leurs champs de diamants, pour se porter vers un autre champ, et, à chaque station, elles font une nouvelle accumulation de résidus de lavage, de vrais tas de tailings, comme ceux de Johannesburg.

Je suis revenu en chemin de fer de Kimberley à Johannesburg. C'est un long voyage ; Ton part à trois heures du soir pour n'arriver que le surlendemain à neuf heures du matin, mais il y a au moins celle différence avec le voyage du Cap, que Ton a à peu près évité la traversée du Karroo. Avant le Karroo, il y a pourtant un fort joli paysage à traverser lorsqu'on vient du Cap ; c'est celui d'Hex River, une belle vallée verte arrosée d'une large rivière, entre de hautes montagnes vertes, mais malheureusement toujours dépourvues d'arbres. La voie ferrée s'élève le long de ces pentes, traverse plusieurs tunnels, et les profils des montagnes se dressent toujours plus pittoresques avec leurs étages de contreforts.

Le Karroo est une traversée pénible. II y fait chaud, et la vue de cette terre rouge semée de touffes d^herbe espacées, de ce sol tourmenté, mais ne figurant que de basses et mesquines collines, n'est pas faite pour r.^poser la vue. Cela n'a pas la grandeur du désert, et ce n*est pas un désert puisque la terre est fertile et que, sans irrigation môme, elle entretient des troupeaux de moutons et surtout d*autruches, qui font, depuis des années, la richesse de la colonie du Cap : on rencontre ces animaux tout près du train, qui ne les effarouche plus. Quelques villes animent un peu ces paysages : Naauwport, Beaufort West, avec leurs cottages blancs, leurs jardins et leurs parcs, près des rivières, puis Tinfini désert du Karroo recommence pendant des heures.

C'est vraiment un soulagement pour Tœil et un repos pour l'être tout entier que de voir peu à peu venir la prairie verte de l'État d'Orange, et lorsqu'on a enfin franchi le pont en fer de l'Orange River avec ses travées de près de trois cents mètres, on se trouve alors en pleine prairie, baigné dans un vert d'une douceur et d'une richesse infinies qui ne laisse pas surgir une pierre. Toujours les arbres manquent, mais l'air est plus vif, et ces verts tempèrent la chaleur. Le gibier abonde encore, depuis les oiseaux de toute sorte jusqu'aux antilopes. Il y a surtout des oiseaux à longue queue que l'on voit voler à ras des herbes presque à chaque instant.

Quand oq a franchi tout l'État d'Orange, après les arrêts de Blomfontein et de Kronstadt, oii Ton goûte des repas réconfortants, on traverse le Vaal, et voici la douane de Vereeniging. C'est le Transvaal que nous connaissons bien, toujours la prairie, mais cette fois ondulée avec des collines à l'horizon, et peu à peu les cheminées et les usines en tôle viennent rappeler qu'on arrive dans la capitale de l'or, Johannesburg.

CUAl'iTKi: MU DE KAAP £T BABBBRTOB.

'est jorsque les champs d'or de Pil<jnm'B Kest nt fermés aux mineurs que ceux-ct découvrirent mines d'or de Darberton et de la vallée de do p (le Cap), parmi lesquelles se trouvait la fumeuse ba. Cette nouvelle régioo est tout à fait dans le sud .ydenbury, au delà des mootagnes qui forment la

droite du Crocodile River, par suite, au sud de la

ferrée de Delagoa-Bay.

l'accès en a été rendu très facile maintenant par ï voie ferrée et par son embrauchement qui part iaapmuîdeD et va jusqu'à Uarbcrton. Le dernier çon de l'embranchement n'était pas encore tout à achevé lorsque je suis allé pour la première fois à lierlon. On se rendait en coacb de la station d'Avoca Ite ville.

m'a fallu vingt-quatre heures depuis Johannesj : partir à sept heures du soir pour arriver à In

DE KAAP ET BARBERTON. 225

même heure le lendemain. J'avais déjà fait une partie de ce trajet en allant à Lydeuburg, jusqu'à la station de Machadodorp, où Ton arrive à six heures du maliu ; mais c'est la partie la plus monotone. A partir de là seulement, on commence à descendre des hauts plateaux. Entre les deux stations suivantes, qui s'appellent Waterval-Boven (cascade d'en haut) et Waterval-Under (cascade d'en bas), on fait une descente de deux à trois cents mètres, et dans un paysage bien curieux.

La descente est si rapide qu'il a fallu installer une voie à crémaillère, et une seconde locomotive vient s'ajouter à la queue du train. C'est une gêne considérable pour les transports et que l'on aurait pu éviter en faisant un détour, mais pour les voyageurs cela rend, du moins, le trajet beaucoup plus intéressant.

Après avoir traversé un tunnel déjà en forte pente, long de plusieurs centaines de mètres, et en courbe, Ton débouche brusquement en face d'un vaste cirque de montagnes dans la profondeur duquel se précipite un torrent en une suite de cascades qui lui font un lit blanc d'écume. Les pentes sont couvertes de végétation forestière au voisinage du torrent. Peu à peu, ce sont des arbustes, puis des buissons jusqu'à la hauteur de la voie ferrée ; au-dessus commencent les herbages, et c'est alors une paroi à pic de rochers très hauts, ceux que nous avons dû traverser en souterrain.

Cette haute paroi de rochers, qui enferme tout le

cirque, se termine par un sommet presque uniforme et aplani. Au lever du soleil, elle a une teinte rose; en plein jour, elle est rouge; ce sont les mêmes rochers qu*à Lydenbiirg, et ils tranchent sur le vert des herbes et des bois qui escaladent les pentes et viennent mourir àleurs pieds. L^aspecten est sauvage, avec quelque chose de fier et de dominateur. On dirait la muraille d'une citadelle immense fermée de toutes parts et infranchissable. C'est comme la porte du Transvaal, et Ton sent ^ les Boers à Tabri derrière cette ceinture de rochers; leurs pâturages sont là-haut sur ces crêtes, où souffle un air plus pur, sur ces plateaux balayés par les vents, tandis qu'en bas c'est la chaleur qui commence. Il y a quelque chose de la Suisse, sauf que les barrières de montagnes qui défendent les pâturages suisses sont beaucoup plus hautes : les montagnes dominent les plaines, tandis qu'ici c'est la plaine qui domine les montagnes.

Jusqu'à Waferval-Under, c'est une suite de cascades; la voie ferrée finit par descendre presque au niveau de la rivière lorsqu'on arrive à la station. Là on a la bonne fortune de trouver, vers sept heures, et grâce à un Français, M. Mathis, des rafraîchissements et un déjeuner servi très convenablement. Les Boers ne sont pas du tout portés vers le confort. Sur toute la lon-gueurdes lignes transvaaiiennes, on ne trouve pas un endroit où se restaurer, et il faut emporter des provi-

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sions, pour aller à Natal, par exemple. La seule exception est celle de Waterval-Under, et elle est d'autant plus agréable.

Le paysage est joli : il y a des bois, de la brise, ce n'est pas encore la chaleur des bas pays; les chasseurs s'y donnent rendez-vous, car il y a des antilopes, c'est un des endroits les plus sains du Transvaal.

A mesure que nous descendons maintenant le long du Crocodile River, la clialeur augmente, et la végétation devient tropicale. De grands arbres ombragent la rivière, et les pentes sont couvertes de cactus, de plantes grasses, de buissons épineux. C'est surtout sur les bords du Crocodile qu'il est intéressant de voir les lianes entrelaçant les arbres et formant des fourrés impénétrables. La vallée devient bientôt très étroite; c'est un vrai ravin profondément encaissé. Il s'ouvre de nouveau pour former une petite plaine entre des montagnes, et l'on arrive vers une heure à Kaapmuiden, où se trouve l'embranchement de Barberton, et où M. Mathis tient à notre disposition un nouveau déjeuner non moins confortable que le premier.

Mais qu'il fait déjà chaud à Kaapmuiden, sons l'abri en tôle de la gare, et plus encore au soleil! On a hâte de retrouver un wagon où la marche du train procure du moins un peu d'air. Et puis la saison est d'une sécheresse telle qu'on n'en a pas vu une pareil le depuis bien des années. L'herbe est brûlée de soleil, et il y a

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des sauterelles par nuées. Ce sont peut-être celles du Mashonaland qui, après avoir dévasté ce pays, sont venues au Transvcal ; mais non ! il y en a sans donic au Transvaal tout a.itant qu'au Charterland, et c'est une véritable plaie. Leur passage devant le soleil douuc rillusion de nuages, mais quand on y regarde, on voit scintiller ces milliers d*aîles à travers les rayons brûlants du soleil. Le train en fait voler sous sa marche comme une poussière verte et jaune auparavant invisible, et c'est ainsi jusqu'à la station d'Avoca.

Là nous montons dans un coach;uous en avons pour près de quatre heures. Depuis lors, j'ai fait ce trajet en une heure et demie en chemin de fer, et j'ai trouvé une forte différence, malgré le pittoresque des diligences. La route était une série de montées et de descentes, et de passages à gué de la rivière, Queen's River, qui est assez large, et qui dessine des méandres sans (in après être sortie des gorges. Au-dessus de nous se dressent les ponts en fer de la voie ferrée, de vrais ouvrages d'art, puis ce sont des usines à or, des batteries de dix pilons, Joe's Luck, Caledonian, Consort, des maisons de mine, Woodstock. Les batteries sont ici, au bord de la rivière, et les mines sont là-haut, au sommet des montagnes.

Après les gorges, la vallée s'ouvre et forme comme un cirque immense ; les dernières montagnes sont à l'horizon tout à fait. Plusieurs rivières viennent arroser

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cette vaste plaine, qui est proprement la vallée de de Kaap et paraît être tr6s fertile. Les montagnes de la Slieba s'écartent de leur direction et font un grand contour pour aller rejoindre celles de Moodie's qui étalent là-bas bien loin, en face de nous, leur verdure ondulée. A leurs pieds nous distinguons bientôt la petite ville et les forêts d'eucalyptus de Barbertoa Ce n'est plus la nature seule qui a fait pousser là cette végétation; on reconnaît le travail de Thomme. Quand nous y arrivions en coach, il faisait nuit noire. En chemin de fer on arrive vers quatre heures, et Ton a tout le loisir de chercher Thôtel confortable et de se présenter au Barberton-Club.

Mais il fait chaud en été à Barherton. La première nuit que j'y ai passée en février 1896, j'ai réellement souffert de la chaleur. En hiver, au contraire, en juin et juillet, la température est charmante, il fait de l'air, les soirées sont fraîches sans être froides, et ce pays, avec ses profils de montagnes, a un aspect bien plus séduisant que les immenses plaines de Johannesburg.

Il y avait plus de maisons en tôle que de maisons en briques avant l'arrivée du chemin de fer. Depuis lors, on a bâti quelques jolies villas. L'hôpital est très bien entretenu. Et surtout il y a ce qui manque à Johannesburg, de charmantes promenades de chaque côté de la ville. Du côlé de la Sheba, au nord-est, la route à flanc de coteau, ombragée d'eucalyptus, domine

Timmense cirque de de Kaap. Du côté de Touest, de Moodie's, c'est plus joli encore. On longe en plaine des montagnes découpant leurs profils très doux sur Tadmirable ciel d'Afrique, et ces pentes vertes, à la lumière du matin ou du soir, prennent des teintes extrêmement tendres qui rappellent étrangement celles des vallées de la Suisse.

Tout à fait au nord, lorsqu'on a traversé la plaine de de Kaap et ses nombreuses rivières, on se trouve encore dans un autre dédale de montagnes, le Kantoor, où les mineurs de Lydenburg trouvèrent de nouveaux champs d'alluvions : il y a actuellement deux mines d'or : Barretts et Cœtzestroem, un nom qui me rappelait la Bretagne. Le Kantoor est la plus haute des montagnes de cette région. Vers elle viennent converger, commodes contreforts, des séries d'alignements montagneux dont l'autre extrémité vient mourir dans la plaine. Ce sont de curieux paysages à parcourir. Il y a de petites agglomérations de maisons en tôle à Jamestown, Albion, etc. Ailleurs, North Sheba, ce sont de vraies huttes de nègres où habitent les mineurs, des huttes rondes en bois presque à jour, où ils étendent par terre un lit de couvertures. Mais on dort facilement à la belle étoile sous le beau ciel d'Afrique.

Il y a cependant des serpents : à une mine de quartz où j'ai fait travailler quelque temps, un nègre voulant retirer du miel d'un arbre creux, en y plongeant

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son bras, fut mordu par uu cobra. Il était mort une heure plus tard lorsque ses camarades s'inquiétèrent de lui et allèrent le chercher. Le cobra, le mamba, le puffader sont les trois variétés les plus dangereuses : le mamba seul est d'assez grande taille ; il atteint près de deux mètres.

C'est dans les montagnes de Moodie's que j'ai passé les plus agréables journées de mes séjours dans ce district de Barberton. L'on est obligé de faire toutes les courses à cheval : dans ces montagnes, les cbemins sont impraticables aux voitures, et c'est un plaisir bien plus grand de se trouver seul à seul avec la nature; qu'elle soit triste ou gaie, elle est toujours belle. Et il y a de si jolis recoins perdus dans ces gorges où se précipitent les torrents qui sont nés près des sommets de Moodie's! Il faut d'abord faire une bonne chevauchée le long des pentes avant de s'y engager, et, quand on veut y pénétrer, il y a plusieurs chemins, ou plutôt des sentiers plus ou moins larges, parfois imperceptibles. Un seul chemin véritable conduit à la mine de Pioneer, et ce chemin-là aussi est fort joli.

Plus on monte, plus le pays prend de la ressemblance avec la Suisse par ses ravins et ses montagnes, ses torrents qu'on franchit sous les arbres. Et lorsqu'on arrive à l'auberge du Pioneer, quel repos délicieux l'on goûte sous sa véranda où souffle la brise en face de ce pays vert auquel le soleil d'Afrique

donne une splendeur de plus en le recouvrant de sa lumière dorée. C*est comme une poussière transparente infiniment ténue qui semble ressentir toutes les vibrations lumineuses.

Les autres sentiers qui conduisent à Moodie^s sont plus sauvages et me plaisent davantage encore. La nature y possède ce charme des choses qui déplaisent au premier abord, mais quand on Ta rendue familière, qu'on a pris l'habitude de son soleil, on subit pleinement la joie de communiquer avec elle, d'en faire partie, de se sentir aussi un fils de cette terre. Alors, peu à peu elle vous rend le sacrifice que vous avez fait pour elle, et vous découvre des beautés dont vous jouissez davantage. A mesure qu'on gravit ces coteaux ahrupts, la vue s'étend magnifique de plus en plus loin, la brise vient vous rafraîchir, des sources naissent sous vos pas, les ravins s'ouvrent en plein ciel, on marche sans peine sous le ciel d'Afrique devenu clément, et c'est ainsi durant des heures.

Mais il y a là surtout, près des sommets, sur une pente verdoyante, au bord d'un petit vallon ombragé de grands arbres, une petite maison solitaire avec un jardin et des plantes grimpantes, et celle-là je n'y penserai jamais sans regret et sans tristesse. La vie y semblait si heureuse, et le malheur est venu y frapper si cruellement!

Ce fut une véritable découverte que celle que je fis,

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à Moodie'Sy d'une famille originaire comme moi de la Savoie, de ce beau Chablais qui s'étend sur les rives du Léman, le plus beau des lacs, et je passai là plusieurs jours. On comprend si le Chablais fut évoqué en face de cette immensité de la vallée de de Kaap, tout en bas sous nos pieds, qui nous donnait les illusions d'uoe mer. Il y avait quatre jolis enfants de trois à onze ans; Taîné était un garçon, il parlait anglais, mais s'était mis à étudier le français, qu'il prononçait avec une grâce charmante. Deux petites filles venaient ensuite, Tune plus grave et sérieuse, l'autre déjà gracieuse, et toujours aux bras l'une de l'autre. Le dernier était un joli bébé qui commençait à parler.

Mous eûmes un jour un orage : ils sont fréquents en été à Moodie's, et la pluie y verse ses torreots avantqu'on ait le temps de la voir venir : les tonnerres y font retentir les échos des gorges, et les arbres mouillés ont des aspects qu'on avait oubliés dans la sécheresse de Johannesburg. Dans ce milieu paisible, on jouissait vraiment du charme de la vie patriarcale. Je me rappelle, lorsque je partis, les attentions de ce petit Henry, Taîné des enfants, qui me conduisit chercher mon cheval à un quart d'heure de là dans la montagne et dans les arbres, où l'on avait installé une étable de bestiaux.

A deux reprises, je vins ainsi passer quelques jours à Moodie's, et c'était un charme de penser, lorsque je

devais aller à Barberloo, que j'y retrouverais ce milieu» que je reverrais autour de moi ces jolis enfants et leur mère, et que nous reparlerions du Chablais en face de ce beau paysage. Hélas ! je ne devais jamais les revoir une troisième fois. Us s'embarquèrent pour la France, sauf le père, qui devait les rejoindre plus tard, et ils avaient pris ce funeste bateau qui s'appelait le Drummond Castle, Si du moins ce pauvre père avait gardé avec lui son fils aine ! On ne devrait jamais confier ainsi à la fois tout ce qu'on a de plus cher à la fortune d*un paquebot.

Quelle affreuse catastrophe, ei quelle pénible surprise j'ai eue à Johannesburg, en lisant parmi les victimes les noms de Mme H... et de ses quatre enfants ! £t que je plains ce pauvre père, à qui il ne reste plus personne au moment où la vie commence à s'avancer. Le Drummond (7â(5//^portaitplusieurs familles comme celle-là. On envoie les enfants en Angleterre pour leur éducation; ou ferait mieux de les faire élever en Afrique, les parents ne s'en sépareraient pas à de telles distances. Mais pas plus que nous, au fond, les Anglais n'abandonnent Tidée de la patrie, et l'on ne saurait le leur reprocher.

Ce pauvre Modie's,cejoli site, cette jolie petite maisou au sommet des montagnes avec ces bouquets d'arbres près du torrent! Quand on a passé là deux ans, qu'on doit avoir de la peine à lequitterpour toujours! Je gar-

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derai, moi aussi, qui n'y ai passé que quelques jours, un doux et profond souvenir de cette famille et de Taccueil que j'y ai reçu. Cela ne peut s'oublier, un intérieur si vivant et si subitement anéanti pour toujours. Barberton avait si peu d'attraits pour moi que, lorsque j'ai voulu visiter les mines de la Sheba, j'ai préféré louer un cheval et passer huit jours au sommet des montagnes. J'étais logé chez un Ecossais, et je jouissais vraiment là, commeàMoodie's, de ces aurores et de ces soirées magnifiques sous le ciel d'Afrique; à ces hauteurs on est comme au-dessus du monde, que l'on ne distingue que vaguement dans les profondeurs. Et puis ce chemin qui mène de Barberton à la Sheba est très pittoresque, mais bien long à faire matin et soir : il y a trois heures à cheval en allant vile. On gravit la montagne dans des gorges où croissent des bouquets d'arbres, des euphorbes et des cactus, jusqu'à une certaine hauteur, puis on émerge de ces fonds obscurs pour s'élever bientôt en pleine lumière en contournant des coteaux arrondis, couverts d'herbe, en forte pente. Alors c'est un délice de sentir la brise qui souffle constamment, de voir de plus en plus loin les alignements de montagnes, dans tous les sens, former un véritable chaos, et, d'un autre côté, la vallée de de Kaap s'enfoncer dans la lumière dorée, et ses rivières serpenter comme des bandes d'argent. On ne sent plus la chaleur, et l'on sent seulement venir Tappétit lors-

qu'on arrive devant un bois d'eucalyptus et une auberge qui s'appelle Fairview (belle vue), et où Ton trouve une hospitalité, sinon confortable, du moins suffisante.

Bientôt on distingue les ouvrages de la civilisation, et des mines d'or. Ce sont des câbles aériens, supportés par de hauts échafaudages en fer, escaladant les pentes et alignant leurs formes grêles, tandis que sur le vide se balancent quelques bennes encore pleines de minerai. Il y a longtemps que ces engins sont abandonnés, après avoir coûté des sommes fantastiques.

Ces câbles à eux seuls vous indiquent où doit se trouver la fameuse Sheba, la reine des mines d'or. Il y a deux câbles, en effet, qui vont s'y croiser, tous deux abandonnés.

On redescend unravin pendant quelques instants, et brusquement on voit à ses pieds une accumulation de maisons en tôle de toute sorte, des chevalements de puits, des cheminées d'usines, des carrières à ciel ouvert, des tramways; le bruit d'une batterie de pilons vient frapper votre oreille, des êtres par centaines se meuvent en tous sens dans le ravin. C'est la vie intense de la mine d'or véritablement riche, mais dans un paysage qui n'est plus si riant que celui que nous contemplions tout à l'heure. La roche affleure en maints endroits ; il n'y a pas un arbre, et de rares buissons dans le creux où passe le torrent. Mais on réfléchit

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(ju^en quelques années plus de trente millions d'or sont sortis de cette roche, à cette place où il y a maintenant iiti trou béant, dans ces souterrains où il y a des vides immenses de treute mille mètres cubes, éclairés à la lumière électrique, et cela donne un autre sens à ce paysage. Il a d'ailleurs une sauvage grandeur qui plait bien davantage que la plaine de Johannesburg, et puis il n'y a qu'à faire quelques pas sur les sommets pour jouir d'une vue incomparable dans un climat magnifique.

J'en ai profité, de ces huit jours, pour voir toute une série d'autres mines qui sont comme les rayons de l'étoile de la Sheba. Chaque soir et chaque matin, je venais m'asseoir sur le versant d'une de ces croupes de montagnes, et je regardais leurs ombres immenses s'enfoncer dans la plaine; chaque fois l'on découvre une nouvelle beauté à ces horizons rouges, roses et bleus, à ces teintes adoucies que prennent, le matin, les contours des montagnes et les pentes vertes couvertes de rosée. Et là-bas, à l'horizon, c'était Moodie's, où, au grand soleil de midi, je pouvais encore distinguer la petite maison blanche, un tout petit point blanc, mais qui avait vu tant de sourires enfantins, et qui n'était plus maintenant qu'un foyer déserté.

Le moment d(^ mon départ du Transvaal approchait aussi. A l'origiiie, mon intention était de repartir pour le Charterland, une fois la saison des pluies écoulée;

mais voilà qu'il n'y faut plus souger maintenant : les noirs se sont révoltés à Buluwayo, à Salisbury et dans (out le pays, ils ont massacré des blancs par centaines, ceux qui vivaient isolés et conGants dans les districts éloignés, et parmi eux plusieurs que j'ai connus. Notre guide dans nos courses en char à bœufs, un brave garçon du Cap, dévoué et adroit, avait fait le coup de feu contre les Mashonas, et je devais le retrouver à mon départ avec un bras amputé, et Tautre dont il pouvait à peine se servir. Il est difficile de savoir quand celte guerre finira. Les Anglais ont, eux aussi, leurs tribulations en Afrique, mais nous eh souffrons également, puisqu'il faut renoncer pour cette année à retourner aux mines d'or du Charterland.

A Johannesburg, où je retournai depuis Barberton, je passai encore quelque temps de juillet à août. Croirait-on qu'il y fait quatre et cinq degrés au-dessous de zéro la nuit, et même le soir dès le coucher du soleil, entre cinq et six heures? Il y a de la glace en Afrique. Mais on se sent revivre par un temps pareil. On fait des promenades de plusieurs heures à pied, par une forte bise qui vous glacerait sans la marche, et ces promenades sont impossibles durant tout le reste do l'année. C'est vraiment un bon climat que Johannesburg, et lorsque je me décidai à le quitter, ce ne fut pas sans espoir de retour

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